Fred Le Peutrec : « Banque Populaire V est un avion de chasse » (Interview)

Fred Le Peutrec, barreur du  maxi trimaran Banque Populaire V, détenteur du Trophée Jules Verne sur Groupama 3, a répondu aux questions de Voile-Multicoques.com sur son début de saison à la barre de Zen Too, la future tentative de Trophée Jules Verne de Banque Populaire V.

Voile-Multicoques.com : Tu barres de nouveau un D35 cette saison, Zen Too, vous êtes actuellement en 9ème position au classement général, quels sont les objectifs de l’équipage cette année ?

Fred Le Peutrec : Cette saison n’est pas évidente, je navigue avec des gens dont la voile n’est pas le métier, ils ont donc assez peu de temps à consacrer au D35. Les entrainements sont très réduits, nous naviguons seulement la veille des régates, l’équipage manque donc d’automatismes dans le fonctionnement pour s’affirmer dans le haut du classement.

Voile-multicoques.com

Nous ne sommes pas très loin, la plupart du temps nous terminons à quelques longueurs des premières places.

L’objectif est avant tout de progresser, notamment sur les deux dernières manches en France.

Concernant les classiques courues sur le Léman (Bol d’Or et Genève-Rolle-Genève), quelles sont les difficultés de ces courses « longue distance » ?

La plus grosse difficulté réside dans les changements de systèmes météos, avec des effets de sites et beaucoup de transitions, qui ne sont pas systématiques.

Les locaux qui naviguent à l’année sur le Lac ont quelques automatismes qui permettent de déterminer des schémas, malgré tout, les effets de couloirs et de vents réservent beaucoup de surprises avec des vents différents qui se succèdent tout au long du Léman.

Voile-multicoques.com

Quel a été le programme d’entrainement de l’équipage avant le début du Vulcain Trophy ?

Nous avons eu seulement quelques sessions d’entrainement avec de belles conditions de vent en avril, ce qui représente 6 jours de navigation, sans confrontation aux autres équipages avant le début de la saison.

Deux grand prix seront courues en Méditerranée cette année, penses-tu que ces étapes peuvent changer la hiérarchie actuelle ?

Je ne pense pas que ces étapes hors du lac bouleversent le classement, les équipages au point resteront logiquement devant.

Le Léman est un beau stade pour naviguer, mais je crois que sortir de ce plan d’eau est une bonne chose pour la série puisque les bateaux naviguent uniquement sur le lac depuis plusieurs années avec des lieux de régates peu variés.

Le bateau en lui même n’est pas forcément très adapté à ce type de navigations, le catamaran n’aime pas la mer, mais en été et dans l’est méditerranéen de telles conditions de vagues sont peu probable.

Les D35 sont utilisés depuis 7 ans, penses-tu que les propriétaires s’orientent vers une nouvelle jauge ?

Tout dépendra de la direction vers laquelle les propriétaires veulent aller, puisque les décisions sont prises en assemblée générale. Cette série est avant tout un loisir pour eux, avec une ambition sportive plus ou moins importantes selon les propriétaires.

La donne est un peu différente désormais avec plusieurs séries de catamarans de 40′ et le passage de la Coupe de l’America aux multicoques, ce qui tire les différents circuits vers le haut.

Revenons à ta saison sur le Maxi Banque Populaire V, vous avez abandonné sur casse l’hiver dernier lors de la tentative de Trophée jules Verne, quel bilan tirez-vous de cette tentative concernant le trimaran ?

Ce bateau est un avion de chasse, qui s’inscrit dans l’évolution de Groupama 3, puisqu’il a été généré par le même cabinet d’architecte (VPLP), « il a le Jules Verne dans les jambes ».

Malgré tout, il faudra des conditions favorables pour réussir à battre le record, ce tour du monde est avant tout une histoire de trajectoires, le point primordial est de ne pas faire trop de route.

Le bateau a intrinsèquement un peu plus de vitesse que Groupama 3 dans certaines conditions, mais cet avantage ne permet pas de compenser en vitesse pure ce que nous pouvons perdre sur le contournement de l’anticyclone de Saint Hélène par exemple.

Banque Populaire V peut conserver des vitesses moyennes un peu plus élevées dans la mer formée, du fait de sa longueur et de sa masse.

Le trimaran semble donc plus à son avantage dans le vent médium et fort, qu’en est-il dans les vents faibles, que vous rencontrerez dans les zones de transition ?

Même en ayant navigué sur les deux bateaux, la différence est difficile à quantifier, il faudrait vraiment faire des speed-tests pour déterminer quel est le trimaran le plus rapide dans ces conditions.

Les comportements sont vraiment très proches, je pense que Groupama 3 est probablement un peu plus rapide dans la pétole, mais les différences ne sont pas substantielles.

Un avis sur les catamarans monotypes AC 45 à ailes rigides qui naviguent depuis quelques mois, et qui seront utilisés pour les séries préparatoires à l’America’s Cup ?

Les bateaux paraissent vraiment excitants, l’idée de naviguer avec une aile intéresse forcément tous les gens qui viennent du multi et qui régatent.

Cette voilure impose une logistique importante, ces innovations ne sont donc pas utilisables en dehors d’un circuit professionnalisé et structuré.

Les services de communication ont tendance à diffuser des images spectaculaires avec des chavirages, mais d’après les images dont nous disposons, les catamarans semblent particulièrement véloces et évolutifs dans toutes les phases de contacts serrés.

Ces AC45 permettent d’imaginer les régates en 72′ dans la mer et la brise de San Francisco, puisque ce plan d’eau est assez venté, les régates sur les AC72 seront probablement très spectaculaires voir dangereuses parfois du fait des vitesses élevées et des engagements forts dans les phases de contact.

Évidemment, ce circuit m’attire, comme tous les régatiers venant du multicoque.

© Gilles Martin-Raget

Trois équipes françaises se sont déclarées, dont deux sont inscrites officiellement, ces divisions récurrentes des marins français ne sont-elles pas préjudiciables ?

Tel qu’est structuré le sport voile en France, ces « divisions » ne me paraissent pas choquante.

C’est le signe d’une bonne activité vélique avec un nombre importants de régatiers dans un petit pays, ce sport est très développée, par rapport à d’autres nations où il est concentrée au sein de yachts clubs, avec des institutions plus « rigides ».

Au niveau des financements, les teams français devront probablement trouver des fonds en dehors de l’hexagone pour accéder à la compétition.

L’essentiel du problème vient du fait que nous ne sommes pas assis sur une tradition de l’America’s Cup en France, tous les projets précédents étaient moins bien financés que les grosses équipes étrangères, sans permanence entre les différentes éditions.

Avec le passage au multicoque, beaucoup pensaient que les français seraient les mieux placés pour tenir la dragée haute aux autres équipes, mais il y a une structure, une culture du travail dans les grosses équipes qui est moins présente en France, ce qui explique la présence de trois équipes qui étaient déjà structurées lors de l’édition précédente.

Tu as navigué sur 60′ ORMA pendant plusieurs saisons, as-tu eu l’occasion de naviguer sur un des deux premiers MOD 70 ?

Non, pas encore, j’espère pouvoir le faire, nous partageons les mêmes pontons, nous naviguons sur le même plan d’eau, je reste très attentif à ce qui se passe sur cette série.

Record battu pour Banque Populaire V

Loïck Peyron et ses douez hommes d’équipage, à savoir : Juan Vila, Kevin Escoffier, Xavier Revil, Florent Chastel, Frédéric Le Peutrec, Emmanuel Le Borgne, Billy Besson, Jean-Baptiste Levaillant , Yvan Ravussin, Brian Thompson, Thierry Chabagny, Pierre-Yves Moreau ont battu le record du tour des Iles Britanniques dans la nuit de vendredi à samedi après avoir coupé la ligne d’arrivée après 3jours, 3heures, 49 minutes et 14 secondes à la moyenne de 23,38 noeuds, améliorant de 1 jour, 11heures et 20 minutes le temps de référence détenu par Sidney Gavignet, en solitaire, à la barre de Oman Air Majan.

© BPCE

Loick Peyron, le skipper du trimaran est satisfait de ce premier test en configuration Trophée Jules Verne, et de l’équipage  : « On est tous en forme. Ce record est un très bon test pour la suite. On est en perpétuelle amélioration, l’équipage est parfait, les hommes ont déjà tous un très haut niveau donc ce ne sont que des ajustements. Les conditions de ce record étaient vraiment excellentes, je dirais même presque trop parfaites et donc pas assez viriles pour qu’on soit réellement en condition ! Mais ça nous permet de faire beaucoup de manœuvres, beaucoup plus que sur un long record, c’est un bon entrainement. »

Les hommes de Banque Populaire V s’attaquent au tour des îles britanniques

Loick Peyron, le nouveau skipper, et ses douze hommes d’équipage, avaient quitté les pontons lorientais vendredi 1er juillet à bord du trimaran Banque Populaire V pour une semaine de navigation en configuration Jules Verne autour des îles britanniques.

Profitant d’une fenêtre météo favorable, l’équipage du maxi trimaran s’est élancé mardi soir dans une tentative de record autour des îles britanniques, record actuellement détenu par Sidney Gavignet en solitaire sur Oman Air Majan en 4j, 15h, 9m, 27s depuis août 2010.

Après un peu plus de 24 heures de mer, les treize hommes se trouvent au large de l’Ecosse avec une moyenne impressionnante de 32 noeuds depuis leur départ.

Loïck Peyron : « Nous naviguons actuellement dans le Mistral écossais du sud, avec un grand soleil et un vent ‘’chaud’’, les conditions sont excellentes. Ca en devient presque indécent tellement c’est parfait ! On est tous impatients de rejoindre les îles Shetland, qu’on devrait atteindre vers 5h TU demain matin*. Ca va très très vite ! Tout le monde s’amuse, on se dispute même pour être à la barre ! En ce moment on tourne autour d’une dépression, un grand manège dépressionnaire très joli à voir. On va empanner d’ici 2h, on se retrouvera avec des vents arrières, notre allure ne va donc pas ralentir. A bord l’ambiance est très bonne, super organisation, tout roule parfaitement, c’est loin d’être le bagne ! »

 

Première sortie pour Banque Populaire V

Banque Populaire V, le trimaran géant a effectué sa première sortie mercredi, en rade de Lorient. Cette navigation avait pour objectif de valider les travaux effectués sur le bateau cet hiver, en particulier la consolidation du bras arrière après l’abandon sur le Jules-Verne.

© B.Stichelbault/BPCE

C’est Fred Le Peutrec, chef de quart lors de la tentative de trophée Jules Verne, et détenteur de celui-ci sur Groupama 3 qui officiait en tant que skipper lors de cette sortie. Le choix définitif du marin qui remplacera Pascal Bidégorry à la tête de l’équipage qui tentera le tour du monde cet hiver devrait être annoncé d’ici peu (début juin), avant les premières courses de la saison,  le trimaran étant engagé sur le record SNSM (17 au 21 juin) et la Fastnet Race (départ le 14 août).

Banque Populaire V remis à l’eau

Le chantier du maxi trimaran s’est achevé avec sa remise à l’eau à Lorient.

Le bateau avait été mis au sec en février dernier lors de son retour à Lorient après une première tentative avortée de record du Trophée Jules Verne. Ces 12 semaines au sec auront permis au Team Banque Populaire de réparer le bras arrière et de construire une nouvelle dérive.

Les explications deSébastien Duclos, directeur adjoint du Team Banque Populaire  : « Ces deux mois et demi de chantier ont permis de remettre le Maxi Banque Populaire V en parfait état de marche. Bien qu’il n’y avait aucun autre changement à effectuer hormis le bras arrière et la dérive, une inspection complète était nécessaire. Le chantier a commencé début mars ; depuis, l’équipe a tout mis en œuvre pour redonner une vrai jeunesse au bateau, elle l’a entièrement passé à la loupe afin que rien ne lui échappe. Il y a eu quelques petites rectifications à l’intérieur pour un meilleur confort de l’équipage à bord et une optimisation de la surface, suite aux remarques des hommes après les 30 jours de navigation pendant la tentative de record du Trophée Jules Verne. Globalement le bateau était en bon état, nous n’avons pas eu de modifications significatives, c’était un chantier d’entretien. On peut ainsi commencer la saison en toute sérénité. »

La première sortie devrait avoir lieu en fin de semaine, avant de s’attaque à une nouvelle tentative de Trophée Jules Verne l’hiver prochain, le trimaran sera aligner sur le trophée SNSM en juin et sur la Rolex Fasnet Race en août.

Les noms du skipper remplaçant de Pascal Bidégorry et des membres de l’équipage seront confirmés d’ici la fin du mois de mai.

Bruits de ponton

  • Pascal Bidégorry débarqué de Banque Populaire 5 ?

La rumeur courrait depuis le retour de la tentative ratée de Trophée Jules Verne, mais elle se fait de plus en plus insistante avec plusieurs articles dans la presse nationale et régionale (L’équipe, le Télégramme), sur le net (SeaSailSurf, Voiles et Voiliers…). Ces différentes sources font également état de l’arrivée de Michel Desjoyaux comme skipper du maxi trimaran Banque Populaire 5 pour la prochaine tentative de Trophée Jules Verne, cette information n’a pour l’instant pas été confirmée ni par l’intéressé, ni par le team. Le planning de celui-ci permettrait une tentative l’hiver prochain, le programme MOD 70, sur lequel Michel Desjoyaux est engagé ne comprenant que la course d’essai en octobre 2011, avec  une reprise en juillet 2012 avec une transat.

  • Gitana 12 en route vers Valence

Le trimaran du team Gitana a quitté la Trinité sur Mer en fin de semaine dernière en direction de Valence, ce qui confirmerait la vente de celui-ci au Team Artemis.

Le trimaran devrait être entièrement remanié (coque centrale coupée sur le bas, allongement des flotteurs, aile rigide…) afin de s’approcher au plus près du futur AC 72 de l’équipe suédoise.

Pas de nouvelle tentative pour Banque Populaire V

Le maxi-trimaran Banque Populaire V, de retour à Lorient depuis dimanche dernier après une première tentative avortée de Trophée Jules Verne, ne repartira pas pour une nouvelle tentative cet hiver.

Malgré ce problème, le trimaran semble être en relatif bon état, comme le confirme  Pierre-Emmanuel Hérissé, responsable technique du Maxi Banque Populaire V  : « Le bateau est revenu dans un super état général, mais le contrôle supplémentaire que nous devons faire sur ce bras, associé aux contraintes météos dues au début de l’hiver dans l’hémisphère sud ne va pas  permettre  de repartir dans les délais que nous nous étions fixés. On doit donc se laisser un peu plus de temps que prévu, c’est une décision collective prise avec les architectes. »

Pascal Bidégorry et son équipage ne reprendront donc leur stand-by qu’à partir de novembre 2011, ils profiteront de ce délai supplémentaire pour multiplier les navigations d’entrainement.

Banque Populaire V à Lorient

Le maxi trimaran Banque Populaire V  a rejoint son ponton à Lorient ce matin, Pascal Bidégorry et ses 13 hommes d’équipage sont donc de retour après leur tentative avortée de Trophée Jules Verne, suite à une collision avec un OFNI.
Pascal Bidégorry espère repartir après un check-up du bateau et les réparations suite à la casse de la dérive, le bateau devrait être prêt dans une dizaine de jours.

Pascal Bidégorry, skipper – hors quart

« On a poursuivi notre travail sur ces 15 jours retour. On s’était fixé comme objectif de continuer à naviguer comme si on était en record… notamment dans l’organisation du bord, dans le prolongement de ce qu’on a fait sur les douze premiers jours de course. C’était important, il ne fallait pas s’arrêter et garder la même dynamique.

Le bateau est bien, c’est un fait, tout le monde le dit, mais je me suis régalé à naviguer avec l’équipage à bord. Je pense qu’on a tout pour réussir ce projet comme il faut. On a fait une trentaine de jours de mer. c’est sûr que ça va nous servir énormément, qu’on revient beaucoup moins bête qu’on est parti ! Les gars du team ont fait un travail énorme et on a tous un peu grandi. On a appris à vivre ensemble dans la performance du bateau. Vivre ensemble à 20 nœuds et vivre ensemble à 35 nœuds, ce n’est pas pareil. Dans la gestion du record, j’ai essayé d’apprendre en regardant les autres et en voyant l’intelligence avec laquelle ils ont mené leur bateau et leurs hommes. On voit que ce n’est pas simple. On n’a pas cassé le bateau. On a bien navigué. On a tapé quelque chose mais on n’a pas fait d’erreur.

On espère repartir. Il y a dix jours de travail sur le bateau. Il faut faire un check complet parce qu’on a quand même navigué 30 jours sur un multicoque de 40 mètres.

Juan Vila, navigateur – hors quart

« C’était une très belle expérience, très intense avec des moments hauts et des moments bas, comme toujours dans ce type de course. Tout allait vraiment bien. C’est dommage mais on espère y retourner très vite. Dans mon rôle de navigateur, j’ai forcément passé beaucoup de temps à l’intérieur, en faisant un peu une régate virtuelle sur l’ordinateur. Mais j’étais aussi sur le pont pour toutes les manœuvres, pour aider. Ca m’a permis de voir les deux volets de cette navigation et donné l’envie de repartir. Je sais qu’après une journée à terre, je serai en train de regarder les fichiers et de me dire : quand est-ce qu’on y retourne? ».

Yvan Ravussin, Chef de quart (Quart n°1) :

« Pour cette première tentative, on a fait un super début de course.  Que ce soit sur le plan du bateau ou de l’équipage,  c’était vraiment du pur bonheur et on n’a qu’une seule envie, c’est d’y retourner ! On sait que la casse fait partie de notre sport mais je pensais vraiment être à l’abri sur ce genre de gros bateau. Même si ne c’est pas la première fois que j’effectue ce genre de réparation en pleine mer, celle-là a vraiment été la plus grosse et la plus périlleuse d’entre-elles. Mais cette première tentative nous a permis d’en savoir davantage sur cette machine et nous donne une incroyable envie de voir ce dont elle est capable sur le tour entier ».

Brian Thompson, barreur/régleur (Quart n°1) :

« Je me sens super bien et pas trop fatigué ! Nous avons convoyé pendant quatorze jours et n’allions pas aussi vite évidemment avec la dérive abimée. C’était la première fois que je naviguais aussi longtemps sur ce bateau et je dois dire qu’il a un incroyable potentiel. C’est juste dommage d’avoir heurté cet OFNI. J’étais à la barre au moment du choc, nous allions à 37 nœuds, sous un vent stable et c’était vraiment une super nuit. L’impact n’a pas été aussi violent que ça et nous ne pouvions pas imaginer la gravité des dégâts. Lorsque l’on a franchi l’équateur, j’ai fait une offrande de saucisson à Neptune, mais je ne suis pas sûr que cela ait été suffisant. Je suppose qu’il était un peu en colère que je ne lui ai pas fourni le vin français avec (rires)  !  »

Thierry Chabagny, barreur/régleur (Quart n°1) :

« Trente jours de mer sur un bateau comme ça, c’est très riche. Ils m’ont permis d’apprendre beaucoup sur l’ensemble des manœuvres, le réglage des voiles… Toutes les heures passées à la barre m’ont développé des sensibilités que je n’avais pas avant de partir. Je me suis aussi rendu compte que j’avais très envie de repartir pour essayer d’enfin boucler ce tour du monde qui nous fait rêver mais qui reste très dur. Humainement, tu te rends compte que c’est comme une petite entreprise et que des notions comme le respect et l’écoute sont très importantes. Ca s’est très bien passé entre nous. J’ai fait beaucoup de solitaire et finalement peu d’équipage. C’est intéressant de pouvoir voir dans le regard des autres ce que tu dégages. Du coup tu as souvent tendance à essayer de faire mieux, de corriger même si la vérité ressort toujours. Je pense que nous avons tous été « choisis » pour notre faculté à nous entendre avec les autres et il n’y a pas eu de problème. On a vraiment partagé chaque instant, c’était un vrai bonheur! ».

Pierre-Yves Moreau, numéro un (Quart n°1) :

« En tant que responsable technique du Maxi Banque Populaire V, je suis intervenu sur la dérive juste après le choc. On a attendu d’être dans des eaux plus calmes pour l’enlever. En la sortant on était un peu dépité parce qu’elle était très abimée, plus que ce qu’on imaginait. Il a fallu rafistoler, couper avec les moyens du bord. On en a coupé deux mètres, ce qui nous a permis de re-naviguer avec le bateau. L’équipage est bon et bien ! J’étais très heureux de mon quart, on était bien complémentaires. On s’est amusé mais c’était sérieux aussi ».

Frédéric Le Peutrec, chef de quart (Quart n°2) :

« Avoir navigué trente jours à bord du bateau et avec l’équipage, ce sont autant d’acquis pour la prochaine fois. Il n’y a pas eu de bobo, pas de plainte, on a tous été aussi déçus les uns que les autres quand le choc est arrivé. C’est rare que ce soit à la première tentative que ça passe. Ce qu’on apprend à chaque fois c’est de l’acquis nécessaire pour la tentative qui sera couronnée de succès. On n’a pas attaqué la partie dans laquelle on se fait les gros souvenirs, c’est à dire le sud. Mais c’est toujours un gros plaisir d’aller très vite avec un bateau équilibré, de se retrouver à la barre en précision avec un engin qui déboule à 37, 38, 40 nœuds au milieu de la nuit. Ce sont de vrais plaisirs. Ca s’est arrêté trop vite mais ce n’est que partie remise. Ça fait partie de l’exercice, ce n’est pas qu’une régate mais la frustration ne va pas au delà du supportable ».

Emmanuel Le Borgne, barreur/régleur (Quart n°2) :

« Le départ était super sympa avec des bonnes conditions pour arriver jusqu’au Pot au Noir. On savait déjà, bien avant d’atteindre l’équateur, que l’Atlantique sud serait compliqué mais on gardait un petit espoir que les choses s’améliorent. La casse mécanique nous a malheureusement fait revoir nos stratégies et on a dû prendre la décision de rentrer. Je dormais au moment du choc mais ce n’était pas très violent. Paradoxalement c’était un choc un peu particulier, assez transverse, qui a fait beaucoup de dégâts.
Le convoyage retour nous a tout de même permis de continuer à valider des choses, à travailler l’organisation des quarts, des manœuvres et c’est curieusement passé assez vite. En tous cas, cette première tentative est trop courte mais très concluante. On s’est présenté à la porte du grand Sud, elle s’est refermée donc on va aller vite toquer une deuxième fois ».

Erwan Tabarly, barreur/régleur (Quart n°2) :

« C’est une superbe expérience que de naviguer sur un des bateaux les plus rapides de la course au large. C’est un grand honneur et beaucoup de plaisir de naviguer avec cet équipage. J’ai profité de chaque instant comme d’un grand privilège. J’en garde de très bons souvenirs même si on aurait aimé aller au bout c’est sûr. Il faut rebondir et on ne va pas s’arrêter là. Il y aura une suite et ce sera pour la prochaine fois ».

Ronan Lucas, numéro un (Quart n°2) :

« On a passé près d’un mois en mer, je ne l’ai pas senti passer. Les quinze premiers jours c’est une succession : Les Canaries, le Cap Vert, l’Equateur, l’attaque du Sud, Sainte-Hélène… Ca va vraiment très vite et on est toujours focalisé sur le coup d’après. C’est vraiment rapide. Après il y a la déception de se dire que le record est fichu pour cette première tentative. C’est beaucoup d’énergie pour un aléa qu’on ne maîtrise pas. On n’a pas eu de réussite cette fois-ci, la prochaine fois on l’aura. On a des satisfactions ; le bateau va vite, l’équipage est compétent. Au moment où on a abandonné on avait 400 milles d’avance alors qu’on avait une météo plutôt moyenne. Il y a de la déception parce qu’il y a eu beaucoup d’énergie des sportifs sur l’eau, de l’équipe technique et du sponsor qui nous soutient depuis longtemps. Tout le monde y croit. On a juste touché du doigt les moments mythiques d’un tour du monde et on aurait aimé aller plus loin ».

Jérémie Beyou, chef de quart (Quart n°3) :

« Le principe du convoyage est de ne pas trop pousser la machine mais en même temps on a envie de voir certaines choses. Toute la question a donc été de savoir où on plaçait la barre. C’était intéressant de voir comment faire avancer un bateau vite, le plus proche possible de ses capacités maximales mais en tenant compte de ce problème de dérive, pour voir comment on s’en sort et enregistrer ces données là. Ce convoyage nous a permis de discuter plus avec les autres et notamment ceux des autres quarts qu’on a beaucoup croisé. Ce facteur humain est sur le dessus de la pile des critères de réussite ».

Kevin Escoffier, barreur/régleur (Quart n°3) :

 » C’était super ! On a vu que le bateau allait vite et j’ai pris énormément de plaisir. Après un an et demi comme ça, ça fait vraiment du bien de partir enfin. C’est forcement décevant de s’arrêter à cause de la dérive car à part ça le bateau était nickel. C’est la fatalité, un impondérable de notre sport et on doit faire avec.  Il faut se faire une raison mais surtout prendre les points positifs : à part la dérive, le bateau est très propre après trente jours de mer. Bien évidemment on aurait préféré aller plus loin mais cette première tentative est une expérience supplémentaire importante pour un futur départ. Ce qui m’a le plus marqué sur la traversée sont les deux premiers jours. On avait déjà une envie folle de partir naviguer, mais on a surtout eu de super conditions pour bien carburer. J’en garde de magnifiques souvenirs avec de superbes heures de barre ».

Xavier Revil, barreur/régleur (Quart n°3) :

 » Tout d’abord c’est la première fois que je passe autant de jours en mer et je dois dire que ça m’a bien plu ! J’ai même très envie d’y retourner. Tout s’est super bien passé et je suis très vite rentré dans mon rythme de quart. La première nuit était un peu difficile mais tu t’acclimates vite à la vie du bateau et ça me donne beaucoup de confiance pour la suite. Pour mon premier passage de l’équateur, on a fait une petite fête. On est très concentré dans la course et cela a permis d’avoir un moment de convivialité tous ensemble.

L’avitaillement dont j’étais en charge s’est très bien passé. On n’a manqué de rien mais ce n’est pas facile de satisfaire tout le monde en terme de goût. On a appris pendant ces trente jours et c’est comme pour le bateau, il y aura des améliorations à apporter et des ajustements à faire. Mais tout le monde était content. C’est le plus important. »

Florent Chastel, numéro un (Quart n°3) :

 » Il n’y a vraiment eu que du positif sur ces treize jours de course, mis à part le choc avec l’OFNI. Le plus impressionnant sur ce bateau c’est sa capacité à afficher de superbes moyennes dès qu’il y a un peu d’air. Même si la météo n’a pas toujours été très favorable, on a quand même réussi à bénéficier de pas mal d’avance sur les temps du record. C’était une bonne session qui ne se termine pas comme on l’aurait souhaité mais il faut maintenant tout mettre en ordre et essayer de repartir le plus vite possible. En tous cas, le bateau a largement le potentiel pour décrocher ce Trophée ».

Banque Populaire 5 en route vers Lorient

Après une réparation sur le morceau de  dérive restant, l’équipage a pu prendre une route au nord afin de regagner la base de Lorient.
Les explications d’Yvan Ravussin et Pierre yves Moreau, qui ont assuré les répartions : « On étaient deux à travailler, « PYM » et moi on a beaucoup bossé et là on est un peu vannés c’est la décompression étant donné qu’on a remis la dérive ce matin à 8h. On a pas chômé mais elle est de nouveau là et on peut faire route, le travail est récompensé. Il a fallu la couper, percer, scier et faire le nécessaire pour que cette dérive nous ramène à Lorient, on l’espère. Il reste 2m sous le bateau à la place de 5m80, c’est dire que le bateau est diminué. On a fait des réparations, enfin c’est un raccommodage et on espère que cela va tenir. On ne va pas naviguer à 100% du potentiel du bateau et ne pas aller au-delà de 25 à 30 noeuds pour éviter de l’endommager encore plus qu’elle ne l’est déjà.  » 

Pierre-Yves Moreau : «  Ce qui est certain c’est qu’on ne pouvait pas imaginer rentrer dans les mers du grand sud avec un trimaran tout à fait sécurisé car là-bas c’est très dangereux et avec la dérive dans cet état, on se serait mis en danger. Il faut rentrer dans ces mers avec un bateau en bon état. On est content de pouvoir repartir avec un bateau qui est moins en risque mais dont la dérive fait maintenant 2m sur 5m80 à l’origine. On ne pensait absolument pas pouvoir réaliser une réparation si importante à bord, ce n’est jamais qu’un travail d’atelier mais avec très peu d’outils adéquats. »

Le skipper du maxi trimaran, Pascal Bidégorry  : « je ne doutais pas que la dérive pourrait être réparée et que les garçons réussiraient à le faire. Je n’étais pas inquiet. Il faut juste bien faire attention à ne pas taper quelque chose donc ne pas aller trop vite. Maintenant oui c’est cap au Nord, cap à la maison malheureusement. Cela fait 4 jours qu’on est sortis du record et pourtant je n’arrive pas à me sortir cela de la tête, c’est comme si on continuait la course. C’est difficile de tourner la page. Depuis hier, je regarde les fichiers et constate qu’on aurait eu deux jours et demi de près et après peut-être rattrapé une dépression qui nous aurait fait faire un bon bout de chemin. Il va falloir tourner la page maintenant, mais bon ça ne va pas se tourner comme cela.« 

Le skipper du maxi trimaran, Pascal Bidégorry, est bien évidemment déçu, cependant il envisage une possibilité de nouveau départ cette année :  « on va continuer à suivre la météo de près, si on a l’opportunité de bien repartir, on le fera mais on le fera bien. Une fois à Lorient, on a une dérive neuve à l’atelier, donc cela n’est pas un souci, en revanche il faut bien compter 10 jours de travail pour faire le tour du bateau car il aura fait 30 jours de mer. Il faut être certains de pouvoir repartir avec un trimaran aussi « safe » que la première fois.
On est plus dans un objectif de record. La priorité est de ramener Banque Populaire à Lorient et en bon état. Mon objectif premier maintenant est de mettre le cap au Nord. Je ne repartirai pas dans la foulée sans avoir les bonnes conditions. Ce qui fait qu’il y aura un succès dans ce Jules Verne c’est l’addition de pleins de facteurs. »


Abandon de Banque Populaire 5

Les 14 hommes d’équipage sont donc contraints à l’abandon lors de leur première tentative de Trophée Jules Verne.

L’équipage aura malgré tout tenté de réparer la dérive, qui était lourdement endommagée suite à une collision avec un OFNI, l’équipage continue ces travaux sur cette pièce afin de pouvoir rejoindre Lorient.

Pascal Bidégorry et ses hommes ne pouvaient pas continuer leur tour du monde (il restait les 3/4 du parcours à couvrir) avec  une dérive qui ne remplissait plus son rôle quand une longue navigation au près s’annonçait vers les îles Kerguelen, qui plus est la réparation aurait pu ne pas tenir et donc entrainer une délamination sur la pièce.

Pascal Bidégorry :  » Nous avons passé la journée d’hier à scier l’extrémité de la dérive abimée. Nous avons dégagé une petite partie saine et nous avons gratté à l’intérieur pour faire une stratification. En ce moment, les garçons sont en train d’essayer de boucher avec tout ce qu’ils trouvent. Ensuite il faudra stratifier l’extérieur. Le bateau est un véritable atelier de composite en ce moment, ce qui n’a rien d’évident par 46° Sud, dans le froid et dans le brouillard permanent. Nous nous retrouvons avec deux mètres de dérive au lieu des 6,80 mètres habituels. A l’échelle d’un bateau comme le nôtre, ça n’encourage pas la performance et nous avons énormément de près annoncé pour aller jusqu’aux Kerguelen, conditions dans lesquelles la longueur totale de la dérive est indispensable. Cela fait deux jours et demi qu’on travaille et malgré toute notre détermination, nous nous rendons bien compte qu’on ne pourra pas la remettre en place avant demain midi au minimum. Il faut être objectif, nous sommes quand même dans un record et nous courrons contre le temps. Ne pas continuer est plus qu’une évidence aujourd’hui, d’autant plus qu’on sait qu’il y a du près qui nous attend. Nous ne pouvons plus aller aussi vite que nous le souhaitions dans le Sud. Nous sommes sortis de ce qu’était l’essence même de notre objectif. Nous avons donc pris la décision de laisser un peu de temps à l’équipe en charge du « chantier » pour finir de réparer comme il faut. Ensuite nous rentrerons doucement mais sûrement vers Lorient. Nous sommes de grands garçons, nous sommes venus là tout seuls et nous rentrerons à la voile. Pour l’instant, nous faisons toujours cap à l’Est. Nous devrions avoir une bascule d’ici une ou deux heures pour pouvoir faire une route du Nord. D’ici 24 heures, nous devrions avoir des conditions très molles qui vont nous permettre de finir la réparation. Ensuite, nous allons repartir dans les alizés, au portant jusqu’au Pot au Noir « .

L’équipage de Banque Populaire 5 rejoindra donc sa base lorientaise d’ici 15 à 20 jours, les hommes  du team espèrent pouvoir repartir l’année prochaine à l’assaut du globe, comme l’expliquait le skipper :  » Je suis déterminé à faire ce tour du monde et à battre ce record. Nous avons à la fois un bateau fiable sur lequel on a vraiment bien travaillé et un degré de qualité sur le plan sportif qui fait que le Maxi Banque Populaire V mérite beaucoup mieux que ce qu’on a à lui offrir aujourd’hui. Il faut continuer à travailler pour l’avenir « .