Quel avenir pour les MOD70 ?

Alors que la première saison des MOD 70 avait démontré le potentiel de la classe, avec des performances au rendez-vous, des courses serrées et une fiabilité somme toute satisfaisante, la seconde saison semble de plus en plus incertaine.

L’origine de cette impasse serait un désaccord entre les armateurs des bateaux et l’organisation MOD SA.

Le tour du monde prévu cette année était illusoire sans l’arrivée d’un sponsor de classe, comme l’avait déclaré Marco Simeoni, président de MOD SA il y a quelques mois, mais le tour de l’Europe initialement prévu ne semble plus être à l’ordre du jour.

Difficile pour les équipes ayant un bateau de vendre leurs projets dans ces conditions, seul Oman Sail continue à naviguer, Spindrift racing, Groupe Edmond de Rothschild et Race for Water ont été sortis de l’eau ; Michel Desjoyaux n’a pas de sponsor pour réarmer l’ancien Foncia, et Virbac Paprec, n’a pour sa part toujours pas mis son bateau à l’eau, le MOD n°2 (ex Véolia) n’a jamais trouvé preneur.

Le salut de la classe pour cette année pourrait venir de Prince de Bretagne qui organise son propre tour de l’Europe ouvert à tous les multicoques, ce qui permettraient aux armateurs de participer à une course.

L’ouverture de la Transat Jacques Vabre aux multicoques était également en discussion, mais il est peu probable que les skippers de MOD s’engagent si l’organisation ouvrait la course aux Ultimes (les MOD étant moins performants sur le papier).

L’avenir de la classe est donc plus que morose, et l’achat de Banque Populaire V par Spindrift racing, (plus le fait que le maxi trimaran était convoité par le Gitana Team), laisse à penser que les principaux acteurs du circuit ont de gros doutes sur celui-ci.

Armel Le Cléac’h au départ de la Route du Rhum 2014 sur l’ex-Groupama 3

La Banque Populaire a officialisé aujourd’hui l’achat de Groupama 3, le maxi trimaran de 31,50m, sur lequel Franck Cammas avait remporté la Route du Rhum 2010, c’est Armel le Cléac’h qui prendra la barre du multicoque sur la prochaine édition de la célèbre transatlantique en solitaire.

Le bateau devrait être remis à l’eau début avril, ce qui permettra au skipper de prendre du repos après le Vendée Globe qui se terminera dans les semaines à venir, le programme précis n’est pas défini mais devrait comprendre des tentatives de record (Atlantique et Méditerranée), et la Transat Jacques Vabre si les organisateurs acceptent l’ouverture d’une classe Ultime (qui pourrait également accueillir le 80′ Prince de Bretagne, le 77′ Gitana 11, les MOD70 ou encore les 100′ Idec et Sodeb’O).

Armel le Cléac’h reprendra donc du service en multicoque pour deux ans, jusqu’à la Route du Rhum, après son expérience malheureuse en 60′ ORMA (chavirage sur la Jacques Vabre), qui l’avait mené vers le 60′ IMOCA.

 

Armel Le Cléac’h, skipper Banque Populaire : « Je suis très heureux de continuer cette belle collaboration avec le Team Banque Populaire. Ces nouveaux défis passionnants vont me permettre d’enchaîner notamment sur 2 grandes courses en solitaire que sont la Solitaire du Figaro et la Route du Rhum. Actuellement en mer sur le Vendée Globe, je sais que l’équipe technique prépare déjà la suite du programme sportif. Cela va me permettre d’enchaîner dans de bonnes conditions le programme annoncé. »

En bref

  • Le Gitana Team quitte le circuit Extreme Sailing Series en 2013, après quatre podiums successifs depuis 2009, l’équipe souhaite se recentrer sur la course au large, comme l’explique le directeur général Cyril Dardashti «  L’histoire du Gitana Team restera marquée par ces années (sur les Extreme Sailing Series)  mais aujourd’hui il a été décidé de se concentrer sur la Course au Large avec le trimaran de 70’ Groupe Edmond de Rothschild, skippé par Sébastien Josse, et Gitana 11. Les programmes de ces deux bateaux pour la saison 2013 seront très prochainement officialisés.» L’équipe se concentrera donc sur le MOD70, mais utilisera également Gitana 11 (l’ancien 60′ ORMA, allongé à 77′), en dehors de la Route des Princes, le trimaran pourrait être aligné sur des records en solitaire (ce qui était initialement prévu lors de sa mise à l’eau)
  • La Route des Princes, tour de l’Europe organisé par Prince de Bretagne, débutera d’un port du sud de la France le 1er juin 2013 et se terminera le 30 à Roscoff. Les escales, qui permettront au public de voir les bateaux s’affronter sur des formats courts  auront lieu à Valence (Espagne) du 4 au 9 juin, à Benicarlo (Espagne) le 9, à Lisbonne (Portugal) du 13 au 16, à Dublin (Irlande) du 20 au 23, à Plymouth (Angleterre) du 26 au 29 et à Roscoff. Ce tour de l’Europe sera ouvert à tous les multicoques de 50′ et plus.
  • La Transat Jacques Vabre se prive des MOD70, cette classique aura lieu en 2013 entre le Havre et Itajai au Brésil, elle sera ouverte aux monocoques de 40′ et 60′ et à la classe des Multis 50′. L’organisation n’a semble-t-il pas souhaiter introduire une classe en équipage alors que la course se courre en double pour les autres participants.
  • La Solidaire du Chocolat s’ouvre quant à elle aux multis pour son édition 2012, cette transat réservée jusqu’ici à la classe 40′, accueillera les MOD 70 et les Ultimes qui se mesureront en équipage sur le parcours Cadix (Espagne)-Progreso (Mexique).
  • Silence radio de la classe MOD70 qui ne devrait rien annoncer au salon nautique. Le tour du monde au programme initial de 2013 semble désormais utopique, sans sponsor pour la classe et avec un plateau réduit, le MOD n°2 n’a semble-t-il toujours pas trouvé preneur et Michel Desjoyaux n’a pas de sponsor pour l’année à venir. Reste à définir un nouveau programme pour cette saison, la logique voudrait que les MOD soient alignés sur la Route des Princes, ce qui éviterait des frais supplémentaires face à un tour de l’Europe spécifique à la classe monotype ; une transat aurait été la bienvenue, mais l’organisation de la Transat Jacques Vabre a fermé la porte aux MOD…

Le MOD Spindrift Racing de Yann Guichard mis à l’eau

Le MOD n°5 du team Spindrift Racing a été mis à l’eau à la BSM de Lorient vendredi matin. Ce trimaran sera barré par Yann Guichard, qui s’entoure de Pascal Bidégorry, Billy Besson et Jacques Guichard qui feront parti de l’équipage.

Le skipper avait eu l’occasion de découvrir le bateau lors des Krys Match sur Race for Water,le MOD Spindrift Racing, rejoindra sa base de la Trinité sur Mer dès le 1er février, suivront des sessions d’entrainement inshore et offshore en collaboration avec l’équipe de Foncia menée par Michel Desjoyaux.

Avant le début officiel du Multi One Championship avec la Krys Ocean Race, Yann Guichard et son équipage s’aligneront sur les courses « régionales » avec au programme le Tour de Belle-Ile, l’Armen Race et le Trophée SNSM.

Yann Guichard :« Je suis fier de pouvoir m’entourer d’une équipe technique de grande expérience et de marins d’exception, tous spécialistes du multicoque. Après 8 mois de chantier et d’attente, nous rentrons enfin dans le vif du sujet. Tous, nous sommes impatients de tirer les premiers bords »

Pascal Bidégorry : « C’est une grande joie d’intégrer l’équipe de Spindrift racing et participer au circuit MOD70 qui s’annonce passionnant. Comme j’ai déjà eu l’occasion de naviguer avec Yann, je connais bien ses compétences et ses qualités humaines que j’apprécie. Spindrift racing sera très compétitif, je n’en ai aucun doute. »

Yann Guichard et Léo Lucet, le Directeur du team sont toujours en négociations avec d’éventuels partenaires afin d’envisager le futur de l’équipe ; par ailleurs le skipper espère pouvoir s’engager sur la prochaine Route du Rhum en 2014, comme il l’explique dans un interview pour Sports.fr.

Erwan Le Roux à la barre de l’ex Crêpes Whaou ! 3

FenêtréA-Cardinal, les patenaires d’Erwan le Roux depuis 2010, ont annoncé aujourd’hui le rachat du Multi 50′ Crêpes Whaou ! 3. Ce trimaran dessiné par le cabinet VPLP et mis à l’eau en 2009 fait parti de la dernière génération des Multis 50′.

Erwan Le Roux, qui skippait jusqu’ici un trimaran de 1994, disposera désormais d’un bateau performant et optimisé  pour briller dans cette classe, qui plus est le marin connaît bien le multicoque puisqu’il avait supervisé la construction de celui-ci avant de gagner la Transat Jacques Vabre au côté de l’ex skipper  Franck Yves Escoffier.

Le trimaran va bientôt entrer en chantier afin de recevoir ses nouvelles couleurs avant d’entamer une saison qui comptera les grands prix, et la Transat Québec Saint-Malo qui partira le 22 juillet 2012. La première sortie aura lieu dans le cadre du Tour de Belle-Ile, organisé le 28 avril.
L’engagement porte jusqu’en 2014 avec comme objectif principal la Route du Rhum.
Erwan Le Roux, skipper :  » Ce sont de belles retrouvailles. Nous avons une trajectoire commune avec ce bateau. L’histoire est magnifique, maintenant il va falloir travailler pour lui faire honneurainsi qu’à mes partenaires et figurer dans les premiers. Ce trimaran est le résultat de toute l’expérience de Franck-Yves Escoffier et j’en ai effectué tout le suivi de construction, j’ai assisté à toutes les réunions de la conception à sa mise à l’eau. Ensemble, nous avons remporté la Transat Jacques Vabre 2009. Je peux donc dire que je le connais bien, même s’il faut que je le réapprenne. Mais je sais que je vais disposer d’un bateau marin, sympa et qui va vite. Je ne pouvais rêver mieux! « 
Franck-Yves Escoffier  : « Il y a dix ans, Whaou ! a cru dans ce projet et m’a permis de courir avec un partenaire unique. Ensemble nous avons vécu de très beaux moments, souvent ponctués de victoires. Chaque mise en chantier d’un nouveau bateau a été une vraie aventure, chaque course a été unique. J’ai rencontré des gens extraordinaires avec qui est née une véritable amitié. Je pense notamment à Hubert Desjoyeaux, de CDK. Je ne me suis jamais lassé de naviguer sur ces Multi50 et j’espère bien y retourner. Je suis heureux que le bateau ait trouvé un acquéreur aujourd’hui et je ne doute pas qu’il continue à occuper les podiums ».
A noter, Crêpes Whaou qui a sponsorisé les trimarans de Franck Yves Escoffier pendant 10 ans reste partenaire minoritaire de ce nouveau projet.

Statu quo sur la Transat Jacques Vabre

Après quatorze jours de course et les nombreux abandons dans la classe Multi 50′, les deux rescapés poursuivent leur course vers le Costa Rica.

Actual mené par Yves le Blévec et Samuel Manuard a peu à peu accentué son avance sur  Loic Féquet et Loic Escoffier sur Maitre Jacques depuis le départ, les deux trimarans ont contourné la marque de la Barbade et naviguent désormais dans la mer des Caraibes, Actual pointe à 1000 milles de l’arrivée avec 290 milles de retard, sauf avarie le duo le Blévec/Manuard devrait remporter cette transat devant Féquet/Escoffier.

Loic Féquet : « On pensait que la journée d’hier serait paisible et rapide sous les alizés et ça n’a pas du tout été le cas ! Il n’y a pas eu de vent, beaucoup de grains orageux, on a dû tirer des bords… Passer la Barbade a été très laborieux, on a eu une grosse panne de vent d’une heure ! Du coup on l’a rebaptisée la Barbante

Depuis qu’on l’a enroulée, tout va bien, on est à nouveau à 20 nœuds, on sera à Sainte Lucie dans une heure. Ensuite, Jean-Yves Bernot nous conseille de carrément traverser presque toute la mer des Antilles avant de faire cap sur Puerto Limon… On a encore 1500 milles à faire donc avec une ETA possible le 20 novembre.

Aujourd’hui, normalement, les grains sont derrière nous, on devrait avoir de l’alizé mais la nuit prochaine risque d’être à nouveau orageuse. Du coup on se repose bien le jour mais les nuits sont plutôt agitées ! »

Du côté des avaries, Prince de Bretagne devrait bientôt quitter la Corogne pour être convoyé vers sa base de Lorient, le skipper Lionel Lemonchois attend des conditions favorables, à savoir un vent d’ouest sur le golfe de Gascogne, afin de faire naviguer le trimaran sans solliciter le flotteur et le bras de liaison droits. Son co-skipper sur cette transat, Matthieu Souben a convoyé avec Antoine Koch Crêpes Whaou, qui avait du abandonné suite à la blessure de Franck Yves Escoffier, qui souffre de fractures suite à sa chute dans le cockpit du bateau.

Le départ de la transat Jacques Vabre aura lieu mercredi

Le départ de la Transat Jacques Vabre, qui devait avoir lieu hier à 13h, sera finalement donné mercredi à 15h, une décision sage aux vues des prévisions météos qui annoncent une dépression très creuse qui va générer des conditions tempétueuses pendant 48 heures : vents moyens de 45 nœuds, rafales à 55/60 nœuds associés à une mer grosse (creux de 8 à 10 m) à l’arrière du front froid.

Les équipages des Multis 50′, IMOCA et classe 40 patienteront donc dans le port du Havre jusqu’en milieu de semaine avant de s’élancer vers le Costa Rica, le plateau en Multi 50′ a été amputé d’une unité avant le départ, en effet Anne Caseneuve et son fils ne pourront prendre le départ sur leur trimaran puisqu’ils n’ont pas fourni le certificat de jauge indispensable à l’engagement du bateau, ils ne seront donc que six à s’affronter sur cette transat.

On retrouve bien évidemment le vainqueur en titre, Franck Yves Escoffier sur Crèpes Wahou 3, il sera associé à Antoine Koch, leurs deux principaux adversaires seront Actual mené par Yves le Blévec et Samuel Manuard et Prince de Bretagne avec Lionel Lemonchois et Matthieu Souben à bord ; FenêtreA Cardinal et MonOpticien.com ne devraient pas pouvoir suivre le rythme imposé par les derniers bateaux construits, le rôle d’outsider pour le podium et/ou la victoire revient à Maître Jacques (l’ex Crèpes Wahou 2) skippé par Loic Féquet et Loic Escoffier, qui a brillé en fin de saison de grand prix et qui a le potentiel pour tenir la dragée haute aux favoris.

Nouvelle victoire de Crèpes Wahou dans la Jacques Vabre

Sans surprise, Franck Yves Escoffier accompagné d’Erwan le Roux sur Crèpes Wahou, ont survolé et remporté la Transat Jacques Vabre après les abandons des premières heures de course.

Sauf casse de dernière minute, Victorien Erussard et Loic Fequet sur Guyader pour Urgence Climatique, à 100 milles de l’arrivée ce soir devraient finir 2nd (ils sont attendus demain au Costa, Lalou Roucayrol  et Amaiur Alfaro sur Région Aquitaine Port Médoc compléteront le podium de la classe Multi 50′

Le cavalier seul de Crèpes Wahou

Alors que la transat s’annonçait alléchante pour la classe Multi 50′, elle s’avère finalement assez insipide, après la casse de flotteur de Prince de Bretagne qui a obligé Hervé Cléris a s’aligner sur un bateau vieux de 20 ans, et après le chavirage d’Actual.

Après ces deux coups du sort on pouvait s’attendre au cavalier seul de l’unique 50′ de nouvelle génération restant en course, ce qui est le cas malgré quelques soucis techniques à bord. Crèpes Wahou est donc solide leader avec 600 milles d’avance sur ses poursuivants : Région Aquitaine-Port Médoc et Guyader pour Urgence Climatique, Prince de Bretagne, après deux arrêts techniques pointe à 1000 milles, Fenêtre A-Cardinal a stoppé à Port la Forêt suite à une fissure sur un bras de liaison. Sauf avarie, Franck Yves Escoffier devrait donc remporter cette Transat Jacques Vabre 2009 dans la catégorie Multi 50′.

Le récit du chavirage d’Actual

Le Multi50 ACTUAL skippé par Yves le Blevec et Jean le Cam, qui a pris le départ de la Transat Jacques Vabre dimanche 8 novembre, a chaviré quelques heures plus tard au large de Cherbourg. Les deux hommes sont sains et saufs. Le bateau a été remorqué au port de Cherbourg et son mât est intact grâce au professionnalisme de son équipage, de la SNSM de Goury et d’Halvard Mabire, navigateur émérite. Récit des deux skippers.

Les conditions :

Yves le Blevec : « Le bateau naviguait au portant, très abattus, sous gennaker à une vitesse de 20 noeuds dans 20 à 25 noeuds de vent dans une mer un peu formée.”

Le chavirage :

A 18h45 heure française, le Multi50 Actual se retourne très brusquement par l’avant. Jean le Cam est alors dans le cockpit, Yves le Blevec est à la barre. Yves le Blevec : « Il y a eu un bruit puis un coup sec, un coup de frein phénoménal. Le bateau s’est redressé puis s’est retourné brutalement par l’avant. Je me suis dit « Ce n’est pas possible, on ne va pas y aller !!! » C’était d’une brutalité extrême, ça s’est passé en une à deux secondes. Jean n’a pas pu choquer l’écoute, il s’est fait emmener sur l’avant du bateau comme dans un accident de voiture. A ce moment là il n’y a plus rien à faire car moi j’étais en train de tomber. Je ne savais pas où j’allais tomber. Jean pendant ce temps était en train de plonger à l’intérieur. Et je me suis retrouvé dans l’eau. Je me suis senti rassuré de me retrouver dans l’eau. Et j’ai eu un nouveau un moment de frayeur en voyant le bateau me tomber dessus. Je me suis dit que la situation commençait à être critique. Le contact avec le bateau est revenu rapidement, pas de façon amicale car c’était tout le filet qui me tombait dessus. Par miracle le bateau s’est décalé et en une brassée ou deux j’ai pu attraper le filet et remonter sur le bateau sans me faire emprisonner. Je n’ai pas été très longtemps dans l’eau. A ce moment il y a eu un petit moment de flottement, Jean était à l’intérieur mais il ne savait pas où j’étais. Je suis remonté sur le bateau, j’ai appelé Jean, il m’a répondu. On s’appelait et on était inquiet pour l’autre. Rapidement nous avons ouvert la trappe qui nous a permis de communiquer et là on s’est dit « C’est dingue, qu’est ce qui s’est passé ? ! » On s’est dit tout va bien, on est tous les deux sains et saufs. Il fallait éviter l’accident car nous n’étions pas loin de la zone des cargos et nous étions pile sur la trajectoire des autres concurrents. Très vite Jean a enfilé sa combinaison de survie TPS et il est sorti sur la coque avec les flashlights et une VHF. Nous avons prévenu la course que tout allait bien. Nous n’étions pas en détresse, nous ne voulions pas déclencher tous les secours du monde mais simplement éviter d’être un danger pour les bateaux en navigation. »

Très rapidement, Jean le Cam sort à l’extérieur en combinaison TPS pour baliser le bateau à l’aide de flash lights. Aucune balise de détresse n’est déclenchée. Le Cross Jobourg lance immédiatement un avis à tous les navires sur zone pour éviter la collision.

© Marcel Mochet /AFP

Le témoignage de Jean le Cam :

“On était tranquille puis d’un coup poum paf en 3 secondes je n’ai jamais vu quelque-chose d’aussi brutal ! Hallucinant ! L’état de la mer était habituel au large de Cherbourg dans 25 noeuds de vent. Nous nous sommes retrouvés les fesses en l’air rapidement et après, le cul par terre, trois quatre secondes plus tard, l’étrave cassée. C’est le facteur classique quand cela freine en bas et accélère en haut, comme freiner avec une roue avant de vélo. C’était impressionnant, tu n’as pas le temps de respirer. Pour moi c’était facile car j’étais en train de sortir du poste de veille. Je n’ai pas eu le temps de tendre le bras que nous étions déjà à l’envers. Par-contre l’inquiétude était pour Yves qui pouvait rester sous le filet en mauvaise posture. Yves ne savait pas où j’étais et moi je ne savais pas où il était. Il fallait réagir très vite et s’il était sous le filet il fallait vite dégainer. Ce sont des moments qui ne durent pas très longtemps mais qui sont très intenses. Tu te dis qu’il est arrivé quelque chose à l’autre. Le reste c’est rien. On sait réagir et on sait ce que l’on a à faire. L’équipage de la SNSM a été extraordinaire. Avec une mer formée, ils ont réussi à beacher le semi-rigide sur le filet et le moteur a à peine touché le bras arrière. Deux hommes d’équipage sont montés à bord pour passer la patte d’oie et nous remorquer. Ce n’est pas facile à faire et ils sont très professionnels. Ce sont vraiment des personnes d’expérience. Nous sommes restés à bord jusqu’à ce que le bateau soit en remorque. Puis nous sommes montés à bord de la vedette. Nous avons mouillé le bateau à l’extérieur de la rade car nous avions 23 mètres de tirant d’eau (avec le mât à l’envers ndlr). Nous avons enlevé le mât puis nous l’avons remorqué dans la rade avant de retourner chercher le bateau. Le mât est entier, c’est complètement incroyable.”

 

© Marcel Mochet /AFP

Le remorquage : Le Cross Jobourg, à la demande de l’organisation de course, dépêche la SNSM de Goury afin d’intervenir et de tenter un remorquage. Arrivés avant 22h sur zone, les plongeurs de la SNSM interviennent immédiatement pour dégager la coque et le mât. En parallèle, l’équipe Actual demande à Halvard Mabire, skipper cherbourgeois, de renforcer son équipe technique. Le Multi50 Actual est pris en remorque. A la faveur de la renverse de courant, le convoi fait route dans la nuit vers le port de Cherbourg à la vitesse de 2,5 noeuds. Il fait route très lentement afin de ne pas casser le bateau et ne pas rompre ses amarres. Le bateau est mouillé à 1,5 mille du port à l’aube. Incroyable, l’équipe SNSM et les skippers constatent que le mât est entier et toujours solidaire du bateau. Alors qu’Yves le Blevec est blessé à la main droite, Jean le Cam, sur le trampoline du trimaran, poursuit les opérations de démâtage et de remorquage. Plusieurs heures sont nécessaires pour désolidariser le mât avec l’aide des plongeurs de la SNSM. En début d’après-midi, le Multi50 Actual et son mât sont à l’abri dans le port de Cherbourg. Yves le Blevec légèrement blessé. Jean le Cam prenait en main les opérations de démâtage sous-marines alors qu’Yves le Blevec était rapatrié à terre à 10h30. Le SMUR de Cherbourg ne déplorait qu’une luxation du pouce de la main droite qui nécessitait toutefois un plâtrage.

L’assistance :

Yves le Blevec : « La SNSM de Goury a été géniale, super pro. Halvard Mabire était aussi l’homme de la situation, je lui fais confiance les yeux fermés. Il a remarquablement bien géré la situation avec Jacky Huteau du port, afin de trouver les hommes et les moyens nécessaires pour mettre à l’abri le bateau et le mât. »

Un partenaire mobilisé :  Si cette avarie est forcément une déception pour le partenaire d’Yves le Blevec depuis 2001, le groupe Actual, elle ne constitue aucunement le bien fondé du projet. Au contraire, le groupe Actual poursuit la mobilisation de ses équipes autour de ce projet. Samuel Tual, Directeur général du Groupe ACTUAL, arrivé sur place dans la matinée déclarait : « Après le moment magique du départ, puis l’émotion, vient la raison. Nous sommes soulagés que les deux skippers aillent bien. Nous devons maintenant analyser très vite ce qui s’est passé. Notre objectif est d’être tous ensemble pour la Route du Rhum 2010. Nous avons la chance d’avoir deux skippers formidables et exceptionnels par leurs qualités et leurs compétences.»

Des causes à identifier : Impossible de déterminer la cause de ce chavirage. Yves le Blevec et Jean le Cam, devant la violence du choc, n’excluent aucune hypothèse. Yves le Blevec : “Nous avons peut-être heurté un objet non identifié. Nous n’avons aucune idée de ce qui a pu se passer. Nous allons prendre le recul nécessaire pour mesurer la casse et l’analyser. Nous le ferons bien évidemment en concertation avec l’architecte Guillaume Verdier, et le constructeur, Nicolas Groleau.”