Interview de Fred Le Peutrec-Partie 1

Fred Le Peutrec, grand spécialiste du multicoque (3 prépartions olympiques en Tornado, Vainqueur de The Race sur Club Med, barreur des 60′ ORMA Bayer puis Gitana 11, barreur et boat manager de Groupama 3, barreur de Smart Home) a de nouveau accepté de répondre aux questions de Voile-Multicoques.com.

Voici la première partie de cette interview qui concerne le Challenge Julius Bar qui s’est terminé ce week-end sur le lac Léman, Fred Le Peutrec a fait son entrée sur le crcuit Décision 35 cette saison à la barre de Smart Home.

L’interview a été réalisée le 15/09/2009, avant la dernière manche du challenge, Fred Le Peutrec et son équipage se sont classés 6ème du Challenge Julius Bar 2009.

© Yvan Zedda

© Yvan Zedda

Voile-Multicoques.com : Tu participes au Challenge Julius Bar sur le Léman cette saison. Tu occupes le poste de barreur sur le catamaran Decision 35, peux-tu nous parler de ce bateau au plan de voilure généreux et aux entrées d’eau très fines?

Fred Le Peutrec : Le bateau est très sensible à la barre, équilibré, on prend beaucoup de plaisir à le régler, parce qu’avec de petites modifications des réglages on accélère ou on s’arrête, et quand on constate un petit moins en vitesse, il n’est pas toujours facile à combler.

Voile-Multicoques.com : Le bateau semble vraiment axé petit temps, les manches sont annulées si il y a plus de 22 nœuds de vent, ce catamaran est-il inadapté à la brise ?

Fred Le Peutrec : On ne peut prendre qu’un ris sur le bateau, la réduction maximale est un ris-solent, si on imaginait avoir un 2nd ris comme les autres bateaux et une voile d’avant plus petite, nous pourrions naviguer avec plus de vent, mais ce n’est pas forcément judicieux, la plupart des manches annulées le sont parce qu’il n’y a pas assez de vent, les manches annulées parce qu’il y a trop de vent sont finalement très rares. La spécificité du lac c’est que le vent bien établi lève des vagues très courtes sur lesquelles les bateaux basculent facilement, donc c’est assez piégeux.

Pour le reste, c’est un bateau comme tous les bateaux du monde, sauf que le plan de voilure a l’avantage de donner un bateau très vif dans le petit temps, ce qui est nécessaire sur le lac Léman. Le bateau est très vite et très tôt en action, il s’anime très vite, ce qui permet de faire de belles régates. Même dans le petit temps c’est passionnant.

Voile-Multicoques.com : Un mot sur l’équipage et la répartition des tâches ?

Fred Le Peutrec : La jauge autorise un certain poids d’équipage (entre 370 et 462kg), en début de saison nous étions 5 mais nous n’arrivions pas au poids maximum, et avec 6 personnes à bord nous étions trop lourds, nous avons donc trouvé une jeune femme qui navigue avec nous.

Pour la répartition des tâches il y a Christian Wahl à  la tactique, il avait déjà ce poste l’an dernier sur  Alinghi SUI-1, Franck Citeau et Julien Cressant aux manoeuvres des voiles d’avant et aux réglages, embraque, ils soutiennent aussi l’activité tactique, notamment dans les phases de contact, le propriétaire Christian Michel qui aide Julien Cressant aux voiles d’avant : déroulage du gennaker, du code O, passage lors des virements de bord et empannages, et moi à la barre et à l’écoute de grand voile qui est sur circuit hydraulique, la pompe se situant à côté du siège de barre.

Photo : Baptiste Morel

Photo : Baptiste Morel

Voile-Multicoques.com : Vous êtes 6ème du Challenge Julius Bar actuellement (interview réalisée le 15/09/2009), il reste une manche à courir, quels étaient vos objectifs pour cette année sur SmartHome ?

Fred Le Peutrec : L’objectif de la saison était de constituer un équipage, de progresser, de fidéliser les équipiers, dans le but de prétendre à des victoires l’année prochaine.

Il y a donc eu plusieurs changements, qui peuvent paraître minimes parce qu’il n’y a parfois qu’une personne qui change ; mais la spécificité du bateau, du type de régate et des exigences de réglages et de précision sur ce bateau là, qui sont vraiment réels parce que c’est un bateau très toilé mais sans inertie, fait qu’à chaque fois nous repartions avec des choses à remettre en place.

Je pense que ça sera un peu mieux pour la dernière manche parce que l’équipage reste le même.

Faire un podium était aussi un des objectifs, ce que nous avons fait sur le Bol d’Or (2nde position), que l’on était à deux doigts de gagner (SmartHome a terminé à 1 minute du vainqueur Foncia après plus de 19 heures de course), ça aurait été vraiment sympa de le gagner.

En cours de saison, et en voyant que les trois premiers allaient être difficiles à concurrencer, nous nous sommes dit qu’il était raisonnable de penser finir dans les cinq premiers. Là on est borderline, c’est encore possible étant donné que la plus mauvais manche saute, comme nous nous sommes  mis sur le toit, la plus mauvaise a été trouvée tout de suite (chavirage sur la Genève-Rolle-Genève). Mais nous sommes aussi menacé derrière, Banque Populaire étant à un point derrière nous.

Dans l’ensemble nous ne sommes pas mécontent, actuellement nous sommes les mieux placés pour un équipage faisant réellement sa première saison ensemble, c’est donc plutôt pas mal.

Voile-Multicoques.com : Le circuit Décision 35 regroupe bon nombre de skippers et d’équipiers qui couraient le championnat ORMA, la série est-elle devenue au fil des années une série professionnelle ou peut-on encore la considérer comme une série de propriétaires ?

Fred Le Peutrec : La série reste une série de propriétaires parce que ce sont eux qui régissent complètement l’évolution de la classe : le type d’épreuve, le fait de maintenir les bateaux sur le lac, d’avoir une relative maîtrise des coûts, même au niveau des horaires de régates ce sont eux qui décident (pas de départ après 15h30 le dimanche pour que tout le monde puisse rentrer chez soi le soir),  l’évolution de jauge : si les bateaux sont amenés à évoluer ça sera en bloc mais uniquement sur la décision des propriétaires qui se réunissent entre eux, sans que  les coureurs pros soit conviés, on peut bien sûr suggérer des évolutions, des réflexions dont ils peuvent se servir.

D’ailleurs la plupart des propriétaires sont sur les bateaux pendant les manches du championnat, le petit plus apporté par les pros, tous les spécialistes de catamarans ou de  multicoques, est que le niveau s’élève et que les régates sont plus disputées, ce qui plait d’autant plus à tous les propriétaires qui y trouvent leurs comptes avec une série où il y a de l’enjeu.

Voile-Multicoques.com : La saison des records va débuter sur le lac Léman, le Ruban Bleu (record du lac Genève-Le Bouveret-Genève) fait-il parti des objectifs de SmartHome ?

Fred Le Peutrec : Non parce que je n’aurai pas le temps puisque je vais être accaparé par la remise à l’eau de Groupama 3, son armement, les essais etc., qui plus est nous naviguons sur Groupama 2 pour des sorties RP en ce moment. Le programme Groupama est trop dense pour que je puisse rester en Suisse pour le Ruban Bleu.

La suite de l’interview sera en ligne en fin de semaine et reviendra sur la saison de Groupama 3 et l’actualité des multicoques (projet MOD ORMA, Route du Rhum, America’s Cup ).

Gitana 11 remis à l’eau

Gitana 11 a été remis à l’eau hier à Saint Philibert. Le bateau vainqueur de la Route du Rhum 2006 a subi un gros chantier de 10 mois qui a permis au Gitana Team d’allonger ce 60′ ORMA à 77′ en changeant de flotteurs, en allongeant la coque centrale (ajout d’un tronçon de  7m en avant du bras de liaison avant), renforcement de la structure (coque centrale et bras de liaison), aménagement de la plate forme pour la navigation en solitaire (modifications des postes de barre qui ont été recentrés sur les côtés du cockpit).

© Yvan Zedda / Gitana S.A

© Yvan Zedda / Gitana S.A

Le bateau a été mâté dans la foulée avant de rejoindre le môle Loic Caradec à la Trinité où le bateau sera amarré, comme le reste de l’armement Rohschild.

Le trimaran semble avoir bénéficié des dernières études du cabinet VPLP puisque le dessin des flotteurs semble proche de ceux de Banque Populaire V, les safrans de flotteurs ont été avancés par rapport à la version 60′, le plan de voilure reste quant à lui identique à la version ORMA.

© Yvan Zedda / Gitana S.A

© Yvan Zedda / Gitana S.A

L’objectif du Gitana Team est une nouvelle victoire sur la Route du Rhum,Yann Guichard sera à la barre de ce « nouveau » Gitana 11. La confrontation avec les autres maxis trimarans s’annonce intéressante, le Gitana Team a choisi de conserver le potentiel d’un 60′ ORMA dans le petit temps grâce à un poids faible (7tonnes) par rapport aux autres bateaux (11t à 12 t pour Sodeb’O et Idec, 18t pour Groupama 3) tout en améliorant le potentiel du bateau dans des conditions musclées.

Mise à l’eau de Gitana 11 retardée

Gitana 11, le bateau vainqueur de la dernière Route du Rhum et qui a depuis subi un gors chantier pour l’allonger à 77′ (changement des flotteurs, allongement de la coque centrale, renfort des bras…) devait retrouver l’eau aujourd’hui à la Trinité sur Mer, les conditions météos n’étant pas favorables (25 noeuds de vent se renforçant progressivement), le Gitana Team a préféré repousser cette mise à l’eau au début de semaine prochaine, à priori lundi.

Gitana 11 allongé à 77′

L’exclusivité revient à Loick Le Bras, journaliste de Voiles et Voiliers, le trimaran vainqueur de la dernière Route du Rhum prend donc plus de 5mètres de longueur dans cette opération.

La coque centrale a été allongée par l’arrière d’un métre, et l’étrave tronçonnée à l’avant du bras de liaison pour être remplacée par une nouvelle étrave de 9 mètres.

Les flotteurs construits en Nouvelle Zélande ont été assemblés fin juillet.                      Tout comme l’étrave de coque centrale, celles des flotteurs adoptent une étrave inversée, avec un dessin à priori proche de celui des étraves de Banque Populaire V.

La dernière grosse modification est la construction de deux postes de barre qui seront désormais situés juste à  l’extérieur du cockpit, alors qu’ils se trouvaient auparavent au niveau du bras arrière entre la coque centrale et le flotteur. Cette disposition permettra au skipper, Yann Guichard d’avoir à portée de main tous les winchs disposés sur les côtés du cockpit.

La mise à l’eau du trimaran largement modifié est prévue début septembre.

Les premières photos à découvrir sur le blog Voiles et Voiliers de Loick Le Bras.

Un premier flotteur pour Gitana 11 allongé à 75′

Le communiqué de presse du Gitana Team en ce qui concerne le chantier d’allongement de Gitana 11 pour la Route du Rhum 2010, le trimaran prendra finalement 15′ contrairement à ce qui avait été annoncé initiallement (70′) :

Depuis le mois de janvier 2009 l’équipe technique du Gitana Team s’attèle au chantier de transformation de Gitana 11. Le trimaran vainqueur de la Route du Rhum 2006 sous les couleurs du Groupe LCF Rothschild, connaît actuellement de lourdes modifications structurelles, puisque de 60 pieds le multicoque passera bientôt à 75 pieds. Ce chantier ambitieux, encouragé par le nouvel avis de course de la transatlantique entre St Malo et Pointe-à-Pitre – rappelons que la 9ème édition sera ouverte aux multicoques de la G Class –, pourrait familièrement se comparer à un grand puzzle. En effet, les pièces maîtresses de ce nouveau trimaran arrivent des quatres coins du globe et cette semaine a été marquée par la réception du premier flotteur en provenance de Nouvelle-Zélande.

Le flotteur tribord de Gitana 11, premier à sortir des chantiers néo zélandais, a quitté les Antipodes début mai pour un convoyage en cargo d’une trentaine de jours. Débarquée au Havre samedi dernier, le 6 juin, cette pièce de près de 22 mètres de long a dû alors patienter quelques jours dans le port normand, douane oblige, avant d’être acheminée par camion à la Trinité-sur-Mer. Le convoi exceptionnel est arrivé mercredi en toute fin d’après-midi devant la base technique du Gitana Team. Pour l’équipe, dirigée par William Fabulet, la réception de ce premier flotteur marque le début de l’assemblage. Une étape importante comme nous l’expliquait Yann Guichard, le skipper de Gitana 11 : « Cela fait six mois que les membres du team dédiés à ce chantier préparent la plateforme. Les importants travaux opérés sur le cockpit et les postes de barre se finalisent et dans le même temps les bras ont été renforcés pour anticiper l’augmentation des efforts induit par les nouvelles dimensions de Gitana 11. Mais l’assemblage est une phase cruciale puisque nous allons enfin matérialiser ce que nous observons sur le papier depuis plusieurs mois. Le bateau va désormais renaître et au fil des prochaines semaines ses nouvelles lignes vont se dessiner. Concernant le flotteur, l’équipe va se consacrer à son calage, avant d’attaquer le greffage à proprement dit. Cela représente près de trois semaines de travail. »

Puis ce sera au tour du flotteur bâbord, dont l’arrivée en Bretagne est programmée fin juin, de rejoindre le hangar de la base technique de Saint-Philibert. A noter que ce dernier empruntera précisément le même chemin que son « aîné ».

Pourquoi avoir construit les flotteurs à l’autre bout du monde ? Telle est la question que nous avons posé au team manager de l’écurie de course du Baron Benjamin de Rothschild : « Après études, nous avons choisi de faire construire les nouveaux flotteurs de Gitana 11 en Nouvelle-Zelande. Premièrement, cette décison a été guidée par des raisons économiques évidentes. Mais aussi par un souhait de poursuivre le travail initié avec les Chantiers de Southern Ocean Marine lors de la génèse de Gitana Eighty. Et enfin, cette construction à des milliers de kilomètres permet de travailler tranquillement loin des regards, ce qui n’est jamais désagréable ! » nous expliquait Cyril Dardashti, avant d’apporter des précisions sur cette collaboration : « Rolland Allanic, l’un des spécialistes composites du Gitana Team a ainsi quitté la France pour les Antipodes durant près de six mois. Sa présence quotidienne dans les chantiers était indispensable tant pour superviser la construction que pour assurer le lien et le suivi avec l’équipe technique restée en France. Le résultat est au rendez-vous et nous en sommes ravis.»

La réception de cette première pièce maîtresse a été l’occasion pour Yann Guichard de revenir avec précision sur les spécificités de ces nouveaux flotteurs : « Depuis les premiers jours notre fil conducteur est de rendre Gitana 11 plus polyvalent. Nous cherchons à conserver son potentiel dans le petit temps tout en augmentant ses performances dans la brise. Cette adéquation passait par l’allongement des flotteurs, qui seront plus longs de 4 mètres. Dans les formes, ces coques s’inspirent des nouvelles générations de flotteurs, issues des évolutions techniques réalisées dans ce domaine lors des sept dernières années. Il faut se rappeler que les flotteurs de Gitana 11 dataient tout de même de 2001. Comme toujours, il a été question de compromis poids/puissance lors de la conception puis de la construction.»