Francis Joyon en avance sur son record

 

Après avoir eu jusqu’à 215 milles de retard sur son propre record, Francis Joyon a pu accélérer sur une route quasi directe et compte ce soir 65 milles d’avance. Le marin est désormais sur une route plus sud que lors de sa dernière traversée, il lui reste maintenant à choisir le meilleur passage de front demain, comme il l’expliquait : « la question du moment est d’affiner la trajectoire pour trouver le meilleur cap possible dans la perspective du front que je vais chercher d’ici demain après-midi (lundi) ». Ce qui explique les quelques empannages réalisés ce matin :  « Ce sont des petits bords de recadrage, car je me suis rendu compte que j’étais un peu trop bas. J’avais été un peu prétentieux, donc je corrige le tir ».

Ce passage est délicat, car le positionnement doit permettre au skipper de ressortir avec le meilleur angle possible, sans trop ralentir près du centre de l’anticyclone.

« Sur cette Route de la découverte, on jongle forcément entre différents systèmes météo. C’est très intéressant et ça explique qu’on n’y tiendra jamais des moyennes aussi élevées que sur l’Atlantique nord, puisqu’il faut bien gérer les transitions entre ces systèmes. Je me méfie, car en 2008 je m’étais approché un peu trop près de l’anticyclone et j’avais perdu du terrain. Donc je fais très attention à ne pas commettre la même erreur « .

Francis Joyon déjà sur la Route de la Découverte

Alors que Thomas Coville a abandonné hier sur le record de l’Atlantique Sud, suite à une blessure,  Francis Joyon a pris le départ de ce même record entre Cadix et San Salvador.

En l’absence de son concurrent habituel, le skipper tentera de battre son propre record déjà détenu sur ce même  trimaran IDEC, il a coupé la ligne de départ aujourd’hui à 12h50’25 » TU ; pour améliorer son chrono (9 jours 20 heures 32 minutes), il devra couper la ligne d’arrivée avant samedi à 9 heures 22.

Cette tentative de record permettra à Francis Joyon de convoyer son bateau de l’autre côté de l’Atlantique pour l’objectif de l’année, reprendre le record de l’Atlantique Nord à Sodeb’O et Thomas Coville.

Le marin de Locmariaquer a choisi de ne pas se faire router sur cette Route de la Découverte, il choisira donc seul sa route, la météo s’annonce musclée et sur une route très nord comme l’explique le skipper :  « Je pars avec du vent de nord-est soutenu vers les Canaries, mais je devrai me recaler pour respecter la marque de parcours dans l’archipel (il faut laisser l’île de Gran Canaria à tribord, ndr). Ce ne sera donc pas forcément très rapide au début, mais ensuite j’irai chercher ce front froid vers le milieu de l’Atlantique. Cela devrait me permettre d’aller vite sur la route directe derrière ce front, dans du vent de nord-est. Un passage alizéen par le sud, lui, m’aurait obligé à multiplier les empannages pour éviter d’être plein vent arrière et conserver un angle au vent rapide. C’est une bonne fenêtre météo qui s’est présentée, il fallait saisir cette opportunité ».

La cartographie de la tentative de record.

Abandons et programme des G-Class solos

  • Thomas Coville, le skipper du maxi trimaran Sodeb’O , est contraint de renoncer à sa tentative de record sur la Route de la Découverte suite  à une blessure à la jambe gauche. Celle-ci date de dimanche, lors d’un empannage dans un vent fort. Le skipper fait désormais route vers les Açores qu’il devrait atteindre demain. Il suit ainsi les conseils de deux médecins, afin d’éviter des séquelles ultérieures.

Thomas Coville « J’ai cru que ça allait se résorber mais la situation s’est rapidement dégradée, ma cheville a beaucoup enflé et j’ai maintenant du mal à me déplacer ce qui peut engager ma sécurité et celle du bateau. Les médecins craignent que cela s’aggrave et entraine des conséquences sur ma récupération à long terme. Comme je ne suis pas loin des Açores, me dérouter s’avère être une sage décision. C’est dommage car je me sentais vraiment bien sur ce bateau transfiguré au portant. Cet entrainement m’intéressait beaucoup même si ce record de la Découverte n’est pas le centre de notre programme avec Sodebo. »

  • Le principal adversaire de Thomas Coville, Francis Joyon, va quant à lui reprendre sa campagne de records, sur le quasi sistership de Sodeb’O. Il détient trois des quatre principaux records en solo sur son trimaran Idec (tour du monde, route de la Découverte, record des 24 heures). Il devrait s’aligner sur le record de la Route de la Découverte pour améliorer son propre record, suite à l’abandon de Soded’O. Puis il  retentera sa chance sur l’Atlantique Nord avec la traversée de New York au Cap Lizard. Il avait chaviré peu après son départ en 2011 lors de sa précédente tentative.
  • Roman Paszke, sur son maxi catamaran Bioton, a pris la décision de renoncer à son tour du monde contre vents et courants dominants il y a quelques jours en raison du mauvais temps dans la zone du Cap Horn. Cette décision est une surprise puisque le marin polonais visait le temps de Jean Luc Van Den Heede sur un monocoque en 129 jours, et qu’il était possible pour lui de passer le Horn en moins de 30 jours en s’abritant, et en attendant des conditions météos favorables.

Francis Joyon établit un nouveau record

Francis Joyon avait quitté la Trinité-sur-Mer, son port d’attache vendredi dernier, afin de tenter de battre le record de distance en solitaire en 24 heures, il a trouvé des conditions favorables au large des Açores avec 668 milles parcourus soit 1237km en une journée (27,83 noeuds de moyenne). Le temps de référence était jusqu’ici détenu par Thomas Coville avec 628,5 milles nautiques, il l’avait établi en 2008 lors de sa seconde tentative contre le record du tour du monde.

©François Van Malleghem / DPPI / IDEC

Le skipper ajoute donc un nouveau record à son palmarès : « Il me fallait réunir des conditions idéales, que je n’avais jusqu’alors trouvé que dans l’océan Indien, avec des vents réguliers bien établis dans la durée, de préférence en avant d’un front afin de bénéficier d’une mer (relativement) plate… Je suis allé environ 800 milles dans l’ouest du cap Finisterre, en bordure des hautes pressions près des Açores. Je suis parti avec un vent de secteur sud-ouest, mais j’ai dès le départ dû affronté une houle contraire de secteur nord. J’ai attaqué à fond, et au bout d’un moment, la houle s’est ordonnée et le vent est monté à 32 nœuds. C’était extrêmement périlleux. Le bateau était constamment à la limite. Je ne barrais pas. Je suis demeuré 24 heures debout dans mon cockpit avec l’écoute de grand voile dans une main, et l’écoute de solent dans l’autre. Lorsque le bateau plantait dans la vague, je choquais l’une ou l’autre. Mais il m’est arrivé souvent de choquer toutes les écoutes d’un seul coup. Pas de repos. Quelques barres de céréales pour seule nourriture.  J’aurais été très satisfait de récupérer ce record, ne serait ce que d’une poignée de mille, mais près de 40 milles ! je suis très heureux. Ma satisfaction vient surtout du fait que j’ai très peu navigué depuis mon chavirage l’an passé lors de ma tentative contre le record de la traversée de l’Atlantique. IDEC a subi un beau chantier cet hiver. Mais le mât est le même que celui qui s’est brisé en deux lors du chavirage. Quant aux voiles, ce sont celles d’origine, qui ont bien 90 000 milles au compteur.  Au-delà des chiffres, je viens de m’offrir un moment véritablement magique. Pouvoir faire marcher une telle machine au maximum de son potentiel est extraordinaire. C’est ce que je me disais en doublant des cargos dans des gerbes d’écume. »

Idec de retour en Bretagne

Le maxi-trimaran IDEC est arrivé en milieu de semaine à Lorient, avant de rejoindre le chantier Multiplast.

Francis Joyon et son équipage composé de trois marins ont convoyé le trimaran géant sous gréement de fortune des côtes américaines à la Bretagne, le bateau va désormais entrer en chantier afin de remettre en état la plate forme et le mât suite au chavirage survenu fin août lors de la tentative de record en solitaire de l’Atlantique Nord.

Idec à destination

48 heures après son chavirage, Francis Joyon et son trimaran sont arrivés dans le port de Montauk ,le bateau a été remorqué à l’envers, à petite allure, vers ce port près de Long Island.

La plate forme ne semble pas avoir subi de dégâts après une première inspection, le mât est brisé en deux parties mais a pu être récupéré, ainsi que le reste du gréement. Une grue a été réservée dans le port afin d’effectuer l’opération de retournement du trimaran.

Le remorqueur sur la zone du chavirage d’Idec

Le remorqueur affrété par Idec a rejoint le trimaran retourné et son skipper cet après midi (15h30 heure française) ,un plongeur est rapidement monté à bord du maxi-trimaran IDEC afin d’organiser les opérations avec Un plongeur est rapidement monté à bord du maxi-trimaran IDEC afin de converser avec Francis Joyon, s’assurer de sa santé, et  faire le point sur la marche à suivre. Aidé de Francis, l’équipage du remorqueur s’est tout de suite attelé à détacher le gréement, il semblerait d’après un premier examen sous marin que la récupération du mât et de la bôme soit envisageable sans pouvoir préjuger de l’état de ceux-ci.

Equipage et skipper se sont donnés jusqu’à la nuit pour sécuriser la plate forme avant de commencer le remorquage, le temps devant se dégrader sur zone dans les heures à venir. Le retournement du trimaran ne se fera pas sur le  lieu du chavirage mais à l’abri de la côte, à la pointe nord de Long Island

Francis Joyon a chaviré

Francis Joyon, sur son trimaran Idec avait coupé la ligne de départ ce matin à 8h08 heure locale (2h 08min heure française), malheureusement le skipper a chaviré environ cinq heures après son départ.

©Don Emmert / AFP Photo / DPPI

Francis Joyon revient sur son chavirage : « J’étais sur mon siège de veille à l’extérieur du bateau. Je commençais à m’extirper de la zone météorologiquement perturbée au plus près des côtes américaines. J’avais réussi à parcourir environ 90 milles sur la route dans des conditions très irrégulières et très instables, avec un vent mal établi en direction qui oscillait entre 10 et 30 noeuds. J’ai traversé quelques épisodes orageux très intenses, marqués par de violentes rafales mais c’est à un moment où je pensais m’extraire de cette zone que j’ai reçu comme un véritable coup de poing géant qui a catapulté le bateau sur le côté. Je naviguais sous grand voile arisée à trois ris, avec le petit ORC à l’avant. La violence de la rafale a été telle que le détecteur de gîte, sorte d’alarme anti chavirage n’a pas eu le temps de se déclencher ; J’ai senti la poussée et j’ai choqué la grand voile, puis le chariot en grand. Le vent a continué de pousser très violemment et j’ai senti le bateau littéralement catapulté en l’air. En quelques secondes, j’étais « sur le toit ». Je me suis retrouvé sous l’eau, comme plaqué sous les filets. J’ai tenté de m’orienter pour voir comment remonter à l’air libre. C’était la nuit et le chaos. À l’énergie, je me suis retrouvé près d’un flotteur. Je ne sais trop comment j’ai rejoint le bras de liaison avant et j’ai pu me hisser sur la plateforme. J’ai ensuite rejoint l’intérieur du bateau par la trappe de survie.

Il me semble que Idec n’a pas trop souffert. J’ai environ 10 cm d’eau à l’intérieur. J’ai pu sauver mon électronique. J’ai récupéré mon téléphone Irridium pour prévenir de mon chavirage. J’ai un « flash light » très puissant et comme je sentais le bateau dériver vers la route de l’important trafic maritime vers New York, j’ai passé la fin de nuit sur les filets à signaler ma présence aux cargos. Le jour se lève à présent et ce danger est écarté. Je suis en contact heure par heure avec Christophe Houdet à terre. Je sais que de nombreuses personnes se mobilisent pour trouver un remorqueur. Je ne suis qu’à une cinquantaine de milles de Newport (Rhodes Island). Le bateau me semble intact et je sais que le gréement ne cogne pas contre la plate forme. L’état de la mer est relativeme nt calme et la température de l’air très supportable. J’ai de quoi manger. Dès qu’un navire de remorquage arrivera, je serai en mesure de larguer le gréement, et peut-être d’envisager une opération de retournement afin de faciliter le remorquage… »

Un bateau de secours avait rejoint la zone dans la journée afin d’évaluer la situation et de participer à la sécurisation de la zone du chavirage, ce soir un remorqueur américain est parti de Port Jefferson, port sur la face nord de Long Island dans l’Etat de New York pour rejoindre le maxi trimaran IDEC retourné ;  il devrait procéder au remorquage du trimaran vers Newport demain après que le skipper ait larguer le mât, les voiles et le gréement.

 

Nouveau départ demain matin pour Francis Joyon

Après une tentative avortée avant même le départ suite à une collision avec une bouée de chenal la semaine dernière, Francis Joyon devrait s’élancer cette nuit sur son trimaran Idec, pour une tentative de record sur l’Atlantique Nord, le skipper devrait couper la ligne entre 2 et 8h du matin demain.

Francis Joyon : « Cela vaut vraiment la peine d’essayer. J’espère un départ rapide dès le passage de ligne dans un bon flux de sud ouest. La première partie du parcours me semble propice à la vitesse et à m’installer d’emblée dans les temps du record. La saison est bien avancée pour espérer une fenêtre idéale et celle que nous avons choisie est loin d’être parfaite, avec notamment une petite dorsale anticyclonique à traverser au beau milieu de l’Atlantique Nord. Je vais jouer ma carte à fond car de toutes manières, il n’ y a rien à regretter. Jean Yves Bernot, qui m’assiste depuis la terre, et moi-même observions une autre opportunité pour le 25 août prochain, mais elle ne semble guère promise à un très bel avenir. Je préfère donc me contenter de ce que l’Atlantique m’offre cette nuit pour tenter ma chance. »

Jean-Yves Bernot : « Des opportunités comme celle-ci ne se présentent pas 50 fois dans l’été d’autant que plus on avance en saison, plus les chances de trouver des conditions propices s’amenuisent. Cette fenêtre météo est donc intéressante et semble un peu plus favorable que celle de la semaine dernière, au moins pour le départ. Elle devrait permettre à Francis de naviguer assez proche de la route directe et donc de faire moins de manœuvres, ce qui est toujours appréciable en solitaire ».

Francis Joyon décidera de l’heure de son départ en fonction des conditions rencontrées au large de New York, il lui faudra, pour reprendre ce record passer la ligne d’arrivée au Cap Lizard en moins de 5 jours, 19 heures, 30 minutes et 40 seconde. Le skipper conserve la possibilité de s’attaquer au record de la plus longue distance parcourue à la voile et en solitaire sur 24 heures, si les conditions ne s’avéraient pas favorables à l’établissement du record de l’Atlantique Nord.

Précisions sur l’avarie de Francis Joyon

Il était environ 15 heures à New York hier après-midi quand le grand trimaran IDEC II, au louvoyage au plus près des rives de l’Hudson est entré en collision avec une bouée de chenal. Les orages violents accompagnés de pluies diluviennes accompagnaient Francis Joyon depuis son départ de la marina de Gateway à Brooklyn. Sans assistance, le détenteur du tour du monde à la voile en solitaire était seul parvenu à sortir de la marina en utilisant la propulsion de son moteur in board. Record et performance obligent, il lui fallait ensuite démonter son arbre d’hélice avant la ligne de départ située à hauteur de la bouée d’Ambrose au large de l’embouchure de l’Hudson. Joyon choisissait donc de s’amarrer sur un corps mort et de procéder au démontage sous l’eau de son hélice. Après plus d’une dizaine de plongeons dans les eaux noires et froides de l’Hudson, le skipper d’IDEC parvenait à ses fins et se déhalait sous voile pour rejoindre la zone de départ. Le vent attendu au secteur sud était alors et contre toute attente franchement orienté à l’est. Après quelques échanges avec Jean-Yves Bernot, routeur-navigateur depuis la terre, Francis comprenait que la dépression attendue, loin de s’évacuer vers l’est, stagnait sur New-York, compromettant radicalement cette tentative de départ.

 

Alors qu’il s’apprêtait à faire demi-tour, Francis Joyon, au près sur un clapot virulent et sous des trombes d’eau, ne pouvait éviter une des bouées métalliques qui balisent le chenal de l’Hudson. Les carénages des bras de liaison avant et arrière entre la coque centrale et le flotteur bâbord étaient endommagés, nécessitant un travail de stratification. Mais afin de rejoindre la marina de Brooklyn, il fallait préalablement remettre en place sous le bateau l’arbre d’hélice si laborieusement démonté deux heures plus tôt. Francis allait alors se livrer à une manoeuvre difficile. Saisissant un bout, toutes voiles affalées, il laissait glisser le géant IDEC sur son erre cap sur la même bouée d’amarrage préalablement utilisée. Arrivé à la hauteur du corps mort, dans les conditions de vent, de pluie et de mer dantesques, Francis se jetait à l’eau, agrippait le corps mort et immobilisait son multicoque ! il pouvait ensuite réitérer la pénible opération de remontage de son hélice, avant de rejoindre, déçu et harassé, en fin d’après-midi la marina de Brooklyn.

Le plus urgent est dès aujourd’hui de remettre le voilier en état. Christophe Houdet, fidèle compagnon de Francis, qui a présidé en 2007 à la construction du bateau, arrive à New-York chargé des tissus et matériels nécessaires. Au terme de deux jours de travail, le maxi-trimaran IDEC sera de nouveau pleinement opérationnel. La plus grande incertitude plane désormais sur la faisabilité de cette tentative de record. Jean-Yves Bernot observe une nouvelle « fenêtre » potentielle d’ici environ trois jours.