Transat Jacques Vabre : mano à mano en Ultime et en Multi50

Duel au sommet dans les deux classes multicoques.

En Ultime, Thomas Coville et Jean Luc Nélias sur Sodebo Ultim ont repris la tête hier au soir, grâce à leur placement plus à l’ouest, Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur le Maxi Edmond de Rothschild ayant été contraint de tirer un bord de quelques heures pour se recadrer sur une route identique à celle de leur adversaire.

©Yann Riou/Gitana SA

Le duo ouvrant sur le trimaran du Gitana Team a cependant nettement réduit son retard, passant de 60 à 25 milles ce soit, à la faveur d’une meilleure vitesse sur les dernières heures.

Les deux grands multis devraient être de nouveau ralentis dans les heures à venir, comme l’explique  Antoine Koch, qui partage le routage météo du Maxi Edmond de Rothschild  avec Jean Yves Bernot :  « L’anticyclone était parfaitement positionné et nous avons eu un départ de course musclé mais assez classique. En revanche depuis plusieurs jours, nous observions une dépression en formation au large de la Mauritanie. Cette dernière se développe actuellement, c’est elle qui a créé une compression des isobares entre le continent africain et les Açores et qui a occasionné les vents forts et la mer chaotique subie par Gitana 17. Dans les prochaines heures, elle va générer des vents faibles dans le Sud du duo de tête et c’est pour éviter cette zone au maximum que le placement est très important et qu’il fallait à tout prix se redécaler dans l’Ouest pour éviter ses affres.»

La position du chasseur pourrait donc être intéressante pour éviter des zones de molles dans lesquelles pourraient tomber le leader.

Sébastien Josse, skipper du Maxi Edmond de Rothschild (Ultime) : 

« Thomas et Jean-Luc ont joué un joli coup météo qui explique aujourd’hui qu’ils soient en tête de la course. Après le passage des Açores nous avions le choix entre empanner plusieurs fois ou passer sous J0 (grand gennaker). Compte tenu de notre position à ce moment-là, nous avons opté pour les empannages et une navigation sous J1 (génois) qui devait nous permettre de gagner en longitudinale. Sodebo a fait le choix inverse en se décalant dans l’Ouest pour glisser. Notre choix ne s’est pas avéré payant, loin de là. Non seulement l’état de mer dans la nuit de mardi à mercredi ne nous a pas permis d’exploiter comme prévu notre choix de voile et notre rencontre avec un grain sans vent a enfoncé le clou. Au final, c’est Thomas et Jean-Luc qui ont tiré le bon bord et aux vues des conditions météos qui se présentaient devant nos étraves nous avons dû hier soir empanner à 90 ° de la route pour nous éloigner des côtes africaines et des zones de molles annoncées dans notre sud. »À la sortie de ce recalage, l’addition s’est montrée salée : d’un crédit de 64 milles à 21h, Gitana 17 concédait 60 milles au lever du jour. « C’est toujours dur comme décision mais les fichiers du soir étaient très clairs. Il faut parfois savoir perdre un peu pour ne pas complètement hypothéquer la suite des évènements. »

Les affaires s’améliorent pour le 3ème engagé de la classe Ultime, Prince de Bretagne, Lionel Lemonchois et Bernard Stamm ont en effet pu passer une nouvelle drisse de grand voile. Le Multi de 80′ a donc retrouvé ses et file désormais à 27 noeuds vers le sud.

 

En Multi50, le duel se poursuit entre La Lou Roucayrol et Alex Pella sur Arkema et Erwan Le Roux et Vincent Riou sur FenêtréA-Mix Buffet. Arkema a repris l’avantage pour une petite dizaine de milles ce soir. Reauté Chocolat et Ciela Villages sont relégués à plus de 150 milles. La flotte navigue dans des conditions encore soutenues avec une mer qui reste dangereuse.

Ceci a d’ailleurs provoqué le chavirage du 50′ Drekan Groupe, avec une grosse frayeur pour les deux marins du bord.
En effet Christopher. Pratt était sur le pont lorsque le trimaran a chaviré, le marin a été éjecté du bateau, mais a fort heureusement pu rejoindre le multicoque retourné. Les deux marins ont pu être récupérés par un cargo et seront transférés sur un bâtiment de la marine portugaise demain. Le skipper et l’armateur tentent d’organiser la récupération du bateau.

Eric Defert, skipper du Multi50 Drekan Groupe (Multi50)

«  On était sous un ris avec le petit gennaker au portant. On allait rouler le petit gennaker. J’étais dedans et Chris (Christopher Pratt) était sur le pont. Je me préparais à sortir, une risée est rentrée. Le bateau a sanci par l’avant. C’est monté fort, sous un nuage dans la nuit noire. On a navigué hyper prudemment au passage du front, et au grand large au niveau du cap Finisterre. Nous étions très prudent, on était pas en mode attaque comme des fous. Le but n’était pas de se mettre sur le toit. Chris a eu chaud. Moi, j’étais dedans, donc ça va, mais quand tu es sur le pont c’est moins facile. Il a y eu un gros moment de choc. Tu t’en veux, il n’y a pas de mots. Au-delà de perdre la course, on perd le bateau, on perd beaucoup de chose. Maintenant, il faut reconstruire.
Le patron de Drekan Groupe, qui est le co-propriétaire du bateau est en train d’organiser les choses avec les assureurs. Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’émission depuis le bateau. Pour le retrouver, il faut calculer la dérive. Il y a quelque chose qui peut s’organiser peut-être au départ de Lisbonne.
Nos sauveteurs sont arrivés sur zone à minuit et demie. On les a vu à 1h30 car on voulait garder de la batterie. Ils ont tourné une heure, ils pensaient qu’on était tombé à l’eau. On a établi le contact à 1h30. Ils nous ont tournés autour toute la nuit, ils ont fait un super boulot. Pendant ce temps-là, on organisait les sacs avec Chris et on se reposait.

Le sauvetage fut épique car il y avait beaucoup de mer et du vent. Leur bateau n’avait qu’un petit moteur de 15ch. Ils sont venus à 3 nous sauver et parmi eux, il y avait un gars dont c’était l’anniversaire.  Tu te rends compte, son cadeau ça a été de sauver deux vies…
Quand ça arrive, il n’y pas de seconde chance. J’ai senti partir le bateau, il a basculé par l’avant, il a tapé le mât, le mât n’a pas cassé. J’ai eu peur, j’ai appelé Chris et heureusement je l’ai entendu frapper sur le panneau.
Dans quelques heures, il va y avoir un check point et on va changer de navire. On a rendez-vous à une position GPS pour embarquer sur un navire militaire portugais. Nous n’avons quasiment rien pris juste nos passeports, quelques fringues. »

Erwan Le Roux, skipper de FenêtréA-Mix Buffet (Multi50)

« La descente est vertigineuse. Ca ressemble à une piste rouge noire, cabossée. Tu vas payer le remonte pente mais c’est balaise.  On essaie de pas trop accélérer parce que l’état de la mer est vraiment dégueulasse. On pense au matériel. On a vu ce qui est arrivé à  Drekan, ce qui nous a rassuré c’est qu’ils étaient tous les deux à bord. Physiquement, il faut faire hyper gaffe.
Y a toujours un gars dehors, on tourne toutes les deux heures. On essaie de faire avancer en ayant la main sur les écoutes. On va garder 25 nœuds jusqu’à ce soir. En première partie de nuit, ça devrait passer à moins de 20 nœuds. Y aune molle à passer, à contourner. Le match avec Arkema va être intéressant. On est plutôt content d’être Ouest. on verra par la suite si ça s’avère payant. On aura la réponse demain soir je pense.
Nous on est J1 et 2 ris dans la grand-voile. Ca avance pas mal comme ça.
Vincent m’a réveillé pour la vacation parce que c’est important. Quand on écoute Vincent parler de météo, c’est toujours avec bonheur et délice, ça se passe super bien de ce côté-là. Il a une bonne vision des nuages et de ce qui se passe autour.
Là, on est dans une petite molle, mais l’intérieur du bateau est pas si bruyant que ça.»

Transat Jacques Vabre : Sodebo en embuscade à 65 milles du Maxi Edmond de Rothschild, duel en Multi50 entre FenêtréA Mix Buffet et Arkema

Sébastien Josse et Thomas Rouxel n’ont pas pu se défaire de leur poursuivant, Sodebo Ultim mené par Thomas Coville et Jean-Luc Nélias. Il reste en effet menaçant avec seulement 65 milles et un décalage d’environ 100 milles dans l’ouest qui pourrait être bénéfique dans les jours à venir.
Les deux leaders naviguent dans les alizés à des vitesses toujours élevées avec des distances parcourues sur 24h proches des 700 milles. Les deux duos et leurs routeurs commencent à s’intéresser de près au franchissement du Pot au Noir.

Thomas Rouxel, co-skipper du Maxi Edmond de Rothschild (Ultime) :
« Ça va vite mais on a rien sans rien, il faut être dessus ! Nous avons eu une zone compliquée la nuit dernière. Globalement beaucoup de vent, autour des 30 nœuds et une mer associée très chaotique mais nous avons aussi essuyé un grain avec de la pluie et pas beaucoup de vent.  Cette zone de molles n’était pas prévue sur le routage et elle a contrarié nos plans. Nous avions en effet privilégié une certaine configuration de voiles qui ne s’est ainsi pas avérée aussi rentable qu’imaginé.

Bien sûr nous surveillons leur position de très près ! Leur choix est intéressant et nous avions d’ailleurs prévu de gagner un peu plus dans l’Ouest avant notre zone de grain. On verra ce que ça donne d’ici demain.

 Là nous sommes plus préoccupés par le contournement d’une dépression africaine qui va nous amener du vent faible et du coup l’objectif c’est de gagner dans l’Ouest pour éviter de se faire happer  par cette zone. C’est notre priorité du moment même si bien sûr on a commencé à regarder aussi devant avec le Pot-au-Noir qui se profile. »

Thomas Coville, skipper de Sodebi Ultime (Ultime) :

« Après trois jours de course, on se bagarre bien. Nous sommes toujours au contact avec Gitana 17, ce qui est satisfaisant pour nous. Quand Sébastien Josse et Thomas Rouxel ont envie d’appuyer, ça appuie très fort pour eux. Nous nous sommes positionnés l’un et l’autre. Ce mano à mano, c’est ce qui m’enthousiasmait au départ et nous en profitons.

Pour aller vite, nous sommes restés sous gennaker la nuit dernière. Le bateau est facile. On a tout de même beaucoup barré depuis le départ et nous nous sommes relayés régulièrement pour garder de la vitesse. Dans ces conditions de mer désordonnée, le pilote n’est pas très à l’aise avec le grand gennaker. Sous pilote, tu navigues forcément un peu plus abattu et donc tu vas moins vite.

Sodebo Ultim’ fait bien le job. Il est simple, c’est un bon camarade. Il a du cœur. Je l’aime bien. Il répond à mes attentes. Rester au contact avec Gitana 17 qui est un bateau de la dernière génération, c’est très valorisant pour le travail qu’on a réalisé sur Sodebo Ultim’ (ex Geronimo) dont une partie date du début des années 2000. J’ai d’ailleurs toujours bien aimé mes bateaux malgré les fortunes de mer. »

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

La situation pour le troisième ultime engagé est légèrement plus favorable qu’hier, avec des vitesses plus importantes. Grâce à une montée dans le mât, Bernard Stamm a pu hooké la grand voile, toujours à deux ris.
Lionel Lemonchois et Bernard Stamm feront un stop cette nuit afin régler définitivement leur soucis de drisse.

Bernard Stamm, co-skipper de Prince de Bretagne (Ultime) :

« Lionel m’a hissé à l’intérieur de l’espar pour récupérer la drisse. Ça a été un peu chaud car il y avait pas mal de mer. Même en étant dans le tube, ça a été assez violent. J’ai, malgré tout, pu récupérer la drisseDans un premier temps, nous avions pu monter une poulie sur la drisse de gennaker et hisser la grand-voile jusqu’au deuxième ris. Grâce à cette petite expédition dans le mât, nous avons pu hooker la GV. Le truc, c’est qu’on ne peut plus y toucher tant que le gennak est en place.
Ça va nettement mieux. Ces dernières 24 heures, on s’est vraiment trainé et c’était super frustrant. Reste que la configuration de voile avec laquelle nous progressons actuellement n’est pas terrible pour le mât. On serait mieux sous grand-voile haute et solent mais c’est comme ça. C’est déséquilibré mais pour l’heure, on n’a pas tellement le choix. Heureusement, Santa Maria n’est plus très loin.
 On devrait y arriver (à Santa Maria) entre minuit et une heure du matin (heure française), la nuit prochaine. Il va falloir anticiper au mieux le truc car on ne va pas rester très longtemps abrité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il faut qu’on arrive à monter dans le mât et à tout remettre en place en moins de deux heures. On va voir si on affale tout ou pas. On décidera le moment venu ».

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

En Multi50′, Erwan Le Roux et Vincent Riou sur  FenêtréA-Mix Buffet ont réussi à reprendre la tête de la flotte et mène de quelques milles sur Arkema, positionné plus à l’est.
Les deux duos ont creusé un avantage d’une centaine de milles sur leurs poursuivants.
Réauté Chocolat a refait son retard suite à son option et navigue de conserve avec Ciela Village, qui a connu un problème technique avec un soucis de secteur de barre qui s’est désolidarisé comme l’explique son skipper.

Thierry Bouchard, skipper de Ciela Village (Multi50) :
« Nous avons perdu le contrôle, comme une voiture sans volant ! Plus d’une heure à l’arrêt pour remettre tout ça en place et c’est reparti pour seulement quelques minutes car le pilote ne marche plus. »

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

Transat Jacques Vabre : Maxi Edmond de Rothschild toujours en tête en Ultime, Arkema leader en Multi50′

Pas de changement de classement dans la classe Ultime, le duo Sébastien Josse/Thomas Rouxel sur le Maxi Edmond de Rothschild mènent toujours la flotte de la Transat Jacques Vabre, avec 45 milles d’avance sur leur poursuivant Sodebo Ultime, mené par Thomas Coville et Jean-Luc Nélias.

©Yann Riou/Gitana SA

Prince de Bretagne, le « petit » ultime de 24m a connu des soucis durant la nuit, Lionel Lemonchois et Bernard Stamm ont dû faire face à la rupture de la drisse de grand voile.
Une réparation provisoire a été effectuée cette après-midi permettant de hisser partiellement la GV, mais le duo devra s’abriter sous le vent d’une des îles de l’archipel des Açores pour régler définitivement le problème. Ils sont donc logiquement distancés à 280 milles des leaders.

La nuit dernière n’a donc pas été de tout repos pour la flotte des multicoques qui ont passé le front, avec des vents violents et une mer forte.

 Sébastien Josse, skipper du Maxi Edmond de Rothschild (Ultime) :

« Nous avons eu une nouvelle nuit bien agitée avec le passage du front, une mer formée de 3,5 mètres à 4 mètres, des vents qui allaient de 30 à 35 nœuds et plus dans les rafales. Au plus fort nous avons enregistré 38 nœuds. Les deux heures qui ont suivi le passage du front étaient dures ; ça tapait beaucoup et dans ces conditions le bateau souffre un peu. Notre route est conforme au routage du départ et maintenant nous sommes du bon côté de la météo. C’est une bonne chose que ça soit derrière nous, nous n’aimons  pas trop ce genre de passage parce que tu fais face à des vents instables et à une mer formée qui t’empêche de naviguer tout en glisse. Il a fallu être vigilant mais c’est passé plutôt vite. C’est l’avantage d’être en multicoque !
Malgré les conditions toniques de ce début de course, nous sommes rapidement rentrés dans un bon rythme avec Thomas. Comme prévu, nous effectuons toutes les manœuvres et changement de voiles ensemble. Le reste du temps nous faisons des quarts relativement courts et entre chaque nous arrivons à bien nous reposer. Au niveau alimentation comme toujours c’est du top niveau grâce aux plats de Julien Gatillon.»

 

 Bernard Stamm, co-skipper de Prince de Bretagne (Ultime) :

«Cela (la réparation provisoire après la montée en tête de mât)  nous a permis de remettre en place la GV avec deux ris. C’est déjà beaucoup mieux et nous avons pu remettre en route le bateau. L’idée, c’est de monter au haut du mât sans risque de se blesser et de remettre tout en place pour retrouver une configuration normale ».

En Multi50, Lalou Roucayrol et Alex Pella, sur Arkema parviennent à résister aux assauts de leurs poursuivants, et conservent ce soir une avance d’une trentaine de milles sur FenêtréA-Mix. Buffet  et sur Ciela Village également en embuscade. L’option de Reauté Chocolat, dictée par la prudence n’aura pas été payante, puisque le duo se retrouve distancé de 60 milles environ.

Lalou Roucayrol, skipper de ARKEMA (MULTI 50) :

«Le vent ne mollit pas vraiment, cette nuit c’était rude ! On a du ralentir un peu car ça a envoyé dans tous les sens. Quand on a viré derrière le front qui a été très brut et rapide, on s’est retrouvé avec une mer de face au portant. Et là ça commence juste à se calmer. Il y a encore un peu d’air devant, ça ne va pas être le moment où on va se reposer le plus. On alterne un peu les siestes avec Alex et on va se faire notre premier plat chaud aujourd’hui. Oui, j’ai suivi la trace de Réauté Chocolat. On avait regardé cette possibilité mais très vite, on l’a abandonné. Trop risqué de  se retrouver empétollé dans le front !»

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

Armel Tripon, skipper de Réauté Chocolat (Multi50)

«Je me réveille là ! On est passé de l’autre côté, ça glisse pas mal, la mer s’est un peu rangée, on arrive à avoir des moyennes sympa. On va larguer un ris pour se retrouver à 1 ris /J2. Si on est Satisfaits ? Non pas du tout ! C’est un choix de prudence, on n’a pas été inspirés… Maintenant, ça va être du charbon pour revenir. La route est longue, il va y avoir pas mal d’opportunités, mais ce n’est pas une belle entame.  Les conditions étaient assez dures, même la première nuit, on a très peu dormi, pas mal manœuvré. Là ça va être soutenu pendant un moment, mais le bateau va être sur des rails, donc on va essayer d’engranger un peu de sommeil et d’alimentation.
On est focus sur la trajectoire, pour aller attaquer les îles Canaries et cap Vert, car ça va se jouer sur le placement d’un empannage, comme souvent.
Le passage du front, ce sont des conditions qu’on n’avait jamais trop eues. On découvrait un peu le bateau.  Là, au portant sur une mer plus lisse, ça va être plus facile, on va pouvoir être plus serein et moins stressés.»

Transat Jacques Vabre : le Maxi Edmond de Rothschild en tête de flotte, Arkema leader chez les Multi50′

Après le passage d’une dorsale anticyclonique ce matin, et donc des conditions relativement cléments, les trois engagés en classe Ultim vont connaitre dans les heures à venir des conditions beaucoup plus musclées.
Les trois duos naviguent actuellement bâbord amures au près dans un vent d’environ 25 noeuds, ce flux de Sud-Ouest va se renforcer progressivement dans la nuit pour atteindre les 30-35 nœuds établis au passage du front, les rafales devraient avoisiner les 40-45 nœuds avec une houle d’au moins 5 mètres.

Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur le Maxi Edmond de Rothschild qui mènent la flotte devraient être les premiers à atteindre  ce front, ils sont suivis de près par le duo Thomas Coville  et Jean Luc Nélias sur Sodebo  Ultim à une vingtaine de milles. Prince de Bretagne est logiquement distancé dans ces conditions, les deux marins préférant naviguer en sécurité dans ces conditions difficiles pour le 80′.

©Yann Riou/Gitana SA

 

Sébastien Josse, skipper du Maxi Edmond de Rothschild (Ultime) :

« C’était une mise en jambes assez sportive !
Cette nuit, le vent était très irrégulier, on était un peu surtoilé, le bateau s’est emballé à 40 nœuds à certains moments. Nous avons eu plus de mer que prévu avec 3 mètres à 3,5 mètres de face par endroit. Ce n’était pas des conditions très faciles à gérer, il fallait être dessus et très concentrés. Mais nous avons pu trouver un rythme avec Thomas, nous alimenter avec les supers plats du chef Julien Gatillon* et dormir un peu chacun notre tour. C’était très appréciable de bénéficier d’un ciel clair avec cette quasi pleine lune. Surtout avec les problématiques d’AIS que nous connaissons depuis le départ. »

Lionel Lemonchois, skipper de Prince de Bretagne (Ultime) :

« Ça a été très humide, mais aussi et surtout très casse-bateaux à cause de l’état de la mer, notamment au niveau du Raz Blanchard, face au courantOn préfère assurer et ne pas prendre de risques inutiles. On n’a pas envie de faire des bêtises et de casser le bateau. On vient tout juste de réduite un peu la voilure. Le vent se renforce petit à petit à l’approche du front. On essaie d’anticiper au mieux comme, de toute façon, nos petits camarades de devant sont difficilement approchables dans ce genre de conditions»

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

Jean-Luc Nélias, co-skipper de Sodebo Ultim’ (Ultime)

« On vient de retrouver du vent, on marche à grandes enjambées vers le talweg et le front.
On n’avait pas 36 000 choix de trajectoires, on a suivi nos collègues. Nous sommes un peu moins rapide que Gitana qui depuis Etretat a montré des capacités de vélocité supérieure à nous, il se fait la malle.
Cette nuit, on a fait de pointes à 37-38 nœuds, mais Gitana avait sans doute une moyenne plus élevée. A Ouessant nous n’étions pas trop loin mais après il est parti.
J’étais en train de faire une petite sieste pour être frais et dispo.
On vérifie que tout est bien rangé dans le bateau, on fait tourner le moteur pour faire marcher les batteries, on mange, on se repose et on va prendre des ris petit à petit. »

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

En Multi50, Lalou Roucayrol et Alex Pella ont pris les avant postes depuis le début de course et semblent décider à défendre cette position.
Cinq des six multis de la classe suivent une route sensiblement identique à celles des ultimes, Ils Armel Tripon et Vincent Barnaud sur  Réauté Chocolat ont quant à eux fait le choix de la prudence en privilégiant  une route sud depuis le tout début d’après midi afin d’éviter les conditions musclées prévues cette nuit.
Derrière Arkema, FenêtréA – Mix Buffet pointe en 2nde position devant le tout dernier bateau de la classe mis à l’eau, Ciela Village.

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

Erwan Leroux, skipper de FenêtréA – Mix Buffet (Multi 50) :

« Il a fait très humide, très froid et on n’a pu se reposer qu’en fin de nuit. Arkema a attaqué, je m’y attendais un peu  mais je pensais à ne pas casser le matériel. On a le front encore ce soir, donc on va y aller mollo pour passer sans encombre et partir au portant après.
J’ ai réussi à m’alimenter, Vincent Riou a été impérial, il a passé pas mal de temps à la nav’ et à la météo, c’était donc plus simple pour moi. Je suis resté à l’extérieur, on est assez complémentaire ! Ce soir, il ne devrait pas y avoir de problèmes, on va bien manger. On est bâbord amures et on attend le front.
On a touché le sud-ouest, il y a 12 nœuds de vent et on fait route au 236, cap à l’ouest, c’est parti…
On a un enchaînement technique, il faut anticiper car le vent ne fait que monter et il faut éviter d’abîmer le matériel quitte à faire le virement un peu plus tôt que prévu. Si tu es en avance ce n’est pas grave, il faut faire la manœuvre le plus propre possible, c’est un peu chaud avec beaucoup de mer.
Cela change pas mal les foils, car d’attaquer comme ça à 25 nœuds, on ne pouvait pas le faire avant ! »

Lalou Roucayrol , skipper d’Arkema (Multi 50) :

« Ça va, on est sur la dorsale, ça a molli. Là je viens de manœuvrer une voile, on déplace les poids à bord pour charger l’avant. Il reste un peu de pression,7/8 noeuds, mais la progression est très gênée par le fond de houle. Toute la nuit, la mer était assez creuse et cassante, ça a bien secoué à bord !  
Le passage à Cherbourg a été chaud avec 2 ris/ J2 et beaucoup de mer, c’était assez fort, très fort même. On est parti au large pour éviter le gros du courant mais au final on a eu pas mal de mer !

Jusqu’à Ouessant le vent était instable, avec des grains jusqu’à 27-28 noeuds. C’était rapide et très humide, donc difficile de dormir dans ces conditions car tu fais des bonds. On a peut-être un peu plus attaqué que FenêtréA-Mix Buffet, on a un bateau plus rapide dans la brise mais ça ne se joue à pas grand-chose. »

 

Oliver Krauss, skipper de Ciela Village (Multi 50) :

« Cette nuit nous n’avons pas pu dormir ! Comme prévu, c’était rapide. A partir de Cherbourg avec le vent et le courant contre, la mer était dure. On avait du mal à tenir debout tellement ça allait dans tous les sens. Il fallait se tenir au moulin à café.
C‘était un peu compliqué aux abords de Ouessant. Et après, ça s’est calmé très vite on a eu une bonne accalmie ce matin, pour enfin se reposer un peu car nous n’avons pas pu dormir.
Ce soir, on aura plus de houle, on va se retrouver comme dans un shakeur dans tous les sens. On a passé une petite dorsale, il y a une heure ou deux. Pour l’instant, c’est repos et cette après-midi, ça va commencer à bouger un peu. Arkema a attaqué fort un peu avant Cherbourg. On n’a pas pu le suivre au début mais nous avons été prudents car c’était assez « casse gueule ».

Transat Jacques Vabre : Sébastien Josse et Thomas Rouxel mènent la danse

Le départ de la Transat Jacques Vabre a été donné aujourd’hui au large de Havre à 13h35, dans une vingtaine de noeuds de vent.
Les duos se sont donc élancés pour un parcours côtier le long des falaises calcaires normandes, Lionel Lemonchois et Bernard Stamm sur Prince de Bretagne prenaient le meilleur sur leurs deux adversaires en classe Ultim sur ces 16 premiers milles, ils passaient en tête à Etretat devant Sodebo Ultim et le Maxi Edmond de Rothschild. Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur le trimaran le plus récent engagé avaient pris un départ prudent.

©Yann Riou/Gitana SA

Mais ils ont ensuite grapillés les milles les séparant de leurs deux concurrents de la classe Ultim pour prendre la tête de la course avec  des vitesses d’une trentaine de noeuds, Ils sont suivis à 6 milles par le duo Thomas Coville/Jean Luc Nélias sur Sodebo Ultim. Dans des conditions de mer forcissant avec des creux de 2m et sur ce bord de travers, Lionel Lemonchois et Bernard Stamm sont logiquement distancés à une trentaine de milles, Prince de Bretagne étant moins puissant et ayant une garde à la mer moins importante que ces deux concurrents.

Les maxis multicoques devraient poursuivre ce long bord jusqu’a Ouessant avant de mettre du sud dans leur route pour dégolfer.

http://www.youtube.com/watch?v=8AmFgxwUC7k

Bernard Stamm, co-skipper de Prince de Bretagne : « Clairement, on est l’attaque. On a très envie de faire et de bien faire, même si on sait que nos concurrents sont largement plus puissants que nous. On va tout faire pour les accrocher mais en restant prudents car nos bateaux sont quand même plus stables à l’endroit qu’à l’envers ».

Sébastien Josse, skipper du Maxi Edmond de Rothschild : « Les conditions sont plutôt favorables pour aller vite, mais notre objectif n’est pas de faire un record, c’est d’abord d’aller à Bahia, le mieux possible et surtout faire le dos rond les 2 premiers jours car on n’a pas encore beaucoup d’expérience dans ces conditions. C’est la première course du Maxi, on sait que l’on va rencontrer des conditions nous n’avons pas vraiment eu en entraînement, mais tout ça c’est une histoire de confiance et on va essayer de bien faire les choses. Je suis content de faire cette première course avec Thomas, on a une confiance réciproque, il est totalement à l’écoute, il s’appuie beaucoup sur l’expérience, il est très sérieux et très concentré. C’est son premier départ avec un gros bateau mais je suis assez serein sur le fait qu’on agisse comme il faut. »

Thomas Rouxel, coskipper du Maxi Edmond de Rothschild : « Le départ va être assez compliqué avec le monde, on espère que la zone sera bien dégagée, après une fois qu’on aura franchi la ligne on devrait réussir à aller sur un seul bord jusqu’à la bouée d’Etretat donc c’est bien. On est serein. On va partir doucement, a priori c’est du près assez serré donc on ne volera pas sur le premier bord, on ne va pas attaquer tout de suite, ça sera plus safe. Les routages nous donnent 8 jours à peu près jusqu’à Bahia, on devrait passer en milieu de nuit au large de Ouessant et après-demain aux Açores, c’est rapide. Je suis très chanceux de faire ma première Jacques Vabre sur un bateau comme ça, et très content d’être là car ça faisait longtemps que j’avais envie de faire la Transat Jacques Vabre, c’est une belle course donc je vais essayer de savourer ces moments et tout donner. » 

 

Week end de grand départ pour les multicoques

Ce week end sera chargé pour les skippers de multicoques, avec le départ de la Transat Jacques Vabre entre Le Havre et Salvador de Bahia pour trois duos en catégories Ultim, et six en Multi50′, le départ d’Yves le Blévec pour une tentative de record autour du monde en solitaire contre vents et courants dominants, alors que François Gabart s’attaquera au record du tour du monde dans le sens classique.

A noter également la première sortie de Banque Populaire IX aujourd’hui au large de Lorient pour Armel le Cléac’h et l’équipe de Banque Pop.

  • Le premier à s’élancer devrait être François Gabart, qui a quitté les pontons de Port la Forêt vers 18h, sur son trimaran Macif pour rejoindre la ligne de départ de son tour du monde au large d’Ouessant. Il s’élancera demain matin, il s’attaque au record en solitaire détenu par Thomas Coville sur Sodebo en 49 jours 3 heures 7 minutes.
    Le skipper avec un départ précoce dans la saison se laisse la possibilité d’un retour pour un nouveau stand-by si la météo se montrait défavorable dans l’Atlantique Sud.

© Lloyd Images

  • Yves le Blévec devrait quant à lui partir demain après midi pour une tentative de record autour du monde en solitaire, tout comme François Gabart, mais le skipper basé à la Trinité effectuera cette tentative contre les vents et les courants dominants. L’objectif sera d’établir un temps de référence en multicoque sur ce parcours. Le départ devrait se faire entre 14 et 16h au large de la Trinité sur Mer.
    Yves le Blevec : « La pression vient de changer de camp : de l’étude des fichiers météo à celle des derniers détails logistiques ! Nous sommes dans la continuité de ces dernières semaines de préparation. Mon sac est prêt depuis plus d’une semaine, je n’ai plus qu’à mettre mon ciré !

    Je vais procéder à quelques dernières vérifications avec l’équipe et tout sera prêt. Ce départ est tout sauf une surprise. J’ai bien conscience que c’est un moment important de mon existence. Là, je suis content d’être chez moi, de profiter de ce confort rassurant. J’ai bien dormi cette nuit, je vais bien dormir la nuit prochaine, je suis super à l’aise. »

    © Th.Martinez / Sea&Co.
    Trimaran ULTIM “ACTUAL”

     

  • Autre événement majeur de la course au large dont le départ sera donné dimanche, la Transat Jacques Vabre, entre Le Havre et Salvador de Bahia.
    Trois duos partiront en catégorie Ultim, deux équipages font figure de potentiels vainqueurs, Thomas Coville et Jean Luc Nélias sur Sodebo ultim, et Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur le Maxi Edmond de Rothschild.
    Le skipper de Sodebo s’adjoint de nouveau les services de Jean Luc Nélias, les deux hommes  connaissent parfaitement leur monture sur laquelle Thomas Coville  détient le record autour du monde en solo. Le trimaran devrait être mené à 100% de son potentiel sur ce parcours.

    Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

    La donne est un peu différente pour le duo Sébastien Josse/Thomas Rouxel, ils disposent d’une monture au potentiel supérieur à Sodeb’O avec des appendices porteurs permettant au bateau d’avoir des phases de vol stabilisé. Les capacités de ce trimaran de dernière génération sont indéniables, mais le bateau est encore en phase de mise au point. Même si l’équipage a parcouru plus de 5000 milles, ils restent des inconnues et l’équipage pourrait être contraint de lever le pied dans certaines phases météorologiques musclées, l’objectif de victoire pouvant passer après le fait d’arriver de l’autre côté sans casse et d’acquérir de l’expérience sur ce bateau.

    Lionel Lemonchois et Bernard Stamm font figure d’outsiders face aux deux autres multis. Il partiront sur le plus petit des ultimes, sur un concept plus proche des ORMA que des derniers maxis multis. Pour tirer leur épingle du jeu et pouvoir rivaliser avec leurs deux adversaires, il faudrait des phases de transition avec du vent faible et du près, dans lesquelles Prince de Bretagne serait à son avantage.

    Le renouveau de la classe Multi50′ se fait sentir sur cette édition avec quatre trimarans de 50′ dotés des foils monotypes, dont un bateau neuf, le Ciella Village de Thierry Bouchard.
    Mais les favoris seront Erwan Le Roux et Vincent Riou sur Fenêtrea Mix Buffet et Lalou Roucayrol et son joker de luxe Alex Pella sur Arkema et en position d’outsider Armel Tripon et Vincent Barnaud sur Réauté Chocolat.

    Le dernier né étant été mis à l’eau assez tard, Thierry Bouchard et Olivier Krauss devraient se contenter d’assurer une bonne place, tout en naviguant en sécurité.http://www.youtube.com/watch?v=2TrbW0VH4C0

    Gilles Lamiré et Thierry Duprey du Vorsent sur La French Tech devraient avoir du mal à rivaliser du fait de l’absence de foils, et ce malgré leur expérience à la barre de ce trimaran, tout comme Eric Defert et Christopher Pratt sur Drekan Group.

Le Maxi Edmond de Rothschild dévoilé par le Gitana Team

Le Gitana Team a dévoilé en grande partie son nouveau trimaran, le Maxi Edmond de Rothschild, qui sera mené par Sébastien Josse.

Celui-ci est actuellement en chantier chez Multiplast à Vannes, le multicoque a été dessiné par l’architecte naval  Guillaume Verdier  en collaboration avec le bureau d’études Gitana.

Le trimaran bénéficie des recherches faites par l’équipe de Guillaume Verdier sur la dernière Coupe de l’America’ (l’architecte avait dessiné le catamaran d’Emirates Team New Zealand, finaliste de l’America’s Cup), la coque centrale et des flotteurs sont fins et leurs carènes présentent une forme en U afin de favoriser le planning, et le vol.
L’objectif du Gitana Team étant de disposer du premier trimaran océanique capable de voler au large, pour se faire l’équipe avait déjà grandement fait évoluer le MOD70 du team (qui navigue aujourd’hui sous les couleurs de Maserati), qui a servi de laboratoire pour le développement des appendices.
Comme sur le Multi70′, le Maxi Edmond de Rothschild disposera de foils en L et de safrans à plans porteurs, qui permettront au trimaran de décoller, ils ne seront dévoilés que lors de la mise à l’eau en juillet.
Le skipper espère des vitesses proches des 40 noeuds en mode archimédien, et probablement quelques noeuds de plus en mode « aérien ».

Un soin particulier a également été porté à l’aérodynamisme de la plate forme avec des carénages de bras et un cellule de vie profilé en forme de goutte d’eau intégrant l’emplanture du mât, ainsi que la cellule de vie et le poste de manoeuvre, qui offrira au skipper un espace protégé pour mener son trimaran.

Initialement prévu avec une taille de 33m de long pour 23 de large, le trimaran ne mesurera finalement que 32m de long, afin de coller aux mesures maximales du Collectif Ultim. Reste la question de l’asservissement des appendices sur lequel le Gitana Team travaille depuis plusieurs années, celui-ci est jusqu’ici interdit par le Collectif. Cependant il est probable que ce point puisse être rapidement revu afin d’intégrer le Maxi Edmond de Rothschild au groupe.

Le programme de Gitana 17 comprend la Transat Jacques Vabre en novembre 2017(Sébastien Josse embarquera Thomas Rouxel pour le seconder), en 2018 il sera sur la ligne de départ de la Route du Rhum puis  sur celle du tour du monde en solitaire en course à l’automne 2019.

En dehors des innovations technologiques, le Gitana Team innove aussi du côté artistique avec une décoration adaptée par Jean-Baptiste Epron au trimaran d’après une oeuvre originale de Cleon Peterson.

Trophée Jules Verne : IDEC SPORT termine son tour du monde en 47 jours 14 heures et 47 minutes

L’équipage réduit d’IDEC SPORT aura connu une dernière frayeur lors de sa dernière nuit en mer avec une collision avec un OFNI vers 4 h du matin ; celle-ci brisant le safran du flotteur bâbord mais sans affecter la structure du bateau. Francis Joyon et ses cinq équipiers ont donc poursuivi leur route vers Ouessant.

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

La ligne d’arrivée de ce tour du monde a été franchie à 17h50 avec un temps de 47 jours 14 heures et 47 minutes, ils réalisent le troisième meilleur temps sur le parcours, derrière Banque Populaire V et Spindrift 2 qui a coupé la ligne à 16h. Il réalisent le meilleur temps du bateau, qui avait détenu le Trophée Jules Verne sous les couleurs de Groupama de 2010 à 2012.

L’équipage de ce Trophée Jules Verne était constitué de Francis Joyon, Alex Pella, Clément Surtel, Boris Herrmann, Gwénolé Gahinet et Bernard Stamm.

Sur ce tour du monde, les six marins décrochent le meilleur partiel sur le tronçon Cap des Aiguilles-Cap Leeuwin en 5 jours 11 heures et 23 minutes.

L’équipage est attendu quai Malbert à Brest vers 20h.

 Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Francis Joyon :
« Il y en a eu beaucoup, des grands moments ! Je retiendrai un grand classique : le passage au cap Horn dans des conditions de mer très agréables et une lumière extraordinaire. Mais l’essentiel c’est le plaisir en équipage ! On a vraiment bien fonctionné ensemble, on s’est bien entendus. Nous étions assez complémentaires : nous étions plusieurs navigateurs solitaires embarqués ensemble sur un bateau d’équipage et ça a fait un bon mélange. On s’est donnés énormément sur le bateau, encore la nuit dernière, où il y a eu des grains à 48 noeuds. J’ai la voix un peu fatiguée mais c’est vrai que la nuit a été sans aucun repos à manœuvrer sans cesse dans des grains, à se bagarrer… mais on faisait tout avec bonne humeur, avec plaisir ! Un moment cette nuit, Bernard a été projeté violemment à travers le bateau, c’était vraiment brutal… Repartir ? Si on pouvait refaire une navigation en équipage avec ce bateau ce serait volontiers ensemble, oui ! On est tous sur un sentiment très positif par rapport à ça ! »

Bernard Stamm :
« Si je devais isoler un seul souvenir, ce serait un surf à 45 nœuds !  Je ne sais plus exactement où c’était, dans l’océan Indien je pense. J’étais à la barre… Le bateau est tout de même assez éprouvant entre 35 et 40 nœuds, mais quand tu restes de longs moments au-dessus de 40 nœuds c’est… et bien c’est mémorable ! »

Gwénolé Gahinet :
« Un souvenir fort c’est la première descente dans le Grand Sud, au sud des Kerguelen, puis de l’île Heard. On a été obligés de plonger très, très Sud pour faire cette trajectoire qui mène au record de l’océan Indien. C’était une entrée en matière assez dure, on a plongé jusqu’à quasiment 60 degrés Sud, dans de l’eau à 2 degrés. ET tu fonces même la nuit à 35 nœuds en te méfiant des icebergs… c’était assez fort et engagé, le froid était vraiment, vraiment dur. Une nuit, le bateau a carrément gelé ! Les filets ont gelé, le pont a gelé… c’est exceptionnel en navigation. C’était un grand moment ! Mais plus globalement ce qui est génial dans ce tour du monde c’est l’aventure humaine, la cohésion de l’équipage. On a passé de super moments, un super tour du monde. Nous étions tous assez différents avec plein d’histoires à nous raconter les uns aux autres. A chaque changement de quarts, il y avait plein d’anecdotes, plein d’échanges, de grands moments de rigolade… et c’est presque le principal ! »

Boris Herrmann :
« Un grand souvenir c’est la rencontre avec Spindrift près de la Nouvelle-Zélande. C’était incroyable de se retrouver à cet endroit-là après une moitié de tour du monde ! L’ambiance à bord était super, mais c’est tout le tour du monde, dans sa globalité, qui était un grand moment à vivre. Je pense avoir appris plein de petites choses dans cet équipage, avoir acquis un peu plus de maturité de navigateur. C’était une expérience enrichissante, avec les autres, à bord de ce magnifique bateau ! »

Clément Surtel:
« Le plus grand moment pour moi c’est le cap Horn. Sortir du sud en rasant ce caillou légendaire, que je passais pour la première fois, dans un coucher de soleil magnifique, c’ était quelque chose. C’est une belle image de libération du Grand Sud. Et il y avait une très bonne ambiance à bord, on s’est tous bien soutenus. On s’est découverts parce qu’on ne se connaissait pas vraiment avant de partir et ce n’est jamais évident à six sur un bateau, comme ça. On s’est bien marrés ! Et après 47 jours de mer et bien… on se connaît mieux ! »

Alex Pella :
« Ben sûr on est très contents d’arriver, de finir ce tour du monde avec un très bon chrono, même si on n’a pas battu le record. Il y a eu de grands moments de bonne ambiance à bord, je pense que vous l’avez ressenti à terre. S’il faut faire une seule ‘photo’ d’un instant magique, pour moi ce serait cet énorme iceberg croisé dans l’Atlantique sud pendant une journée ensoleillée magnifique.  Sur le pont, on était tous éblouis, à regarder ce spectacle comme s’il avait été posé là sur notre route, juste pour nous ! Et puis il y avait une très bonne ambiance à bord, moi j’aime bien rire, je trouve même que ça aide au rendement, à la performance, que ça aide quand les choses ne vont pas bien. C’est important… Il y avait des bonnes personnes à bord ! »

 

Trophée Jules Verne : Spindrift 2 boucle le tour du monde avec le 2ème meilleur temps

Le trimaran Spindirift 2, skippé par Yann Guichard, a bouclé son tour du monde dans le cadre du Trophée Jules Verne, aujourd’hui à 16h01 avec un temps de 47j 10h 59’ 02’’.
L’équipage de Yann Guichard et Dona Bertarelli réalisant la deuxième meilleure performance sur un tour du monde à la voile avec ce temps. Ils battent le temps réalisé par Franck Cammas sur Groupama 3 en 2010, mais Loïck Peyron et son équipage de 2012 conservent le Trophée Jules Verne.

Le maxi trimaran de 40m aura parcouru 28 844 milles avec une vitesse moyenne de 25,35 nœuds sur l’eau, et de 18.96 noeuds sur l’orthodromie.
L’équipage décroche trois temps intermédiaires validés par le WSSRC (Ouessant-équateur en 4 jours 21 heures 29 minutes, Ouessant-Tasmanie en 20 jours 04 heures 37 minutes, Ouessant-cap Horn en 30 jours 04 heures 07 minutes).

© Eloi Stichelbaut

© Eloi Stichelbaut

L’équipage est attendu à son port d’attache de La Trinité-sur-Mer vers 22 heures.

La liste d’équipage pour ce tour du monde était constituée de : Dona Bertarelli, Yann Guichard, Sébastien Audigane, Antoine Carraz, Thierry Duprey du Vorsent, Christophe Espagnon, Jacques Guichard, Erwan Israël, Loïc Le Mignon, Sébastien Marsset, François Morvan, Xavier Revil, Yann Riou et Thomas Rouxel.

Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 :
« Le passage au Sud du cap de Bonne-Espérance a été un des moments parmi les plus importants pour moi, mais là, cette arrivée devant Ouessant, c’est aussi un soulagement. Pas une délivrance parce que je n’ai pas été prisonnier et j’ai pris beaucoup de plaisir sur ce tour du monde, mais il est temps que je fasse une petite pause. Bien sûr, il y a eu un peu de stress, mais c’est aussi mon rôle de l’assumer. 

Ce Trophée Jules Verne, c’est la série des premières pour moi ! Autour du monde, au passage des trois caps, avec autant de jours au compteur… Et j’ai vraiment envie d’y retourner. Le bateau est parfaitement adapté à ce programme : il faudra juste que la météo soit avec nous. Et puis les mers du Sud, c’est magique ! Même si l’Indien a été plutôt gris. Et dans le Pacifique, nous avons eu le droit à des lumières sublimes quand nous sommes descendus presque jusqu’au 60° Sud… Mais je retiendrais plus tous ces oiseaux, albatros, pétrels, fulmars, damiers du Cap qui nous suivaient en permanence !

Ma plus grosse angoisse, c’est lorsque nous avons touché un objet non identifié avec le foil : j’ai cru qu’on aller devoir abandonner. Je suis content qu’on en finisse parce que depuis le cap Horn, et au-delà du record, cette remontée de l’Atlantique a été sévère pour le bateau comme pour l’équipage. »

Dona Bertarelli, co-fondatrice de Spindrift racing et barreuse-régleuse sur Spindrift 2 :
« Cette remontée de l’Atlantique a été longue, laborieuse, et j’avais l’impression que le temps n’avançait plus ! Heureusement hier, on sentait l’arrivée depuis que nous avons passé la barrière symbolique des 500 milles de Ouessant : c’était un moment émouvant et je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit parce que l’émotion était palpable et l’adrénaline aussi. Boucler ce tour du monde m’a permis d’atteindre les objectifs que je m’étais fixés personnellement même si nous n’avons pas pu battre le record du Trophée Jules Verne. Je n’ai pas de regret parce que l’essentiel était de revenir à Ouessant le plus vite possible et nous avons tout fait pour cela.

J’ai très bien vécu ce voyage car on se connaît tous très bien et chacun a respecté le caractère des autres. C’était très agréable parce que c’est une équipe de véritables amis. Mais cela tient aussi au fait d’avoir pu, d’une certaine manière, exorciser mes appréhensions, mes craintes de plonger dans le Grand Sud ou d’être loin de tout. Au travers de mes écrits, des articles destinés aux classes de France et de Suisse, en continuant à communiquer avec la terre et à échanger, je ne me suis jamais sentie isolée, seule dans cette aventure. »

© Yann Riou/Spindrift racing

© Yann Riou/Spindrift racing

Sébastien Audigane, Chef de quart, 5ème tour du monde
« C’est mon cinquième tour du monde et mon deuxième en un an puisque j’ai aussi fait la Barcelona World Race (tour du monde en double). J’ai passé deux fois le cap Horn en 2015 ! J’avais navigué sur ce bateau en 2009 mais faire le Trophée Jules Verne avec ce bateau encore optimisé et avec une belle équipe, c’est bien agréable. Le bateau a été beaucoup allégé et on sent qu’il est plus véloce. Mais nous n’avons pas eu beaucoup de chance d’un point de vue météorologique. Un bon souvenir ? Un bord vraiment génial juste avant d’arriver sur le cap Horn. La mer était très plate, la nuit claire, on marchait entre 35 et 40 nœuds, c’était un super moment. Dans les objectifs à venir, j’aimerais faire le Vendée Globe un jour et puis il reste ce record du Trophée Jules Verne à battre ! »
Christophe Espagnon , Barreur-équipier d’avant, 1er tour du monde
« On est encore dans l’excitation de la course et de l’arrivée.  Pour moi, c’est un premier tour du monde bouclé, une première expérience de colocation en espace restreint. C’était sympa ! Au bout de 2- 3 semaines, on entre dans le vif du sujet. Il y a des moments durs mais c’était vraiment agréable pour moi. On a passé des endroits mythiques, c’était important de les voir. C’était long, mais il n’y a pas eu de lassitude car on a eu beaucoup de changements de situations. Passer du catamaran de sport au maxi-trimaran au large ne m’a pas dérangé. Ça reste du vent et de la mer et ce bateau est parfait pour le large. J’ai envie d’y retourner, ne serait-ce que pour voir les belles et longues houles qu’on n’a pas eues. »
Thierry Duprey du Vorsent , Barreur-régleur,  3ème tour du monde et détenteur depuis 2012
« Le bateau a bien évolué en quatre ans. Dans le bon sens, notamment dans les phases de transition. Mais on a vite retrouvé nos marques avec Xavier (Revil, lui aussi détenteur depuis 2012) car l’intérieur est resté identique. En revanche, on n’a pas été gâté par la météo, dans le Pacifique, on a subi la même chose qu’il y a quatre ans. À bord, l’équipage était moins habitué au large que sur Banque Populaire V, cela nous a apporté une approche différente des réglages par exemple. À chaque fois qu’on met le pied en mer, on apprend quelque chose. Je suis content. Je garderai en mémoire le nombre d’albatros qu’on a vus, je n’en avais jamais vu autant, pendant si longtemps. Après le cap Horn, il y en avait 40, 50 qui jouaient autour du bateau. J’étais content de partir, je suis content d’arriver mais je serai content aussi de repartir. Le bateau et l’équipage ont la capacité de battre ce record. Pour moi, ce n’est que partie remise et je repartirai pour un tour avec grand plaisir. »
Jacques Guichard , Barreur-régleur, 1er tour du monde 
« Je suis content de mes voiles (il est maître voilier pour North Sails) ! Nous avons beaucoup manœuvré donc j’ai croisé les doigts pendant 47 jours, mais on n’a eu aucun souci. Je n’avais jamais navigué si longtemps. C’était assez long quand même mais c’est une expérience à renouveler. C’était une belle aventure, un rêve de gamin, même si j’attendais le record et que je suis donc forcément déçu. Malgré le peu de vent, on a eu de beaux moments à barrer ce bateau. Et l’image du cap Horn. Pour tout marin, c’est un peu comme l’Himalaya, tous les grands y sont passés. Et avec de l’avance sur Banque Populaire V en plus. On repartira l’hiver prochain ! »
Erwan Israël, Navigateur, 2ème tour du monde
« C’est passé très vite, seulement deux jours trop long… Le temps a commencé à passer plus lentement quand on a su qu’on ne battrait pas le record. Mon poste n’était pas simple, on a eu beaucoup de frustrations à tenter des options qu’on pensait payantes pour finalement finir dans la molle. On a attaqué fort par moments afin de forcer le jeu, mais on a toujours buté sur les systèmes météo. La remontée de l’Atlantique a été difficile car Banque Populaire V avait eu une super météo quand on a eu des conditions plus classiques. Mais je suis globalement content, surtout de mon binôme avec Yann (Guichard) et l’alchimie avec Jean-Yves (Bernot) de qui j’ai beaucoup appris. C’est un tout autre sport que la Volvo Ocean Race ! Ça n’a rien à voir, il n’y a qu’en remontant le long du Brésil, au près, que ça tapait. Le bateau est exceptionnel, il va vite tout en assurant un certain confort, même si son poids fait qu’il faut toujours être dessus. Je me souviendrai du passage du cap Horn et de la journée qui a suivi. Je pense qu’en équipage, ce ne sont pas les mêmes émotions que pour un gars tout seul du Vendée Globe, qui en a bavé pendant des semaines. On a retrouvé les animaux marins, les avions qui nous survolaient, la terre… On a retrouvé la vie d’un coup ! »
Sébastien Marsset, Équipier d’avant, 3ème tour du monde
« Bien qu’on ne décroche pas le chrono, c’était un beau challenge que je suis content d’avoir relevé avec Spindrift. Là, en mer, je me sens en forme mais je sais qu’une fois à terre, on va ressentir que l’on a passé 47 jours en mer. Le cap Horn a été forcément un moment top et tu réalises que cet endroit n’est pas donné à tout le monde. Au niveau voile, j’ai vraiment été impressionné par le bateau. Sur la fin de la descente de l’Atlantique, on a fait des nuits sous gennaker, au reaching avec des vitesses moyennes aux alentours des 40 nœuds sur de la mer plate. J’ai vraiment trouvé ça exceptionnel. À l’avant du bateau, on sait qu’il faut faire attention tout le temps et le piège, c’est la fatigue. Dans ces moments où tu as été sollicité par la vie du bateau, par les manœuvres ou un peu de bricolage, il faut redoubler d’attention. Pour soi, mais aussi pour les autres parce que c’est à ces moments-là que l’on peut se faire mal. »

Yann Riou , Médiaman, 3ème tour du monde
« Ça va être difficile de résumer 47 jours de mer ! En tous cas, c’était plein de moments forts et pour moi, faire le tour du monde, c’était une première… Et de passer autant de temps en mer et de faire autant de milles, surtout ! Ce sont essentiellement de bons souvenirs, même s’il y a un goût de déception de ne pas avoir battu le record. Nous avons vécu une superbe aventure : l’image qui me reste gravée, il y a bien sûr celles (au pluriel) du cap Horn parce que ce n’était pas facile, du moins pour celles prises par le drone. C’était un moment très fort de la course, et je crois pour tout l’équipage parce que le paysage était magnifique et les conditions superbes. Je suis très heureux parce que l’équipage a été top de bout en bout : il n’y a pas eu un mot plus haut que l’autre et humainement, bien qu’il y avait des marins que je connaissais peu, c’était très enrichissant. Mais 47 jours en mer, c’est long surtout sur la fin quand nous avons su que le Trophée Jules Verne n’était plus prenable… »

 

Xavier Revil, Chef de quart, 2ème tour du monde, détenteur depuis 2012 
« Tout s’est bien passé, au niveau de l’avitaillement aussi, même si je ne suis pas le plus objectif pour en parler, vu que c’est moi qui m’en occupais. Mais personne n’a perdu de poids ! Le bateau a été modifié par Spindrift racing, il a beaucoup progressé, il est plus nerveux car plus léger. Ça lui a donné des ailes dans le petit temps. Et qu’est ce qu’on en a eu du petit temps ! Trop, à notre goût. Mais c’était plaisant de pouvoir naviguer aussi vite avec moins de toile, ça permet de soulager un peu la machine. Le passage du cap Horn restera mon moment fort de ce tour du monde. On l’a vu, on est passé tout près. C’est un caillou mythique, le paysage sous le soleil était impressionnant, on voyait même des glaciers qui venaient presque lécher la mer. On n’a pas vu de glace par contre, contrairement à il y a quatre ans. Mais ce n’était pas plus mal, ça ne nous a pas manqué ! »
François Morvan, Barreur-régleur, 1er tour du monde 
« Content d’arriver, d’avoir bouclé ce tour du monde. On va revoir la famille, les amis… À la fin c‘était un peu long, à partir du moment où on a su qu’on ne battrait plus le record. Mais le bateau est agréable, l’équipage est agréable… Ce n’était pas un calvaire non plus ! L’équipage a bien fonctionné, c’était sympa. Avec Antoine c’était fabuleux, c’était magique, on a toujours pris soin l’un de l’autre, il a été incroyable dans tout ce qui a été réparation. C’est vraiment l’homme clé du record pour moi, c’était un super moment passé avec lui, toujours en forme, souriant, bon esprit… C’était génial de passer ces 47 jours avec lui. Je connaissais déjà bien le bateau, j’ai fait 4 transat avec, c’est un bateau agréable à barrer, qui va vite mais il faut quand même s’impliquer à la barre pour le faire avancer. Il faut trouver les bons réglages, le bon angle de barre. Les moments devant le front avant l’entrée dans l’océan Indien, sur une mer plate, à 32 nœuds sur le bateau qui glissait tout seul, c’était un bon moment. »
Antoine Carraz, Barreur-régleur, 1er tour du monde
« On est satisfait, particulièrement moi qui m’occupe de la partie technique avec Thierry. Le défi était à la fois de battre le record mais aussi que le bateau fasse le tour et je crois qu’il l’a fait et bien fait. C’est une grande satisfaction de le ramener entier au ponton, on a eu quelques moments de doute, on a eu quelques problèmes techniques mais on a su les surmonter à chaque fois. C’est une grande fierté pour les gars qui ont bossé sur le bateau depuis deux ans et demi. Mon rôle était de m’occuper de la partie technique car je suis la personne qui connaît le mieux le bateau étant là depuis le début de cette aventure avec Spindrift. Ça n’a pas été toujours facile car dès qu’on a un problème on se dit qu’on va abandonner et puis on réfléchit aux solutions et on a réussi, avec Sébastien (Marsset) et Thierry, à en trouver à chaque fois, sans ralentir ni perdre de temps et nous permettre de  pouvoir continuer en toute sécurité. Le mât a été un gros coup dur car le foil, on n’y peut pas grand chose, on sait qu’il y a beaucoup de choses dans la mer, on sait qu’on peut taper des trucs. La réparation a été très compliquée car on avait très peu de temps avant que le vent ne rentre et il y avait beaucoup de mer donc on s’est bien fait secoué dans le mât avec Seb. Et puis la réparation a tenu donc… C’est un peu le cliché mais le cap Horn, c’est un peu pour ce genre de chose qu’on fait un tour du monde, c’est un rêve de gamin. Il y a plein de moments supers mais c’est quand même assez mythique, on a eu la chance d’avoir des supers conditions, de passer à ras, c’était un moment fort, c’est la sortie des mers du Sud. Même si ça s’est malheureusement un peu compliqué derrière alors qu’on pensait que ça allait se simplifier, ça a limite été la phase la plus dure. Et puis j’ai la chance d’avoir partagé ça avec François qui est un copain dans la vie, un peu les « jeunes » de l’équipage mais on a su y aller de notre motivation, on n’a jamais lâché, c’était top de glisser ensemble. »

 

Thomas Rouxel, Barreur, équipier d‘avant, 2ème tour du monde
« Content d’arriver parce que c’est quand même un peu long, mais très content de l’avoir fait sur ce bateau-là et ce projet-là. Le bateau est vraiment exceptionnel, je me suis régalé à chaque fois que je suis allé barrer et l’équipe était top, on s’est vraiment bien marré. La majorité de l’équipe se connaissait déjà bien, avec qui on avait déjà pas mal navigué. Seb (Audigane) et Loïc nous ont rejoint plus tardivement mais ils se sont très vite intégrés et adaptés au reste de l’équipe qui avait l’habitude de fonctionner ensemble. Et on a aussi bénéficié de l’expérience de ces deux papys (rires). C’était vraiment cool. C’était plus long que la Volvo car on ne passe jamais plus de 25 jours en mer. Là, 47 c’est un peu plus long mais le bateau va plus vite, on change de phénomènes météo, de terrains de jeu assez régulièrement, ce qui permet de pas mal nous occuper, mais les moments où on n’avait pas beaucoup de vent et qu’on prenait un peu de retard sur les routages… C’est un peu long. On a eu des conditions superbes pour le cap Horn, on est passé juste à côté. Pouvoir profiter comme ça de ce caillou mythique c’était dingue. Tu peux faire cinq tours du monde et ne jamais le voir, là on est passé juste à côté, c’était super beau, on a eu le temps d’en profiter et de le regarder. C’était vraiment cool. »

Loïc Le Mignon, Chef de quart, 5ème tour du monde
« J’ai été appelé en dernière minute, j’ai pris le train en route, il a fallu s’adapter assez vite à l’équipage et au bateau. On s’est assez vite rendu compte du potentiel du bateau quand on a battu le temps Ouessant-équateur. Mais après, on a buté dans tous les systèmes qu’on trouvait donc il a fallu se résoudre à subir plutôt qu’à faire les routes qu’on voulait. Tout le grand Sud a été compliqué, à chercher les bonnes routes, en allant dans le Sud, dans le froid, les vagues… Et du cap Horn à la remontée on a eu une mer croisée, assez pénible, on n’a même pas pu accélérer un peu. C’est un tour du monde assez frustrant mais on est satisfait car on a fait ce qu’on pouvait. L’équipage a bien marché. Les jeunes étaient plutôt habitués à faire avancer vite le bateau, à le régler tout le temps alors que nous, on a l’habitude de faire des tours du monde donc c’est plutôt sur la longueur qu’on fait le job. Mais on a trouvé un terrain d‘entente. C’était sympa de passer les îles en ayant des documents qu’Erwan avait préparés. D’habitude on passe là, on voit un caillou et puis c’est tout. Là il y avait toute la documentation, combien de personnes habitaient là, ce qu’ils y faisaient… Ça change un peu. »