Route du Rhum, casses pour le Maxi Edmond de Rothschild et Sodebo Ultim

Les marins engagés sur cette Route du Rhum destination Guadeloupe ont offert un superbe départ hier au large de Saint Malo.
Les conditions étaient parfaites pour les multis qui ont très vite atteint le Cap Fréhel avant de s’envoler vers la Pointe Bretonne.

En Ultim, Armel Le Cléac’h annonçait un pit stop dans la soirée, le skipper de Banque Populaire IX faisait un arrêt express à Roscoff (35 minutes seulement ) pour changer une pièce qui empêchait la production électrique du bord, comme l’expliquait le directeur du team.

© Yvan ZEDDA

Ronan Lucas : « On s’est aperçu qu’on n’arrivait plus à recharger nos batteries très rapidement après le début de la course, c’était vraiment problématique. C’est une toute petite pièce qui a cassé sur la génératrice qui fabrique l’énergie, ça nous a vraiment mis dans l’embarras et nous avons décidé de nous arrêter très rapidement. Roscoff était le bon choix, Armel connaissait bien le coin et on a fait une escale de moins d’une heure, la pièce a été changée. C’est toujours dommageable, parce qu’on perd le contact avec nos petits camarades, mais une transatlantique, c’est long, il va se passer plein de choses, on commence par notre lot de galères, on espère que ça va s’arrêter pour le reste de la course ».

Sébastien Josse et François Gabart prenaient donc les commandes suite à cet arrêt. Edmond de Rothschild pointait en tête au petit matin, après s’être extirpé de la molle avant Macif. Mais vers 5h30, le skipper du Gitana Team contactait son équipe pour leur faire part d’une grosse avarie.
En effet, une dizaine de mètres de l’étrave du flotteur au vent s’étaient arrachées. Aucun choc ne semble responsable de la casse, le bateau naviguait dans 30 noeuds de vent et 4 à 5m de houle, le skipper et son bateau font route vers la Corogne où ils devraient arriver ce soir.

Cyril Dardashti, Directeur du Gitana Team : « Concrètement, j’ai reçu coup de fil a 5h38 du bord, Sébastien me disant qu’il avait eu un grand coup d’arrêt et que son flotteur au vent (tribord) qui s’était endommagé. Il a perdu en gros 10 mètres d’étrave. Il a pris toutes les dispositions pour ralentir le bateau, réduit la toile au deuxième ris pour faire en sorte qu’il puisse rejoindre La Corogne en toute sécurité car il y a encore beaucoup de mer, entre 4 et 5 mètres, et 30 nœuds de vent. Il faut donc être relativement prudent – et c’est ce qu’il fait pour pouvoir rejoindre l’Espagne au mieux – le but étant d’éviter la dépression qui va se muscler mardi matin.

 » Honnêtement je ne pense pas qu’il y ait eu de choc avec un objet flottant. C’est le flotteur au vent qui est parti. Pour l’instant, on n’a pas d’explication. Sébastien était parti plutôt prudemment. Ce sont des bateaux qui vont vite, les vitesses sont toujours impressionnantes, mais le rythme de course était maîtrisé. Il n’y avait pas de souci technique à bord, Sébastien venait de faire une sieste… Il n’y a pas eu de choc.

Aujourd’hui, il est en sécurité dans le bateau. Il n’y a pas de danger immédiat même si la mer est forte. Il a réduit la voilure, il fait route à sept nœuds de vitesse vers La Corogne : il devrait y être ce lundi soir. Une équipe est déjà partie pour le récupérer et sécuriser le bateau. Nous ferons un point ce soir à La Corogne. Mais on peut imaginer déception de Sébastien et de toute  l’équipe. « 

Thomas Coville était le second à subir une avarie dans la matinée,  le carénage du bras avant bâbord du bateau s’est cassé, contraignant également le skipper à se dérouter vers la Corogne.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

Il ne reste donc plus que quatre ultimes en course. Après une petite inquiétude concernant la route de Romain Pilliard sur Remade Use it Again ce matin qui pouvait faire craindre une avarie, il ne s’agissait en fait que d’un changement de voile, pour lequel le skipper a préféré jouer la sécurité.
François Gabart sur Macif pointe en tête avec une vingtaine de milles d’avance sur Francis Joyon, qui tient le rythme de son adversaire dans ces conditions musclées. Armel le Cléac’h a refait une bonne partie de son retard mais s’est décalé dans l’ouest de ses adversaires.

En Multi50′, Erwan Le Roux et le trimaran Multi50 FenêtréA-Mix Buffet ont également dû faire une escale à Roscoff pour assurer une réparation suite à un problème de safran de coque centrale ayant entrainé un début de voie d’eau. Le skipper a repris la course après 4h d’arrêt (durée minimale de l’escale en Multi50′).


© Alexis COURCOUX

Armel Tripon ( Réauté Chocolat ) avait réussi une superbe entame de course  mais Lalou Roucayrol (Arkema) a réussi à s’échapper de la molle plus vite que son adversaire et file désormais en tête avec 45 milles d’avance sur Reauté Chocolat. Gilles Lamiré, Thierry Bouchard et Thibaut Vauchel Camus sont quant à eux groupés et se tiennent en une dizaine de milles. A noter le retour tonitruant d’Erwan Le Roux qui devrait recoller au peloton.

Lalou Roucayrol, Arkema :
« C’est humide, c’est la douche. Je suis à la barre. Il y a beaucoup d’air et là je vais être obligé de réduire encore, je suis sous 2 ris  et foc ORC, ballasté. Je vais prendre un 3e ris car je n’arrive pas à tenir le cap : il y a vachement de mer et nos bateaux sont un peu handicapés dans ces conditions. On était un peu mieux placé qu’Armel (Tripon) cette nuit mais c’est très aléatoire dans ces conditions, très venté, avec des gros grains donc il faut être au bon endroit par rapport aux grains, mais il n’y a pas vraiment de gloire à tirer. J’ai entre 25 et 30 nœuds, la mer est bien défoncée, il y a bien quatre mètres de vagues, de travers, pas encore dans le sens du vent. Ça déferle un peu sur les crêtes donc la mer c’est assez merdique en fait… »

Thibault Vauchel Camus, Solidaires en Peloton – Arsep :
« Après Ouessant, ça allait vite, mais dans la nuit noire, on ne voyait pas du tout où on allait, ce n’était pas très confortable. Pour l’instant on est encore cul à cul avec Armel (Tripon) et on essaye de s’extirper de l’autre côté de la dépression. Là, il y a de la mer mais pas de vent, les voiles claquent, ce n’est pas super agréable. Et depuis cette nuit, moi j’ai des petits soucis, un mal de mer qui m’a pourri la nuit. Dès que j’étais à l’ordinateur, j’avais le ventre qui gargouillait, une fois dehors ça a été mieux. Il faut manger et se réhydrater. Je pense que la porte de sortie pour retrouver du vent n’est plus très loin. On voit que Lalou est à fond. Il faut espérer qu’il ne va pas partir très loin, très vite, tout seul ».

Route du Rhum, le début de course s’annonce musclé

Le départ de la Route du Rhum sera donné demain à 14h02,  les conditions météo pour le départ  sont très favorables à une sortie de Manche très rapide pour les deux classes de grands multis (Multi50 et Ultimes). Les skippers évolueront  au reaching  et devraient « démancher » sur un seul bord.
Les choses se corseront ensuite avec une petite dépression à contourner au large de la Bretagne et dont la position est encore susceptible d’évoluer. Les trimarans devraient essayer de s’échapper au plus vite vers le Sud-Ouest afin d’éviter le plus gros d’une très dépression qui arrivera sur le plan dans la nuit de lundi à mardi. Celle-ci va détériorer les conditions de mer.  Les rafales pourront dépasser les 45 nœuds et les creux culminer à plus de six mètres. À l’arrière, la traîne sera très active.

© Easy Ride / BPCE

Les conditions s’annoncent donc idylliques pour les trois ultimes avec plans porteurs : Banque Populaire IX d’Armel le Cléac’h, Macif de François Gabart et Edmond de Rothschild mené par Sébastien Josse. Ils pourraient ensuite être plus à la peine dans la mer formée, les creux de 5 à 6m, les ramèneront à des trimarans archimédiens, Francis Joyon sur Idec Sport et Thomas Coville sur Sodebo Ultim devraient profiter de la connaissance de leurs bateaux respectifs et de leur fiabilité dans ces conditions musclées. Romain Pilliard, sur Remade-Use It AgainRomain Pilliard, sur Remade-Use It Again (ex Castorama) devrait quant à lui jouer la sécurité, l’essentiel pour le marin étant de rallier l’arrivée.

En Multi50, six marins s’affronteront également, Thibaut Vauchel-Camus part sur le dernier né de la flotte,  un plan VPLP, Solidaires en Peloton ARSEP, mais il aura fort à faire face à Lalou Roucayrol, sur Arkema, Erwan Le Roux sur FenétréA-Mix Buffet et également Armel Tripon sur Reauté Chocolat. Thierry Bouchard sur un plan VPLP également très abouti fait figure d’outsider, tout comme Gilles Lamiré sur son trimaran La FrenchTech Rennes Saint Malo. Le malouin étant le seul à ne pas disposer de foils.

Photo Jean-Marie Liot / ALeA / TJV17

Le départ sera diffusé en direct sur les chaines d’info en continu, ainsi que sur la chaine L’Equipe, France 3 assurera un long direct.
Pour les chanceux qui pourront être sur place, la pointe du Grouin et le Cap Fréhel restent les sites à privilégier.

 

Nice Ultimed : l’équipage de Sodebo Ultim s’impose devant IDEC SPORT

Après un peu plus de 3jours de course, et après plusieurs changements de leader, c’est finalement l’équipage de Thomas Coville sur Sodebo Ultim’ qui s’est imposé hier à Nice.

L’équipage de Francis Joyon termine à environ une heure de son adversaire, après l’abandon d’Actual-Grand Large Emotion et le forfait de Banque Populaire IX suite à son chavirage pendant son convoyage.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

Les deux équipages auront connu des conditions variées sur ces 1109 milles du parcours, et les zones de pétales ont permis plusieurs retours. Par ailleurs cette confrontation entre les deux ultimes a confirmé un potentiel de vitesse proches pour les deux trimarans Sodebo et IDEC SPORT.

Une parade nautique clôturera l’événement à 14h, elle sera visible depuis la promenade de anglais.

Bernard Stamm, équipier sur IDEC SPORT  :
« Sans surprise, la Grande Bleue nous a dévoilé toutes les facettes de sa réputation d’inconstance. On a en effet connu un peu toutes les allures, toutes les mers, et toutes les conditions, depuis le fort vent lors de la descente depuis Marseille vers le sud Sardaigne, jusqu’à la franche pétrole Il faut désormais apprivoiser la bête. Le flotteur se lève plus vite que lors du Trophée Jules Verne. Les appuis du bateau sont différents. Il faut s’y habituer….»

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
« Notre grande satisfaction réside dans la qualité des modifications effectuées cet hiver. Je suis heureux et fier que Sébastien (Picault) et Antoine (Blouet) aient pu profiter lors de Nice UltiMed de l’excellent travail qu’ils ont réalisé sur l’électronique et l’accastillage. Nos nouveaux plans porteurs sont un peu la cerise sur le gâteau. Nous n’avons guère eu le temps de les tester par le menu, et il est clair, à l’issue de cette première course, qu’il nous faut encore beaucoup travailler pour en saisir et en maitriser toutes les subtilités.  Ce format d’épreuve m’a replongé dans le passé, et dans ces Tours de l’Europe qui nous menaient ainsi, lors de courtes étapes de deux ou trois jours, dans les plus beaux ports Méditerranéens. »

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim :
« Nous faisons du sport pour ces moments-là  :  Ces moments de voile sont des moments rares et magiques. La Méditerranée ? C’est toujours plus dur que ce qu’on pense. C’est un terrain de jeu exigeant et difficile. Nous avons été ambitieux sans jamais rien lâcher. Sans des garçons comme ça et mes deux rocks stars Matthieu Vandame et Thomas Le Breton, c’est impossible de réaliser ce genre de combat. Ils sont tout le temps à l’attaque, ils sont quasiment hors normes. Ils se jettent sur les manivelles quand il faut manœuvrer, ils sont impressionnants. Gagner c’est toujours rare et c’est précieux d’y arriver.
IDEC Sport est la référence en course au large. C’est le bateau qui a le plus grand palmarès en France. A bord, Francis (Joyon) a réuni un équipage très expérimenté. On s’est livré une belle bagarre jusqu’à cette nuit. L’adversaire était redoutable. On a eu beaucoup de plaisir à régater contre eux.
C’est à la fois très physique et mental avec beaucoup de manœuvres et des émotions difficiles à canaliser. Avec nos multicoques de plus de 30 mètres de long, on passe des vitesses folles où on se laisse griser suivies par des frustrations énormes de voir le bateau arrêté dans la pétole. Ce que vous avez construit, vous pouvez le perdre en un rien de temps sans pouvoir rien faire. Il faut alors se concentrer sur ce qu’on peut modifier. »

Jean-Luc Nélias, équipier sur Sodebo Ultim :
« J’ai vécu cette course sans véritable stress mais avec une grande philosophie. Je savais qu’en Méditerranée, tu peux te faire rattraper et tu peux rattraper. Je ne me suis jamais étonné qu’un bateau puisse nous reprendre 40 milles et qu’on puisse lui remettre 10 milles en deux heures. Ce qui est important c’est d’être premier à la fin ! »

NiceUltimed : le duel se poursuite entre IDEC SPORT Et Sodebo Ultim

La remontée de la  Sardaigne et de la Corse s’est révélée plus  compliquée que prévue dans des vents très instables. La marque de Porto Vecchio a été supprimée par le comité de course du fait de ces vents faibles.
Les deux équipages, au contact après la remontée d’IDEC SPORT hier se sont livrés à un beau duel.
Thomas Coville et ses hommes étaient parvenus à reprendre la tête dans la nuit, mais se sont de nouveau fait passer par Francis Joyon en fin d’après midi.
Les deux équipages ont utilisé à bon escient leur AIS pour éviter de tomber dans les molles favorisés par les reliefs des deux îles, laissant parfois leur adversaire encalminé à seulement quelques centaines de mètres.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

Ce soir IDEC SPORT mène la danse, après le passage du Cap Corse, les deux trimarans sont désormais au travers, en route directe vers Nice, la dernière boucle est encore à définir par le comité de course.

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
« Pour le moment, ce sont surtout les contrastes qui nous frappent en cette mer : vent fort puis calmes une fois sous le vent de la Sardaigne, lumière intense dans le Mistral, puis pluie et grisaille près du centre dépressionnaire en début de nuit. Le jour se lève sur une nuit fertile en émotions durant laquelle nous avons repassé notre concurrent, puis l’avons vu repasser à moins d un mile de nous, à 20 nœuds alors que nous étions arrêtés ! Tout de suite, 1 nœud au speedo. En deux tours du monde sur IDEC SPORT, Bernard Stamm qui est à la barre n’avait pas connu cela ! On se met dans le filet avant pour décoller les fesses du bateau, on sifflote, l’espoir, c’est bien connu, aime ces petites attentions. Nous sommes tout près de la côte Sarde, belle et impressionnante, on apprécie cette nature qui semble intacte vue de la mer. »

Gwénolé Gahinet., équipier d’IDEC SPORT :
« C’est le yo-yo permanent avec Sodebo. Depuis ce matin, nous naviguons quasiment tout le temps à vue. En ce moment nous le voyons très bien ! Nous sommes pas mal accro à la carto et à l’AIS. Hier, cela nous a permis de passer devant : nous avons vu qu’ils étaient arrêtés, donc dans une zone sans vent. Nous avons alors opté pour une trajectoire différente et cela a payé. Globalement, ici en Méditerranée, il vaut mieux être rattrapant que rattrapé. Ce duel entre nos deux bateaux aux performances similaires est vraiment sympa, on se prend bien au jeu !

 

NiceUltimed : IDEC SPORT prend la tête devant Sodeb’O

Les équipages des deux multicoques encore engagés sur la NiceUltimed ont connu des conditions variées depuis le départ de la course hier. Après un après midi et une soirée à tirer des bords dans des vents faibles, les deux trimarans (après l’abandon d’Actual-Grand Large Emotion) ont paré la première marque au large de Marseille vers 3h la nuit dernière. Thomas Coville et son équipage menaient alors avec 28 minutes d’avance sur IDEC SPORT.

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Les marins ont ensuite mis le cap au sud, au portant dans des vents forcissants et une mer forte, vers le Cap Spartivento (au sud de la Sardaigne), ce tronçon a été avalé en 12h à plus de 27 noeuds de moyenne.  Sodeb’O Ultim doublait cette seconde marque à 14h55, 1h45 avant IDEC SPORT.

Lors de la remontée le long de la côte est de la Sardaigne, Thomas Coville et ses équipiers tombaient dans une zone sans vent, les contraignant à un bord à 90° de la route. L’équipage d’IDEC SPORT bénéficiait dans le même temps de plus de pression et refaisait son retard. Peu après 20h, Francis Joyon et ses hommes passaient en tête.

La course est donc complètement relancée , les trimaran sont attendus à la marque de  Porto Vecchio entre 3 et 4h cette nuit, puis ils passeront au Cap Corse dans la matinée. La traversée entre Corse et le continent se fera au travers, dans un vent soutenu. Les équipages repasseront demain devant Nice, entre 11h et 16h (une estimation qui sera affinée au fil des heures). Ils entameront alors une deuxième boucle vers Marseille avant de revenir à Nice passer la ligne d’arrivée, samedi après-midi.

Vacation avec Bernard Stamm, équipier sur IDEC SPORT : « La descente au portant entre Marseille et le Sud de la Sardaigne a été très tonique, on a eu des claques à 40 nœuds de vent et c’est allé très vite sur une mer chaotique. Il a fallu empanner à plusieurs reprises pour se recaler. Dans un vent si fort, cette manœuvre n’est vraiment pas évidente sur un Ultime, alors on a bien fait attention pour ne surtout rien casser. Sodebo Ultim’ a pris les devants avant la marque de Marseille puis a été un peu plus rapide que nous au portant. Mais nous nous accrochons, nous restons concentrés pour tirer les bons bords et faire marcher au mieux le bateau. »

Plus que deux trimarans en course sur la NiceUltimed après l’abandon d’Actual-Grand Large Emotion

Le départ de la NiceUltimed a été donné à 13h02 aujourd’hui. Suite au chavirage de Banque Populaire IX, le plateau se réduisait à trois trimarans sur la ligne de départ le long de la promenade des anglais.
Les trois concurrents prenaient donc la direction de Marseille pour passer la première marque dans du tour petit temps.

Malheureusement, Yves Le Blévec contactait  la Direction de Course vers 16H, pour l’informer d’une avarie de gréement (vérin hydraulique  contrôlant la bascule du mât hors service) survenue sur Actual-Grand Large Emotion. Lors d’un virement de bord, le mât est parti sous le vent et l’équipage s’est rendu compte que le vérin commandant le système ne fonctionnait  plus son rôle, le mat restant basculé sous le vent. L’équipage a pu sécuriser  le gréement dans l’axe, et a rebroussé chemin vers Nice, tout en confirmant l’abandon du multicoque.

Photo : Baptiste Morel/Voile-Multicoques.org
l’ex Gitana 11 qui disputera la Nice UItimed sous les couleurs d’Actual

 

Il ne reste donc plus que les équipages Francis Joyon (IDEC SPORT) et de Thomas Coville (Sodebo Ultim’) en course, les deux maxi trimarans naviguent actuellement au large de Porquerolles et sont au contact à 0,1 mille l’un de l’autre. Dans ces conditions légères, les deux multicoques ont des performances très proches.

Les deux trimarans devraient passer la première marque à Marseille dans la nuit et prendront ensuite un cap plein sud vers la Sardaigne dans des conditions nettement plus musclées avec une  mer forte et courte et des vitesses de l’ordre de 30 noeuds attendues.

La cartographie actualisée toutes les 5 minutes disponible : ICI

Banque Populaire IX a chaviré

Le Maxi Banque Populaire IX a chaviré cette nuit aux alentours de 3h du matin au large des côtes marocaines.

© Easy Ride / BPCE

Armel Le Cléac’h naviguait en faux solitaire depuis quelques jours, le skipper devait rallier Cadix dans cette configuration avant d’embarquer l’équipage qui devait participer à la Nice Ultimed.
Le skipper du maxi trimaran était accompagné de Pierre-Emmanuel Hérissé et de Fulvio d’Aguanno, caméraman qui réalisait une banque d’images.
Les trois hommes se sont rapidement mis en sécurité à l’intérieur du bateau. La balise de détresse  a été déclenchée et l’équipage a ensuite été hélitreuillé par la marine marocaine. Un bateau est d’ores et déjà en route pour rejoindre le trimaran, afin d’envisager la récupération du bateau.

Le plateau de la Nice UltiMed se réduit donc, suite à ce chavirage,  à trois concurrents seulement, Actual d’Yves le Blévec qui naviguera sur le 77′ ex Gitana 11, Idec Sport mené par Francis Joyon et Sodebo de Thomas Coville.

Les explications du skipper du trimaran Banque Populaire IX, Armel le Cléac’h :

« Cette nuit on naviguait bâbord amure direction Cadix. Nous étions partis depuis mardi de Lorient, on avait fait un grand bord le long du Portugal. Pour s’entraîner, on est allé chercher un point de passage dans le nord ouest des Canaries. On faisait notre retour vers Cadix en vue d’aller chercher l’équipage pour la suite du programme.

Les conditions de mer et de vent étaient plutôt correctes, on avait 18/20 nœuds de vent au moment de l’incident. La mer était un peu formée parce que le vent avait été soutenu depuis pas mal de temps sur l’ouest du Portugal. En descendant vers les Canaries, nous avions eu du vent fort jusqu’à 40-45 nœuds. Nous étions sur un bord assez serré, du près débridé, un ris dans la grand-voile et le petit foc. J’avais fait les routages et au fil des heures le vent devait mollir. Les conditions étaient plutôt stables, j’avais vérifié et il n’y avait pas de grain ou d’orage possible devant nous. Pierre-Emmanuel Hérissé (le directeur technique du Team Banque Populaire) et notre média-man étaient à l’intérieur, moi j’étais dans ma cabane en veille aux manœuvres.

J’ai été m’allonger cinq minutes sur la bannette pour commencer une sieste. Le bateau a commencé à se lever très vite suite à une survente de vent, je n’ai pas eu le temps de sortir. J’ai pu choquer la grand voile mais cela n’a pas suffit. Tout est allé très vite, le bateau a basculé sur le côté tribord. Je me suis retrouvé à l’envers dans l’eau qui avait inondé la cabane. Pierre-Emmanuel m’appelait pour savoir si j’étais là. Nous arrivions à nous entendre entre deux vagues, j’ai réussi à sortir de là et à me hisser dans la coque centrale en sécurité avec eux, à l’abri.

On a tout de suite fait un point pour s‘assurer que personne ne soit blessé. J’ai très rapidement déclenché la balise de détresse pour alerter les autorités.

On a réuni le matériel de sécurité et on a enfilé nos combinaisons de survie. J’ai contacté Ronan Lucas (le directeur du Team Banque Populaire) par l’iridium portable qui était dans le bidon de survie pour lui dire que nous étions tous à bord et surtout qu’il n’y avait pas de blessé.

Deux heures après, un cargo est arrivé sur zone, on a échangé avec eux par VHF. Il faisait nuit, nous ne pouvions pas sortir du bateau immédiatement.

Le jour s’est levé, un patrouilleur devait nous rejoindre en fin de journée mais finalement un hélicoptère de la Marine Nationale a pu décoller de Casablanca ce midi pour venir nous chercher. A son arrivée, les uns après les autres, nous sommes montés dans l’hélicoptère et nous avons atterri au port militaire de Casablanca sur une frégate à quai. Nous avons été très bien accueillis par la Marine Royale Marocaine, nous avons pu manger et faire quelques contrôles de santé, on les remercie pour tout ainsi que l’équipage de l’hélicoptère. Nous avons ensuite été pris en charge par le Consulat de France.

 C’est vraiment dur à vivre, les conditions en mer étaient maniables, nous avons déjà navigué avant dans des conditions beaucoup plus fortes et engagées. Tout a basculé en quelques secondes. A mon avis, c’est lié à une survente de vent. Au moment où nous avons quitté le bateau, les trois coques et les bras étaient intacts, le mât quant à lui, est cassé en plusieurs morceaux »

La réaction de Thomas Coville après son record de l’Atlantique Nord

Retour sur les premiers mots de Thomas Coville à son arrivée à la Trinité sur Mer, à l’issue de son record en solitaire sur l’Atlantique Nord ; bouclé en 4 jours 11 heures 10 minutes 23 secondes.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

« Ce record a une saveur particulière, il est très important dans mon histoire personnelle.
Parce j’ai commencé ici même, à La Trinité, comme préparateur dans l’équipe de Laurent Bourgnon, lorsqu’il comptait justement s’attaquer au record de l’Atlantique. Et pour moi, de penser que lorsque Laurent s’y est attaqué, il a réussi l’exploit incroyable de l’améliorer largement, et moi aujourd’hui, je mets 4 jours et 11 heures, c’est incroyable… Je suis très ému d’avoir réussi à passer cette barre, avec ce record-là, qui a été le premier que j’ai tenté, lorsque j’ai décidé de me lancer à la chasse aux meilleurs chronos océaniques. »

« J’étais à New York, cette ville complètement folle. Jean-Luc m’appelle, me parle d’une fenêtre qui s’ouvre, assez incertaine quand même. Mais c’est là que je sens un élan : parce que l’intuition est plus forte que les calculs et les raisonnements. Or je n’ai aucun doute, je me sens super fort dans ma tête. Bien sûr, en Atlantique Nord, rien ne se passe jamais comme prévu. Pourtant, on a battu ce record ! J’ai fait confiance à ma sensibilité et ça a payé. »

« Quand tu t’attaques au record autour du monde en solo, tu essayes d’en garder toujours sous la pédale, parce que tu ne sais jamais de quoi demain sera fait, parce que ça dure plus d’un mois et demi. Alors que dans un record de l’Atlantique, tu ne te préoccupes pas de demain, juste de l’instant présent : tu n’as pas d’autre solution que de tout donner d’emblée. C’est un effort, une tension que tu ne relâches jamais. J’ai dû dormir quatre ou cinq heures en tout. Je restais debout, au risque de littéralement tomber de fatigue, mais je préférais garder la main sur l’écoute et le chariot de grand-voile, pour régler et choquer en cas de besoin. J’étais à fond tout le temps. Je n’ai pris un ris qu’à deux reprises. J’ai empanné plusieurs fois pour monter au nord et échapper à l’anticyclone. La trajectoire m’imposait de descendre dans le vent tout en puissance, en restant très proche du vent arrière. Cela voulait dire à fond, avec toute la toile, soit plus de 700 m2 au dessus de ma tête, même par 35 nœuds de vent (force 8), tout en puissance. Je n’ai jamais fait ça. Sous l’Irlande, on était plus près du vent, du coup, ça allait très très vite, avec la coque centrale totalement hors de l’eau, à près de six mètres en l’air… »

Thomas Coville : record de l’Atlantique en moins de 4 jours et demi sur Sodebo Ultim

Quelques jours après Francis Joyon, qui avait amélioré son propre temps en mode convoyage rapide et pour sa première navigation en solitaire sur Idec Sport ;  c’est au tour de Thomas Coville de reprendre le record de l’Atlantique Nord.
Le skipper de Sodebo Ultim signe donc le nouveau temps de référence de la traversée de l’atlantique nord en solitaire après avoir franchi la ligne d’arrivée au Cap Lizard  aujourd’hui, à 19h 29min.
Thomas Coville n’aura mis que 4 jours 11 heures 10 minutes 23 secondes pour cette traversée express , il bat de 15 heures 45 min 47s le chrono réalisé par Francis Joyon le 13 juillet.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

Il aura parcouru 3039 milles nautiques (5628 km) à la vitesse moyenne de 28,35 noeuds (26,87 nœuds sur l’orthodromie).

Sodebo Ultim’ retrouvera son port d’attache demain, il se présentera à l’entrée du chenal de la Trinité sur Mer demain vers 16h00 pour une arrivée au ponton à 17h00.

Thomas Coville est désormais détenteur du record de l’Atlantique Nord  en solo et de celui du tour du monde en solitaire.

Thomas Coville attendu la nuit prochaine au Cap Lizard

Thomas Coville, le skipper du trimaran SODEBO ULTIM’ continue sa route à haute vitesse sur l’Atlantique Nord.
Il est à l’heure actuelle en avance sur le tout récent temps de Francis Joyon sur IDEC SPORT, puisqu’il ne lui reste plus que 650 milles à parcourir. Il devrait donc boucler l’Atlantique en moins de 5 jours et décrocher ce record.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

Thomas Coville, skipper de SODEBO ULTIM’ :

« Je prends un pied terrible. J’aime bien régler et manœuvrer le bateau.
Je trace un long trait après c’est un peu confus. Je perds le fil car le fait de ne pas dormir, c’est comme si j’avais des trous de mémoire.
Je vois très bien la situation météo. Ma route est claire mais les évènements se mélangent.

Je suis très toilé tout le temps. J’ai pris un ris à un moment donné mais j’ai presque 800 mètres carrés de toiles au dessus de la tête !
Ce n’est pas la même ambiance que quand tu es sur le tour du monde où je serais sans doute avec un ris dans la grand-voile.
Ici, je me mets moins de pression de résultat pour être plus dans la sensation.

J’ai fait des micro siestes, cinq ou six de 20 minutes depuis le départ.
Sinon, je me mets dans le pouf mais j’ai peur de faire un tout droit et de ne pas entendre l’alarme. J’arrive à manger régulièrement et je fais gaffe à ça. Au moment du départ, mon sac d’affaires perso à été débarqué et j’ai moitié moins de vêtements à bord.
Il fait froid, surtout très humide et ce n’est pas très confortable
Je suis trempé et je macère dans mon jus. L’humidité dégouline, je suis dans un décor de brouillard avec une intensité particulière.

Hier j’ai eu le bon feeling celui que tu fais quand tu es dans un état second. J’ai fait un beau coup. En fait, je fais ma météo avec les infos que Jean-Luc (Nélias qui route Thomas depuis la terre) m’envoie et puis sur le pont, c’est un autre sujet où tu dois comprendre les chiffres. Et là, j’empanne au bon moment, ça rentre fort, c’était le bon moment un état euphorique où tu es grisé par la sensation.

Je donne tout pour essayer de battre ce record
C’est l’un des plus historiques. Je ne regarde pas la carto, j’avance step by step sans me mettre la pression du temps. Mais je suis à fond pour ce record. On verra bien une fois la ligne franchie mais en tout cas j’ose et je suis heureux de le faire. La dernière partie n’est pas évidente avec une zone sans vent qui se déplace. Il ne faut pas qu’elle remonte de trop sur ma route».