Transat Jacques Vabre : mano à mano en Ultime et en Multi50

Duel au sommet dans les deux classes multicoques.

En Ultime, Thomas Coville et Jean Luc Nélias sur Sodebo Ultim ont repris la tête hier au soir, grâce à leur placement plus à l’ouest, Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur le Maxi Edmond de Rothschild ayant été contraint de tirer un bord de quelques heures pour se recadrer sur une route identique à celle de leur adversaire.

©Yann Riou/Gitana SA

Le duo ouvrant sur le trimaran du Gitana Team a cependant nettement réduit son retard, passant de 60 à 25 milles ce soit, à la faveur d’une meilleure vitesse sur les dernières heures.

Les deux grands multis devraient être de nouveau ralentis dans les heures à venir, comme l’explique  Antoine Koch, qui partage le routage météo du Maxi Edmond de Rothschild  avec Jean Yves Bernot :  « L’anticyclone était parfaitement positionné et nous avons eu un départ de course musclé mais assez classique. En revanche depuis plusieurs jours, nous observions une dépression en formation au large de la Mauritanie. Cette dernière se développe actuellement, c’est elle qui a créé une compression des isobares entre le continent africain et les Açores et qui a occasionné les vents forts et la mer chaotique subie par Gitana 17. Dans les prochaines heures, elle va générer des vents faibles dans le Sud du duo de tête et c’est pour éviter cette zone au maximum que le placement est très important et qu’il fallait à tout prix se redécaler dans l’Ouest pour éviter ses affres.»

La position du chasseur pourrait donc être intéressante pour éviter des zones de molles dans lesquelles pourraient tomber le leader.

Sébastien Josse, skipper du Maxi Edmond de Rothschild (Ultime) : 

« Thomas et Jean-Luc ont joué un joli coup météo qui explique aujourd’hui qu’ils soient en tête de la course. Après le passage des Açores nous avions le choix entre empanner plusieurs fois ou passer sous J0 (grand gennaker). Compte tenu de notre position à ce moment-là, nous avons opté pour les empannages et une navigation sous J1 (génois) qui devait nous permettre de gagner en longitudinale. Sodebo a fait le choix inverse en se décalant dans l’Ouest pour glisser. Notre choix ne s’est pas avéré payant, loin de là. Non seulement l’état de mer dans la nuit de mardi à mercredi ne nous a pas permis d’exploiter comme prévu notre choix de voile et notre rencontre avec un grain sans vent a enfoncé le clou. Au final, c’est Thomas et Jean-Luc qui ont tiré le bon bord et aux vues des conditions météos qui se présentaient devant nos étraves nous avons dû hier soir empanner à 90 ° de la route pour nous éloigner des côtes africaines et des zones de molles annoncées dans notre sud. »À la sortie de ce recalage, l’addition s’est montrée salée : d’un crédit de 64 milles à 21h, Gitana 17 concédait 60 milles au lever du jour. « C’est toujours dur comme décision mais les fichiers du soir étaient très clairs. Il faut parfois savoir perdre un peu pour ne pas complètement hypothéquer la suite des évènements. »

Les affaires s’améliorent pour le 3ème engagé de la classe Ultime, Prince de Bretagne, Lionel Lemonchois et Bernard Stamm ont en effet pu passer une nouvelle drisse de grand voile. Le Multi de 80′ a donc retrouvé ses et file désormais à 27 noeuds vers le sud.

 

En Multi50, le duel se poursuit entre La Lou Roucayrol et Alex Pella sur Arkema et Erwan Le Roux et Vincent Riou sur FenêtréA-Mix Buffet. Arkema a repris l’avantage pour une petite dizaine de milles ce soir. Reauté Chocolat et Ciela Villages sont relégués à plus de 150 milles. La flotte navigue dans des conditions encore soutenues avec une mer qui reste dangereuse.

Ceci a d’ailleurs provoqué le chavirage du 50′ Drekan Groupe, avec une grosse frayeur pour les deux marins du bord.
En effet Christopher. Pratt était sur le pont lorsque le trimaran a chaviré, le marin a été éjecté du bateau, mais a fort heureusement pu rejoindre le multicoque retourné. Les deux marins ont pu être récupérés par un cargo et seront transférés sur un bâtiment de la marine portugaise demain. Le skipper et l’armateur tentent d’organiser la récupération du bateau.

Eric Defert, skipper du Multi50 Drekan Groupe (Multi50)

«  On était sous un ris avec le petit gennaker au portant. On allait rouler le petit gennaker. J’étais dedans et Chris (Christopher Pratt) était sur le pont. Je me préparais à sortir, une risée est rentrée. Le bateau a sanci par l’avant. C’est monté fort, sous un nuage dans la nuit noire. On a navigué hyper prudemment au passage du front, et au grand large au niveau du cap Finisterre. Nous étions très prudent, on était pas en mode attaque comme des fous. Le but n’était pas de se mettre sur le toit. Chris a eu chaud. Moi, j’étais dedans, donc ça va, mais quand tu es sur le pont c’est moins facile. Il a y eu un gros moment de choc. Tu t’en veux, il n’y a pas de mots. Au-delà de perdre la course, on perd le bateau, on perd beaucoup de chose. Maintenant, il faut reconstruire.
Le patron de Drekan Groupe, qui est le co-propriétaire du bateau est en train d’organiser les choses avec les assureurs. Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’émission depuis le bateau. Pour le retrouver, il faut calculer la dérive. Il y a quelque chose qui peut s’organiser peut-être au départ de Lisbonne.
Nos sauveteurs sont arrivés sur zone à minuit et demie. On les a vu à 1h30 car on voulait garder de la batterie. Ils ont tourné une heure, ils pensaient qu’on était tombé à l’eau. On a établi le contact à 1h30. Ils nous ont tournés autour toute la nuit, ils ont fait un super boulot. Pendant ce temps-là, on organisait les sacs avec Chris et on se reposait.

Le sauvetage fut épique car il y avait beaucoup de mer et du vent. Leur bateau n’avait qu’un petit moteur de 15ch. Ils sont venus à 3 nous sauver et parmi eux, il y avait un gars dont c’était l’anniversaire.  Tu te rends compte, son cadeau ça a été de sauver deux vies…
Quand ça arrive, il n’y pas de seconde chance. J’ai senti partir le bateau, il a basculé par l’avant, il a tapé le mât, le mât n’a pas cassé. J’ai eu peur, j’ai appelé Chris et heureusement je l’ai entendu frapper sur le panneau.
Dans quelques heures, il va y avoir un check point et on va changer de navire. On a rendez-vous à une position GPS pour embarquer sur un navire militaire portugais. Nous n’avons quasiment rien pris juste nos passeports, quelques fringues. »

Erwan Le Roux, skipper de FenêtréA-Mix Buffet (Multi50)

« La descente est vertigineuse. Ca ressemble à une piste rouge noire, cabossée. Tu vas payer le remonte pente mais c’est balaise.  On essaie de pas trop accélérer parce que l’état de la mer est vraiment dégueulasse. On pense au matériel. On a vu ce qui est arrivé à  Drekan, ce qui nous a rassuré c’est qu’ils étaient tous les deux à bord. Physiquement, il faut faire hyper gaffe.
Y a toujours un gars dehors, on tourne toutes les deux heures. On essaie de faire avancer en ayant la main sur les écoutes. On va garder 25 nœuds jusqu’à ce soir. En première partie de nuit, ça devrait passer à moins de 20 nœuds. Y aune molle à passer, à contourner. Le match avec Arkema va être intéressant. On est plutôt content d’être Ouest. on verra par la suite si ça s’avère payant. On aura la réponse demain soir je pense.
Nous on est J1 et 2 ris dans la grand-voile. Ca avance pas mal comme ça.
Vincent m’a réveillé pour la vacation parce que c’est important. Quand on écoute Vincent parler de météo, c’est toujours avec bonheur et délice, ça se passe super bien de ce côté-là. Il a une bonne vision des nuages et de ce qui se passe autour.
Là, on est dans une petite molle, mais l’intérieur du bateau est pas si bruyant que ça.»

Transat Jacques Vabre : Sodebo en embuscade à 65 milles du Maxi Edmond de Rothschild, duel en Multi50 entre FenêtréA Mix Buffet et Arkema

Sébastien Josse et Thomas Rouxel n’ont pas pu se défaire de leur poursuivant, Sodebo Ultim mené par Thomas Coville et Jean-Luc Nélias. Il reste en effet menaçant avec seulement 65 milles et un décalage d’environ 100 milles dans l’ouest qui pourrait être bénéfique dans les jours à venir.
Les deux leaders naviguent dans les alizés à des vitesses toujours élevées avec des distances parcourues sur 24h proches des 700 milles. Les deux duos et leurs routeurs commencent à s’intéresser de près au franchissement du Pot au Noir.

Thomas Rouxel, co-skipper du Maxi Edmond de Rothschild (Ultime) :
« Ça va vite mais on a rien sans rien, il faut être dessus ! Nous avons eu une zone compliquée la nuit dernière. Globalement beaucoup de vent, autour des 30 nœuds et une mer associée très chaotique mais nous avons aussi essuyé un grain avec de la pluie et pas beaucoup de vent.  Cette zone de molles n’était pas prévue sur le routage et elle a contrarié nos plans. Nous avions en effet privilégié une certaine configuration de voiles qui ne s’est ainsi pas avérée aussi rentable qu’imaginé.

Bien sûr nous surveillons leur position de très près ! Leur choix est intéressant et nous avions d’ailleurs prévu de gagner un peu plus dans l’Ouest avant notre zone de grain. On verra ce que ça donne d’ici demain.

 Là nous sommes plus préoccupés par le contournement d’une dépression africaine qui va nous amener du vent faible et du coup l’objectif c’est de gagner dans l’Ouest pour éviter de se faire happer  par cette zone. C’est notre priorité du moment même si bien sûr on a commencé à regarder aussi devant avec le Pot-au-Noir qui se profile. »

Thomas Coville, skipper de Sodebi Ultime (Ultime) :

« Après trois jours de course, on se bagarre bien. Nous sommes toujours au contact avec Gitana 17, ce qui est satisfaisant pour nous. Quand Sébastien Josse et Thomas Rouxel ont envie d’appuyer, ça appuie très fort pour eux. Nous nous sommes positionnés l’un et l’autre. Ce mano à mano, c’est ce qui m’enthousiasmait au départ et nous en profitons.

Pour aller vite, nous sommes restés sous gennaker la nuit dernière. Le bateau est facile. On a tout de même beaucoup barré depuis le départ et nous nous sommes relayés régulièrement pour garder de la vitesse. Dans ces conditions de mer désordonnée, le pilote n’est pas très à l’aise avec le grand gennaker. Sous pilote, tu navigues forcément un peu plus abattu et donc tu vas moins vite.

Sodebo Ultim’ fait bien le job. Il est simple, c’est un bon camarade. Il a du cœur. Je l’aime bien. Il répond à mes attentes. Rester au contact avec Gitana 17 qui est un bateau de la dernière génération, c’est très valorisant pour le travail qu’on a réalisé sur Sodebo Ultim’ (ex Geronimo) dont une partie date du début des années 2000. J’ai d’ailleurs toujours bien aimé mes bateaux malgré les fortunes de mer. »

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

La situation pour le troisième ultime engagé est légèrement plus favorable qu’hier, avec des vitesses plus importantes. Grâce à une montée dans le mât, Bernard Stamm a pu hooké la grand voile, toujours à deux ris.
Lionel Lemonchois et Bernard Stamm feront un stop cette nuit afin régler définitivement leur soucis de drisse.

Bernard Stamm, co-skipper de Prince de Bretagne (Ultime) :

« Lionel m’a hissé à l’intérieur de l’espar pour récupérer la drisse. Ça a été un peu chaud car il y avait pas mal de mer. Même en étant dans le tube, ça a été assez violent. J’ai, malgré tout, pu récupérer la drisseDans un premier temps, nous avions pu monter une poulie sur la drisse de gennaker et hisser la grand-voile jusqu’au deuxième ris. Grâce à cette petite expédition dans le mât, nous avons pu hooker la GV. Le truc, c’est qu’on ne peut plus y toucher tant que le gennak est en place.
Ça va nettement mieux. Ces dernières 24 heures, on s’est vraiment trainé et c’était super frustrant. Reste que la configuration de voile avec laquelle nous progressons actuellement n’est pas terrible pour le mât. On serait mieux sous grand-voile haute et solent mais c’est comme ça. C’est déséquilibré mais pour l’heure, on n’a pas tellement le choix. Heureusement, Santa Maria n’est plus très loin.
 On devrait y arriver (à Santa Maria) entre minuit et une heure du matin (heure française), la nuit prochaine. Il va falloir anticiper au mieux le truc car on ne va pas rester très longtemps abrité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il faut qu’on arrive à monter dans le mât et à tout remettre en place en moins de deux heures. On va voir si on affale tout ou pas. On décidera le moment venu ».

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

En Multi50′, Erwan Le Roux et Vincent Riou sur  FenêtréA-Mix Buffet ont réussi à reprendre la tête de la flotte et mène de quelques milles sur Arkema, positionné plus à l’est.
Les deux duos ont creusé un avantage d’une centaine de milles sur leurs poursuivants.
Réauté Chocolat a refait son retard suite à son option et navigue de conserve avec Ciela Village, qui a connu un problème technique avec un soucis de secteur de barre qui s’est désolidarisé comme l’explique son skipper.

Thierry Bouchard, skipper de Ciela Village (Multi50) :
« Nous avons perdu le contrôle, comme une voiture sans volant ! Plus d’une heure à l’arrêt pour remettre tout ça en place et c’est reparti pour seulement quelques minutes car le pilote ne marche plus. »

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

Transat Jacques Vabre : Maxi Edmond de Rothschild toujours en tête en Ultime, Arkema leader en Multi50′

Pas de changement de classement dans la classe Ultime, le duo Sébastien Josse/Thomas Rouxel sur le Maxi Edmond de Rothschild mènent toujours la flotte de la Transat Jacques Vabre, avec 45 milles d’avance sur leur poursuivant Sodebo Ultime, mené par Thomas Coville et Jean-Luc Nélias.

©Yann Riou/Gitana SA

Prince de Bretagne, le « petit » ultime de 24m a connu des soucis durant la nuit, Lionel Lemonchois et Bernard Stamm ont dû faire face à la rupture de la drisse de grand voile.
Une réparation provisoire a été effectuée cette après-midi permettant de hisser partiellement la GV, mais le duo devra s’abriter sous le vent d’une des îles de l’archipel des Açores pour régler définitivement le problème. Ils sont donc logiquement distancés à 280 milles des leaders.

La nuit dernière n’a donc pas été de tout repos pour la flotte des multicoques qui ont passé le front, avec des vents violents et une mer forte.

 Sébastien Josse, skipper du Maxi Edmond de Rothschild (Ultime) :

« Nous avons eu une nouvelle nuit bien agitée avec le passage du front, une mer formée de 3,5 mètres à 4 mètres, des vents qui allaient de 30 à 35 nœuds et plus dans les rafales. Au plus fort nous avons enregistré 38 nœuds. Les deux heures qui ont suivi le passage du front étaient dures ; ça tapait beaucoup et dans ces conditions le bateau souffre un peu. Notre route est conforme au routage du départ et maintenant nous sommes du bon côté de la météo. C’est une bonne chose que ça soit derrière nous, nous n’aimons  pas trop ce genre de passage parce que tu fais face à des vents instables et à une mer formée qui t’empêche de naviguer tout en glisse. Il a fallu être vigilant mais c’est passé plutôt vite. C’est l’avantage d’être en multicoque !
Malgré les conditions toniques de ce début de course, nous sommes rapidement rentrés dans un bon rythme avec Thomas. Comme prévu, nous effectuons toutes les manœuvres et changement de voiles ensemble. Le reste du temps nous faisons des quarts relativement courts et entre chaque nous arrivons à bien nous reposer. Au niveau alimentation comme toujours c’est du top niveau grâce aux plats de Julien Gatillon.»

 

 Bernard Stamm, co-skipper de Prince de Bretagne (Ultime) :

«Cela (la réparation provisoire après la montée en tête de mât)  nous a permis de remettre en place la GV avec deux ris. C’est déjà beaucoup mieux et nous avons pu remettre en route le bateau. L’idée, c’est de monter au haut du mât sans risque de se blesser et de remettre tout en place pour retrouver une configuration normale ».

En Multi50, Lalou Roucayrol et Alex Pella, sur Arkema parviennent à résister aux assauts de leurs poursuivants, et conservent ce soir une avance d’une trentaine de milles sur FenêtréA-Mix. Buffet  et sur Ciela Village également en embuscade. L’option de Reauté Chocolat, dictée par la prudence n’aura pas été payante, puisque le duo se retrouve distancé de 60 milles environ.

Lalou Roucayrol, skipper de ARKEMA (MULTI 50) :

«Le vent ne mollit pas vraiment, cette nuit c’était rude ! On a du ralentir un peu car ça a envoyé dans tous les sens. Quand on a viré derrière le front qui a été très brut et rapide, on s’est retrouvé avec une mer de face au portant. Et là ça commence juste à se calmer. Il y a encore un peu d’air devant, ça ne va pas être le moment où on va se reposer le plus. On alterne un peu les siestes avec Alex et on va se faire notre premier plat chaud aujourd’hui. Oui, j’ai suivi la trace de Réauté Chocolat. On avait regardé cette possibilité mais très vite, on l’a abandonné. Trop risqué de  se retrouver empétollé dans le front !»

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

Armel Tripon, skipper de Réauté Chocolat (Multi50)

«Je me réveille là ! On est passé de l’autre côté, ça glisse pas mal, la mer s’est un peu rangée, on arrive à avoir des moyennes sympa. On va larguer un ris pour se retrouver à 1 ris /J2. Si on est Satisfaits ? Non pas du tout ! C’est un choix de prudence, on n’a pas été inspirés… Maintenant, ça va être du charbon pour revenir. La route est longue, il va y avoir pas mal d’opportunités, mais ce n’est pas une belle entame.  Les conditions étaient assez dures, même la première nuit, on a très peu dormi, pas mal manœuvré. Là ça va être soutenu pendant un moment, mais le bateau va être sur des rails, donc on va essayer d’engranger un peu de sommeil et d’alimentation.
On est focus sur la trajectoire, pour aller attaquer les îles Canaries et cap Vert, car ça va se jouer sur le placement d’un empannage, comme souvent.
Le passage du front, ce sont des conditions qu’on n’avait jamais trop eues. On découvrait un peu le bateau.  Là, au portant sur une mer plus lisse, ça va être plus facile, on va pouvoir être plus serein et moins stressés.»

Transat Jacques Vabre : le Maxi Edmond de Rothschild en tête de flotte, Arkema leader chez les Multi50′

Après le passage d’une dorsale anticyclonique ce matin, et donc des conditions relativement cléments, les trois engagés en classe Ultim vont connaitre dans les heures à venir des conditions beaucoup plus musclées.
Les trois duos naviguent actuellement bâbord amures au près dans un vent d’environ 25 noeuds, ce flux de Sud-Ouest va se renforcer progressivement dans la nuit pour atteindre les 30-35 nœuds établis au passage du front, les rafales devraient avoisiner les 40-45 nœuds avec une houle d’au moins 5 mètres.

Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur le Maxi Edmond de Rothschild qui mènent la flotte devraient être les premiers à atteindre  ce front, ils sont suivis de près par le duo Thomas Coville  et Jean Luc Nélias sur Sodebo  Ultim à une vingtaine de milles. Prince de Bretagne est logiquement distancé dans ces conditions, les deux marins préférant naviguer en sécurité dans ces conditions difficiles pour le 80′.

©Yann Riou/Gitana SA

 

Sébastien Josse, skipper du Maxi Edmond de Rothschild (Ultime) :

« C’était une mise en jambes assez sportive !
Cette nuit, le vent était très irrégulier, on était un peu surtoilé, le bateau s’est emballé à 40 nœuds à certains moments. Nous avons eu plus de mer que prévu avec 3 mètres à 3,5 mètres de face par endroit. Ce n’était pas des conditions très faciles à gérer, il fallait être dessus et très concentrés. Mais nous avons pu trouver un rythme avec Thomas, nous alimenter avec les supers plats du chef Julien Gatillon* et dormir un peu chacun notre tour. C’était très appréciable de bénéficier d’un ciel clair avec cette quasi pleine lune. Surtout avec les problématiques d’AIS que nous connaissons depuis le départ. »

Lionel Lemonchois, skipper de Prince de Bretagne (Ultime) :

« Ça a été très humide, mais aussi et surtout très casse-bateaux à cause de l’état de la mer, notamment au niveau du Raz Blanchard, face au courantOn préfère assurer et ne pas prendre de risques inutiles. On n’a pas envie de faire des bêtises et de casser le bateau. On vient tout juste de réduite un peu la voilure. Le vent se renforce petit à petit à l’approche du front. On essaie d’anticiper au mieux comme, de toute façon, nos petits camarades de devant sont difficilement approchables dans ce genre de conditions»

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

Jean-Luc Nélias, co-skipper de Sodebo Ultim’ (Ultime)

« On vient de retrouver du vent, on marche à grandes enjambées vers le talweg et le front.
On n’avait pas 36 000 choix de trajectoires, on a suivi nos collègues. Nous sommes un peu moins rapide que Gitana qui depuis Etretat a montré des capacités de vélocité supérieure à nous, il se fait la malle.
Cette nuit, on a fait de pointes à 37-38 nœuds, mais Gitana avait sans doute une moyenne plus élevée. A Ouessant nous n’étions pas trop loin mais après il est parti.
J’étais en train de faire une petite sieste pour être frais et dispo.
On vérifie que tout est bien rangé dans le bateau, on fait tourner le moteur pour faire marcher les batteries, on mange, on se repose et on va prendre des ris petit à petit. »

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

En Multi50, Lalou Roucayrol et Alex Pella ont pris les avant postes depuis le début de course et semblent décider à défendre cette position.
Cinq des six multis de la classe suivent une route sensiblement identique à celles des ultimes, Ils Armel Tripon et Vincent Barnaud sur  Réauté Chocolat ont quant à eux fait le choix de la prudence en privilégiant  une route sud depuis le tout début d’après midi afin d’éviter les conditions musclées prévues cette nuit.
Derrière Arkema, FenêtréA – Mix Buffet pointe en 2nde position devant le tout dernier bateau de la classe mis à l’eau, Ciela Village.

© Jean-Louis Carli / ALeA / TJV17

Erwan Leroux, skipper de FenêtréA – Mix Buffet (Multi 50) :

« Il a fait très humide, très froid et on n’a pu se reposer qu’en fin de nuit. Arkema a attaqué, je m’y attendais un peu  mais je pensais à ne pas casser le matériel. On a le front encore ce soir, donc on va y aller mollo pour passer sans encombre et partir au portant après.
J’ ai réussi à m’alimenter, Vincent Riou a été impérial, il a passé pas mal de temps à la nav’ et à la météo, c’était donc plus simple pour moi. Je suis resté à l’extérieur, on est assez complémentaire ! Ce soir, il ne devrait pas y avoir de problèmes, on va bien manger. On est bâbord amures et on attend le front.
On a touché le sud-ouest, il y a 12 nœuds de vent et on fait route au 236, cap à l’ouest, c’est parti…
On a un enchaînement technique, il faut anticiper car le vent ne fait que monter et il faut éviter d’abîmer le matériel quitte à faire le virement un peu plus tôt que prévu. Si tu es en avance ce n’est pas grave, il faut faire la manœuvre le plus propre possible, c’est un peu chaud avec beaucoup de mer.
Cela change pas mal les foils, car d’attaquer comme ça à 25 nœuds, on ne pouvait pas le faire avant ! »

Lalou Roucayrol , skipper d’Arkema (Multi 50) :

« Ça va, on est sur la dorsale, ça a molli. Là je viens de manœuvrer une voile, on déplace les poids à bord pour charger l’avant. Il reste un peu de pression,7/8 noeuds, mais la progression est très gênée par le fond de houle. Toute la nuit, la mer était assez creuse et cassante, ça a bien secoué à bord !  
Le passage à Cherbourg a été chaud avec 2 ris/ J2 et beaucoup de mer, c’était assez fort, très fort même. On est parti au large pour éviter le gros du courant mais au final on a eu pas mal de mer !

Jusqu’à Ouessant le vent était instable, avec des grains jusqu’à 27-28 noeuds. C’était rapide et très humide, donc difficile de dormir dans ces conditions car tu fais des bonds. On a peut-être un peu plus attaqué que FenêtréA-Mix Buffet, on a un bateau plus rapide dans la brise mais ça ne se joue à pas grand-chose. »

 

Oliver Krauss, skipper de Ciela Village (Multi 50) :

« Cette nuit nous n’avons pas pu dormir ! Comme prévu, c’était rapide. A partir de Cherbourg avec le vent et le courant contre, la mer était dure. On avait du mal à tenir debout tellement ça allait dans tous les sens. Il fallait se tenir au moulin à café.
C‘était un peu compliqué aux abords de Ouessant. Et après, ça s’est calmé très vite on a eu une bonne accalmie ce matin, pour enfin se reposer un peu car nous n’avons pas pu dormir.
Ce soir, on aura plus de houle, on va se retrouver comme dans un shakeur dans tous les sens. On a passé une petite dorsale, il y a une heure ou deux. Pour l’instant, c’est repos et cette après-midi, ça va commencer à bouger un peu. Arkema a attaqué fort un peu avant Cherbourg. On n’a pas pu le suivre au début mais nous avons été prudents car c’était assez « casse gueule ».

Transat Jacques Vabre : Sébastien Josse et Thomas Rouxel mènent la danse

Le départ de la Transat Jacques Vabre a été donné aujourd’hui au large de Havre à 13h35, dans une vingtaine de noeuds de vent.
Les duos se sont donc élancés pour un parcours côtier le long des falaises calcaires normandes, Lionel Lemonchois et Bernard Stamm sur Prince de Bretagne prenaient le meilleur sur leurs deux adversaires en classe Ultim sur ces 16 premiers milles, ils passaient en tête à Etretat devant Sodebo Ultim et le Maxi Edmond de Rothschild. Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur le trimaran le plus récent engagé avaient pris un départ prudent.

©Yann Riou/Gitana SA

Mais ils ont ensuite grapillés les milles les séparant de leurs deux concurrents de la classe Ultim pour prendre la tête de la course avec  des vitesses d’une trentaine de noeuds, Ils sont suivis à 6 milles par le duo Thomas Coville/Jean Luc Nélias sur Sodebo Ultim. Dans des conditions de mer forcissant avec des creux de 2m et sur ce bord de travers, Lionel Lemonchois et Bernard Stamm sont logiquement distancés à une trentaine de milles, Prince de Bretagne étant moins puissant et ayant une garde à la mer moins importante que ces deux concurrents.

Les maxis multicoques devraient poursuivre ce long bord jusqu’a Ouessant avant de mettre du sud dans leur route pour dégolfer.

http://www.youtube.com/watch?v=8AmFgxwUC7k

Bernard Stamm, co-skipper de Prince de Bretagne : « Clairement, on est l’attaque. On a très envie de faire et de bien faire, même si on sait que nos concurrents sont largement plus puissants que nous. On va tout faire pour les accrocher mais en restant prudents car nos bateaux sont quand même plus stables à l’endroit qu’à l’envers ».

Sébastien Josse, skipper du Maxi Edmond de Rothschild : « Les conditions sont plutôt favorables pour aller vite, mais notre objectif n’est pas de faire un record, c’est d’abord d’aller à Bahia, le mieux possible et surtout faire le dos rond les 2 premiers jours car on n’a pas encore beaucoup d’expérience dans ces conditions. C’est la première course du Maxi, on sait que l’on va rencontrer des conditions nous n’avons pas vraiment eu en entraînement, mais tout ça c’est une histoire de confiance et on va essayer de bien faire les choses. Je suis content de faire cette première course avec Thomas, on a une confiance réciproque, il est totalement à l’écoute, il s’appuie beaucoup sur l’expérience, il est très sérieux et très concentré. C’est son premier départ avec un gros bateau mais je suis assez serein sur le fait qu’on agisse comme il faut. »

Thomas Rouxel, coskipper du Maxi Edmond de Rothschild : « Le départ va être assez compliqué avec le monde, on espère que la zone sera bien dégagée, après une fois qu’on aura franchi la ligne on devrait réussir à aller sur un seul bord jusqu’à la bouée d’Etretat donc c’est bien. On est serein. On va partir doucement, a priori c’est du près assez serré donc on ne volera pas sur le premier bord, on ne va pas attaquer tout de suite, ça sera plus safe. Les routages nous donnent 8 jours à peu près jusqu’à Bahia, on devrait passer en milieu de nuit au large de Ouessant et après-demain aux Açores, c’est rapide. Je suis très chanceux de faire ma première Jacques Vabre sur un bateau comme ça, et très content d’être là car ça faisait longtemps que j’avais envie de faire la Transat Jacques Vabre, c’est une belle course donc je vais essayer de savourer ces moments et tout donner. » 

 

Week end de grand départ pour les multicoques

Ce week end sera chargé pour les skippers de multicoques, avec le départ de la Transat Jacques Vabre entre Le Havre et Salvador de Bahia pour trois duos en catégories Ultim, et six en Multi50′, le départ d’Yves le Blévec pour une tentative de record autour du monde en solitaire contre vents et courants dominants, alors que François Gabart s’attaquera au record du tour du monde dans le sens classique.

A noter également la première sortie de Banque Populaire IX aujourd’hui au large de Lorient pour Armel le Cléac’h et l’équipe de Banque Pop.

  • Le premier à s’élancer devrait être François Gabart, qui a quitté les pontons de Port la Forêt vers 18h, sur son trimaran Macif pour rejoindre la ligne de départ de son tour du monde au large d’Ouessant. Il s’élancera demain matin, il s’attaque au record en solitaire détenu par Thomas Coville sur Sodebo en 49 jours 3 heures 7 minutes.
    Le skipper avec un départ précoce dans la saison se laisse la possibilité d’un retour pour un nouveau stand-by si la météo se montrait défavorable dans l’Atlantique Sud.

© Lloyd Images

  • Yves le Blévec devrait quant à lui partir demain après midi pour une tentative de record autour du monde en solitaire, tout comme François Gabart, mais le skipper basé à la Trinité effectuera cette tentative contre les vents et les courants dominants. L’objectif sera d’établir un temps de référence en multicoque sur ce parcours. Le départ devrait se faire entre 14 et 16h au large de la Trinité sur Mer.
    Yves le Blevec : « La pression vient de changer de camp : de l’étude des fichiers météo à celle des derniers détails logistiques ! Nous sommes dans la continuité de ces dernières semaines de préparation. Mon sac est prêt depuis plus d’une semaine, je n’ai plus qu’à mettre mon ciré !

    Je vais procéder à quelques dernières vérifications avec l’équipe et tout sera prêt. Ce départ est tout sauf une surprise. J’ai bien conscience que c’est un moment important de mon existence. Là, je suis content d’être chez moi, de profiter de ce confort rassurant. J’ai bien dormi cette nuit, je vais bien dormir la nuit prochaine, je suis super à l’aise. »

    © Th.Martinez / Sea&Co.
    Trimaran ULTIM “ACTUAL”

     

  • Autre événement majeur de la course au large dont le départ sera donné dimanche, la Transat Jacques Vabre, entre Le Havre et Salvador de Bahia.
    Trois duos partiront en catégorie Ultim, deux équipages font figure de potentiels vainqueurs, Thomas Coville et Jean Luc Nélias sur Sodebo ultim, et Sébastien Josse et Thomas Rouxel sur le Maxi Edmond de Rothschild.
    Le skipper de Sodebo s’adjoint de nouveau les services de Jean Luc Nélias, les deux hommes  connaissent parfaitement leur monture sur laquelle Thomas Coville  détient le record autour du monde en solo. Le trimaran devrait être mené à 100% de son potentiel sur ce parcours.

    Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

    La donne est un peu différente pour le duo Sébastien Josse/Thomas Rouxel, ils disposent d’une monture au potentiel supérieur à Sodeb’O avec des appendices porteurs permettant au bateau d’avoir des phases de vol stabilisé. Les capacités de ce trimaran de dernière génération sont indéniables, mais le bateau est encore en phase de mise au point. Même si l’équipage a parcouru plus de 5000 milles, ils restent des inconnues et l’équipage pourrait être contraint de lever le pied dans certaines phases météorologiques musclées, l’objectif de victoire pouvant passer après le fait d’arriver de l’autre côté sans casse et d’acquérir de l’expérience sur ce bateau.

    Lionel Lemonchois et Bernard Stamm font figure d’outsiders face aux deux autres multis. Il partiront sur le plus petit des ultimes, sur un concept plus proche des ORMA que des derniers maxis multis. Pour tirer leur épingle du jeu et pouvoir rivaliser avec leurs deux adversaires, il faudrait des phases de transition avec du vent faible et du près, dans lesquelles Prince de Bretagne serait à son avantage.

    Le renouveau de la classe Multi50′ se fait sentir sur cette édition avec quatre trimarans de 50′ dotés des foils monotypes, dont un bateau neuf, le Ciella Village de Thierry Bouchard.
    Mais les favoris seront Erwan Le Roux et Vincent Riou sur Fenêtrea Mix Buffet et Lalou Roucayrol et son joker de luxe Alex Pella sur Arkema et en position d’outsider Armel Tripon et Vincent Barnaud sur Réauté Chocolat.

    Le dernier né étant été mis à l’eau assez tard, Thierry Bouchard et Olivier Krauss devraient se contenter d’assurer une bonne place, tout en naviguant en sécurité.http://www.youtube.com/watch?v=2TrbW0VH4C0

    Gilles Lamiré et Thierry Duprey du Vorsent sur La French Tech devraient avoir du mal à rivaliser du fait de l’absence de foils, et ce malgré leur expérience à la barre de ce trimaran, tout comme Eric Defert et Christopher Pratt sur Drekan Group.

L’équipage d’IDEC SPORT décroche le Trophée Jules Verne en 40 jours 23 heures et 30 minutes

Le Maxi Trimaran IDEC SPORT a franchi la ligne d’arrivée du Trophée Jules Verne ce matin  à 8 heures et 49 minutes. Francis Joyon, Clément Surtel, Alex Pella, Bernard Stamm, Gwénolé Gahinet et Sébastien Audigane ont bouclé le tour du monde en 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes.

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

L’équipage décroche donc le Trophée Jules Verne, ils ont parcouru 26 412 milles sur le fond, à la moyenne de 26,85 noeuds.(22,84 noeuds sur l’orthodromie de 22461 milles). Ils améliorent le précédent record détenu par Loïck Peyron et l’équipage du maxi trimaran Banque Populaire V de 4 jours, 14 heures, 12 minutes et 23 secondes.
Ils ont également battu pas moins de 6 records ou temps intermédiaires, au cap Leeuwin, Tasmanie, Antiméridien, Horn, Equateur et Ouessant.

Photo Francois Van Malleghem / DPPI / IDEC Sport Celebration onboard

Photo Francois Van Malleghem / DPPI / IDEC Sport
Celebration onboard

L’équipage réuni par Francis Joyon n’avait pas le palmarès des derniers recordmans du Jules Verne, constitué le plus souvent de multiples tourdumondistes, les cinqs marins choisis par le skipper avaient des profils plus atypiques. Francis Joyon a choisi des compétences globales, tant à la barre, qu’aux réglages, mais aussi pour l’entretien et les les réparations courantes, cet aspect étant nécessaire avec un équipage aussi réduit. Le facteur humain était également primordial, l’entente cordiale entre les six hommes du bord étant parfaitement perceptibles lors des différentes vacations. Le « pari » de Francis Joyon s’est donc révélé le bon.
Il faut également associer à cette réussite Marcel Van Triest, le « statège » météo d’IDEC SPORT, le néerlandais occupant la fonction de routeur à terre a permis aux marins du bord de tracer une trajectoire au cordeau avec « seulement » 26412 milles parcours contre 29000 pour Banque Populaire V.
Les six marins auront également poussé le bateau au maximum de son potentiel pour accéder à ce résultat, et offrent un deuxième Jules Verne au trimaran (déjà détenteur du record de 2010 à 2012 sous les couleurs de Groupama).
Ils auront profiter d’excellentes conditions dans le grand sud avec plusieurs journées à près de 800 milles et une dépression qui les accompagnera de l’atlantique sud et tout au long de l’indien, le fait de ne pas avoir à contourner de zones d’icebergs trop étendues leur a également permis de couper au plus court dans le grand sud.

Francis Joyon : « À bord, je voulais qu’une mayonnaise prenne. C’est primordial qu’il y ait une vraie cohésion d’équipage et du bonheur à naviguer ensemble. J’ai reçu de très nombreuses propositions, alors qu’il y avait quand même peu de places à bord. J’ai privilégié le facteur humain. Bernard (Stamm), c’est un peu la famille pour moi et c’était aussi, avant l’arrivée de Sébastien, le local de l’étape puisqu’il est Brestois. Clément (Surtel), c’est l’homme incontournable, dans la mesure où il est l’un des trois membres de notre toute petite équipe technique, avec Corentin, mon fils et moi-même.  Sa présence, c’était la garantie d’avoir du savoir-faire technique embarqué. Avec Gwénolé (Gahinet), qui fait partie de l’équipe depuis l’année dernière, le courant est tout de suite très bien passé et cela nous permettait de rajeunir aussi la moyenne d’âge du bord ! Idem avec Alex (Pella) avec lequel j’ai tout de suite eu une belle accroche. La présence de Sébastien s’est plus improvisée pour venir remplacer Boris (Herrmann) qui s’est retrouvé mobilisé sur un projet IMOCA entre nos deux départs cette année. Sébastien connaît très bien les maxi-multicoques, c’était pour nous une valeur sûre.

Nous avons fonctionné avec une bonne cohésion à bord d’un bateau sans hiérarchie. Chacun était responsable de lui-même. Chacun a disputé ce Trophée Jules Verne pour lui-même et nous avons tous donné le meilleur de nous-mêmes.

Les 40 jours ne constituaient pas un objectif au départ, ce n’était pas imaginable. Battre le record d’une minute représentait déjà un exploit formidable. On passait un peu pour des rigolos et des hurluberlus de nous attaquer à ce challenge tellement difficile pour un si petit équipage à bord de ce bateau, face à la douzaine d’équipiers qui détenait jusque là le record à bord d’un bateau de 40 mètres.

Il nous a fallu presque deux tours et demi pour parvenir à battre le record. Et dans l’histoire du Trophée Jules Verne, on voit que pratiquement tous les bateaux ont dû s’essayer sur deux tentatives avant de l’emporter. Seul Bruno Peyron y est parvenu la première fois lors du tout premier Trophée Jules Verne, en 1993.

Sur notre deuxième tentative cette année, nous avons de nouveau rencontré un Pot au Noir très difficile. C’était moralement très dur. Mais Gwénolé, qui est un éternel optimiste, croyait que la situation météo ne pouvait que s’améliorer. Au cap Bonne Espérance, nous étions mieux placés que les prévisions et toutes les portes se sont ensuite ouvertes devant nous. On a su qu’on pouvait battre le record dès lors que nous pouvions maintenir les 35 nœuds de vitesse à laquelle se déplaçait le front à l’avant duquel nous nous étions positionnés pour traverser l’océan Indien et une partie du Pacifique. On savait que le record se jouait là. Notre motivation était très forte pour connaître plusieurs journées à près de 900 milles. Nous étions toujours à fond. Et si parfois, nous avons fait en sorte de ne pas dépasser les 40 nœuds, à l’avant du front, nous n’avions pas de limites.

Au-delà du côté sportif, sur un record autour du monde, on ne peut pas s’empêcher de regarder la planète en essayant de comprendre comment passer d’un système à l’autre.

Elle n’est pas si grande que ça et surtout, on se rend compte à quel point nous sommes liés à notre environnement. Cela nous encourage à ne pas nous comporter comme des consommateurs d’espaces naturels. »

Bernard Stamm : « Nous avons eu de la chance. Il faut de la réussite pour que météo se mette en place.  Mais cette chance a été provoquée par Francis et Marcel qui ont décidé de partir avec la fenêtre que nous avons prise. Ils ont choisi de faire confiance aux éléments dont on disposait au départ. On a réussi à se servir de cette chance et à profiter de l’enchaînement incroyable qui s’est mis en place.

À bord, les limitations de vitesse dépendaient de l’état de la mer et des conditions. On s’est plus lâchés dans l’Indien. J’ai vu un 48 nœuds et je crois que certains de mes camarades en ont connus aussi. Il n’y a jamais eu de compétition entre nous à la barre. On a toujours fait le maximum pour faire marcher le bateau dans l’objectif du record. Francis plaçait le curseur plus bas, ou plus haut d’ailleurs. Il était le chef d’orchestre. »

Sébastien Audigane : « Un peu avant le deuxième départ, j’ai reçu un appel de Francis pour me proposer d’embarquer à bord. Il a fallu que je me décide en 24 heures. C’était tentant, mais j’ai dû réfléchir très vite. Je me suis tout de suite senti très à l’aise avec cet équipage de marins, des gens qui veulent être en mer avant toute chose. »

Gwénolé Gahinet : « Je me suis lancé dans le projet l’année dernière lors de notre première tentative. C’était pour moi une découverte totale. Cette année, nous étions mieux rodés, mieux préparés. Et c’est pour moi un vrai plaisir d’avoir bien navigué et de faire cette belle trajectoire, notamment dans le Sud avec cette grande ligne droite en bâbord. C’était un vrai engagement physique. Cela reste une expérience exceptionnelle avec beaucoup d’échanges entre nous sur la manière de régler le bateau. »

Alex Pella : « Ce projet a été mené en laissant beaucoup de liberté à chacun de nous. On s’est tous beaucoup enrichis, nous avons beaucoup appris les uns des autres, avec beaucoup de respect entre nous. Nous avons pris beaucoup de positif. Ce Trophée Jules Verne, c’est une très grande satisfaction. Ce n’est pas tous les jours que l’ont fait un record autour du monde ! »

Clément Surtel : « Notre projet était porté par une approche très différente de ceux qui se sont lancés jusque là dans le Trophée Jules Verne. Il misait sur la légèreté plutôt que la puissance. Cela fonctionne, même si nous avons été moins performants dans les zones de petit temps où nous aurions bien voulu avoir un plus de hauteur dans le mât.  Les dernières évolutions nous montrent que les bateaux volants marchent très bien aussi. On verra ce que nous réserve l’avenir. Globalement, le Sud a été physiquement très intense. Mais c’est seulement dans les calmes qui ont suivi le passage du cap Horn que nous nous sommes rendus compte à quel point nous étions fatigués par cette navigation extrême. »

Marcel van Triest, routeur, 7è homme du bord : « Là, c’est fini. Depuis le milieu du Pacifique, je voyais déjà que le record était plus qu’envisageable. Mais depuis deux semaines, j’étais plus en mode « on peut tout perdre sur l’Atlantique ». Il restait tellement d’inconnues, et beaucoup d’angoisse. Plus qu’une explosion de joie, cette arrivée, c’est quelque part, pour moi, surtout un soulagement. »

Patrice Lafargue, PDG d’IDEC : « C’est une grosse émotion, je suis même un peu submergé, alors que je suis  pourtant habitué aux exploits de Francis qui a conquis tous les records à la voile. C’est une très grande fierté pour moi, comme pour mes salariés de l’avoir accompagné sur ce Trophée Jules Verne en équipage. Cette petite équipe est composée de vrais marins, ce sont tous des gens bien. Je félicité aussi Thomas Coville qui a battu le record que Francis détenait jusque là en solitaire. Il a fait quelque chose de très fort, un bel exploit. »

 

 

 

Trophée Jules Verne : l’arrivée victorieuse d’IDEC SPORT prévue demain matin

L’équipage d’IDEC SPORT est en passe de terminer son tour du monde et de remporter le Trophée Jules Verne. Francis Joyon, Clément Surtel, Bernard Stamm, Sébastien Audigane, Alex Pella et Gwénolé Gahinet sont attendus demain entre 6 et 7h au large d’Ouessant, ils devraient boucler ce tour du monde en moins de 41 jours avec plus de 4 jours d’avance sur le temps de Banque Populaire V dont l’équipage cédera le Trophée à celui d’IDEC SPORT.

IDEC SPORT se trouve actuellement au large du Cap Finisterre, l’équipage va naviguer dans le golfe de Gascogne pour éviter une mer trop forte plus au large.

Le trimaran et son équipage sont attendus à Brest à 10h, cette arrivée dans le port breton sera diffusée en live sur idecsport-sailing.com et sur facebook.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

 

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT : « C’était assez agité dans du vent assez fort. Le bateau était pas mal secoué. Même si on allait un peu moins vite dans une mer plus formée de 3-4 mètres, cela nous a rappelé nos cavalcades dans l’océan Indien. Mais, on est très contents d’avoir réussi à rester à l’avant du front. On est hyper bouillants d’impatience à l’idée de cette approche. »

Clément Surtel. : « Ce Trophée Jules Verne, c’est une vraie ligne droite qu’on a pu tracer en gardant le même rythme que les fronts dans le Grand Sud, comme on est en train de le faire en Atlantique Nord. Selon les derniers routages, on devrait aussi battre le record intermédiaire entre l’équateur et Ouessant, ce sera un peu la cerise sur le gâteau. C’est une trajectoire exceptionnelle. Le jour s’est levé et on peut donc attaqué un peu plus fort. »

 

Trophée Jules Verne, IDEC SPORT devrait boucler son tour du monde en moins de 41 jours

La fin de parcours s’annonce favorable pour  l’équipage d’IDEC SPORT constitué de Francis Joyon, Clément Surtel, Sébastien Audigane, Alex Pella, Bernard Stamm et Gwenolé Gahinet.
Le trimaran fait route vers le sud des Açores et devrait ensuite, après quelques empannages faire une route quasi directe vers Ouessant.

Les six marins devraient boucler leur tour du monde, dans le cadre du Trophée Jules Verne, dans la matinée de jeudi, avec un temps inférieur à 41 jours.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT : « Nous sommes depuis ce matin en route quasiment directe vers une arrivée qui pourrait intervenir jeudi matin. Nous sortons d’une nuit à grains. Les gars se sont démenés en lofant, abattant, réglant sans cesse pour rester au plus près du routage, et aller vite dans la bonne direction Le vent adonne sur le travers du bateau et on peut progresser sur la route directe. 30 nœuds, c’est la vitesse que le bateau et nous même aimons bien, en équilibre sur le foil. »

Gwénolé Gahinet : « On commence à parler un peu de l’arrivée. Nous sommes heureux de retrouver de belles vitesses, et de voir que l’horizon se dégage pour nous, avec une route et une trajectoire, dans la théorie des fichiers météos, bien dessinées devant nous. »

Trophée Jules Verne : IDEC SPORT attendu jeudi matin à Brest

IDEC SPORT navigue dans les alizés, avec un cap plein nord en direction des Açores, avec de nouveau de hautes vitesses, de l’ordre de 25 noeuds. La nuit dernière a été compliquée pour l’équipage mené par Francis Joyon, avec une mer, qui les avait contraint à ralentir la cadence.

L’exercice va désormais consister, sous la houlette du routeur à terre Marcel Van Triest,à glisser en bordure sud de la dépression qui circule sur l’Atlantique afin de se placer au mieux dans un vent soutenu, avec une mer maniable. Cette dépression accompagnera les six marins du bord jusqu’à Ouessant, où ils sont attendus jeudi dans la matinée. Le Trophée Jules Verne changerait alors de mains, avec un nouveau temps de référence ‘environ 41 jours.

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Sébastien Audigane : « On ne va pas faire les fous ! Ce qu’on veut, c’est arriver… On est face du Cap Vert, on est sur la bonne route pour la fin. On est au reaching à 80 degrés du vent. D’ici une quinzaine d’heures, ça va adonner au portant sur une route assez directe dans la brise avec du vent de sud, sud-ouest. D’ici l’arrivée, il frauda savoir mettre le frein. Parfois, ce n’est pas évident, les multicoques restent des bateaux qui accélèrent vite. On redoublera d’attention. Mais cela ne va  pas être dantesque, on a connu pire…Cette dernière semaine nous a paru interminable, sans doute à cause des vitesses faibles. Nous n’avons plus l’habitude de naviguer à des vitesses normales. »

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT : « Cette nuit, on a dû ralentir parce qu’on butait dans une mer contraire assez forte, une mer un peu casse-bateau. On a dû réduire la vitesse d’une dizaine de nœuds, pour passer de 30 à 20 nœuds. Là, ça repart… Il y a un compromis à trouver au niveau du placement du bateau dans la dépression. Notre objectif sera de nous positionner dans pas mal de vent, mais pas trop de houle. »

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