Une seule manche pour la première journée du D35 Trophy 2017

Les équipages du D35 Trophy n’ont couru qu’une manche lors de la première journéedu Grand prix d’ouverture Emil Frey Genève Acacias. Le comité avait envoyé les équipages sur l’eau juste après le briefing. Un départ a été donné au large de la SNG, dans des conditions de vent faible (4 noeuds) dès 14h.

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.org

Mobimo de Christain Wahl prenait un départ bâbord à la bouée, ce qui permettait à l’équipage de croiser devant les sept autres concurrents sur la ligne de départ.
Mobimo conservait la tête de la course jusqu’à la ligne d’arrivée, Alinghi parti en babord mais côté comité bénéficiait aussi d’un meilleur vent en conservait également sa seconde place à l’arrivée, Realteam prenait la 3ème place de cette unique régate. Celle-ci fut même difficile à terminer pour les derniers bateaux dans un vent quasi nul sur la fin du second tour.

Christian Wahl, skipper de Mobimo :  « Nous étions les seuls à tenter un départ à la bouée. Le vent a tourné légèrement à gauche une minute avant le départ, ce qui nous a permis de passer devant. Nous avions plusieurs options, et avons choisi au dernier moment. Au niveau de l’équipage, l’arrivée de Corentin Horeau se passe très bien. Notre équipe est structurée, et a ses automatisme. Un contexte qui favorise l’intégration, particulièrement avec une personne compétente et talentueuse. D’une manière général, nous avons acquis de la fluidité et avons fait de réel progrès dans ces conditions.
Nous constatons que nous pouvons aussi creuser l’écart. Nous espérons poursuivre sur cette lancée demain ».Les conditions ne paraissent pas exceptionnelle pour aujourd’hui avec de la pluie et peu de vent sur le plan d’eau, aucune course n’a été lancée pour le moment.

 

Le Team Phaedo intègre le D35 Trophy

Le programme du D35 Trophy ne changera pas cette année avec six grands prix et les deux classiques lémaniques, à savoir la Genève-Rolle-Genève et Bol d’Or Mirabaud.

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.org

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.org

Le support reste le D35 pour la quatorzième année du circuit.

Quelques mouvements notables au sein de la flotte, le Team Tilt qui se concentre sur la préparation de la Youth America’s Cup quitte le circuit après de beaux résultats sur les dernières années. SUI5 a donc été vendu à Lloyd Thornburg, déjà propirétaire du MOD70 Phaedo 3, le britannique engage donc Phaedo2, qui sera mené par Brian Thompson.

Autre absent notable, Ladycat powered by Spindrift racing, vainqueur du D35 Trophy l’année dernière, ne disputera pas la saison. Le catamaran de Dona Bertarelli ne sera aligné que sur le Bol d’Or Mirabaud.

Concernant les mouvements d’équipage, pas de changement sur Zen Too, Racing Django et Alinghi. Billy Besson intègre l’équipe d’Okalys.  Realteam accueille Nathalie Brugger qui vient également du Nacra 17, Esteban Garcia renforce également son équipage avec l’arrivée de Lucien Cujean du Team Tilt. Jérémy Bachelin, également de Team Tilt naviguera sur Swisscom.
Corentin Horeau rejoint Mobimo

Le D35 Trophy perd donc un concurrent pour cette saison 2017, le premier rendez-vous aura lieu le 5 mai prochain à la SNG pour le Grand Prix BMW Emil Frey Genève Accacias.

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.org

Le programme 2017

5 au 7 mai 2017-Grand Prix BMW Emil Frey
20 au 21 mai 2017-Open de Versoix
10 juin 2017-Genève-Rolle-Genève
9 et 11 juin 2017-Grand Prix Realstone 
17 juin 2017-Bol d’Or Mirabaud
2 et 3 septembre 2017-Grand Prix Alinghi de Crans
9 et 10 septembre 2017-Open du Yacht Club
22 et 23 septembre 2017-Grand Prix de Clôture

Du grand spectacle en multicoque aux Voiles de St Barth

La flotte des multicoques alignée aux Voiles de St Barth était disparate, entre MOD70, catamarans de course-croisière (dont le Gunboat 40′ à foils), un trimaran de 40′ et un GC32( Zoulou d’Erik Maris), mais n’en était pas moins intéressante à suivre.
La victoire est logiquement revenue à l’équipage du MOD70 Phaedo 3 de Lloyd Thornburg, accompagné entre autre de Brian Thompson et Sam Goochild. L’équipage du trimaran s’adjugeait facilement les quatre manches courues.
La lutte pour la seconde place était serrée entre Elvis, un Gunboat de 62′ de Steven Cucchiaro et Paradox, le 63′ sur plan Irens construits dans les moules de Fujifilm de Peter Aschenbrenner. Les deux bateaux terminaient à égalité, mais Paradox s’adjugeait la 2ème place devant le catamaran grâce à deux secondes places .
Le GC 32 Zoulou d’Erik Maris ne pouvait lutter en temps compensé du fait de ses foils, tout comme le G4 d’Eduardo Perez, largement pénalisés par le rating.

Lloyd Thornburg (MOD 70 Phaedo3, 1er Multicoque):

« Les Voiles de Saint-Barth sont un très bel évènement. Aujourd’hui, le vent soufflait de nouveau assez fort et nous avons apprécié car pour notre bateau, un trimaran, c’est nettement plus agréable que le petit temps. Le parcours était, une nouvelle fois, magnifique. Gagner cette course était quelque chose d’important pour nous et nous l’avons fait en prenant énormément de plaisir ! »

Phaedo³, Les Voiles de St. Barths 2015 from Ocean Images on Vimeo.

Timbalero III, le Gunboat G4 à foils de 49′ a chaviré dans la dernière manche. La catamaran n’a semble-t-il pas subit de gros dégâts et a pu être retourné sans perdre son mât.

Wipe Out from Gunboat on Vimeo.

Sidney Gavignet :  » J’espère que cette faiblesse deviendra notre force »

Sidney Gavignet, l’un des marins français les plus expérimentés sur les grandes courses internationales (Volvo Ocean Race, America’s Cup), a intégré l’équipe d’Oman Sail il y a deux ans. Il a pris la barre de tous les multicoques de ce team (maxi trimaran, Extreme 40), et est désormais skipper du MOD70 Musandam.

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.com

Sidney a accepté de répondre aux questions de Voile-Multicoques concernant cette première saison en MOD70.

Un mot sur ces MOD70, quels sont ses points forts ? Pensez-vous que certains éléments pourraient être améliorés sur le trimaran ?

Les bateaux sont très bien nés, marins, agréables à naviguer avec des réglages fins, qui se sentent tout de suite à la barre. Ces trimarans sont fiables, nous pouvons enchaîner les navigations avec des équipes techniques réduites, ce qui prouve leur solidité.

La classe a un problème technique principal, ce sont les foils qui sont fragiles. Nous en avons fait l’expérience sur la Krys Ocean Race, avec une casse sans qu’il n’y ait eu de choc sur l’appendice.

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.com

L’équipe a décroché sa première victoire sur une étape offshore (sur la 4ème étape de l’European Tour entre Cascais et Marseille), dans des conditions légères, quels ont été les points forts de l’équipage sur cette étape ?

Nous avons forcément eu un peu de réussite, mais nous avions une bonne vitesse dans ce petit temps, nous avons pu grappiller petit à petit en s’arrêtant moins que les autres bateaux dans les zones de pétole. Le fait qu’il y ait toujours plus de vent devant nous a aussi permis de creuser une belle avance jusqu’à l’arrivée.

Vous aviez également effectué un beau début de course sur la Krys Ocean Race avant la casse du foil, et ce malgré un équipage nettement moins expérimenté que sur les autres trimarans, avec notamment deux omanais sur les étapes offshore, quelle est la force de cet équipage ?

J’espère que cette faiblesse deviendra notre force. Nous sommes obligés du fait de ce manque d’expérience d’être très structurés à bord, avec une organisation quasi militaire, je pense que cette rigueur peut sur le long terme devenir une force.

La langue « officielle » sur le bateau est l’anglais, nous avons donc uniquement Brian Thompson qui parle sa langue naturelle ; ceci implique un lexique commun à tout l’équipage, ce qui renforce encore l’organisation nécessaire pour les manœuvres.

L’objectif d’Oman Sail est de former un équipage entièrement omanais, tu as à bord deux équipiers originaires du Sultanat sur les offshores et trois sur les inshores, comment jugez-vous la progression de ces marins ?

Leur progression est énorme, même si ce n’est jamais assez.

J’aime bien citer Fahad Al Hasni, qui est le plus jeunes des trois omanais qui naviguent à bord. Il a débuté la voile il y a seulement trois ans, en étant formé sur le Tour de France à la voile. Désormais c’est un très bon équipier, même si il n’est pas encore un bon pro, mais il le deviendra, d’abord au large, puis en peaufinant la technique sur les inshores également.

Nous sommes à Marseille, où je faisais sport-étude voile il y a 25 ans, c’est donc difficile de contracter une expérience de 25 ans comme la mienne en seulement trois ans.

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.com

Il existe un programme de sélection de marins à Oman, mais comment se passe la sélection de vos équipiers sur le MOD ?

Oman Sail a de beaux résultats sur le tour de France à la voile, en Extreme 40 et nous avons nous aussi quelques bonnes performances en MOD70, mais chaque série travaille de son côté. Le vivier de marins existe, mais il est difficile de faire passer les gens d’une série à l’autre, et je suis presque en manque d’équipiers, c’est probablement la petite faiblesse du programme d’Oman Sail.

Oman Sail est donc très impliqué pour le développement de la voile dans le Sultanat, quel est l’impact de cet engagement au niveau local dans les écoles de voile ?

Ce programme a permis de construire deux écoles de voile dignes de celles que l’on peut trouver à Brest ou la Rochelle, les scolaires ont également accès à ces écoles de voile, un programme féminin se développe aussi, ce qui est important dans un pays musulman.

Le nombre d’enfants qui touchent à la voile depuis le lancement du programme est phénoménal.

Oman Sail est le seul équipage international de la série MOD70, que manque-t-il à cette classe pour attirer les marins étrangers ?

Effectivement il manque deux bateaux anglo-saxons sur cette classe, j’espère que nous les aurons bientôt .

Nous avons prouvé que les bateaux sont fiables, spectaculaires, que nous pouvons enchaîner les courses, le tour de l’Europe a été parfait et le tour du monde l’année prochaine le sera aussi, la classe a donc tout pour réussir, manque ces bateaux étrangers pour que le succès soit complet.

Aviez-vous des objectifs définis pour cette première saison en MOD70 ?

L’objectif sur la transatlantique New York Brest était de terminer la course, car nous avions débuté le navigations sur le trimaran seulement deux mois avant. L’objectif est donc rempli, malgré la casse du foil.

En ce qui concerne l’European Tour, nous visons le milieu de plateau, nous somme cinq, donc l’objectif est le podium, en gagnant des manches inshores et offshore. Actuellement nous avons atteint ces objectifs, mais la course est très serrée et nous pouvons finir 3ème comme 5ème.

Un mot sur les performances lors de la première journée des City Races de Marseille, dans le petite temps ?

L’équation était simple, deux mauvais départs, deux mauvaises manches, un bon départ une bonne place à l’arrivée, tout s’est joué sur ce point. Ceci fait parti de nos points à améliorer avec une marge de progression afin d’être plus constants dans ces phases de régates

Musandam Oman Sail vainqueur à Marseille

Sidney Gavignet et ses équipiers : Jean-François Cuzon, Brian Thompson, Thomas Lebreton, Khamis Al Amburi et Fahad Al Hasni ont remporté cette quatrième étape de l’European Tour, après avoir pris la tête de la course le lendemain du départ, et grâce à un joli coup tactique près des côtes au passage du Cap Saint Vincent.

L’équipage réussira par la suite à décrocher Race for Water de Stève Ravussin, qui avait pris la même option, ils ne cesseront par la suite de creuser leur avance qui s’élèvera au maximum à 100 milles le tout dans des vents faibles. La dernière nuit avant l’arrivée sur Marseille aura été plus tonique avec des pointes à plus de 30 noeuds.

© Mark Lloyd / MOD S.A.

Cette victoire permet à l’équipage aux couleurs d’Oman de prendre la troisième place du classement général provisoire à l’issue de cette étape.

Race for Water, mené par Stève Ravussin avec Franck Cammas à la tactique, enregistre sa meilleure performance sur ce tour de l’Europe en terminant second de l’étape dix sept minutes devant Foncia, Spindrift racing et Groupe Edmond de Rothschild terminent 4 et 5èmes.

79% des points sont maintenant distribués FONCIA conforte son leadership avec huit points d’avance sur son dauphin Spindrift racing, Yann Guichard et son équipage n’auront plus droit à l’erreur si ils veulent remporter cette épreuve.

Musandam-Oman Sail prend donc la troisième place, à égalité de point avec Race for Water (avec 32 points de retard sur le leader). Le grand perdant est Groupe Edmond de Rothschild, l’équipage de Sébastien Josse perd deux places au général et pointe désormais à 39 points de Foncia, le podium reste néanmoins accessible puisque les hommes du Gitana Team ne sont qu’à sept points de Musandam et Race for Water.

Les équipages reprendront les « hostilités » à partir de vendredi à Marseille pour deux journées de City Races.

Sidney Gavignet, skipper de Musandam OmanSail

« Je suis content…content. Ce n’est qu’une fois la ligne passée que je me suis dit que c’était bon, parce que pendant le dernier petit tour dans les cailloux au retour de Cassis, on a failli cabaner sous un gros nuage noir, dans une bouffe à 40 nœuds. On a tout choqué en grand et il s’en est fallu de peu. C’est beaucoup d’émotion parce qu’on ne se relâche pas beaucoup sur ces bestioles. C’est fatiguant, c’est usant. J’y croyais à cette victoire ! C’est un truc d’équipe, bravo à nous tous. Ça s’est joué au Portugal, au cap Saint Vincent. On a beaucoup progressé dans le petit temps. C’était une des clés sur cette étape pour s’extraire. On marchait bien et Jean François Cuzon a passé beaucoup beaucoup de temps à la table à carte, plus que dans la bannette ! L’équipage progresse. Fahad devient un bon équipier de large. On a une bonne délégation d’Oman qui vient ici et c’est un beau cadeau à faire à toute l’équipe. J’ai passé trois ans en sport études ici, à Marseille. C’est peut-être ça qui m’émeut tant : je repense à tout ce chemin parcouru… »

Stève Ravussin, skipper de Race for Water

« Ça a été du petit temps lémanique pendant longtemps ! On a l’habitude, en Suisse, on est né là-dedans. Le petit temps, ça fait partie du jeu. Mais bon, les multicoques heureusement, ça avance tout le temps. C’était une belle étape, il a fait beau, chaud, on a eu de belles nuits. Nous avons pris un départ pas trop mal. Mais Oman est revenu sur nous la première nuit. Ils nous sont passés juste dessous. Ensuite, ils se sont échappés. Foncia, en revanche, on le voyait régulièrement. Cette nuit, on a moins bien navigué qu’eux, ils nous ont repris pas mal de milles, jusqu’au dernier bord. Ce matin, ils étaient 200 mètres derrière nous. On a eu chaud… On les voyait arriver à fond derrière nous, on était 3 ris et ORC, on a dû renvoyer de la toile après, on était à 38 nœuds ! Mais on a pu garder cette deuxième place qui me plaît très bien. La dernière fois ils finissent devant, cette fois c’est nous. On espère gagner encore une place sur la prochaine étape. »

Michel Desjoyeaux, skipper de FONCIA

« Au début, on était déjà un peu tendu nerveusement dans la pétole… un peu de fatigue physique par dessus la fatigue nerveuse et voilà…on est cuits. Cette nuit, on a fait autant de distance qu’on a pu faire les trois premiers jours dans la pétole ! Sur les dernières heures, nous étions à la bagarre avec Race for Water qu’on essayait d’accrocher. On s’est battu comme des diables. Hier après midi, ils avaient presque 20 milles d’avance sur nous. Et à la bouée Omega ce matin pour le dernier petit parcours au large des îles de Marseille, on était revenus à 1,5 milles. On a passé une nuit à fond la caisse avec des runs dans une mer pas facile … Je crois qu’on a fait une pointe à 38,4 nœuds !. On a bien cravaché ; on était bien positionnés, et c’était chaud. On a fait le premier planté du bateau. Xavier était à la barre, moi à l’écoute sous le vent, on a réussi à rester à l’endroit mais on était à l’attaque. Au final, on fait une bonne affaire au classement général. Les jeux ne sont pas encore faits, tout peut se faire entre les City Races et la dernière étape. Cela dit, on est du bon côté… »

Yann Guichard, skipper de Spindrift racing

« Une étape pas facile, spécialement pour nous. On s’est vite fait décrocher au cap Saint Vincent. Après, c’est parti par devant et on n’a pas réussi à revenir. On a tenté des coups, mais ça n’a pas marché. C’était dur dans la pétole d’être derrière comme ça sans pouvoir faire grand chose. Sinon, j’espère que je ne me suis pas cassé de côtes. La dernière nuit, je dormais par terre, quand Pascal (Bidegorry) m’a fait un salto dessus. J’ai un peu le bras gauche en vrac aussi (peu après son arrivée au ponton, Yann est parti faire des examens médicaux, ndr).

Le bateau, ça va, à part l’amure de gennaker que nous avons cassé juste avant Gibraltar. C’est aussi pour ça que FONCIA nous a semé d’ailleurs.

Au final, l’opération pour nous n’est ni bonne, ni mauvaise. Le match est encore serré avec FONCIA pour le classement général. Nous avons 8 points d’écart. Tout reste à faire sur la dernière étape mais aussi la dernière City Race qui sera très importante. L’objectif est de revenir à 4 points de FONCIA, comme ça, celui qui fera devant l’autre à Gênes aura gagné l’European Tour »

Sébastien Josse, skipper de Groupe Edmond de Rothschild

« Etape compliquée, de tous les dangers. On savait qu’elle pouvait être difficile. Un bateau est parti avec le vent au cap Saint Vincent dans un trou de souris et on ne l’a jamais revu. Il y a eu deux passages à niveau comme ça, le deuxième à Gibraltar. La flotte s’est étirée. A chaque pointage, on se prenait 30 milles dans les dents. Le plaisir est venu de la compétition à vue avec Spindrift. Quand on est côte à côte comme ça, on oublie un peu le classement. Mais c’est vrai qu’on a bouchonné presque 36 heures à moins d’un nœud… dans ces conditions, il faut s’ouvrir deux ou trois soupapes.C’est la deuxième étape où nous finissons 5e, alors ce n’est pas satisfaisant. C’est même décevant car nous avons les moyens de jouer. Nous n’avons pas pris les ascendants quand il fallait les prendre, on ne peut s’en prendre qu’à nous ».

Banque Populaire V de retour à Lorient à 16h, après un Trophée Jules Verne victorieux

L’équipage du trimaran Banque Populaire V a décroché le Trophée Jules Verne vendredi soir à 23h15 après 45 jours 13 heures 42 minutes 53 secondes de mer, les marins ont bouclé leur tour du monde après 29 002 milles à une vitesse moyenne de 26,51 nœuds.

Ces marins ont été accueilli par une foule nombreuse à Brest hier matin, ils seront de retour à leur port d’attache à la BSM de Lorient cette après midi vers 16h, pour un nouvel accueil triomphal.

L’équipage du maxi a donc effectuée une superbe boucle autour du monde, maintenant le trimaran en avance sur le record de Groupama 3 sur l’intégralité du parcours.

Loïck Peyron, Juan Villa, Ronan Lucas, Thierry Chabagny, Yvan Ravussin, Pierre-Yves Moreau, Emmanuel Le Borgne, Kevin Escoffier, Xavier Revil, Jean-Baptiste Le Vaillant, Brian Thompson, Thierry Duprey Du Vorsent décrochent leur premier Trophée Jules Verne, alors que Fred Le Peutrec entre dans le cercle des doubles détenteurs (Groupama 3 en 2010) et Florent Chastel des triples vainqueurs (sur Orange I et II en 2002 et 2005) de ce tour du monde.

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Loïck Peyron, skipper du Maxi Banque Populaire V :  » Ce ne sont pas seulement 45 jours de mer que nous venons de faire, ce sont des décennies de travail, des années d’engagement de la part de Banque Populaire dans la voile. Il faut rendre hommage également à Pascal Bidégorry qui a conçu ce bateau et à Hubert Desjoyeaux qui l’a construit et nous a malheureusement quitté il y a peu, et à toute cette équipe bien sûr. Ce genre d’histoire nous fait monter en pression pendant pas mal de temps et il faut être patient pour que ça retombe aussi. Nous avons eu cette chance extraordinaire de pouvoir nous reposer les uns sur les autres. La confiance que nous avions les uns dans les autres fait qu’on est assez reposé paradoxalement. Etonnement, cette course n’est pas la plus fatigante. Tous les records sont fait pour être battus et celui-là le sera un jour où l’autre. S’il y a un bateau pour le battre, c’est celui-là ! « .

François Pérol, Président du Groupe BPCE  : » Cet exploit d’un équipage de quatorze hommes aussi talentueux que résolus constitue un magnifique symbole de la vitalité et de la force de l’esprit d’entreprendre. Tous les collaborateurs se reconnaissent dans l’aventure collective de Loïck Peyron, de son équipage et toutes celles et ceux qui à terre ou en mer  ont participé depuis 5 ans à la réalisation de ce projet « 

Yves Breu, Directeur Général de la Banque Populaire de l’Ouest : «  L’histoire de ce projet, c’est l’illustration parfaite de l’état d’esprit qui anime Banque Populaire au quotidien, une banque audacieuse, qui stimule et encourage les initiatives : soutenir et accompagner dans la durée toutes celles et ceux qui ont un rêve, y croient, se donnent les moyens de le transformer en projet concret et le conduire à la réussite « 

Ronan Lucas, directeur du Team Banque Populaire et navigant :  » Je suis content que nous décrochions ce record parce que je me dis que le travail paie et que ça fait du bien de s’acharner et de se dire qu’on va y arriver, d’y croire, de se battre pour que les choses évoluent. J’avais ce rêve de gosse de faire le tour du monde, passer le Cap Horn, aller dans le Sud, voir les immenses vagues, les douze mètres de creux dans l’Indien. J’ai été très touché par l’accueil ici à Brest. On avait la terre de manière épisodique et on savait que l’histoire avait l’air de prendre. Mais d’arriver ici et de voir la digue noire de monde, on se dit que c’est dingue. Je n’aurais pas rêvé une arrivée aussi belle. C’était beaucoup d’émotion pour nous, mais également du côté de l’équipe technique, c’est leur récompense aussi. Ils n’ont pas vu les Kerguelen mais ils ont vu ce monde. C’est une immense fierté pour eux et aussi pour notre partenaire parce que Banque Populaire fait de la voile par conviction mais c’est bien aussi quand ça paie. C’est magique, je garderai cette arrivée toute ma vie dans ma tête. J’étais convaincu que Loïck Peyron était quelqu’un de brillant. J’avais envie de travailler avec ce Monsieur depuis déjà longtemps et il est plus que brillant. Il est doué pour tout ! C’est un vrai leader, tout le monde a eu envie de se saigner pour lui et il a trainé le groupe derrière lui  « 

Kévin Escoffier, responsable du bureau d’études et navigant : » Je savais que j’aimais beaucoup faire du bateau mais tu as toujours le petit doute quand tu pars 45 jours de te demander si tu vas toujours autant apprécier… Eh bien oui ! J’ai vraiment adoré chaque instant, à aucun moment je ne me suis dit : qu’est-ce que je fais là ? J’ai tout adoré, chaque moment je voulais que ça dure plus longtemps. C’est fantastique, ça me conforte d’autant plus dans ce que je fais, autant sur le plan technique que sur le plan marin. J’avais la casquette technique qui faisait que je me devais d’anticiper les problèmes parce que j’étais un ce deux qui connaissait le mieux le bateau en tant que responsable du bureau d’études « .

Marcel van Triest, routeur à terre :« Jusqu’à Bonne Espérance, tout s’est enchaîné correctement, avec le temps qu’on avait imaginé au départ de Ouessant et du vent tout le temps. Souvent l’Indien est un plat de résistance, pour nous ça s’est très bien passé. Il n’y avait pas de glaces et on pouvait plonger dans le Sud. Du coup on est passé au Sud des Kerguelen ce qui n’est pas très habituel avec un bateau comme ça. A l’Est de l’archipel nous avons rencontré notre deuxième épisode de glaces et la situation météo nous a permis de monter très Nord. Jusque là, tout s’était déroulé parfaitement. Après on a eu un Pacifique compliqué, avec l’hésitation de plonger Sud dans une mer très formée ou aller chercher une dépression qui tombait d’Australie. Ca s’est bien passé mais c’était déjà un peu complexe. Après on s’est trouvé avec ce vaste champ de glaces dans le Pacifique Sud et une météo pas coopérative pour la première fois. On a mangé notre pain noir et contourné une grande accumulation de glaces mais on a quand même accepté d’aller dans une zone où il y avait quelques icebergs. C’était jouable parce qu’on était au près, en décembre soit le plein été austral qui nous donnait donc 23 heures de lumière par jour. C’était quand même compliqué de gérer tout ça, on est presque aveugle au niveau glaces et dans cette histoire je suis le borgne ! J’en sais trop pour être ignorant et pas assez pour être tranquille. On s’est retrouvé ensuite derrière la fameuse dorsale et même avec Banque Populaire V on n’a pas pu la percer. On a vraiment tenté trois fois de la passer, mais c’était comme un vrai mur et la seule façon de se rapprocher du but c’était de longer le mur et de faire du Sud. Atlantique Sud, ça s’est très très bien passé. Sur la remontée, on fait un petit bidet qui n’était pas vraiment nécessaire, le seul reproche que j’ai peut-être à me faire. Dans le Nord, il y avait des milles supplémentaires à faire mais c’était un choix relativement simple à faire. On est content de ce qu’on a fait avec cette météo. J’ai longtemps pensé qu’on pouvait arriver en dessous des 45 jours, avec un Atlantique Nord normal on l’aurait fait. Un jour, en réunissant tous les éléments, je pense que les 40 jours seront tenables « .

Les réactions des anciens détenteurs :

Olivier de Kersauson : « C’est vraiment très bien ce qu’ils ont fait. C’est même exceptionnel. Je pense à Hubert Desjoyeaux qui en a construit quelques uns de ces bateaux exceptionnels. Le trophée Jules-Verne est un parcours ultime, c’est le record de référence. »

Franck Cammas : « Ils ont réalisé une première partie de tour du monde incroyable avec parfois plus de 2000 milles d’avance. Sur la seconde moitié, ils ont tenu le rythme pour finir avec plus de deux jours d’avance. C’est évidemment une super performance car c’est toujours compliqué de faire un tour du monde. A bord de bateaux qui vont aussi vite, il faut savoir tenir le rythme, les mener à la juste vitesse pour ne pas casser. L’équipage de Banque Populaire a su le faire et c’est du beau boulot. Il y a souvent eu de la frustration dans les trois dernières années. Je pense donc à ceux qui n’ont pas eu la chance de naviguer. Je tire aussi un énorme coup de chapeau à Ronan Lucas, le team manager. Entre la construction et la navigation, c’est lui qui s’est le plus impliqué dans ce projet. […] On peut évidemment descendre sous les 45 jours avec Groupama 3 comme avec Banque Populaire. Il faut juste avoir cette part de réussite avec la météo et avec le matériel. [….] 

(Concernant Fred Le Peutrec, qui faisait parti de l’équipage victorieux sur Groupama 3 en 2010)  Fred n’avait rien à perdre. Bravo à lui. Il est de tous les beaux projets. C’est un super barreur qui sait aller vite, en finesse. »

Bruno Peyron : « De manière symbolique et émotionnelle, oui, je suis ravi. Toute la famille est contente, on en plaisante en disant qu’on va ramener à la maman un quatrième Jules-Verne à la maison. Le hasard a fait que j’ai été le premier à le lancer, et à chaque fois qu’on me l’a pris, je suis retourné le chercher. Là, Loïck me venge de Cammas, c’est très bien, et j’ai envie de dire que si on nous le reprend, on y retournera ! »

A lire également l’interview de Pascal Bidégorry, l’ancien skipper du maxi trimaran sur Sud Ouest, de Loïck Peyron sur Ouest-France et le Télégramme ; de Vincent Lauriot Prévost, architecte du bateau, qui revient sur les possibles améliorations du trimaran, toujours sur Ouest France.

Banque Populaire en approche de la ligne d’arrivée du Trophée Jules Verne

Loïck Peyron et ses treize hommes d’équipage : Juan Vila, Yvan Ravussin, Brian Thompson, Pierre Yves Moreau, Thierry Chabagny, Frédéric Le Peutrec, Emmanuel Le Borgne, Thierry Duprey Du Vorsent, Ronan Lucas, Jean-Baptiste Le Vaillant, Kevin Escoffier, Xavier Revil, Florent Chastel, vont franchir la ligne d’arrivée du Trophée Jules Verne au large de l’île d’Ouessant ce soir dans environ 3 heures, au terme de 45 jours et probablement 14 heures de mer.

© BPCE

Ils devraient donc devenir les nouveaux détenteurs du Trophée Jules Verne ce soir, le trimaran Banque Populaire V et son équipage vont ensuite passer une dernière nuit en mer avant de rejoindre le port du Chateau à Brest demain au environ de 10h30, où le public pourra accueillir comme il se doit les marins victorieux.

Les marins profitent de vents portants pour ces cent derniers milles avec une moyenne de 30 noeuds, ce qui clôturera en beauté un superbe tour du monde et une belle saison pour le team Banque Populaire, Marcel Van Triest, qui a routé le bateau depuis la terre sera bien évidemment de la fête, seule inconnue, la présence ou non de Pascal Bidégorry qui a imaginé ce bateau conçu par le cabinet VPLP, avant d’être remercié par Banque Populaire suite à l’échec de la tentative l’année dernière (A lire, l’interview de l’ancien skipper sur le Télégramme, et de Vincent Lauriot Prévost, architecte, toujours sur le site du Télégramme).

Banque Populaire V à Lorient

Le maxi trimaran Banque Populaire V  a rejoint son ponton à Lorient ce matin, Pascal Bidégorry et ses 13 hommes d’équipage sont donc de retour après leur tentative avortée de Trophée Jules Verne, suite à une collision avec un OFNI.
Pascal Bidégorry espère repartir après un check-up du bateau et les réparations suite à la casse de la dérive, le bateau devrait être prêt dans une dizaine de jours.

Pascal Bidégorry, skipper – hors quart

« On a poursuivi notre travail sur ces 15 jours retour. On s’était fixé comme objectif de continuer à naviguer comme si on était en record… notamment dans l’organisation du bord, dans le prolongement de ce qu’on a fait sur les douze premiers jours de course. C’était important, il ne fallait pas s’arrêter et garder la même dynamique.

Le bateau est bien, c’est un fait, tout le monde le dit, mais je me suis régalé à naviguer avec l’équipage à bord. Je pense qu’on a tout pour réussir ce projet comme il faut. On a fait une trentaine de jours de mer. c’est sûr que ça va nous servir énormément, qu’on revient beaucoup moins bête qu’on est parti ! Les gars du team ont fait un travail énorme et on a tous un peu grandi. On a appris à vivre ensemble dans la performance du bateau. Vivre ensemble à 20 nœuds et vivre ensemble à 35 nœuds, ce n’est pas pareil. Dans la gestion du record, j’ai essayé d’apprendre en regardant les autres et en voyant l’intelligence avec laquelle ils ont mené leur bateau et leurs hommes. On voit que ce n’est pas simple. On n’a pas cassé le bateau. On a bien navigué. On a tapé quelque chose mais on n’a pas fait d’erreur.

On espère repartir. Il y a dix jours de travail sur le bateau. Il faut faire un check complet parce qu’on a quand même navigué 30 jours sur un multicoque de 40 mètres.

Juan Vila, navigateur – hors quart

« C’était une très belle expérience, très intense avec des moments hauts et des moments bas, comme toujours dans ce type de course. Tout allait vraiment bien. C’est dommage mais on espère y retourner très vite. Dans mon rôle de navigateur, j’ai forcément passé beaucoup de temps à l’intérieur, en faisant un peu une régate virtuelle sur l’ordinateur. Mais j’étais aussi sur le pont pour toutes les manœuvres, pour aider. Ca m’a permis de voir les deux volets de cette navigation et donné l’envie de repartir. Je sais qu’après une journée à terre, je serai en train de regarder les fichiers et de me dire : quand est-ce qu’on y retourne? ».

Yvan Ravussin, Chef de quart (Quart n°1) :

« Pour cette première tentative, on a fait un super début de course.  Que ce soit sur le plan du bateau ou de l’équipage,  c’était vraiment du pur bonheur et on n’a qu’une seule envie, c’est d’y retourner ! On sait que la casse fait partie de notre sport mais je pensais vraiment être à l’abri sur ce genre de gros bateau. Même si ne c’est pas la première fois que j’effectue ce genre de réparation en pleine mer, celle-là a vraiment été la plus grosse et la plus périlleuse d’entre-elles. Mais cette première tentative nous a permis d’en savoir davantage sur cette machine et nous donne une incroyable envie de voir ce dont elle est capable sur le tour entier ».

Brian Thompson, barreur/régleur (Quart n°1) :

« Je me sens super bien et pas trop fatigué ! Nous avons convoyé pendant quatorze jours et n’allions pas aussi vite évidemment avec la dérive abimée. C’était la première fois que je naviguais aussi longtemps sur ce bateau et je dois dire qu’il a un incroyable potentiel. C’est juste dommage d’avoir heurté cet OFNI. J’étais à la barre au moment du choc, nous allions à 37 nœuds, sous un vent stable et c’était vraiment une super nuit. L’impact n’a pas été aussi violent que ça et nous ne pouvions pas imaginer la gravité des dégâts. Lorsque l’on a franchi l’équateur, j’ai fait une offrande de saucisson à Neptune, mais je ne suis pas sûr que cela ait été suffisant. Je suppose qu’il était un peu en colère que je ne lui ai pas fourni le vin français avec (rires)  !  »

Thierry Chabagny, barreur/régleur (Quart n°1) :

« Trente jours de mer sur un bateau comme ça, c’est très riche. Ils m’ont permis d’apprendre beaucoup sur l’ensemble des manœuvres, le réglage des voiles… Toutes les heures passées à la barre m’ont développé des sensibilités que je n’avais pas avant de partir. Je me suis aussi rendu compte que j’avais très envie de repartir pour essayer d’enfin boucler ce tour du monde qui nous fait rêver mais qui reste très dur. Humainement, tu te rends compte que c’est comme une petite entreprise et que des notions comme le respect et l’écoute sont très importantes. Ca s’est très bien passé entre nous. J’ai fait beaucoup de solitaire et finalement peu d’équipage. C’est intéressant de pouvoir voir dans le regard des autres ce que tu dégages. Du coup tu as souvent tendance à essayer de faire mieux, de corriger même si la vérité ressort toujours. Je pense que nous avons tous été « choisis » pour notre faculté à nous entendre avec les autres et il n’y a pas eu de problème. On a vraiment partagé chaque instant, c’était un vrai bonheur! ».

Pierre-Yves Moreau, numéro un (Quart n°1) :

« En tant que responsable technique du Maxi Banque Populaire V, je suis intervenu sur la dérive juste après le choc. On a attendu d’être dans des eaux plus calmes pour l’enlever. En la sortant on était un peu dépité parce qu’elle était très abimée, plus que ce qu’on imaginait. Il a fallu rafistoler, couper avec les moyens du bord. On en a coupé deux mètres, ce qui nous a permis de re-naviguer avec le bateau. L’équipage est bon et bien ! J’étais très heureux de mon quart, on était bien complémentaires. On s’est amusé mais c’était sérieux aussi ».

Frédéric Le Peutrec, chef de quart (Quart n°2) :

« Avoir navigué trente jours à bord du bateau et avec l’équipage, ce sont autant d’acquis pour la prochaine fois. Il n’y a pas eu de bobo, pas de plainte, on a tous été aussi déçus les uns que les autres quand le choc est arrivé. C’est rare que ce soit à la première tentative que ça passe. Ce qu’on apprend à chaque fois c’est de l’acquis nécessaire pour la tentative qui sera couronnée de succès. On n’a pas attaqué la partie dans laquelle on se fait les gros souvenirs, c’est à dire le sud. Mais c’est toujours un gros plaisir d’aller très vite avec un bateau équilibré, de se retrouver à la barre en précision avec un engin qui déboule à 37, 38, 40 nœuds au milieu de la nuit. Ce sont de vrais plaisirs. Ca s’est arrêté trop vite mais ce n’est que partie remise. Ça fait partie de l’exercice, ce n’est pas qu’une régate mais la frustration ne va pas au delà du supportable ».

Emmanuel Le Borgne, barreur/régleur (Quart n°2) :

« Le départ était super sympa avec des bonnes conditions pour arriver jusqu’au Pot au Noir. On savait déjà, bien avant d’atteindre l’équateur, que l’Atlantique sud serait compliqué mais on gardait un petit espoir que les choses s’améliorent. La casse mécanique nous a malheureusement fait revoir nos stratégies et on a dû prendre la décision de rentrer. Je dormais au moment du choc mais ce n’était pas très violent. Paradoxalement c’était un choc un peu particulier, assez transverse, qui a fait beaucoup de dégâts.
Le convoyage retour nous a tout de même permis de continuer à valider des choses, à travailler l’organisation des quarts, des manœuvres et c’est curieusement passé assez vite. En tous cas, cette première tentative est trop courte mais très concluante. On s’est présenté à la porte du grand Sud, elle s’est refermée donc on va aller vite toquer une deuxième fois ».

Erwan Tabarly, barreur/régleur (Quart n°2) :

« C’est une superbe expérience que de naviguer sur un des bateaux les plus rapides de la course au large. C’est un grand honneur et beaucoup de plaisir de naviguer avec cet équipage. J’ai profité de chaque instant comme d’un grand privilège. J’en garde de très bons souvenirs même si on aurait aimé aller au bout c’est sûr. Il faut rebondir et on ne va pas s’arrêter là. Il y aura une suite et ce sera pour la prochaine fois ».

Ronan Lucas, numéro un (Quart n°2) :

« On a passé près d’un mois en mer, je ne l’ai pas senti passer. Les quinze premiers jours c’est une succession : Les Canaries, le Cap Vert, l’Equateur, l’attaque du Sud, Sainte-Hélène… Ca va vraiment très vite et on est toujours focalisé sur le coup d’après. C’est vraiment rapide. Après il y a la déception de se dire que le record est fichu pour cette première tentative. C’est beaucoup d’énergie pour un aléa qu’on ne maîtrise pas. On n’a pas eu de réussite cette fois-ci, la prochaine fois on l’aura. On a des satisfactions ; le bateau va vite, l’équipage est compétent. Au moment où on a abandonné on avait 400 milles d’avance alors qu’on avait une météo plutôt moyenne. Il y a de la déception parce qu’il y a eu beaucoup d’énergie des sportifs sur l’eau, de l’équipe technique et du sponsor qui nous soutient depuis longtemps. Tout le monde y croit. On a juste touché du doigt les moments mythiques d’un tour du monde et on aurait aimé aller plus loin ».

Jérémie Beyou, chef de quart (Quart n°3) :

« Le principe du convoyage est de ne pas trop pousser la machine mais en même temps on a envie de voir certaines choses. Toute la question a donc été de savoir où on plaçait la barre. C’était intéressant de voir comment faire avancer un bateau vite, le plus proche possible de ses capacités maximales mais en tenant compte de ce problème de dérive, pour voir comment on s’en sort et enregistrer ces données là. Ce convoyage nous a permis de discuter plus avec les autres et notamment ceux des autres quarts qu’on a beaucoup croisé. Ce facteur humain est sur le dessus de la pile des critères de réussite ».

Kevin Escoffier, barreur/régleur (Quart n°3) :

 » C’était super ! On a vu que le bateau allait vite et j’ai pris énormément de plaisir. Après un an et demi comme ça, ça fait vraiment du bien de partir enfin. C’est forcement décevant de s’arrêter à cause de la dérive car à part ça le bateau était nickel. C’est la fatalité, un impondérable de notre sport et on doit faire avec.  Il faut se faire une raison mais surtout prendre les points positifs : à part la dérive, le bateau est très propre après trente jours de mer. Bien évidemment on aurait préféré aller plus loin mais cette première tentative est une expérience supplémentaire importante pour un futur départ. Ce qui m’a le plus marqué sur la traversée sont les deux premiers jours. On avait déjà une envie folle de partir naviguer, mais on a surtout eu de super conditions pour bien carburer. J’en garde de magnifiques souvenirs avec de superbes heures de barre ».

Xavier Revil, barreur/régleur (Quart n°3) :

 » Tout d’abord c’est la première fois que je passe autant de jours en mer et je dois dire que ça m’a bien plu ! J’ai même très envie d’y retourner. Tout s’est super bien passé et je suis très vite rentré dans mon rythme de quart. La première nuit était un peu difficile mais tu t’acclimates vite à la vie du bateau et ça me donne beaucoup de confiance pour la suite. Pour mon premier passage de l’équateur, on a fait une petite fête. On est très concentré dans la course et cela a permis d’avoir un moment de convivialité tous ensemble.

L’avitaillement dont j’étais en charge s’est très bien passé. On n’a manqué de rien mais ce n’est pas facile de satisfaire tout le monde en terme de goût. On a appris pendant ces trente jours et c’est comme pour le bateau, il y aura des améliorations à apporter et des ajustements à faire. Mais tout le monde était content. C’est le plus important. »

Florent Chastel, numéro un (Quart n°3) :

 » Il n’y a vraiment eu que du positif sur ces treize jours de course, mis à part le choc avec l’OFNI. Le plus impressionnant sur ce bateau c’est sa capacité à afficher de superbes moyennes dès qu’il y a un peu d’air. Même si la météo n’a pas toujours été très favorable, on a quand même réussi à bénéficier de pas mal d’avance sur les temps du record. C’était une bonne session qui ne se termine pas comme on l’aurait souhaité mais il faut maintenant tout mettre en ordre et essayer de repartir le plus vite possible. En tous cas, le bateau a largement le potentiel pour décrocher ce Trophée ».

L’équipage du Trophée Jules Verne dévoilé

La liste des quinze hommes qui s’attaqueront au Trophée Jules Verne, détenu par Franck Cammas et son équipage sur Groupama 3, a été dévoilée par Pascal Bidégorry, le skipper du maxi trimaran de 40m Banque Populaire V.

Quelques changements notables au sein de cet équipage avec l’arrivée de Juan Vila, ancien membre du team Alinghi, qui officiera en tant que navigateur, Brian Thompson, barreur régleur, qui a deux tours du monde en multicoques à son actif (Cheyenne en 2004, Doha en 2006) et un Vendée Globe en 2008, Fred Le Peutrec, grand spécialiste du multicoque (Tornado, ORMA, maxi trimaran) passe du team Groupama à celui de Banque Populaire où il sera chef de quart.

A lire, une interview de Pascal Bidégorry expliquant le chois de ces nouvelles recrues sur le Télégramme.

Le trimaran sera en stand by pour le Trophée Jules Verne à partir du 1er novembre.