Week end de grand départ pour les multicoques

Ce week end sera chargé pour les skippers de multicoques, avec le départ de la Transat Jacques Vabre entre Le Havre et Salvador de Bahia pour trois duos en catégories Ultim, et six en Multi50′, le départ d’Yves le Blévec pour une tentative de record autour du monde en solitaire contre vents et courants dominants, alors que François Gabart s’attaquera au record du tour du monde dans le sens classique.

A noter également la première sortie de Banque Populaire IX aujourd’hui au large de Lorient pour Armel le Cléac’h et l’équipe de Banque Pop.

  • Le premier à s’élancer devrait être François Gabart, qui a quitté les pontons de Port la Forêt vers 18h, sur son trimaran Macif pour rejoindre la ligne de départ de son tour du monde au large d’Ouessant. Il s’élancera demain matin, il s’attaque au record en solitaire détenu par Thomas Coville sur Sodebo en 49 jours 3 heures 7 minutes.
    Le skipper avec un départ précoce dans la saison se laisse la possibilité d’un retour pour un nouveau stand-by si la météo se montrait défavorable dans l’Atlantique Sud.

© Lloyd Images

  • Yves le Blévec devrait quant à lui partir demain après midi pour une tentative de record autour du monde en solitaire, tout comme François Gabart, mais le skipper basé à la Trinité effectuera cette tentative contre les vents et les courants dominants. L’objectif sera d’établir un temps de référence en multicoque sur ce parcours. Le départ devrait se faire entre 14 et 16h au large de la Trinité sur Mer.
    Yves le Blevec : « La pression vient de changer de camp : de l’étude des fichiers météo à celle des derniers détails logistiques ! Nous sommes dans la continuité de ces dernières semaines de préparation. Mon sac est prêt depuis plus d’une semaine, je n’ai plus qu’à mettre mon ciré !

    Je vais procéder à quelques dernières vérifications avec l’équipe et tout sera prêt. Ce départ est tout sauf une surprise. J’ai bien conscience que c’est un moment important de mon existence. Là, je suis content d’être chez moi, de profiter de ce confort rassurant. J’ai bien dormi cette nuit, je vais bien dormir la nuit prochaine, je suis super à l’aise. »

    © Th.Martinez / Sea&Co.
    Trimaran ULTIM “ACTUAL”

     

  • Autre événement majeur de la course au large dont le départ sera donné dimanche, la Transat Jacques Vabre, entre Le Havre et Salvador de Bahia.
    Trois duos partiront en catégorie Ultim, deux équipages font figure de potentiels vainqueurs, Thomas Coville et Jean Luc Nélias sur Sodebo ultim, et Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur le Maxi Edmond de Rothschild.
    Le skipper de Sodebo s’adjoint de nouveau les services de Jean Luc Nélias, les deux hommes  connaissent parfaitement leur monture sur laquelle Thomas Coville  détient le record autour du monde en solo. Le trimaran devrait être mené à 100% de son potentiel sur ce parcours.

    Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

    La donne est un peu différente pour le duo Sébastien Josse/Thomas Rouxel, ils disposent d’une monture au potentiel supérieur à Sodeb’O avec des appendices porteurs permettant au bateau d’avoir des phases de vol stabilisé. Les capacités de ce trimaran de dernière génération sont indéniables, mais le bateau est encore en phase de mise au point. Même si l’équipage a parcouru plus de 5000 milles, ils restent des inconnues et l’équipage pourrait être contraint de lever le pied dans certaines phases météorologiques musclées, l’objectif de victoire pouvant passer après le fait d’arriver de l’autre côté sans casse et d’acquérir de l’expérience sur ce bateau.

    Lionel Lemonchois et Bernard Stamm font figure d’outsiders face aux deux autres multis. Il partiront sur le plus petit des ultimes, sur un concept plus proche des ORMA que des derniers maxis multis. Pour tirer leur épingle du jeu et pouvoir rivaliser avec leurs deux adversaires, il faudrait des phases de transition avec du vent faible et du près, dans lesquelles Prince de Bretagne serait à son avantage.

    Le renouveau de la classe Multi50′ se fait sentir sur cette édition avec quatre trimarans de 50′ dotés des foils monotypes, dont un bateau neuf, le Ciella Village de Thierry Bouchard.
    Mais les favoris seront Erwan Le Roux et Vincent Riou sur Fenêtrea Mix Buffet et Lalou Roucayrol et son joker de luxe Alex Pella sur Arkema et en position d’outsider Armel Tripon et Vincent Barnaud sur Réauté Chocolat.

    Le dernier né étant été mis à l’eau assez tard, Thierry Bouchard et Olivier Krauss devraient se contenter d’assurer une bonne place, tout en naviguant en sécurité.http://www.youtube.com/watch?v=2TrbW0VH4C0

    Gilles Lamiré et Thierry Duprey du Vorsent sur La French Tech devraient avoir du mal à rivaliser du fait de l’absence de foils, et ce malgré leur expérience à la barre de ce trimaran, tout comme Eric Defert et Christopher Pratt sur Drekan Group.

240 milles d’avance pour Thomas Coville

Thomas Coville poursuit sa descente de l’Atlantique Nord, il est après un peu plus de trois jours après son départ d’Ouessant entre les Canaries et le Cap Vert.

Après une série d’empannages hier, son avance sur le record du tour du monde en solitaire, détenu par Francis Joyon, s’est stabilisé à 240 milles .

Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim :
« Je n’ose pas vous raconter mon quotidien tellement on croirait à un moine ! Je suis vite rentré dans ma bulle , je me sens concentré et à la fois serein. J’ai moins réduit que d’habitude dans les gros grains à 45 nœuds du début le long du Portugal où j’étais soit à la barre soit à l’écoute à réguler. Ce n’est pas si chaud que ça. A 2 ris, Sodebo Ultim’ est fabuleux. Il faut faire aussi attention de pas se laisser griser par la puissance et gérer le matériel sur la durée .
Le bonhomme aussi, hier soir j’ai commencé à remanger régulièrement. J’ai fait quelques siestes d’abord dehors l’écoute sur les genoux puis dedans plus confortablement installé. Il fait déjà chaud dedans et j’adore cette partie du voyage. Les conditions de vie permettent de ne pas être engoncer dans 4 kg de vêtements. Les lumières jaunes de fin de journée et de lever sont fantastiques.
J’ai percuté un requin cet après-midi et j’ai juste réussi à prendre la barre avant que le pilote ne parte sur une embardée qui aurait été périlleuse.  Évidemment, j’ai pensé à l’avarie majeure. Je suis descendu regarder en bas, me suis penché à l’arrière mais rien ne semblait anormal. J’ai repris la barre et mes sensations m’ont rassuré. Je me suis remis en route.
La nuit dernière, j’ai enchainé les empannages comme sur un bateau normal. La dépense physique à chacun d’entre eux est importante mais après 5 ou 6, chaque geste est familier et le dosage se fait presque instinctivement. Je suis monté sur l’écoute de gennaker 2/3 fois pour tenter de réparer un petit soucis de nerf de chute de mon grand gennaker de devant mais sans succès. Il faudra le faire une fois celui-ci dans le filet .
Je rentre de plus en plus dans les réglages fin du pilote et je le règle presque autant que les voiles. Cela demande énormément de concentration pour analyser les chiffres qui défilent sous mes yeux à la table à carte et laisser ressentir mes sensations. Ensuite, il faut faire la synthèse et reparamétrer un facteur, ou une variable. Attendre, faire des moyennes, revenir aux réglages initiaux , re-comparer, c’est sans fin et ça change tout le temps. C’est à la fois passionnant et obsédant comme une partie d’échec .
Après Madère, que j’ai aperçu au loin dans les nuages, cette nuit ce sera le tour des Canaries. Voilà c’est vraiment parti pour le grand tour ! La lune est montante et bientôt elle éclairera toute une partie de mes nuits . »