Trophée Jules Verne, l’équipage de Spindrift2 contraint à l’abandon suite à une casse

Alors que l’équipage de Yann Guichard était dans les temps du record d’ides Sport, le skipper et ses hommes sont contraints à l’abandon sur cette tentative de Trophée Jules Verne.

© Chris Schmid/Spindrift racing

Cet abandon fait suite à la casse de la mèche du safran tribord. Sans cet appendice, la performance du trimaran Spindrift2 est moindre, qui plus est cette casse impacte aussi la sécurité des hommes avec des risques de décrochage à haute vitesse et d’éventuels dommages collatéraux.

Yann Guichard, skipper de Spindrift2 : « Ce problème technique nous contraint malheureusement à arrêter cette tentative de record du Trophée Jules Verne. C’est évidemment une déception pour tout l’équipage. Nous nous dirigeons vers la côte sud-ouest de l’Australie que nous devrions atteindre d’ici 4 jours.« 

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Trophée Jules Verne, 6h43 minutes d’avance au Cap des Aiguilles

Yann Guichard et son équipage sur Spindrift2 ont doublé le premier Cap (cap des Aiguilles) de ce tour du monde la nuit dernière  à 2h40 UTC (3h40 heure française) après 12 jours, 14 heures, 58 minutes depuis Ouessant.
Spindridt2 possède toujours quelques heures d’avance sur le chrono de Francis Joyon et de son équipage sur Idec Sport. Cette avance était de 6h 43 min à l’entrée dans l’océan indien, celle-ci s’est progressivement réduite sur les derniers jours du fait de l’anticyclone de Sainte Hélène qu’il a fallu contourné pour accrocher des vents portants,  ajoutant 700 milles pour ce grand contournement.

© Chris Schmid/Spindrift racing

Les prévisions sont optimistes pour les prochains jours, le grand trimaran devrait pouvoir rester sur une route assez sud (200 milles par rapport à Idec) lui permettant de profiter du flux de l’anticyclone des Mascareignes.  La situation s’annonce moins favorable après les Kerguelen avec plusieurs empannages et la présence d’icebergs.

Yann Guichard, skipper de Spindrift2 : « On a dû faire un grand détour pour contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène : il a fallu attendre le 40° Sud avant de commencer à tourner à gauche ! C’était assez extrême, mais nous n’avions aucune possibilité de « couper le fromage » : il a fallu prendre notre mal en patience surtout que nous avons eu un vent de travers avec une mer de face pas facile à négocier… Depuis trois jours, on allonge la foulée dans la bonne direction et cela fait du bien au moral : on vient de passer le cap de Bonne-Espérance et on reste dans les objectifs que nous nous étions fixés.
Il fait jour depuis deux heures et on sent bien qu’on est dans l’océan Indien ! On va bientôt passer le 50° Sud et il fait gris avec une mer à 2°C… Mais avec des albatros qui nous accompagnent : c’est magnifique ! On a donc de bonnes conditions pour aller vite vers les Kerguelen qu’on laissera dans notre Nord puisqu’on risque de descendre jusqu’au 53-54° Sud. Mais on va aussi avoir des icebergs devant nous à partir de mercredi : il va falloir veiller au radar et aux lunettes à infra-rouges. Cela s’annonce un peu tendu… On devrait longer l’anticyclone en se faisant propulser par les dépressions australes : c’est plutôt bien jusqu’aux Kerguelen, mais après, on va avoir plusieurs empannages à effectuer ce qui nous ralentira un peu. On devrait toutefois traverser assez vite cet océan Indien sans perdre trop de temps, en espérant ne pas être en retard à l’entrée du Pacifique, au Sud de la Tasmanie
»

 

Les prévisions du routeur à terre, Jean-Yves Bernot :

Spindrift continue sa descente vers 53 S. Il s’agit de se placer correctement dans l’Océan Indien pour garder du vent soutenu, synonyme de vitesses élevées. La situation météo est peu évolutive pour les prochains deux jours : toujours devant notre front froid rencontré en Atlantique sud. On l’appelle FF2. Nous sommes des familiers maintenant ! Vent de secteur W.NW 25-30 kt Houle de 5 à 6 m.
L’Océan Indien austral n’a pas très bonne réputation chez les marins. On l’appelle « le tunnel ». Les routes sont coincées entre l’anticyclone qui s’étale le long de 45 S et les glaces qui se promènent vers 53 S. Entre les deux règnent les dépressions australes avec leur cortège de vent de NW à SW associé aux passages de fronts froids teigneux. Le vent y est souvent fort, la mer croisée est pénible, le ciel couvert.
La température de l’eau est de l’ordre de 3 à 4° C, voire 2°C dans les remontées d’eau froide venant du sud, là où se plaisent les icebergs.

 

Record à l’équateur pour l’équipage de Spindrift 2

L’équipage de Spindrift 2, mené par Yann Guichard a franchi l’équateur aujourd’hui. Les hommes du bord décrochent un nouveau temps de référence entre Ouessant et l’équateur en 4 jours 19 heures 57 minutes (en attente de validation par le WSSRC).
Plus que le chrono c’est l’avance de 23 heures sur le chrono du tenant du titre du Trophée Jules Verne, qui importe. En effet, le routeur et les marins espèrent poursuivre sur la lancée de l’Atlantique Nord et arriver au Cap de Bonne Espérance avec un différentiel positif sur Idec Sport qui avait ensuite bénéficié de superbes conditions sur l’Indien.

© Chris Schmid/Spindrift racing

La passage du Pot au Noir n’aura été qu’une formalité, la zone de convergence n’étant pas très active actuellement, l’équipage a pu rejoindre les alizés mais il faudra probablement faire le grand tour de l’anticyclone de Sainte Hélène avant d’espérer accrocher une dépression qui les mènera dans le grand sud.

Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 :
« On a commencé à rentrer dans le Pot au Noir vers 2°Nord : il n’était pas très actif, ce qui ne nous a pas facilité sa traversée avec très peu de brise… Même les grains n’étaient pas très ventés. C’était surtout sympa d’avoir la pleine lune au passage de l’équateur : nous avons même vu l’éclipse ! C’était magnifique pendant une bonne heure… Tout le monde a pris le rythme et la modification de la casquette est vraiment un bonus : on est nettement plus à l’abri. La descente jusqu’à l’équateur n’a pas été une route simple : il a fallu enchaîner les empannages et passer au travers des archipels des Canaries et du Cap-Vert. On a eu une mer assez difficile avant ces deux groupes d’îles.
On doit sortir complétement du Pot au Noir vers 2°Sud, et ensuite, nous allons devoir faire le grand tour de l’anticyclone de Sainte-Hélène qui se reforme dans l’Est : nous allons devoir faire du Sud pendant un bout de temps jusqu’au 37°Sud avant de tourner à gauche vers l’océan Indien. Cela nous rallonge la route, surtout que nous devrons traverser une zone de petit temps dans trois jours. Mais ensuite, nous toucherons du vent de Nord-Ouest favorable. Ce sera finalement une descente assez lente… mais nous devrions toujours être un peu en avance par rapport à Francis Joyon et son équipage au passage du cap des Aiguilles. »

 

Jean-Yves Bernot, routeur du trimaran :
« 
Le pot au noir s’est montré raisonnable : le « trou de souris » entrevu dès les Iles du Cap Vert ne s’est pas refermé.Encore quelques grains vers 1 S avant de toucher les alizés de sud-est, bien installés pour 15-20 kt. Ils sont accompagnés d’une mer jeune, nerveuse, 2 à 2,5 m qui se fait sentir à ces allures de bon plein.

Ce sera  le tarif jusque 20 S atteint Mercredi prochain. Ensuite, on parle de Sainte-Hélène, l’anticyclone bien sûr. C’est l’été dans l’Océan australe, et l’anticyclone prend ses aises jusque 35 S. Il n’y a guère d’autre choix que de descendre jusque 40 S en se faisant discret pour éviter d’éventuelles extensions sans vent vers la côte d’Amérique du sud.
C’est ainsi que se fâchent  les anticyclones : en engluant les bateaux à voile dans des calmes exaspérant… »

Trophée Jules Verne, 120 milles d’avance aux Canaries pour l’équipage de Spindrift 2

Yann Guichard être ses 11 équipiers ont pris le départ de leur tentative de Trophée Jules Verne au large d’Ouessant mercredi 16 janvier à 11 heures 47 minutes 27 secondes TU (heure française : 12 heures 47 minutes 27 secondes). Leur objectif, pour battre le temps de référence détenu par Francis Joyon et son équipage sur Idec Sport, est de revenir de leur circumnavigation avant le 26 février à 11 heures 16 minutes et 57 secondes TU (soit 12 heures 16 minutes et 57 secondes en heure française). Le temps du détenteur du Trophée Jules Verne étant de  40j 23h 30’ 30’’.

© Chris Schmid/Spindrift racing

Après une longue attente une fenêtre metéo favorable s’est enfin présentée cette semaine.
Le routeur à terre de l’équipage de Spindrift2, Jean-Yves Bernot à terre, prévoyait un passage de l’équateur dans la nuit de dimanche à lundi 21 janvier, soit après moins de cinq jours de mer. L’idéal étant de se présenter à Bonne Espérance avec un jour d’avance sur le temps d’Idec Sport puisque celui-ci avait bénéficié de superbes conditions sur l’Océan Indien.
Actuellement le maxi trimaran évolue au niveau des Canaries avec 120 milles d’avance sur Idec Sport.
Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 au départ, mercredi : 
« Jusqu’à l’équateur, ça s’annonce bien ! Les alizés sont bien installés : on devrait mettre moins de cinq jours pour aller à l’équateur. Ensuite, il y a toujours des inconnues dans l’Atlantique Sud mais on espère atteindre l’Afrique du Sud autour de douze jours, douze jours et demi.
Ce tour du monde, c’est aussi un passage de saisons à vitesse grand « V » ! On part dans du Nord-Ouest avec du crachin, aux Canaries on sera dans l’alizé avec 30°C, à l’équateur il fera 40°C et trois jours après, on est dans les Quarantièmes, dans le Grand Sud avec trois semaines assez soutenues et fraîches. C’est un beau voyage…
Une des difficultés, c’est l’anticyclone de Sainte-Hélène dans l’Atlantique Sud qui parfois barre la route. Après, ce n’est pas un problème de faire le grand tour s’il y a du vent parce que les bateaux vont vite. Mais le Grand Sud, c’est tout de même au minimum quinze jours de grand froid et d’humidité ! Ce sont aussi des paysages magiques, des endroits incroyables à vivre en équipage…
On est un peu plus léger que la dernière fois et c’est aussi pour cela que nous ne sommes que douze. Potentiellement, en-dessous de vingt nœuds, nous avons un très léger déficit, mais au-dessus Spindrift 2 est plus rapide qu’avant ! On peut tenir des moyennes supérieures à 35 nœuds si la mer reste maniable…
 »

Victoire sur le fil de Francis Joyon sur la Route du Rhum

Les deux leaders ont offert une superbe bataille lors de leur arrivée en Guadeloupe.
Le contournement de l’île aura offert un suspense haletant, Francis Joyon avait déjà amorcé un superbe retour les 24h précédentes, mais les vents évanescents sur l’île ont permis une nuit de régate magnifique.
A la marque de Basse Terre, François Gabart pointait encore en tête avec 17 minutes d’avance, après avoir été totalement scotché pendant plusieurs heures. La victoire semblait encore acquise pour François Gabart sur son trimaran MACIF, mais entre le Sud de l’île et la ligne d’arrivée, Francis Joyon, décalé à terre, prenait une risée qui lui permettait de revenir sur MACIF. Bien que ralenti par un filet de pêche pris dans un de ses safrans, le skipper d’IDEC Sport parvenait à conserver l’avantage pris sur MACIF plus au centre du canal des Saintes. A deux milles de la ligne, le vent tombait à nouveau, l’avantage pris le long de la côte de Francis Joyon fondait de nouveau, MACIF plus rapide, revenait au contact. Les deux trimarans se retrouvaient   bord à bord, à 3 nœuds de vitesse. Francis Joyon parvenait à caler un superbe virement qui l’amènera à la victoire.

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Francis Joyon,  skipper d’IDEC Sport s’imposait donc en 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes pour à la vitesse moyenne de 19,42 nœuds. Il établit ainsi un nouveau temps de référence sur le parcours en battant de 46 minutes et 45 secondes le chrono réalisé en 2014 par Loïck Peyron. François Gabart sur MACIF prend la 2nde place en 7 jours 14 heures, 28 minutes et 55 secondes de course, concédant 7 minutes et 08 secondes au vainqueur.

Idec Sport devient avec ses victoires triple vainqueur de la Route du Rhum, sur trois éditions consécutives, avec Franck Cammas à la barre en 2010 sous les couleurs de Groupama 3, avec Loick Peyron en 2014 sous les couleurs de Banque Populaire et de nouveau cette année avec Francis Joyon.

Le team Macif Voile avait dévoilé, quelques heures avant le dénouement les soucis qui avaient handicapé François Gabart sur cette course. Le skipper a dû faire face à des soucis de vérin de J3 lors de la première nuit de course.
Puis lors de la deuxième nuit, le skipper perd son fois tribord dans la traversée du Golfe de Gascogne, puis son safran bâbord, qui s’est coupé net sous le casque de safran le lendemain matin. Les soucis de lattes de grand voile étaient quant à eux connus, le skipper de Macif ayant pu réparer la latte 3 mais a du se passer de la 4 non réparable.

© Lloyd Images

Les mots des deux skippers à leur arrivée :

Francis Joyon : « Je me suis rendu compte que je pouvais gagner 1 minute 30 avant l’arrivée . Mais avant ça, j’ai cru que François allait me repasser parce qu’il allait beaucoup plus vite avec son code zéro. C’est vrai que ça a été un moment de grande inquiétude parce que je le voyais revenir comme un avion. J’avais l’impression de rééditer un petit peu l’arrivée de Mike Birch pour qui j’ai beaucoup d’admiration ».

François Gabart : « Quand il me vire devant je me dis c’est mort et puis en fait je reviens je reviens je reviens puis je me dis ‘on va se finir tous les deux sur la ligne à une longueur de bateau…’ Et voilà c’est comme ça que ça se termine, mais ce n’est qu’un détail. C’est un détail important car il arrive à la fin de la course, mais ce n’est qu’un petit moment par rapport à une course qui a duré un petit peu plus d’une semaine ! »

Francis : « J’ai appris les problèmes de François au dernier moment mais je me doutais qu’il avait un bateau extrêmement rapide et que si j’arrivais à regagner sur lui c’était qu’il était handicapé d’une manière ou d’une autre. Je pensais que c’était plus un problème de bas étai ou quelque chose comme ça qui le contrariait, je n’imaginais pas que les dégâts étaient aussi importants. Il a eu énormément de mérite de continuer à un rythme aussi élevé alors qu’il avait un safran et un foil en moins. Ce sont quand même de gros handicaps et François a réussi d’une part à prendre sur lui et ne rien dire, et d’autre part à faire une course hyper courageuse et engagée.»

François : « Je pensais que ça allait être simple sur une transat et en fait j’ai passé énormément de temps à bricoler et à adapter ma façon ne naviguer à tous les problèmes que j’ai pu avoir sur le bateau. J’ai passé mon temps à ça, dès qu’il y avait une phase de transition. Ça a commencé dès le passage de Ouessant et ça s’est terminé jusque dans derniers bord où il fallait pomper dans le puits de foil qui se remplissait d’eau »

Francis : « J’ai l’impression d’avoir été plus loin que d’habitude. Là j’ai trouvé des stratégies de sommeil où j’arrivais à récupérer en quelques petits instants de temps en temps et du coup je ne me suis pas mis dans le rouge complètement. Mais c’est vrai qu’en matière de navigation un peu sauvage, les deux premiers jours c’était vraiment très très sauvage. Et je comprends qu’il y ait eu beaucoup de bateaux cassés parce qu’il fallait réussir à passer sans casser le bateau et j’ai failli plusieurs fois casser le bateau moi aussi  (…) Le trajet a été difficile, même en croyant avoir du beau temps dans les alizés, on avait des passages de grains assez violents. Les changements de voile étaient difficiles, le bateau était brutal, c’était sportif. C’est ce qu’on venait chercher mais cela restait des moments délicats. Je suis dézingué au niveau auditif car le bateau était en vibration et en sifflement constant… »

François : « Si j’ai la patate comme lui à 62 ans, ce sera bien. C’est la preuve que la voile maintient en forme. Cela dit, quand on regarde ce qu’on a fait… Moi, je n’ai pas beaucoup dormi et parfois, on va un un peu trop loin dans l’extrême au niveau physique et mental donc il ne faut pas faire ça trop souvent.  Une fois par an, c’est suffisant »

François : « Je suis content de la course. Cette course aurait pu s’arrêter plus tôt, ça ne se joue pas à grand chose. J’arrive quand même jusqu’ici en Guadeloupe, ravi de m’être tiré la bourre. C’est vrai que je suis deuxième.  La victoire, est-ce vraiment ce que je viens chercher systématiquement ? Ces dernières années, j’ai eu la chance de vivre des courses de dingues. Ce que tu retiens à la fin, c’est ça. Ce sont les expériences que tu vis… Je retiendrai que j’ai eu peur, que j’étais tendu quand je voyais Francis revenir, que c’était insupportable. Et ce dernier bord à bord la nuit dans la pétole. Peut-être que demain j’aurais la gueule de bois et que ça fera mal de ne pas avoir gagné, mais je crois surtout que je m’en souviendrai toute ma vie de cette course, parce qu’elle était belle jusqu’au bout. Et j’y ai appris plein de choses.»

 

Avec la perte de ses deux appendices, François Gabart était donc doublement handicapé, en effet côté tribord l’absence de foil empêchait le soulagement voir le vol du bateau, alors que côté bâbord, l’absence du safran contraignait le skipper a gardé le bateau suffisamment à plat pour garder le contrôle de la trajectoire grâce au safran de coque centrale.

A lire, l’interview de Patrice Lafarge, PDG d’IDEC et fidèle sponsor de Francis Joyon.

Thomas Coville a quant à lui repris sa route hier matin, avec la 3ème place comme objectif. Le skipper a quitté le ponton du port de La Corogne à 8h ce matin. Après s’être éloigné des côtes il a repris la direction du sud à vitesse modérée afin de tester la réparation réalisée sur Le Bras de liaison.

Route du Rhum : superbe retour de Francis Joyon sur François Gabart

L’arrivée est désormais proche pour les deux ultimes de tête, François Gabart et Francis Joyon étant à moins de 300 milles de l’arrivée.
Et le suspense est haletant pour cet fin de course, en effet Francis Joyon ne cesse de réduire son écart avec Macif.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Le skipper d’Idec Sport grappille des milles à chaque classement, affichant parfois un différentiel de vitesse impressionnant avec Macif, il ne pointe plus qu’à 45 milles du leader. Alors qu’hier à la même heure François Gabart comptait 120 milles d’avance.
Ces derniers jours laissent à penser que Macif est probablement handicapé par un souci technique, le plus en vitesse attendu pour le foiler n’ayant jamais été vérifié. Il n’en reste pas moins extraordinaire que Francis Joyon arrive à tenir des moyennes exceptionnelles sur son trimaran d’ancienne génération avec des appendices ne lui permettant pas de voler.

Thomas Coville sur Sodebo Ultime devrait reprendre la mer dans la journée, le skipper devrait faire des teste au large à différentes allures avant de reprendre le chemin de la Guadeloupe.

© Alexis COURCOUX

En Multi50′, Armel Tripon fait cavalier seul en tête, Thibaut Vauchel Camus et Erwan Le Roux ont repris leur route après un arrêt technique au Açores. Gilles Lamiré devrait avoir du mal à maintenir FenêtréA-Mix Buffet dans ses tableaux arrières à ces allures portantes. Reste à savoir si Lalou Roucayrol sur la route sud pourra croiser devant les poursuivants de la route nord.

 

 

Route du Rhum, François Gabart en tête, Francis Joyon en embuscade, cavalier seul d’Armel Tripon en Multi50′

François Gabart et Francis Joyon poursuivent leur cavalier seul en tête de la flotte de cette Route du Rhum. Ils doivent composer avec des alizés assez irréguliers, l’avantage est toujours pour le skipper de Macif qui maintient environ 140 milles d’avance sur Idec Sport, qui se recale à l’ouest.
Ils restent 1100 milles à parcourir pour les deux leaders, ils devraient couper la ligne d’arrivée dimanche dans la soirée.

 

Francis Joyon n’a cependant pas dit son dernier mot, le marin cravache pour rester à 100% des capacités de son trimaran :
« Le sommeil, comme l’alimentation, c’est un peu n’importe quoi en ce moment !  Je demande tout au bateau, et à moi-même ! Je barre beaucoup sous un chaud soleil d’alizé. Je mesure ma chance d’être là, de pouvoir naviguer comme j’aime le faire. Le bateau est en bon état et le bonhomme aussi. Nos foils, à 30 noeuds de vitesse, constituent une réserve de puissance étonnante. Ils sont faits pour la très haute vitesse. Le flotteur décolle, mais IDEC SPORT ne fait plus le fou… C’est un jeu d’équilibriste à la barre.
Macif évolue dans un bon couloir de vent. On hésite à le quitter. Il y peu de coups à faire, mais tout se joue à si peu de choses… »

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Romain Pillard évolue au près au large du Portugal dans des conditions difficiles , tandis que l’équipe Sodebo poursuite les réparations sur le trimaran de Thomas Coville.

Armel le Cléac’h a retrouvé la terre aujourd’hui à Vigo, le skipper revient sur la casse de Banque Populaire IX :

« Après Ouessant on se retrouve dans une zone de vent quelque peu compliquée. Il y avait une transition, nous on décide d’aller chercher un peu plus de vent dans l’ouest. Effectivement on se retrouve de nouveau à rattraper nos petits camarades qui s’étaient un peu échappés, il y a quatre bateaux devant moi et très vite on récupère quelques places, dû notamment aux avaries de deux concurrents directs Gitana et Sodebo, et puis je me retrouve en deuxième position dès le lundi soir dans le Golfe de Gascogne où on allait chercher cette deuxième dépression qu’on avait déjà bien surveillée depuis plusieurs jours à Saint-Malo à terre avec mon équipe, donc  on continuait finalement notre stratégie comme prévu au départ.

On s’était vraiment donné des limites en force de vent et d’état de mer, pour pouvoir préserver le bateau. Avant tout, l’objectif avec l’équipe était d’arriver en Guadeloupe. On savait qu’on avait le potentiel pour faire une belle place, mais d’abord l’essentiel était d’arriver. Pour ça on s’était mis des limites par rapport aux conditions météo.

Malgré notre retard au départ, on n’a pas changé cette ligne de conduite avec Marcel mon routeur avec mon équipe à terre, donc on a continué cette stratégie, donc on avait un petit contre bord à faire dans l’ouest pour aller chercher une rotation de vent, dans des conditions de vent et de mer un peu plus fortes mais pas du tout dantesques. On est allé chercher jusqu’à 5 mètres de creux, il y avait des rafales à 35, 40 nœuds maximum, mais ça n’allait pas durer très longtemps.

Mardi matin, je suis tribord amure au près direction l’est des Açores et on continue notre plan de route avec notre équipe météo à terre. Les conditions se sont un peu dégradées comme prévu, on a 35 nœuds de vent, de la mer qui s’est un petit peu formée, Je suis à ce moment-là avec le minimum de voile à bord de Banque Populaire, 3 ris dans la grand-voile, le J3 ce qu’on appelle l’ORC, la plus petite voile de près, et le bateau avance normalement. 

J’ai vraiment réduit la vitesse pour ne pas faire souffrir le bateau parce qu’on sait que c’est le moment un petit peu compliqué à passer que derrière les conditions dans la soirée vont nettement s’améliorer, et que finalement ensuite ce sera vraiment la descente, la glissade vers les Antilles.
Tout se passe bien, j’ai réussi à dormir quelques heures la nuit précédente pour justement passer ces conditions un peu difficiles, et puis le bateau avance normalement. Je suis à ce moment-là en veille au niveau du piano pour être à même de pouvoir choquer les écoutes parce qu’il y avait de temps en temps des petites surventes. 

Tout d’un coup, le bateau bascule sur le côté, en quelques secondes, je ne me rends pas vraiment compte de ce qui se passe, le bateau est complètement gîté, je me rends compte qu’on est en train de chavirer. J’aperçois le flotteur sous le vent qui est détaché du bateau, donc je me dis qu’il y a dû y avoir quelque chose qui a lâché, je ne sais pas quoi, en tout cas, je suis plutôt dans l’urgence de gérer la crise, surtout pour moi d’essayer de trouver une solution pour être en sécurité et me retrouver si possible à l’intérieur du bateau dans la coque centrale quand le bateau aura fini de se retourner. 

Je ne sais pas ce qui s’est passé, ça a été très rapide, le flotteur, ou quelque chose qui s’est détaché. Là pour le coup, c’était tellement brutal et tellement rapide que j’ai été surpris, je ne m’attendais pas à ça bien sûr.

Déjà il a fallu que je réussisse à rentrer dans le bateau, ça ne s’est pas fait facilement. J’ai réussi tant bien que mal à rejoindre la coque centrale et à rentrer par le hublot qui est prévu pour ça, à l’arrière, et donc me retrouver à l’intérieur du bateau, en sécurité, pour pouvoir déclencher les secours et notamment la balise de détresse. Je l’ai actionnée assez rapidement, ensuite j’ai pu ouvrir le sac de survie qui est à bord pour pouvoir avoir tout de suite les premiers outils pour pouvoir me mettre en sécurité et enfin contacter la terre. 

J’ai appelé mon équipe pour leur dire que j’étais bien à bord et que ça allait même si j’avais assez mal aux côtes, j’étais un peu sonné mais j’étais dans le bateau sain et sauf et que j’attendais maintenant les secours pour venir me chercher. Ça a pris un peu de temps. 

Après l’organisation du sauvetage s’est mise en place avec les différents organismes de sécurité, la Marine française, la Marine portugaise, la Direction de course et le Team Banque Populaire. Les choses se sont faites progressivement, moi j’étais en contact avec la terre régulièrement, ils m’ont donné des nouvelles.

Déjà, ils avaient la position du bateau, ce qui était plutôt bien. Ensuite il a fallu dérouter un ou plusieurs bateaux. J’ai su plus tard qu’il y avait un cargo et un bateau de pêche qui allaient rejoindre la zone sur laquelle je me trouvais et qu’un avion français allait décoller pour pouvoir survoler ma position et qu’un deuxième avion portugais allait aussi venir sur zone. Ça a pris 6-7 heures avant l’arrivée du premier avion français, avec qui j’ai pris contact par VHF pour préciser ma position, pour dire que tout allait bien à bord, et à ce moment-là ils m’ont informé qu’un bateau de pêche portugais avait été dérouté et qu’il allait arriver sur zone en début de nuit vers 20h-21h (heure française), pour pouvoir me porter secours.

D’abord j’ai été récupéré par le bateau de pêche, c’était quand même un moment assez chaud, parce que les conditions de mer et de vent ne s’étaient pas vraiment calmées. Sur zone, c’était toujours bien agité, ça remuait pas mal dans le bateau. Le bateau de pêche est arrivé vers 20h. On avait mis en place une organisation pour mon sauvetage : j’avais échangé avec les deux avions pour leur dire comment j’allais pouvoir sortir du trimaran et rejoindre le bateau de pêche. J’avais prévu de mettre mon radeau de survie à la mer, de monter dedans, et de rejoindre si possible le bateau de pêche à ce moment-là pour monter à bord. C’est ce que j’ai réussi à faire vers 21h. 

Ça a été un petit peu compliqué parce que la mer était difficile, il faisait nuit mais heureusement, le bateau de pêche et notamment le Capitaine a très bien manœuvré, l’équipage a été formidable, ils m’ont vraiment bien aidé dans cette manœuvre.
Très vite j’ai réussi à monter à bord de ce bateau de pêche portugais où j’ai été très vite bien accueilli, ils m’ont proposé de prendre une douche de me donner des vêtements parce que j’avais uniquement ma combinaison de survie, et se sont souciés de savoir si j’allais bien. Vraiment très sympa l’équipage.

J’ai pu à ce moment-là prévenir mon équipe et les différents moyens de sauvetage pour dire que j’étais bien à bord et que l’opération de sauvetage s’était bien passée et qu’ensuite on allait rejoindre Vigo (Espagne), mais que ça allait prendre un petit peu de temps parce qu’il  fallait deux jours et demi pour rejoindre le port de destination.

Toute l’équipe est mobilisée pour essayer de récupérer le bateau, aujourd’hui les choses se mettent en place. C’est pas simple, parce que le bateau est entre les Açores et le Cap Finisterre, les conditions de mer et de vent sont un peu agitées en ce moment, il faut trouver les bons bateaux, il y a normalement un bateau qui va partir dans les heures qui viennent avec une partie du team Banque Populaire pour aller récupérer le bateau le plus vite possible. »

© Alexis COURCOUX

En Multi50′, les escales se font plus nombreuses, dans le groupe nord, Thibaut Vauchel Camus est contraint de se dérouter vers les Açores, tout comme Erwan Le Roux. Le premier ayant été victime la casse de chariot de têtière de grand-voile, alors que le second est privé de pilotes automatiques. Thierry Bouchard arrive pour sa part à Cascais également pour un souci de  chariot de têtière de grand-voile.
Armel Tripon poursuit donc sa route, en tête de la flotte sans grosse pression, Lalou Roucayrol pointant à 400 milles de son tableau arrière.  Gilles Lamiré dans le nord tire un bord vers les Açores, il n’a pas annoncé l’intention de faire un arrêt technique.