Route du Rhum, François Gabart toujours devant Francis Joyon, une nouvelle dépression attendue cette nuit pour une partie des Multi50′

Pas de changement notable en cette 4ème journée de Route du Rhum.
En Ultime, François Gabart sur Macif et Francis Joyon sur Idec Sport ont rejoint les alizés la nuit dernière. Le skipper de Macif en a terminé avec son aile de mouette et pointe les  étraves de son maxi trimaran vers le sud. Son poursuivant devrait en faire de même dans quelques heures.
Les deux marins sont distants d’une centaine de milles, en toute logique François Gabart devrait accroitre son avance sur son poursuivant, grâce aux capacités de vol de son bateau dans les jours à venir. Mais Francis Joyon est loin d’abdiquer, menant son trimaran au delà de ses polaires.
Les quelques options météos à venir ou des soucis techniques pourraient faire pencher la balance pour l’un ou l’autre d’ici l’arrivée en Guadeloupe.

Romain Pillard sur Remade Use It Again est reparti après son escale à la Corogne après le changement de chariots de grand voile. Sodebo Ultime’ est de son côté toujours en réparation dans le port espagnol.

Photo Jean Marie Liot / DPPI / MACIF

 

François Gabart (MACIF) :
« Ça se passe vraiment pas mal ! Je suis bien content de ce que j’ai fait cette nuit. Je me suis bien battu pour faire avancer le bateau, ça va pas trop mal parce que je me suis repositionné. C’était un peu plus compliqué parce qu’on avait pas trop de vent. On est dans le prolongement du front qui permet de descendre vers l’alizé. Je suis assez content, le bateau ne va pas trop mal. Les tensions de lattes ne sont pas parfaites mais il y a moins de tension d’écoute de voile au portant. C’est vraiment du détail et ça ira sans souci jusqu’en Guadeloupe.

Je suis à fond sur le bateau, je ne vais pas me relâcher même si je vais veiller à ne pas perdre d’énergie inutilement. Je ne vais pas faire n’importe quoi et attaquer comme un malade mais on va tenter de gagner par-ci- par-là quelques milles. À priori, il n’y a pas d’options très Nord ou très Sud pour confirmer la trajectoire. Je vais essayer de gérer la fatigue et l’engagement. Ça demande encore beaucoup de concentration. Là, le ciel est plutôt couvert, il y a entre 13 et 20 nœuds de vent et on est au portant. Il y a une petite houle de Nord de travers mais les conditions sont loin d’être difficiles. »


© Alexis COURCOUX

Francis Joyon (Idec Sport) :
« J‘ai bien fait marcher cette nuit »
raconte le colosse de 62 ans. « J’ai beaucoup changé de voiles pour m’adapter à ce début d’ alizé qui était très irrégulier. La houle est toujours forte, résiduelle des dépressions passées. Je cherche en permanence l’angle de vent le plus efficace, dans cet alizé qui varie beaucoup, de 15 à 20 degrés. C’est un travail d’attention permanente qui laisse peu de place au sommeil. Je suis plutôt satisfait des foils posés cette années sur IDEC SPORT. Je les ai gardé en permanence y compris dans la tempête, et je crois qu’ils ont été pour moi un gage de sécurité, à défaut de faire voler le bateau. Je suis heureux de disposer d’un bateau au maximum de ses possibilités, avec 100% de ses moyens pour cette deuxième partie de course dans l’alizé vers Pointe à Pitre. Tout peut arriver dans cette course, et je ne veux avoir aucun regret à l’arrivée, quelle que soit l’issue finale ! »

En Multi50′, Thierry Bouchard sur Ciela Village se déroute vers Lisbonne suite à la casse d’un chariot de tête de grand-voile cette nuit. Le reste de la flotte se scinde toujours en deux groupes, les sudistes, Armel Tripon (Reauté Chocolat) et Lalou Roucayrol (Arkema) et les nordistes emmenés par Thibaut Vauchel Camus (Solitaires en Peloton-ARSEP)  suivi d’Erwan Le Roux (FenêtréA-Mix Buffet) et Gilles Lamiré (La French Tech Rennes Saint Malo).
Les trois nordistes devraient de nouveau subir une phase météo difficile ce soir avec le passage d’une nouvelle dépression, au sud malgré des conditions plus clémentes, le danger est tout de même présent comme l’a expliqué Armel Tripon à la vacation de ce matin.

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

Thierry Bouchard (Ciela Village) :
« C’est un peu difficile parce que j’ai le courant contre moi. Je me bats pour arriver, j’ai pris un grain à 55 nœuds alors que j’étais à 2 ris. Ca m’a fait empanner, le chariot de têtière s’est arraché de la grand-voile. Là, je suis en train de ranger le bateau, les conditions sont assez mauvaises pour demain. Je m’échappe et j’essaie d’arriver à Lisbonne avant de choper le mauvais temps. Le front va arriver sur le Nord du Portugal et il faut absolument aller au sud pour éviter ce front. On va essayer, en arrivant au port, de voir si on peut changer la pièce. Si c’est le cas et que les conditions le permettent, on pourra essayer de repartir. C’est vraiment dur mais je sais que je peux compter sur le soutien de tous ceux qui sont autour de moi. »

Armel Tripon (Réauté Chocolat) :
« C’est la première journée où l’on voit le soleil qui se lève et ça fait du bien ! La nuit a été un peu chaude mais les conditions se sont améliorées. Il y a de la houle qui pousse bien, le bateau surfe facilement. Là, on commence à s’approcher de l’anticyclone, le vent a molli. Il va falloir adapter la trajectoire. Mais c’est parfait : il y a de superbes couleurs et le bateau glisse. J’ai encore le ciré parce qu’il y a pas mal de sel et d’embruns mais quand je serais au portant, en début d’après-midi, je pourrais me mettre en tenue estivale. J’ai croisé Yann Eliès cette nuit : j’ai tenté un appel VHS mais ça n’a rien donné. La nuit était tendue, avec de gros grains et jusqu’à 30 nœuds.  J’ai failli me mettre à l’envers ! Mais j’ai la chance d’être sorti plus vite que les autres du piège du golfe de Gascogne qui a foutu la pagaille. Je m’en sors bien ! Maintenant, on va bien contourner la bulle anticyclonique et ne pas se faire empétoler. Sur mon tableau dans mon cockpit, j’ai marqué « concentration » ! Il faut surtout rester vigilant car sur nos bateaux, tout peut aller très vite »

Lalou Roucayrol (Arkema) :
« Ça va très bien ! Je vais vers le Sud, il y a une très grosse houle. Moi, je suis vachement mieux. Je pense beaucoup à mes copains qui sont là haut et qui se sont enfermés comme des c…  J’espère qu’ils vont en sortir le plus vite possible ! L’idée, c’est de continuer comme ça, d’aller au Sud et d’essayer de combler mon retard. On est parti pour une vraie Route du Rhum de multicoques en passant par le sud. J’espère trouver les alizés plus rapidement que mes petits camarades, pourquoi pas vers les Canaries. Là, c’est maniable et surtout, on voit le ciel bleu. C’est agréable, surtout pour le moral. Ça aide à positiver. « 

Route du Rhum, Gabart et Joyon toujours en tête

Pour les deux ultimes de tête, la situation est moins compliquée que pour le reste de la flotte, avec une mer plus rangée et des vents moins soutenus.
Les deux skippers cherchent à rejoindre l’alizé, Francis Joyon, qui avait regagné une trentaine de milles dans la journée, pointe de nouveau ce soir à 80 milles de François Gabart.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Francis Joyon, Idec Sport :
« Tous ces bords de recalage vers l’ouest ont véritablement été épouvantables, face à une très grosse mer. Le bateau tapait violemment. Travers au vent, sur la forte houle, j’ai connu quelques moments vraiment « chauds  », quand IDEC SPORT est monté très haut sur son flotteur. J’ai à plusieurs reprises dû tout larguer un peu en catastrophe. Ce matin, je suis sous la pluie, sous un ciel gris, en bordure du front. Le premier jour, mon souci était de ralentir le bateau sans rien casser. Je suis à présent sous gennaker, pas encore dans l’alizé, mais sur une mer plus confortable. Cette course est un sprint qui ne laisse aucun répit. Je suis depuis la première minute à l’attaque, et je joue ma chance jusqu’au bout ! »

Roman Pillard, sur Remade Use It Again rejoint la Corogne pour remplacer des chariots de grand voile cassés dans la traversée du golfe de Gascogne.

Suite au chavirage de son trimaran Banque Populaire IX sur casse, Armel le Cléac’h a pû être récupéré hier au soir par un navire de pêche. L’équipe chercher maintenant des solutions pour remorquer le bateau, comme l’explique le directeur du team.

Ronan Lucas, directeur du team Banque Populaire Voile :

Comment va Armel ?
Il va bien, il est à bord du chalutier espagnol qui a pu le récupérer hier, il se dirige vers les côtes espagnoles qu’il devrait toucher vendredi. Il est pressé de retrouver sa petite famille.

Quelles étaient les conditions en mer au moment de la casse ?
Au moment de la casse, on est à l’endroit où l’on souhaitait être avant même le départ de Saint Malo. C’était la stratégie que l’on avait. On s’était fixé des conditions de mer et de vent maximums que l’on n’a pas dépassées. Nous n’avons pas pris plus de risque parce que l’on avait fait une escale, en aucun cas.
On était dans le tempo prévisionnel que l’on avait prévu. Il y avait 30/35 nœuds de vent, 5 mètres de mer, Armel maîtrisait parfaitement son sujet, il allait sortir de ce vent un peu costaud dans les 3 à 4 heures de course qui allait suivre, on l’avait eu peu de temps avant et tout allait bien à bord.

Peux-tu nous raconter les circonstances du chavirage ?
De ce que nous a expliqué Armel, au moment du chavirage, il était donc 3 ris J3, la plus petite voilure que l’on peut avoir sur le maxi trimaran. Il faisait donc attention de ne pas aller trop vite avec le bateau parce que la mer était d’une hauteur de 5 mètres et il ne voulait pas prendre de risque particulier. D’un coup, il a entendu un « crac », il a vu le flotteur qui partait et le bateau a chaviré après la perte de ce flotteur.

Comment s’est déroulée l’opération de sauvetage ?
Nous avons appris hier après-midi qu’un chalutier espagnol présent sur zone allait se dérouter pour récupérer Armel. Ce dernier est arrivé en soirée sur le trimaran et ils ont pris la décision avec Armel d’effectuer l’opération de sauvetage. Chose qui a été réalisée relativement rapidement. Armel a mis son radeau de survie à l’eau et il est monté dedans, le chalutier espagnol lui a lancé un cordage pour le ramener et l’a hissé à bord. C’est une opération qui a été rondement menée, Armel nous a appelé aux alentours de 22h00 pour nous dire que l’opération était terminée et que tout allait bien.

Comment se déroule l’opération de récupération du bateau ?
Après le sauvetage d’Armel qui était vraiment la priorité, nous nous consacrons maintenant à la récupération du bateau. Une équipe du Team Banque Populaire est parti aux Açores rejoindre une autre équipe affrétée par les assureurs du Maxi Banque Populaire IX. On espère pouvoir prendre la mer d’ici 24 heures pour rejoindre la position du bateau et pouvoir le tracter vers la côte.

Concernant la casse, l’architecte du trimaran Vincent Lauriot Prevost estime qu’il faut prendre le temps d’analyser cette casse avant de tirer des conclusions potentiellement hâtives. A lire sur : Ouest-France.

Thomas Coville et son équipe travaillent, de leur côté, toujours d’arrache pied à la Corogne pour réparer le bras de liaison fissuré du trimaran Sodebo Ultime’.

En Multi50′,  Armel Tripon a poursuivi sa route vers l’ouest , tout comme Lalou Roucayrol, le groupe des quatre autres trimarans de 50′, mené par Thibaut Vauchel Camus ont quant à eux une route plein sud. les deux groupes pourraient se rejoindre demain, et devraient enfin sortir des conditions de mer difficiles avant de rejoindre les alizés.

Photo Jean-Marie Liot / ALeA / TJV17

Gilles Lamiré (La French Tech Rennes Saint-Malo) :
« C’était très très dur ! Ces dernières heures, on avait jusqu’à 40 nœuds de vent. Hier, j’ai essayé de faire le dos rond. Après, il fallait se reposer et paf ! ça repart dans l’autre front qui arrive, c’est compliqué pour le début. Ce n’est pas une Route du Rhum facile, on le savait… Moi, j’enchaîne les problèmes, notamment de pilote automatique. Je continue à avancer mais c’est dur. Là, ça s’est un peu calmé même s’il y a encore beaucoup de mer avec 25 nœuds et encore beaucoup de grains. Ça reste compliqué, d’autant que ça va encore se renforcer, même s’il est possible que ça soit moins fort que la nuit prochaine. Je continue à descendre au Sud et plus je serai au Sud, plus ça ira. Je pense surtout à tous ceux qui sont au Nord. Mais je préfère être sur mon bateau ! On va encore déchiffrer avec le routeur pour voir quelle stratégie on va choisir. »

Armel Tripon (Réauté Chocolat) :
« Le soleil est là ! C’est vachement sympa, le vent Nord-Ouest est très fluctuant entre 10 et 15 nœuds avec grosse houle de Nord-Ouest. C’est top de naviguer avec un peu de lumière. On est encore loin des alizés parce qu’il y a encore une dépression qui arrive. On va essayer de négocier ce passage vent d’Ouest, puis Sud-Ouest pour aujourd’hui avant de voir si on continue. La dépression sera moins forte mais on récupère le même flux de Sud-Ouest, même en étant au Sud. Là, c’est une petite pause avant la dépression.
J’ai essayé un peu de dormir mais j’avoue que ça commence à tirer un peu. Je vais profiter du calme pour dormir un peu. Je continue à regarder les copains, je m’interroge sur ce qu’ils vont faire. Je suis très admiratif de ce qu’ils font, comment ils sont capables d’assurer dans le Nord. C’est dur pour eux, la mer est forte et ce n’est pas fini. Là, il y a une dépression, derrière il y en a une et c’est un peu copieux pour eux… Je regarde ce qu’ils font, ça jouera dans ma stratégie… Mais je préfère être cent fois plus à ma place plutôt qu’au Nord ! »

Erwan Le Roux (FenêtréA-Mix Buffet) : « en mode survie »
« C’est l’enfer, c’est vraiment pas facile. Là encore, on a passé une petite dépression et ça continue avant de plonger vers les Açores. Je me suis mis à bâbord pour chercher la dépression, c’est la dernière difficulté. J’en ai marre, il est temps que ça s’arrête. Entre les problèmes techniques, la mer, le vent… Je n’arrive pas à dormir, je suis malade. Je ne sais pas du tout où sont les autres bateaux. On en a parlé hier et j’ai su globalement ce qu’il s’était passé. Là, je ne suis pas du tout en mode course, je suis en mode « survie ». J’essaie de faire attention à ne pas mettre le bateau sur le toît et à ne pas l’endommager. »

Route du Rhum, Banque Populaire IX chavire suite à la casse d’un flotteur

La situation météo s’est un peu plus dégradee pour la majorité de la flotte de la Route du Rhum. Seuls  François Gabart et  Francis Joyon qui caracolent en tête ont pu échapper au plus gros du mauvais temps. Les deux marins suivent des routes identiques, cherchant  à se placer au mieux pour viser le trou de souris qui les mènera vers les alizés.
Armel Le Cléach, qui était positionné plus au nord-ouest avait subi le renforcement du vent de sud-ouest et de la mer la nuit dernière.

© Yvan ZEDDA

La mauvaise nouvelle vest tombé vers 14h, Banque Populaire IX, qui était non localisé sur deux classements successifs avait chaviré vers midi. Armel le Cléac’h est sain et sauf et en sécurité à l’intérieur du trimaran.
Il semblerait que le flotteur bâbord du bateau se soit rompu, ce qui a entrainé le chavirage de celui-ci. Armel le Cléac’h est à 340 milles dans le nord-est des Açores, dans 30-35 noeuds de vent et 5m de houle. Il devait être survolé par un avion de la marine et être récupéré par un autre bateau. La récupération du skipper étant coordonnée l-par le CROSS Gris Nez.

Romain Pillard sur Remade Use It Again est quant à lui toujours dans le Golfe de Gascogne.
Sébastien Josse et le Gitana Team ont officialisé l’abandon du Maxi Edmond de Rothschild.
La situation est moins claire du côté de Sodeb’O, un premier communiqué faisait état de l’abandon de Thomas Coville, avant un démenti. Ce revirement pourrait-être lié au chavirage de Banque Populaire avec une possible place sur le podium en fonction de la faisabilité et du délai de réparation de Sodebo Ultim’.

En Multi50′, le görs de la flotte est amené à subir le gros remps, le peloton composé de Thierry Bouchard, Gilles Laminé, Thibaut Vauchel Camus et Erwan Le Roux doivent faire face à de grosses conditions de mer (40 noeuds de vent et 5m de creux). Les deux leaders, Lalou Roucayrol et Armel Tripon ont choisi deux stratégies différentes.
Lalou Roucayrol (Arkema), sur les conseils de sa cellule météo a fait le choix de faire un stop à Porto pour s’abriter du plus gros de la dépression. Le skipper espère reprendre la mer demain matin. Armel Tripon a lui choisi de continuer sa route au large du Portugal.

© Alexis COURCOUX

Lalou Roucayrol (Arkema):
« Je suis en train de tourner dans le port, j’attends mon équipe qui arrive pour amarrer le bateau. La marina n’est pas super facile à Porto… Je travaille avec Eric Mas depuis 1999 et il n’a jamais hésité à m’envoyer au charbon. Là, il n’a pas voulu qu’on y aille. Donc je l’écoute, il doit avoir ses raisons. Depuis le départ, on a entre 30 et 35 nœuds et surtout la mer est défoncée. Hier, je parlais de 4 mètres de creux, mais au Finisterre, c’était plutôt entre 5 et 8 mètres. Ce qui est râlant c’est que j’avais fait un bon trou, Armel (Tripon) était dans le rétro, mais rien n’est terminé. On pense repartir dès demain matin dès que le gros du front est passé. Je vais me reposer et je serai à l’attaque pour repartir à bloc. Ce que je vais faire d’ici là ? Dor-mir ! Le rythme était dur depuis Saint-Malo et il faut rester d’attaque. On va faire un gros point météo avec Karine et Eric et on aura les idées plus claires sur la suite »

Armel Tripon (Reauté Chocolat) :
« Je n’ai jamais eu plus de 33 nœuds de vent, là j’ai 25 à 28 nœuds et une mer pas trop formée, correcte, qui me permet d’aller encore vite. J’ai allumé pour revenir sur Lalou(Roucayrol) mais surtout pour gagner le plus de terrain possible vers le sud. Je vise un waypoint vers 40° (un peu au nord de Lisbonne) où je vais faire un virement de bord pour partir dans l’Ouest et aller affronter le front.  Cela ne veut pas dire que ce sera facile. Rien n’est fait ! Mais si tout se déroule comme on l’imagine, moi je n’aurai cet après-midi que 35 à 40 nœuds de vent et 3 à 4 mètres de creux au moment de traverser le front. Ce qui reste encore maniable, alors que ce sera bien plus fort et bien plus violent pour ceux qui sont restés dans le nord où, encore une fois, moi je ne voulais pas aller. Voilà pourquoi je dis que je suis très heureux d’être ici, en forme, avec un bateau à 100% qui n’a subi aucune avarie. La journée va être dure, bien sûr, mais elle le sera bien moins que pour mes collègues du nord. Et si tout va bien, je peux espérer être passé derrière le front dès ce soir. »

Route du Rhum, casses pour le Maxi Edmond de Rothschild et Sodebo Ultim

Les marins engagés sur cette Route du Rhum destination Guadeloupe ont offert un superbe départ hier au large de Saint Malo.
Les conditions étaient parfaites pour les multis qui ont très vite atteint le Cap Fréhel avant de s’envoler vers la Pointe Bretonne.

En Ultim, Armel Le Cléac’h annonçait un pit stop dans la soirée, le skipper de Banque Populaire IX faisait un arrêt express à Roscoff (35 minutes seulement ) pour changer une pièce qui empêchait la production électrique du bord, comme l’expliquait le directeur du team.

© Yvan ZEDDA

Ronan Lucas : « On s’est aperçu qu’on n’arrivait plus à recharger nos batteries très rapidement après le début de la course, c’était vraiment problématique. C’est une toute petite pièce qui a cassé sur la génératrice qui fabrique l’énergie, ça nous a vraiment mis dans l’embarras et nous avons décidé de nous arrêter très rapidement. Roscoff était le bon choix, Armel connaissait bien le coin et on a fait une escale de moins d’une heure, la pièce a été changée. C’est toujours dommageable, parce qu’on perd le contact avec nos petits camarades, mais une transatlantique, c’est long, il va se passer plein de choses, on commence par notre lot de galères, on espère que ça va s’arrêter pour le reste de la course ».

Sébastien Josse et François Gabart prenaient donc les commandes suite à cet arrêt. Edmond de Rothschild pointait en tête au petit matin, après s’être extirpé de la molle avant Macif. Mais vers 5h30, le skipper du Gitana Team contactait son équipe pour leur faire part d’une grosse avarie.
En effet, une dizaine de mètres de l’étrave du flotteur au vent s’étaient arrachées. Aucun choc ne semble responsable de la casse, le bateau naviguait dans 30 noeuds de vent et 4 à 5m de houle, le skipper et son bateau font route vers la Corogne où ils devraient arriver ce soir.

Cyril Dardashti, Directeur du Gitana Team : « Concrètement, j’ai reçu coup de fil a 5h38 du bord, Sébastien me disant qu’il avait eu un grand coup d’arrêt et que son flotteur au vent (tribord) qui s’était endommagé. Il a perdu en gros 10 mètres d’étrave. Il a pris toutes les dispositions pour ralentir le bateau, réduit la toile au deuxième ris pour faire en sorte qu’il puisse rejoindre La Corogne en toute sécurité car il y a encore beaucoup de mer, entre 4 et 5 mètres, et 30 nœuds de vent. Il faut donc être relativement prudent – et c’est ce qu’il fait pour pouvoir rejoindre l’Espagne au mieux – le but étant d’éviter la dépression qui va se muscler mardi matin.

 » Honnêtement je ne pense pas qu’il y ait eu de choc avec un objet flottant. C’est le flotteur au vent qui est parti. Pour l’instant, on n’a pas d’explication. Sébastien était parti plutôt prudemment. Ce sont des bateaux qui vont vite, les vitesses sont toujours impressionnantes, mais le rythme de course était maîtrisé. Il n’y avait pas de souci technique à bord, Sébastien venait de faire une sieste… Il n’y a pas eu de choc.

Aujourd’hui, il est en sécurité dans le bateau. Il n’y a pas de danger immédiat même si la mer est forte. Il a réduit la voilure, il fait route à sept nœuds de vitesse vers La Corogne : il devrait y être ce lundi soir. Une équipe est déjà partie pour le récupérer et sécuriser le bateau. Nous ferons un point ce soir à La Corogne. Mais on peut imaginer déception de Sébastien et de toute  l’équipe. « 

Thomas Coville était le second à subir une avarie dans la matinée,  le carénage du bras avant bâbord du bateau s’est cassé, contraignant également le skipper à se dérouter vers la Corogne.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

Il ne reste donc plus que quatre ultimes en course. Après une petite inquiétude concernant la route de Romain Pilliard sur Remade Use it Again ce matin qui pouvait faire craindre une avarie, il ne s’agissait en fait que d’un changement de voile, pour lequel le skipper a préféré jouer la sécurité.
François Gabart sur Macif pointe en tête avec une vingtaine de milles d’avance sur Francis Joyon, qui tient le rythme de son adversaire dans ces conditions musclées. Armel le Cléac’h a refait une bonne partie de son retard mais s’est décalé dans l’ouest de ses adversaires.

En Multi50′, Erwan Le Roux et le trimaran Multi50 FenêtréA-Mix Buffet ont également dû faire une escale à Roscoff pour assurer une réparation suite à un problème de safran de coque centrale ayant entrainé un début de voie d’eau. Le skipper a repris la course après 4h d’arrêt (durée minimale de l’escale en Multi50′).


© Alexis COURCOUX

Armel Tripon ( Réauté Chocolat ) avait réussi une superbe entame de course  mais Lalou Roucayrol (Arkema) a réussi à s’échapper de la molle plus vite que son adversaire et file désormais en tête avec 45 milles d’avance sur Reauté Chocolat. Gilles Lamiré, Thierry Bouchard et Thibaut Vauchel Camus sont quant à eux groupés et se tiennent en une dizaine de milles. A noter le retour tonitruant d’Erwan Le Roux qui devrait recoller au peloton.

Lalou Roucayrol, Arkema :
« C’est humide, c’est la douche. Je suis à la barre. Il y a beaucoup d’air et là je vais être obligé de réduire encore, je suis sous 2 ris  et foc ORC, ballasté. Je vais prendre un 3e ris car je n’arrive pas à tenir le cap : il y a vachement de mer et nos bateaux sont un peu handicapés dans ces conditions. On était un peu mieux placé qu’Armel (Tripon) cette nuit mais c’est très aléatoire dans ces conditions, très venté, avec des gros grains donc il faut être au bon endroit par rapport aux grains, mais il n’y a pas vraiment de gloire à tirer. J’ai entre 25 et 30 nœuds, la mer est bien défoncée, il y a bien quatre mètres de vagues, de travers, pas encore dans le sens du vent. Ça déferle un peu sur les crêtes donc la mer c’est assez merdique en fait… »

Thibault Vauchel Camus, Solidaires en Peloton – Arsep :
« Après Ouessant, ça allait vite, mais dans la nuit noire, on ne voyait pas du tout où on allait, ce n’était pas très confortable. Pour l’instant on est encore cul à cul avec Armel (Tripon) et on essaye de s’extirper de l’autre côté de la dépression. Là, il y a de la mer mais pas de vent, les voiles claquent, ce n’est pas super agréable. Et depuis cette nuit, moi j’ai des petits soucis, un mal de mer qui m’a pourri la nuit. Dès que j’étais à l’ordinateur, j’avais le ventre qui gargouillait, une fois dehors ça a été mieux. Il faut manger et se réhydrater. Je pense que la porte de sortie pour retrouver du vent n’est plus très loin. On voit que Lalou est à fond. Il faut espérer qu’il ne va pas partir très loin, très vite, tout seul ».

Route du Rhum, le début de course s’annonce musclé

Le départ de la Route du Rhum sera donné demain à 14h02,  les conditions météo pour le départ  sont très favorables à une sortie de Manche très rapide pour les deux classes de grands multis (Multi50 et Ultimes). Les skippers évolueront  au reaching  et devraient « démancher » sur un seul bord.
Les choses se corseront ensuite avec une petite dépression à contourner au large de la Bretagne et dont la position est encore susceptible d’évoluer. Les trimarans devraient essayer de s’échapper au plus vite vers le Sud-Ouest afin d’éviter le plus gros d’une très dépression qui arrivera sur le plan dans la nuit de lundi à mardi. Celle-ci va détériorer les conditions de mer.  Les rafales pourront dépasser les 45 nœuds et les creux culminer à plus de six mètres. À l’arrière, la traîne sera très active.

© Easy Ride / BPCE

Les conditions s’annoncent donc idylliques pour les trois ultimes avec plans porteurs : Banque Populaire IX d’Armel le Cléac’h, Macif de François Gabart et Edmond de Rothschild mené par Sébastien Josse. Ils pourraient ensuite être plus à la peine dans la mer formée, les creux de 5 à 6m, les ramèneront à des trimarans archimédiens, Francis Joyon sur Idec Sport et Thomas Coville sur Sodebo Ultim devraient profiter de la connaissance de leurs bateaux respectifs et de leur fiabilité dans ces conditions musclées. Romain Pilliard, sur Remade-Use It AgainRomain Pilliard, sur Remade-Use It Again (ex Castorama) devrait quant à lui jouer la sécurité, l’essentiel pour le marin étant de rallier l’arrivée.

En Multi50, six marins s’affronteront également, Thibaut Vauchel-Camus part sur le dernier né de la flotte,  un plan VPLP, Solidaires en Peloton ARSEP, mais il aura fort à faire face à Lalou Roucayrol, sur Arkema, Erwan Le Roux sur FenétréA-Mix Buffet et également Armel Tripon sur Reauté Chocolat. Thierry Bouchard sur un plan VPLP également très abouti fait figure d’outsider, tout comme Gilles Lamiré sur son trimaran La FrenchTech Rennes Saint Malo. Le malouin étant le seul à ne pas disposer de foils.

Photo Jean-Marie Liot / ALeA / TJV17

Le départ sera diffusé en direct sur les chaines d’info en continu, ainsi que sur la chaine L’Equipe, France 3 assurera un long direct.
Pour les chanceux qui pourront être sur place, la pointe du Grouin et le Cap Fréhel restent les sites à privilégier.

 

Trophée Jules Verne : démâtage de Spindrift 2 au large de Brest

Yann Guichard et ses équipiers avaient quitté Brest en début d’après-midi afin de rejoindre la ligne de départ d’une tentative de Trophée Jules Verne. Le skipper qualifiait cette tentative de dernière chance, la saison des record prenant fin, les conditions s’annonçaient musclées avec un début de parcours au près dans plus de 30 noeuds de vent et 2 à 3 mètres de houle.

Vers 16h15, le maxi trimaran a démâté  entre la pointe de Saint Mathieu et Camaret.
Au moment du démâtage Spindrift 2 évoluait alors dans un flux de secteur ouest d’une trentaine de noeuds, dans une mer de 3 mètres et naviguait 2 ris J3 (ORC) au près à 15-18 noeuds.

Le trimaran a été remorqué par une vedette de la SNSM jusqu’à Brest, le mât et la voilure ont été largués sur la zone du démâtage du fait de la proximité de la côte. Ils font l’objet d’un appel à la vigilance.

© Chris Schmid/Spindrift racing

Yann Guichard, skipper du Maxi Spindrift 2  : « L’équipage est sain et sauf. C’est allé très vite ! En quelques secondes, le mât était tombé… Nous sommes tous très tristes : cela faisait déjà deux mois que nous patientions pour cette nouvelle tentative sur le Trophée Jules Verne. C’était la fenêtre de la dernière chance… C’est forcément une très grosse déception pour toute l’équipe, autant en mer qu’à terre car nous étions prêts. Il y a eu un gros travail d’optimisation sur le bateau et tout s’arrête en quelques instants. » déclarait Yann Guichard

« Nous faisions route vers la ligne de départ : les conditions étaient musclées, avec trente nœuds de vent et trois bons mètres de creux. Et quelques minutes avant que nous engagions notre virement vers la pointe Saint-Mathieu, le mât s’est rompu pour une raison inconnue. Il n’y a pas eu de blessés à bord et c’est le plus important. Malheureusement, nous avons du larguer le mât à la mer pour ne pas prendre de risques pour l’équipage car nous n’étions qu’à un mille et demi des roches du Toulinguet. Des opérations sont en cours pour pouvoir récupérer le gréement au plus vite car les conditions météorologiques vont se dégrader dès mardi matin. Maintenant, on va essayer de se poser pour comprendre ce qui s’est passé et puis aller de l’avant. »

 

Trophée Jules Verne : retour à Brest pour Spindrift2

Yann Guichard et son équipage ont fait demi tour et s’apprêtent à entrer dans le goulet de Brest, seulement quelques heures après avoir quitter le quai Malbert.

© Chris Schmid/Spindrift racing

En cause pour ce faux départ, la météo avec une absence de vent au large et donc l’impossibilité d’accrocher le front qui devait les emmener à l’équateur. Le skipper en accord avec le routeur à terre ont donc choisi de retourner à terre et de se remettre en stand-by.

Une nouvelle fenêtre pourrait de nouveau s’ouvrir en fin de semaine pour l’équipage de Spindrift 2.