Francis Joyon et Thomas Coville complètent le podium en classe Ultime

Francis Joyon a pris la seconde place de la Route du Rhum – La Banque Postale 2010 mercredi à 2h52, Thomas Coville complète le podium

© AFP

Les interviews des skippers à leurs arrivées :

Francis Joyon :

« Je me sens bien. Je suis content d’arriver là. J’ai eu du mal pendant le tricotage autour de l’île. Il y avait du petit temps, il a fallu tirer beaucoup de bords, le tour de la Guadeloupe a été très long. J’avais connu pire en 1990 où j’avais dû mettre 18h. Là, ce n’était quand même pas aussi long. »

« On avait anticipé avec Jean-Yves Bernot (son routeur météo, ndlr) cette hypothèse (le retour par le sud, ndlr) pour essayer de revenir au contact avec Groupama 3. J’étais un peu désespéré au début de l’option car le risque de calme était prévu sur l’arrivée, pas au début de l’option. Et je me suis retrouvé encalminé pendant huit heures au début. Ce qui fait que j’étais assez inquiet sur la suite des opérations. Cette option s’est avérée hyper bonne, mais elle n’a pas permis de revenir sur Groupama 3 comme cela aurait pu être le cas si je n’avais pas passé 8h arrêté dans une houle très forte. Il y a d’ailleurs plein de trucs qui ont cassé à ce moment-là tellement la houle était forte. Je n’ai pas le sentiment d’avoir joué un mauvais tour à Thomas. J’étais déjà deuxième lorsque j’ai tenté mon option vers le sud. La facilité aurait été de rester dans la même position.

Difficile ?

Oui, la réponse est oui.

Physiquement ?

Il faut vraiment être à fond tout le temps. En fait, un trimaran, c’est une salle de muscu qui dure 24h/24. Et en  plus il faut réfléchir pour ne pas se perdre dans la nature. Ça fait beaucoup de choses à gérer.

Quel goût cette 2e place ?

J’en suis content. J’ai compris rapidement que Franck avait un avion. Ce n’était plus du domaine du nautisme. Dès le premier jour, il nous a collé 100 milles. Mes ambitions de victoire ont été un peu amoindries à la suite de cette envolée. Mais quand je vois que vous êtes tous là, oui, je réalise que ça doit être important. En plus, on me donne du rhum !

Surpris par Groupama 3 ?

Je pensais qu’il avait un potentiel important. Mais un tel décalage par rapport à nous, je ne m’y attendais pas.

Accueil

J’ai eu un accueil chaleureux à toutes les éditions de la Route du Rhum. C’est une île géniale, où les gens sont vraiment géniaux.

Retour en course après des années de chasse aux records

C’est presque plus fatiguant que les records. A certains moments, c’était plus dur qu’un record. J’ai passé au moins quatre nuits blanches totales. En record, on arrive toujours à trouver un peu de sommeil. En course, quand il y a des candidats collés à soi, il faut vraiment être à bloc.

La vie à bord

Il faut être un peu fou pour venir naviguer sur ces machines. Il faut avoir une case mal rangée quelque part je pense ! Mais on ne peut pas modifier ce qu’on a dans la tête, il faut vivre avec. J’ai trouvé le moyen à travers le multicoque d’assumer mes défauts…

Thomas Coville :

Le sentiment qui domine après cette troisième place ?

« Il y a un Monsieur qui est parti il n’y a pas longtemps, qui s’appelait Michel Malinovski et qui a écrit un livre qui s’appelle « Seule la victoire est jolie ». C’est ce qu’on va chercher dans le Rhum, à chaque fois.  Ce n’est pas de l’orgueil que de dire ça, mais dans la machine naturelle de l’homme, la victoire fait partie de ce qu’on va chercher.

Franck est un très beau vainqueur, avec une très belle équipe. C’est moins difficile de se battre contre quelqu’un qu’on connait et qu’on respecte. C’est une superbe année pour Franck et son bateau est fantastique. Je savais que dans notre mano a mano, il fallait autre chose pour faire la différence.

© Yvan Zedda/Sodeb'O

Quand as-tu compris que la victoire s’envolait ?

« On a fait un choix il y a deux jours, on était à moins de 200 milles de Franck , il y avait un décalage qu’on pouvait encore jouer en essayant de prendre l’intérieur dans une bulle. On s’est dit : « Si ça marche, on peut encore attaquer Franck. Si ça ne marche pas, on perd la deuxième place ». J’ai préféré être à l’attaque tout le temps, jusqu’au bout. Dans l’attitude qu’on avait avec Sodebo dans cette Route du Rhum, on était vraiment dans la philosophie de Malinovski. Le plus dur c’est de s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner.

L’avarie de grand-voile ?

« On l’a caché jusqu’à maintenant mais je suis monté trois fois dans le mât aux Açores. La drisse de la grand-voile est tombée, je me suis retrouvé avec la grand-voile sur le pont et je n’avais qu’une drisse. Normalement avec ce genre d’avarie sur un Ultime, c’est l’abandon. En fait, je m’y suis collé et j’ai réussi la première fois à monter 30 mètres sur les 35, à remettre une drisse et à renvoyer. Sur toute la suite de la course, on n’avait pas besoin de la grand-voile haute. Ca ne m’a pas beaucoup handicapé sauf en termes de fatigue. Après j’ai fait deux tentatives de nuit et je ne suis pas arrivé à remonter en tête de mât pour remettre la drisse. Je n’avais jamais fait l’expérience de monter seul en tête de mât, de nuit. Ce qui m’a décidé à arrêter, c’est d’avoir perdu ma frontale. Je me suis retrouvé dans le noir et j’ai eu un petit moment de doute sur le fait de savoir si j’allais réussir à redescendre et comment j’allais réussir à le faire. Je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d’avoir à vivre ce genre de scénario. Sur la fin, c’est sûr que ça m’a handicapé. Mais la deuxième place ne s’est pas jouée là, elle est dans l’option qu’on a pris pour essayer de faire l’intérieur à Franck. Par contre ça prend beaucoup d’énergie et de mental. J’ai une telle osmose avec mon bateau, que je le sentais blessé et que j’avais besoin de le soigner. En dehors de ça, je n’ai eu aucun souci à bord.

Faire la différence avec Groupama 3 passait forcément par une autre route ?

« Pour l’avoir pratiqué tout l’hiver dernier, je savais que ce bateau, au portant notamment, serait imbattable ; d’où notre attitude de faire un choix de route différent des autres et de le pousser jusqu’au bout. Il faut rappeler qu’au départ, tous les routeurs poussaient pour cette voie Nord. On a choisi de tout de suite s’engager sur cette route sans considérer que je pouvais me préserver. Quand on a vu que Groupama 3 était parti de l’autre côté, on s’est dit que c’était l’opportunité de faire la différence et de peut-être le battre. Cette route n’était pas pour faire dans la demie mesure. Faire une Route du Rhum par la face Nord en Ultime, c’était pour ceux qui avaient envie d’y aller.

La machine Groupama 3 a été mise au point en 5 ans par une très belle équipe, sans doute l’une des plus belles du monde. C’est sûr que la largeur et la hauteur de franc bord donnent une qualité de vie qu’on ne peut pas avoir sur Sodebo. C’est un avantage indéniable, pour autant quand j’ai croisé Franck, j’ai eu le sentiment qu’il était soulagé que ce soit fait et qu’il n’avait pas envie d’y retourner demain matin.

Des regrets par rapport à cette route Nord ?

« Je ne pense pas que cette route était nulle, sincèrement on ne s’y serait pas engagé sinon. Je pense effectivement que le jeu a été beaucoup perturbé sur la fin, ce qui n’a pas rendu l’arrivée optimale. Depuis deux jours, j’ai refait cette Route du Rhum dans tous les sens. Je n’étais pas là pour faire troisième, j’étais là pour la gagner.

Des moments de plaisir ?

« Quand on se donne autant et avec autant de cœur, forcément il y a des émotions. J’ai un super souvenir en particulier et même l’équipe derrière moi m’a demandé de me calmer un peu. J’ai fait un bord sous gennake, avec un ris, à plus de 30 nœuds. J’avais de l’adrénaline plein les veines. C’est à moi et personne ne pourra me le prendre et je vis pour ça.

Gagner la Route du Rhum ?

« J’en rêve, mais je vais me consacrer à un autre programme très prochainement. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la niaque que cette course m’a donné me donne encore plus envie d’aller me battre seul autour du monde. Pour ça rendez-vous cet hiver à Brest ! »

Le prochain à franchir la ligne d’arrivée dans quelques heures sera Yann Guichard sur Gitana 11, le skipper du Gitana Team qui partait sur le trimaran (modifié) vainqueur de la précédente édition, a souffert sur la fin du parcours avec des vents très faibles :

« La fin approche et c’est avec bonheur que je prends ça car la fin a été longue et difficile. Ça a été les trois jours les plus durs depuis que je fais du sport. Il n’y a rien à faire, la messe est dite et j’ai passé trois jours avec un vent pile dans l’axe, au ralenti. Ce sont les aléas de la course au large mais ça été rude en plus de voir les copains arriver, c’est bien pour eux mais c’est un coup dur. » Extraits de la vacation du jour du skipper de Gitana 11, à quelques heures de son arrivée…

C’est une super expérience en tout cas, je n’avais jamais traversé l’Atlantique en solo, les conditions étaient quand même difficiles avec des moments chauds. Je suis un peu déçu car je ne l’ai pas fait avancer comme je voulais au portant avec de la mer, sans trouver les bons réglages. Pour cette édition, le bateau était un peu petit vu les conditions. Tu subis un peu la météo, ces trois jours incessants avec des grains et peu de vent…. Le solitaire, ça m’a plus, j’ai eu le temps de faire mon bilan, j’ai envie d’y retourner car j’ai un goût d’inachevé. J’ai pris beaucoup de plaisir pendant la transat. Quand je serai encore plus reposé, je ferai le bilan mais dans 4 ans je prendrais bien le départ si je peux. C’est sûr que ce n’est pas simple, mais là, j’ai 14 nœuds donc c’est bien. J’arrive à la pointe de la Guadeloupe. J’ai tiré sur les réserves, je me suis fatiguée mais j’ai récupéré un peu grâce aux 3 jours mous. Ça a été difficile pour les trois devant, ils ne se sont pas ménagés non plus. L’exercice du solitaire en multi, c’est extrême. On doit nous prendre pour des kamikazes, mais je ne suis pas un casse-cou, je me donne des limites, mais tu prends du plaisir à naviguer sur ces bateaux. Aujourd’hui j’ai vraiment repoussé mes retranchements, on apprend à se connaître ! J’aimerais bien ne pas passer trop de temps avec 3 nœuds de vent ! Une arrivée à 17h heure locale ce serait super ! »

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