Transat Jacques Vabre : retour en vidéo sur l’hélitreuillage de Lionel Lemonchois et Roland Jourdain et sur l’avarie de Gilles Lamiré et Yvan Bourgnon

Le skipper de Prince de Bretagne est revenu sur les circonstances et les conséquences du chavirage. L’ensemble du team Prince de Bretagne reste mobilisé pour récupérer au plus vite la plate forme du trimaran, dont le gréement a été libéré par Lionel Lemonchois.

Lionel, pouvez-vous revenir sur les circonstances de l’accident ?
 « Je n’ai pas vu grand-chose car j’étais dans le bateau. On était au près, sous trinquette, dans de la mer, avec entre 15 et 17 nœuds de vent. Dix minutes avant, avec Bilou, on se posait la question de savoir s’il fallait qu’on déroule le solent ou pas. Je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai juste eu le temps de bondir et d’attraper Bilou pour l’attirer dans la descente. Est-ce que c’est le fait d’une vague ou d’une survente ou bien des deux, c’est difficile à dire… C’est dur parce que nous avions passé le plus gros du mauvais temps et que la météo allait vraiment en s’arrangeant. »

Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ?
« C’est le ciel qui vous tombe sur la tête. J’ai déjà vécu ça il y a deux ans (sur la Mauricienne, ndlr). Revivre deux fois de suite la même chose, ça commence à faire beaucoup. Je n’ai pas pensé à la Transat mais au bateau, à toute cette somme de boulot et d’énergie que nous avons dépensé pour que le Maxi80 Prince de Bretagne soit comme il est. C’est terrible de voir tous ces efforts foutus en l’air en l’espace de deux secondes et de penser aux conséquences qu’il va y avoir derrière. »

Dans un premier temps, vous n’avez pas demandé d’assistance puis finalement, vous avez déclenché votre balise de détresse. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?
 « Hier soir, quand j’ai appelé Mino (Dominique Vittet, le directeur technique du team, ndlr), il m’a annoncé des vents de plus en plus forts, précisant que ça pourrait monter jusqu’à 40 nœuds dans la soirée de jeudi. Cet après-midi, il y avait déjà cinq à six mètres de creux et ça soufflait à 30 nœuds. Je me suis dit que ça ne valait pas la peine de se mettre en danger à deux dans une mer pas loin d’être démontée. J’ai quand même fait en sorte de larguer le gréement pour soulager le bateau. J’y suis parvenu après deux bonnes heures passées dans l’eau avant d’être récupéré par les secours et de quitter le bateau. »

Comment s’est déroulée l’opération d’hélitreuillage ?
« L’hélicoptère du MRCC Madrid est arrivé hyper vite. Il nous a même surpris car on  ne l’attendait pas si rapidement. Il est passé une première fois au dessus de nous puis a refait un tour avant de descendre un gars qui nous a monté l’un après l’autre, Bilou d’abord et moi ensuite. Au total, ça a duré vingt minutes. C’était très impressionnant de voir le type au bout de son câble au dessus du bateau balancé dans tous les sens, mais on a vite senti que l’équipe avait l’habitude de faire ce genre de chose car l’opération s’est déroulée de façon très carrée et très pro. »

On imagine que, maintenant, votre priorité, est d’essayer de récupérer le Maxi80 Prince de Bretagne ?
« En tous les cas, nous allons tâcher de faire ce qu’il faut pour. Nous avons commencé les discutions pour trouver un remorqueur. L’idée, a priori, c’est plutôt d’essayer de remorquer le trimaran à l’envers jusqu’à La Corogne ou un autre port assez proche, puis de le gruter pour le retourner. A mon sens, c’est ce qui sera le moins destructeur pour lui. Notre équipe technique s’occupe de ça et si possible, nous partirons jeudi soir après le coup de vent pour être sur zone vendredi. »

Emotion également palpable pour le malheureux équipage de la Frenc Tech Rennes Saint Malo qui abandonne suite à une collision avec un container. Gilles Lamiré et Yvan Bourgnon espèrent rejoindre Brest d’ici trois jours.

Transat Jacques Vabre : Abandon du Multi 50 La French Tech-Rennes Saint Malo

Gilles Lamiré et Yvan Bourgnon ont notifié leur abandon à la Direction de Course de la Transat Jacques Vabre à 16h50. Les deux skippers du Multi 50 La French Tech-Rennes Saint Malo sont entrés en collision avec un container. Le trimaran est très endommagé mais la situation reste sous contrôle des deux marins qui sont en bonne santé.

© Olivier Blanchet/ DPPI/TJV2015

© Olivier Blanchet/ DPPI/TJV2015

Gilles Lamiré : « Nous naviguions à une vitesse de 15 nœuds vers le Sud, sur pilote automatique avec vent de travers. Tout se passait bien lorsque le bateau s’est arrêté net. Étant au poste de veille, je suis sorti en premier : j’ai vu un bout de flotteur derrière le bateau et un container dans la mer. »

Yvan Bourgnon : « Il manque 5 à 6 mètres sur le flotteur bâbord et le flotteur tribord est endommagé sur un mètre. La difficulté consiste maintenant à ramener le bateau en s’appuyant sur un seul flotteur. Notre routeur météo travaille sur une route idéale pour rentrer dans les meilleures conditions possibles. Nous nous dirigeons à vitesse réduite (6 nœuds) sous voile, vers Brest que nous devrions rallier d’ici trois jours. »

Abandon de Banque Populaire 5

Les 14 hommes d’équipage sont donc contraints à l’abandon lors de leur première tentative de Trophée Jules Verne.

L’équipage aura malgré tout tenté de réparer la dérive, qui était lourdement endommagée suite à une collision avec un OFNI, l’équipage continue ces travaux sur cette pièce afin de pouvoir rejoindre Lorient.

Pascal Bidégorry et ses hommes ne pouvaient pas continuer leur tour du monde (il restait les 3/4 du parcours à couvrir) avec  une dérive qui ne remplissait plus son rôle quand une longue navigation au près s’annonçait vers les îles Kerguelen, qui plus est la réparation aurait pu ne pas tenir et donc entrainer une délamination sur la pièce.

Pascal Bidégorry :  » Nous avons passé la journée d’hier à scier l’extrémité de la dérive abimée. Nous avons dégagé une petite partie saine et nous avons gratté à l’intérieur pour faire une stratification. En ce moment, les garçons sont en train d’essayer de boucher avec tout ce qu’ils trouvent. Ensuite il faudra stratifier l’extérieur. Le bateau est un véritable atelier de composite en ce moment, ce qui n’a rien d’évident par 46° Sud, dans le froid et dans le brouillard permanent. Nous nous retrouvons avec deux mètres de dérive au lieu des 6,80 mètres habituels. A l’échelle d’un bateau comme le nôtre, ça n’encourage pas la performance et nous avons énormément de près annoncé pour aller jusqu’aux Kerguelen, conditions dans lesquelles la longueur totale de la dérive est indispensable. Cela fait deux jours et demi qu’on travaille et malgré toute notre détermination, nous nous rendons bien compte qu’on ne pourra pas la remettre en place avant demain midi au minimum. Il faut être objectif, nous sommes quand même dans un record et nous courrons contre le temps. Ne pas continuer est plus qu’une évidence aujourd’hui, d’autant plus qu’on sait qu’il y a du près qui nous attend. Nous ne pouvons plus aller aussi vite que nous le souhaitions dans le Sud. Nous sommes sortis de ce qu’était l’essence même de notre objectif. Nous avons donc pris la décision de laisser un peu de temps à l’équipe en charge du « chantier » pour finir de réparer comme il faut. Ensuite nous rentrerons doucement mais sûrement vers Lorient. Nous sommes de grands garçons, nous sommes venus là tout seuls et nous rentrerons à la voile. Pour l’instant, nous faisons toujours cap à l’Est. Nous devrions avoir une bascule d’ici une ou deux heures pour pouvoir faire une route du Nord. D’ici 24 heures, nous devrions avoir des conditions très molles qui vont nous permettre de finir la réparation. Ensuite, nous allons repartir dans les alizés, au portant jusqu’au Pot au Noir « .

L’équipage de Banque Populaire 5 rejoindra donc sa base lorientaise d’ici 15 à 20 jours, les hommes  du team espèrent pouvoir repartir l’année prochaine à l’assaut du globe, comme l’expliquait le skipper :  » Je suis déterminé à faire ce tour du monde et à battre ce record. Nous avons à la fois un bateau fiable sur lequel on a vraiment bien travaillé et un degré de qualité sur le plan sportif qui fait que le Maxi Banque Populaire V mérite beaucoup mieux que ce qu’on a à lui offrir aujourd’hui. Il faut continuer à travailler pour l’avenir « .