Oracle, 1an après la victoire

Gilles Martin Raget et l’équipe Oracle Racing dévoilent quelques uns des secrets du vainqueur de la 33ème America’s Cup, un an après leur victoire ; à travers un diaporama constituée des clichés du photographe marseillais.

On y découvre les moments forts et quelque fois difficiles du team américain depuis le lancement de leur campagne (démâtage du trimaran à San Diego, accident de manutention de l’aile à Valence, une semaine avant la 1ère régate…), l’occasion de voir également le système anti friction développé par l’équipe américaine et finalement démonté avant les régates (un système identique avait également été testé par les suisses d’Alinghi).

USA 17, le trimaran à aile de l’équipe devrait être de retour à San Diego dans quelques semaines, le cargo qui le transporte ayant emprunté le canal de Panama il y a quelques jours.

Sodeb’O passe Bonne Espérance

Thomas Coville navigue dans les 40 ème depuis trois jours, le skipper de Sodeb’O maintient un retard au alentours de 1100 milles depuis son contournement de l’anticyclone de Saint Hélène.

Les conditions ont radicalement changées depuis l’entrée dans le grand sud, comme l’explique le skipper : « Ce n’est que le début. J’entre dans le vif du sujet. Le temps est désormais grisâtre, il pleut et il commence à faire froid. J’ai d’ailleurs vu mon premier albatros. »
« Jusqu’à 25 nœuds de vitesse, tu gères bien. Tu es dans le bon « range », dans la bonne cadence. Au delà, quand il y a 45 nœuds de vent, c’est épuisant pour le bateau comme pour l’homme. Quand ça cogne, on se demande ce qui va lâcher. C’est stressant d’avoir toujours ça en tête. Tu n’es jamais totalement serein. »


Des conditions éprouvantes pour Thomas Coville mais également pour le bateau, notamment lorsque le skipper doit laisser son trimaran sous pilote pour s’offrir un peu de repos : « Cette nuit, je me suis couché épuisé et je me suis offert plusieurs tronçons de sommeil. C’est un exercice difficile de s’endormir. Tu vas te coucher. Tu te mets dans ta bannette avec un sac de couchage humide sur toi. Tu sens alors le bateau qui va tout seul, tu écoutes la chaîne des efforts, des petites pièces qui travaillent. Le bateau avance tout seul à 30/32 nœuds parfois. Bob, le pilote, travaille et plutôt bien d’ailleurs. Ce n’est pas facile pour lui. Il assure. Hier dans la journée, j’avais pas mal barré pour le soulager dans la mer difficile et croisée et remettre le bateau sur la bonne trajectoire quand on se faisait blackbouler par les vagues et qu’il faisait des embardées.[…] Les manœuvres se sont bien passées. Il ne faut pas oublier que c’est toujours un risque de manœuvrer quand on navigue sur des bateaux de cette taille en solitaire dans de forts vents portants. En allant larguer une pièce au bout d’un flotteur, je me suis fait repousser par deux fois violemment par les vagues, jusqu’en butée de mon harnais. »

Le retard sur le temps de référence devrait rester stable jusqu’au Cap Leeuwin, puisque Francis Joyon et Idec avaient pu naviguer assez sud et à une cadence soutenue, qui plus est le skipper préfère calmer le jeu, après une nouvelle figure de style : «  A côté, le planté du départ est une plaisanterie, j’ai eu le bon réflexe de larguer l’écoute et non pas de m’en servir pour me retenir. Quand tu entres dans la vague, c’est comme dans un rêve ! »

© Sea & Co

Le bateau semble plus sensible aux départs au surf plus ou moins contrôlés avec l’ajout des foils :  « Les surfs pendant lesquels le foil génère tellement de flux que le safran sous le vent se retrouve dans la mousse et alors je ne contrôle plus. Je pars dans des surfs que je n’ai jamais connus. »

Thomas Coville préfère donc jouer la sécurité en privilégiant une route assez nord alors que les routeurs du team Sodeb’O souhaitaient faire plonger le couple skipper/bateau au sud : « Si la dépression tropicale qui vient de Madagascar et qui fout le b… sur la route descend rapidement, je ne peux plus m’échapper. Il y a des situations au-delà desquelles un gros bateau impose ses limites en solo. On a décidé d’aller chercher la dorsale anticyclonique avec le risque de se faire manger par elle. Elle devrait donner des conditions moins fortes et qu’on maîtrise. »

La longitude du Cap de Bonne Espérance a été doublée cet après midi avec un retard d’un peu moins de 48 heures.

L’ex Géant démâte à Auckland

Le trimaran du TeamVodafone Sailing naviguait à 25 noeuds au large d’Auckland lorsqu’il a démâté. Le mât est tombé sur le côté tribord, causant des dommages à priori minimes sur la plate forme, d’après le propriétaire Simon Hull.

Photo : crew.org.nz

L’ex Géant de Michel Desjoyaux naviguait en tête de la flotte d’une course du Royal New Zealand Yacht Squadron, avec le AC45 lorsque le démâtage s’est produit. Il a été remorqué  par des tenders d’Emirates Team New Zealand, et a été grûté sur la base des AC World Series.

 

Contournement d’anticyclone pour Thomas Coville et Sodeb’O

Comme prévu, Thomas Coville a entamé le contournement de l’anticyclone de Saint Hélène qui barre la route (directe) du Cap de Bonne Espérance au trimaran Sodeb’O, ce qui explique le retard pris sur le temps de référence de Francis Joyon, et qui s’élève ce soir à 505 milles.

©Sea&Co

Le skipper garde un cap plein sud, en jonglant avec des grains épars encore très actifs, l’objectif de Thomas et de son routeur, Thierry Douillard, est d’accrocher une dépression en formation afin de gagner le grand sud : « Le vent va mollir légèrement, mais Thomas qui a déjà bien débridé ses voiles, pourra dérouler le gennaker. L’objectif est de se positionner dans l’Est de la dépression sortant du Brésil entre le 9 et 10 février. Nous savons qu’elle va générer du vent mais les fichiers météo ne sont pas clairs sur sa circulation. »

Cependant, pour ne pas rater cette dépression, le skipper va devoir se glisser entre une dorsale anticyclonique et le front de celle-ci pour accompagner ensuite son mouvement. Comme pour tous les systèmes de transition, les prévisions ne correspondent pas toujours à la réalité sur l’eau, et Thomas devra s’adapter à la réalité du terrain et tirer au mieux son épingle du jeu au milieu de ces systèmes météo instables.

Banque Populaire 5 en route vers Lorient

Après une réparation sur le morceau de  dérive restant, l’équipage a pu prendre une route au nord afin de regagner la base de Lorient.
Les explications d’Yvan Ravussin et Pierre yves Moreau, qui ont assuré les répartions : « On étaient deux à travailler, « PYM » et moi on a beaucoup bossé et là on est un peu vannés c’est la décompression étant donné qu’on a remis la dérive ce matin à 8h. On a pas chômé mais elle est de nouveau là et on peut faire route, le travail est récompensé. Il a fallu la couper, percer, scier et faire le nécessaire pour que cette dérive nous ramène à Lorient, on l’espère. Il reste 2m sous le bateau à la place de 5m80, c’est dire que le bateau est diminué. On a fait des réparations, enfin c’est un raccommodage et on espère que cela va tenir. On ne va pas naviguer à 100% du potentiel du bateau et ne pas aller au-delà de 25 à 30 noeuds pour éviter de l’endommager encore plus qu’elle ne l’est déjà.  » 

Pierre-Yves Moreau : «  Ce qui est certain c’est qu’on ne pouvait pas imaginer rentrer dans les mers du grand sud avec un trimaran tout à fait sécurisé car là-bas c’est très dangereux et avec la dérive dans cet état, on se serait mis en danger. Il faut rentrer dans ces mers avec un bateau en bon état. On est content de pouvoir repartir avec un bateau qui est moins en risque mais dont la dérive fait maintenant 2m sur 5m80 à l’origine. On ne pensait absolument pas pouvoir réaliser une réparation si importante à bord, ce n’est jamais qu’un travail d’atelier mais avec très peu d’outils adéquats. »

Le skipper du maxi trimaran, Pascal Bidégorry  : « je ne doutais pas que la dérive pourrait être réparée et que les garçons réussiraient à le faire. Je n’étais pas inquiet. Il faut juste bien faire attention à ne pas taper quelque chose donc ne pas aller trop vite. Maintenant oui c’est cap au Nord, cap à la maison malheureusement. Cela fait 4 jours qu’on est sortis du record et pourtant je n’arrive pas à me sortir cela de la tête, c’est comme si on continuait la course. C’est difficile de tourner la page. Depuis hier, je regarde les fichiers et constate qu’on aurait eu deux jours et demi de près et après peut-être rattrapé une dépression qui nous aurait fait faire un bon bout de chemin. Il va falloir tourner la page maintenant, mais bon ça ne va pas se tourner comme cela.« 

Le skipper du maxi trimaran, Pascal Bidégorry, est bien évidemment déçu, cependant il envisage une possibilité de nouveau départ cette année :  « on va continuer à suivre la météo de près, si on a l’opportunité de bien repartir, on le fera mais on le fera bien. Une fois à Lorient, on a une dérive neuve à l’atelier, donc cela n’est pas un souci, en revanche il faut bien compter 10 jours de travail pour faire le tour du bateau car il aura fait 30 jours de mer. Il faut être certains de pouvoir repartir avec un trimaran aussi « safe » que la première fois.
On est plus dans un objectif de record. La priorité est de ramener Banque Populaire à Lorient et en bon état. Mon objectif premier maintenant est de mettre le cap au Nord. Je ne repartirai pas dans la foulée sans avoir les bonnes conditions. Ce qui fait qu’il y aura un succès dans ce Jules Verne c’est l’addition de pleins de facteurs. »


Tour de Saint Hélène pour Sodeb’O

Thomas Coville, en mer depuis 8 jours, va être contraint de contourner l’anticyclone de Saint Hélène , très actif sur l’Atlantique Sud, ce qui rallongera la route du trimaran Sodeb’O.

Le skipper  a passé l’Equateur hier en 7 jours, 2 heures, 27 minutes et 32 secondes de mer, soit une moyenne de 20,7 noeuds depuis le départ de son tour du monde en solitaire, une vitesse satisfaisante mais ne permettant pas d’égaler le temps de Francis Joyon sur Idec puisque Sodeb’O avait 9 heures et 27 minutes de retard sur Idec au passage de la latitude 0.

©Sea&Co

Thomas Coville est revenu sur sa première semaine en mer lors de la vacation d’hier, en ayant bien sûr une pensée pour l’équipage de Banque Populaire 5, contraint à l’abandon :

A l’équateur en 7 jours : « Nous venons de couper l’équateur et cela a été une semaine très riche. J’ai du mal à croire que ce ne soit qu’une semaine d’ailleurs. Quand tu utilises 24 heures dans une journée, cela multiplie forcément ce que tu peux en faire. Ce qui m’a marqué, c’est une jolie trajectoire avec des transitions bien vues et bien négociées, une mer formée et difficile à gérer entre les Canaries et le Cap Vert, puis un tronçon agréable et rapide jusqu’au 5e degrés Nord. Par contre, depuis 48 heures, c’est un peu l’enfer. On est coincé dans une zone de calme autour du Pot au Noir. C’est assez décevant d’avoir beaucoup œuvré pour que cela soit anéanti en deux jours, cela fait partie du jeu mais ce n’est jamais facile à vivre. C’est dommage de ne pas avoir un chiffre qui reflète mieux le travail fait jusqu’ici. J’ai pris un super pied à aller vite. Sodebo est un bateau sain et très tolérant. Nous avons un très beau bateau pour battre le record, encore faut-il passer entre les mailles du filet que représente de la météo. »

La traversée éprouvante du Pot au Noir : « Ce sont des endroits qui font péter les plombs. Heureusement que j’aime manœuvrer ! Hier, j’ai pris et largué quatre fois un ris, j’ai déroulé et roulé autant de fois le gennaker, idem en changements de voile d’avant. Et puis, il faut le faire dans la minute parce que t’as un nuage ou une risée. J’ai aussi cassé trois lattes et à l’échelle d’un bateau comme Sodebo, cela demande énormément d’énergie pour les remplacer tout seul. Si dans le Sud, on est mieux sur un gros bateau, là j’ai eu un moment de doute. Globalement, j’ai bien géré physiquement, je ne suis pas aussi éprouvé qu’au même endroit il y a deux ans. J’ai aussi bien mangé. Nous avons bien travaillé là-dessus et comme c’est bon, tu ne rechignes pas à te préparer quelque chose. »

La suite du parcours : « Le prochain rendez-vous météorologique, c’est Sainte-Hélène qui fait du mal aux marins ces derniers temps entre les concurrents de la Barcelona World Race (tour du monde en monocoque et en double) puis l’équipage de Banque Populaire qui est descendu le long des côtes brésiliennes pour passer sous l’anticyclone. Francis avait fait un très bon parcours et c’est un moment que je redoute forcément mais, pour l’heure, j’ai arrêté de me projeter. Depuis deux jours, je vis dans l’instant au milieu des grains dans cette atmosphère humide, nuageuse et très grise où tu es impuissant face à la beauté des éléments et au désert qui t’entoure. Il y a des énormes nuages dans lesquels tu entres comme dans un tunnel. « 

L’abandon de Banque Populaire V : « Je suis très déçu pour l’équipage de Pascal Bidégorry. Percuter quelques chose à 37 nœuds, ça doit être monstrueux, moi, j’ai eu une collision à 28 nœuds avec un groler (morceau de glace) à bord de Sodebo lors de ma première tentative (2007/2008) et j’avais trouvé cela déjà très violent mais alors à 10 noeuds de plus, c’est un choc digne d’un accident de voiture. C’est un merveilleux projet et, quoi qu’il arrive, il y aura un avant et un après Banque Populaire en terme de performance autour de la planète. Ils y retourneront et ce bateau a un tel potentiel qu’il marquera forcément l’histoire. J’ai déjà été très impressionné de leur vitesse moyenne avec peu de vent et par la vélocité du bateau en général. Pascal avait fait en plus un super équipage. Comme quoi, un tour du monde ce n’est pas anodin. Tu n’es jamais sûr de pourvoir le terminer, tu fais un pari. Je ne suis même pas sûr qu’un bateau ait réussi à battre le Trophée Jules Verne dès sa première tentative. »

Abandon de Banque Populaire 5

Les 14 hommes d’équipage sont donc contraints à l’abandon lors de leur première tentative de Trophée Jules Verne.

L’équipage aura malgré tout tenté de réparer la dérive, qui était lourdement endommagée suite à une collision avec un OFNI, l’équipage continue ces travaux sur cette pièce afin de pouvoir rejoindre Lorient.

Pascal Bidégorry et ses hommes ne pouvaient pas continuer leur tour du monde (il restait les 3/4 du parcours à couvrir) avec  une dérive qui ne remplissait plus son rôle quand une longue navigation au près s’annonçait vers les îles Kerguelen, qui plus est la réparation aurait pu ne pas tenir et donc entrainer une délamination sur la pièce.

Pascal Bidégorry :  » Nous avons passé la journée d’hier à scier l’extrémité de la dérive abimée. Nous avons dégagé une petite partie saine et nous avons gratté à l’intérieur pour faire une stratification. En ce moment, les garçons sont en train d’essayer de boucher avec tout ce qu’ils trouvent. Ensuite il faudra stratifier l’extérieur. Le bateau est un véritable atelier de composite en ce moment, ce qui n’a rien d’évident par 46° Sud, dans le froid et dans le brouillard permanent. Nous nous retrouvons avec deux mètres de dérive au lieu des 6,80 mètres habituels. A l’échelle d’un bateau comme le nôtre, ça n’encourage pas la performance et nous avons énormément de près annoncé pour aller jusqu’aux Kerguelen, conditions dans lesquelles la longueur totale de la dérive est indispensable. Cela fait deux jours et demi qu’on travaille et malgré toute notre détermination, nous nous rendons bien compte qu’on ne pourra pas la remettre en place avant demain midi au minimum. Il faut être objectif, nous sommes quand même dans un record et nous courrons contre le temps. Ne pas continuer est plus qu’une évidence aujourd’hui, d’autant plus qu’on sait qu’il y a du près qui nous attend. Nous ne pouvons plus aller aussi vite que nous le souhaitions dans le Sud. Nous sommes sortis de ce qu’était l’essence même de notre objectif. Nous avons donc pris la décision de laisser un peu de temps à l’équipe en charge du « chantier » pour finir de réparer comme il faut. Ensuite nous rentrerons doucement mais sûrement vers Lorient. Nous sommes de grands garçons, nous sommes venus là tout seuls et nous rentrerons à la voile. Pour l’instant, nous faisons toujours cap à l’Est. Nous devrions avoir une bascule d’ici une ou deux heures pour pouvoir faire une route du Nord. D’ici 24 heures, nous devrions avoir des conditions très molles qui vont nous permettre de finir la réparation. Ensuite, nous allons repartir dans les alizés, au portant jusqu’au Pot au Noir « .

L’équipage de Banque Populaire 5 rejoindra donc sa base lorientaise d’ici 15 à 20 jours, les hommes  du team espèrent pouvoir repartir l’année prochaine à l’assaut du globe, comme l’expliquait le skipper :  » Je suis déterminé à faire ce tour du monde et à battre ce record. Nous avons à la fois un bateau fiable sur lequel on a vraiment bien travaillé et un degré de qualité sur le plan sportif qui fait que le Maxi Banque Populaire V mérite beaucoup mieux que ce qu’on a à lui offrir aujourd’hui. Il faut continuer à travailler pour l’avenir « .

La dérive de BP5 amputée de 2,20m

Après avoir heurté un OFNI dans la nuit de mercredi à jeudi, l’équipage de Banque Populaire a pu faire un état des lieux plus complet de la situation, en sortant la dérive de 600kg de son puit, l’opération qui a pris environ trois heures a révélé que le choc a arraché 2m20 de la pièce immergée et confirmé la disparition de la crash-box.

Ramenée sur le pont, la dérive fait maintenant l’objet de toutes les attentions, quelques hommes d’équipage se relaient pour tenter une réparation, comme l’explique Pascal Bidégorry :

« Nous sommes arrivés dans la nuit sur une zone nous permettant de sortir la dérive sans trop de difficultés. La manipulation nous a pris près de trois heures pendant lesquelles nous nous sommes mis à la cape. Emmanuel Le Borgne en a « profité » pour plonger sous le Maxi Banque Populaire V afin d’évaluer d’éventuels dégâts sur les safrans et les fonds de coque. Sur ce point il n’y a rien de grave. Une fois la dérive sur le pont, nous avons constaté qu’il en manquait un morceau d’environ 2m20. Le choc a été tellement intense qu’il a carrément cassé le barreau structurel de la dérive. Actuellement, nous essayons de couper l’extrémité réduite en charpie mais avec les outils dont nous disposons, la chose n’est pas simple du tout. Nous y allons à la scie à métaux et à la perceuse. Une fois coupée, nous étudierons la possibilité de faire une stratification. Notre objectif est de fermer la partie basse de la dérive afin de la rendre étanche. Sans cela, avec la vitesse, elle continuerait à se délaminer ».

© BPCE

Ceci devrait prendre au minimum 24 heures, pendant lesquelles le trimaran évoluera à vitesse réduite :

« Nous naviguons sous solent avec 6 nœuds de vent et ce qui est sûr c’est que tout ça ne nous fait pas gagner de temps ! Nous espérons pouvoir mettre le gennaker assez vite mais pour le moment nous en avons besoin pour caler la dérive. Nous ferons tout pour aller au bout de notre démarche. Nous allons avancer heure par heure pour essayer de relancer de manière constructive l’histoire du Maxi Banque Populaire V avec le Trophée Jules Verne. Nous prendrons la décision qui s’imposera une fois que nous aurons tout tenté pour reprendre notre progression autour du monde dans des conditions normales de navigation et de sécurité. Mais pour le moment, nous continuons et face aux évènements, je me dis que j’ai vraiment beaucoup de chance de naviguer avec une équipe très solidaire, qui n’hésite pas à se remonter les manches dans l’adversité  ! ».

La suite de la tentative de Trophée Jules Verne semble assez compromise, la dérive est largement amputée, ce qui serait très pénalisant sur la remontée de l’Atlantique, qui plus est la dérive assure aussi la « sécurité » du safran de coque centrale, comme l’expliquait le skipper, le même choc sur le safran aurait entrainé une voie d’eau, la réparation s’annonce difficile mais l’équipage reste mobilisée pour mener à bien celle-ci, la décision sur un éventuel abandon sera prise ensuite.

Lattes cassées sur Sodeb’O

Le skipper de Sodebo a vécu une nuit difficile dans le Pot au Noir avec le  bris de trois lattes de grand voile lors d’une manœuvre dans un grain. Il n’a pas fermé l’œil de la nuit et a réussi à remplacer ces lattes vers 5 heures ce vendredi matin, comme l’explique  Thierry Briend, « boat captain » du trimaran et routeur de Sodebo : « Dans un empannage, les trois premières lattes situées dans le haut de la grand voile se sont brisées, la plus courte mesurant 4 mètres et la plus longue environ 5,50 mètres. A bord, nous avons un jeu de lattes de rechange complet, c’est à dire 7 pièces, plus une autre « petite » supplémentaire, correspondant à celle du haut de la voile qui est la plus exposée. Thomas a donc affalé complètement la « GV ». Il est monté en bout de bôme pour ouvrir les goussets (là où entrent les lattes) et défaire les lashings (accroches textiles) qui tiennent les lattes. Comme elles sont cassées, il faut ensuite aller chercher l’autre morceau qui est accessible pas loin du guindant de la voile (prêt du mât). C’est ensuite par ce côté là que l’on remet les nouvelles lattes. Il faut ensuite remonter en bout de bôme pour tout accrocher et fermer. Bref, Thomas a commencé vers 22 heures hier soir, lorsque la première latte a cassé, et a terminé à 5 heures ce matin. »

©Sea&Co

Outre la perte de temps due au changement des lattes, Thomas Coville a connu un passage de Pot au Noir difficile avec des vents evanescents expliquant le retard de 40 milles ce jour alors qu’il comptait 120 milles d’avance hier.

Le skipper a retouché du vent depuis le milieu de matinée et a pu empanner pour amorcer un bord rapprochant au Sud. Avec ce vent de 8 à 10 nœuds, Sodebo maintient une vitesse de 11 nœuds moyens sur les six dernières heures, ce qui est plutôt encourageant.

Banque Populaire 5 heurte un OFNI

Le maxi trimaran de Pascal Bidégorry avait retrouvé de la vitesse depuis 48h après un passage difficile au large du Brésil et possédait plus de 400 milles d’avance sur le temps de référence, en évoluant sur une route sud au niveau du 45ème parallèle, ceci sans ménager le bateau ni les hommes comme l’expliquait le skipper :

 » On commence à avoir entre 30 et 35 nœuds de vent, on va être obligé de lofer un peu. Si on ne fait rien, il va à 40 nœuds et à cette vitesse on peut casser. Il faut tenir la bête ! Même avec deux ris on va à 40 nœuds. On diminue la toile petit à petit. La mer est super courte, même avec notre gros bateau on a fait deux ou trois « plantouilles »… autant vous dire qu’on a tout mis sur l’arrière. On se posait même la question de remplir les ballasts ».

© BPCE

Pascal Bidégorry était également inquiet pour la suite de la tentative, en raison de la présence d’icebergs sur la route  : « On ne parle que de la suite ! Je pense ne pas être loin de la réalité en disant qu’on est dans une situation difficile. Les seules routes qui pourraient nous faire passer dans un temps à peu près correct seraient des routes qui feraient du 55° 57°… Il va falloir trouver une solution. Je suis un peu perplexe pour la suite au niveau météo parce que j’ai bien peur que ce soit un peu compliqué. On sait qu’on a des glaçons par 45° pour les premiers. Il faudra avoir passé Bonne Espérance pour passer plus Sud ».

Malheureusement pour l’équipagede Banque Populaire 5, le trimaran a été victime d’une collision avec un OFNI la nuit dernière :

« Cette nuit, nous avons immédiatement ressenti l’effet du choc mais le Maxi Banque Populaire V ne s’est pas arrêté. En revanche, nous avons pris la décision de stopper la marche du bateau et de rouler les voiles. Nous avons passé une heure à la cape, mais dans la nuit noire, il n’était pas facile de se rendre compte des dégâts. Ce qui est sûr c’est qu’il manque un bout de la dérive et la crash-box est arrachée. »

L’équipage a mis le Maxi Banque Populaire V sur un flotteur dans la journée, afin de lever suffisamment la coque centrale et de vérifier l’évolution du problème, confirmant les premières inquiétudes du skipper.

« Nous avons constaté dans un second temps que le barreau de la dérive était cassé et qu’il manquait 40 cm de la dérive. Ainsi nous avons donc décidé de calmer un peu le jeu, de stabiliser notre vitesse à 25 nœuds et de laisser un minimum de dérive dans l’eau afin de ne pas aggraver les choses. Notre idée est de naviguer plus loffé qu’on ne l’avait fait pour être, demain au lever du jour, dans une zone avec moins de vent et moins de mer, afin de pouvoir lever les 600 kg de dérive et voir précisément ce qu’il en est. Mais nous maintenons un cap au Sud Est ».

Actuellement la trimaran navigue à un vingtaine de noeuds en direction d’une zone de calme, ce qui permettra de faire un état des dégâts plus complet. Mais il paraît d’ores et déjà difficile d’imaginer que l’équipage se risquera à mener le maxi-trimaran de 40m dans le grand sud après cette avarie.