Francis Joyon et Thomas Coville complètent le podium en classe Ultime

Francis Joyon a pris la seconde place de la Route du Rhum – La Banque Postale 2010 mercredi à 2h52, Thomas Coville complète le podium

© AFP

Les interviews des skippers à leurs arrivées :

Francis Joyon :

« Je me sens bien. Je suis content d’arriver là. J’ai eu du mal pendant le tricotage autour de l’île. Il y avait du petit temps, il a fallu tirer beaucoup de bords, le tour de la Guadeloupe a été très long. J’avais connu pire en 1990 où j’avais dû mettre 18h. Là, ce n’était quand même pas aussi long. »

« On avait anticipé avec Jean-Yves Bernot (son routeur météo, ndlr) cette hypothèse (le retour par le sud, ndlr) pour essayer de revenir au contact avec Groupama 3. J’étais un peu désespéré au début de l’option car le risque de calme était prévu sur l’arrivée, pas au début de l’option. Et je me suis retrouvé encalminé pendant huit heures au début. Ce qui fait que j’étais assez inquiet sur la suite des opérations. Cette option s’est avérée hyper bonne, mais elle n’a pas permis de revenir sur Groupama 3 comme cela aurait pu être le cas si je n’avais pas passé 8h arrêté dans une houle très forte. Il y a d’ailleurs plein de trucs qui ont cassé à ce moment-là tellement la houle était forte. Je n’ai pas le sentiment d’avoir joué un mauvais tour à Thomas. J’étais déjà deuxième lorsque j’ai tenté mon option vers le sud. La facilité aurait été de rester dans la même position.

Difficile ?

Oui, la réponse est oui.

Physiquement ?

Il faut vraiment être à fond tout le temps. En fait, un trimaran, c’est une salle de muscu qui dure 24h/24. Et en  plus il faut réfléchir pour ne pas se perdre dans la nature. Ça fait beaucoup de choses à gérer.

Quel goût cette 2e place ?

J’en suis content. J’ai compris rapidement que Franck avait un avion. Ce n’était plus du domaine du nautisme. Dès le premier jour, il nous a collé 100 milles. Mes ambitions de victoire ont été un peu amoindries à la suite de cette envolée. Mais quand je vois que vous êtes tous là, oui, je réalise que ça doit être important. En plus, on me donne du rhum !

Surpris par Groupama 3 ?

Je pensais qu’il avait un potentiel important. Mais un tel décalage par rapport à nous, je ne m’y attendais pas.

Accueil

J’ai eu un accueil chaleureux à toutes les éditions de la Route du Rhum. C’est une île géniale, où les gens sont vraiment géniaux.

Retour en course après des années de chasse aux records

C’est presque plus fatiguant que les records. A certains moments, c’était plus dur qu’un record. J’ai passé au moins quatre nuits blanches totales. En record, on arrive toujours à trouver un peu de sommeil. En course, quand il y a des candidats collés à soi, il faut vraiment être à bloc.

La vie à bord

Il faut être un peu fou pour venir naviguer sur ces machines. Il faut avoir une case mal rangée quelque part je pense ! Mais on ne peut pas modifier ce qu’on a dans la tête, il faut vivre avec. J’ai trouvé le moyen à travers le multicoque d’assumer mes défauts…

Thomas Coville :

Le sentiment qui domine après cette troisième place ?

« Il y a un Monsieur qui est parti il n’y a pas longtemps, qui s’appelait Michel Malinovski et qui a écrit un livre qui s’appelle « Seule la victoire est jolie ». C’est ce qu’on va chercher dans le Rhum, à chaque fois.  Ce n’est pas de l’orgueil que de dire ça, mais dans la machine naturelle de l’homme, la victoire fait partie de ce qu’on va chercher.

Franck est un très beau vainqueur, avec une très belle équipe. C’est moins difficile de se battre contre quelqu’un qu’on connait et qu’on respecte. C’est une superbe année pour Franck et son bateau est fantastique. Je savais que dans notre mano a mano, il fallait autre chose pour faire la différence.

© Yvan Zedda/Sodeb'O

Quand as-tu compris que la victoire s’envolait ?

« On a fait un choix il y a deux jours, on était à moins de 200 milles de Franck , il y avait un décalage qu’on pouvait encore jouer en essayant de prendre l’intérieur dans une bulle. On s’est dit : « Si ça marche, on peut encore attaquer Franck. Si ça ne marche pas, on perd la deuxième place ». J’ai préféré être à l’attaque tout le temps, jusqu’au bout. Dans l’attitude qu’on avait avec Sodebo dans cette Route du Rhum, on était vraiment dans la philosophie de Malinovski. Le plus dur c’est de s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner.

L’avarie de grand-voile ?

« On l’a caché jusqu’à maintenant mais je suis monté trois fois dans le mât aux Açores. La drisse de la grand-voile est tombée, je me suis retrouvé avec la grand-voile sur le pont et je n’avais qu’une drisse. Normalement avec ce genre d’avarie sur un Ultime, c’est l’abandon. En fait, je m’y suis collé et j’ai réussi la première fois à monter 30 mètres sur les 35, à remettre une drisse et à renvoyer. Sur toute la suite de la course, on n’avait pas besoin de la grand-voile haute. Ca ne m’a pas beaucoup handicapé sauf en termes de fatigue. Après j’ai fait deux tentatives de nuit et je ne suis pas arrivé à remonter en tête de mât pour remettre la drisse. Je n’avais jamais fait l’expérience de monter seul en tête de mât, de nuit. Ce qui m’a décidé à arrêter, c’est d’avoir perdu ma frontale. Je me suis retrouvé dans le noir et j’ai eu un petit moment de doute sur le fait de savoir si j’allais réussir à redescendre et comment j’allais réussir à le faire. Je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d’avoir à vivre ce genre de scénario. Sur la fin, c’est sûr que ça m’a handicapé. Mais la deuxième place ne s’est pas jouée là, elle est dans l’option qu’on a pris pour essayer de faire l’intérieur à Franck. Par contre ça prend beaucoup d’énergie et de mental. J’ai une telle osmose avec mon bateau, que je le sentais blessé et que j’avais besoin de le soigner. En dehors de ça, je n’ai eu aucun souci à bord.

Faire la différence avec Groupama 3 passait forcément par une autre route ?

« Pour l’avoir pratiqué tout l’hiver dernier, je savais que ce bateau, au portant notamment, serait imbattable ; d’où notre attitude de faire un choix de route différent des autres et de le pousser jusqu’au bout. Il faut rappeler qu’au départ, tous les routeurs poussaient pour cette voie Nord. On a choisi de tout de suite s’engager sur cette route sans considérer que je pouvais me préserver. Quand on a vu que Groupama 3 était parti de l’autre côté, on s’est dit que c’était l’opportunité de faire la différence et de peut-être le battre. Cette route n’était pas pour faire dans la demie mesure. Faire une Route du Rhum par la face Nord en Ultime, c’était pour ceux qui avaient envie d’y aller.

La machine Groupama 3 a été mise au point en 5 ans par une très belle équipe, sans doute l’une des plus belles du monde. C’est sûr que la largeur et la hauteur de franc bord donnent une qualité de vie qu’on ne peut pas avoir sur Sodebo. C’est un avantage indéniable, pour autant quand j’ai croisé Franck, j’ai eu le sentiment qu’il était soulagé que ce soit fait et qu’il n’avait pas envie d’y retourner demain matin.

Des regrets par rapport à cette route Nord ?

« Je ne pense pas que cette route était nulle, sincèrement on ne s’y serait pas engagé sinon. Je pense effectivement que le jeu a été beaucoup perturbé sur la fin, ce qui n’a pas rendu l’arrivée optimale. Depuis deux jours, j’ai refait cette Route du Rhum dans tous les sens. Je n’étais pas là pour faire troisième, j’étais là pour la gagner.

Des moments de plaisir ?

« Quand on se donne autant et avec autant de cœur, forcément il y a des émotions. J’ai un super souvenir en particulier et même l’équipe derrière moi m’a demandé de me calmer un peu. J’ai fait un bord sous gennake, avec un ris, à plus de 30 nœuds. J’avais de l’adrénaline plein les veines. C’est à moi et personne ne pourra me le prendre et je vis pour ça.

Gagner la Route du Rhum ?

« J’en rêve, mais je vais me consacrer à un autre programme très prochainement. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la niaque que cette course m’a donné me donne encore plus envie d’aller me battre seul autour du monde. Pour ça rendez-vous cet hiver à Brest ! »

Le prochain à franchir la ligne d’arrivée dans quelques heures sera Yann Guichard sur Gitana 11, le skipper du Gitana Team qui partait sur le trimaran (modifié) vainqueur de la précédente édition, a souffert sur la fin du parcours avec des vents très faibles :

« La fin approche et c’est avec bonheur que je prends ça car la fin a été longue et difficile. Ça a été les trois jours les plus durs depuis que je fais du sport. Il n’y a rien à faire, la messe est dite et j’ai passé trois jours avec un vent pile dans l’axe, au ralenti. Ce sont les aléas de la course au large mais ça été rude en plus de voir les copains arriver, c’est bien pour eux mais c’est un coup dur. » Extraits de la vacation du jour du skipper de Gitana 11, à quelques heures de son arrivée…

C’est une super expérience en tout cas, je n’avais jamais traversé l’Atlantique en solo, les conditions étaient quand même difficiles avec des moments chauds. Je suis un peu déçu car je ne l’ai pas fait avancer comme je voulais au portant avec de la mer, sans trouver les bons réglages. Pour cette édition, le bateau était un peu petit vu les conditions. Tu subis un peu la météo, ces trois jours incessants avec des grains et peu de vent…. Le solitaire, ça m’a plus, j’ai eu le temps de faire mon bilan, j’ai envie d’y retourner car j’ai un goût d’inachevé. J’ai pris beaucoup de plaisir pendant la transat. Quand je serai encore plus reposé, je ferai le bilan mais dans 4 ans je prendrais bien le départ si je peux. C’est sûr que ce n’est pas simple, mais là, j’ai 14 nœuds donc c’est bien. J’arrive à la pointe de la Guadeloupe. J’ai tiré sur les réserves, je me suis fatiguée mais j’ai récupéré un peu grâce aux 3 jours mous. Ça a été difficile pour les trois devant, ils ne se sont pas ménagés non plus. L’exercice du solitaire en multi, c’est extrême. On doit nous prendre pour des kamikazes, mais je ne suis pas un casse-cou, je me donne des limites, mais tu prends du plaisir à naviguer sur ces bateaux. Aujourd’hui j’ai vraiment repoussé mes retranchements, on apprend à se connaître ! J’aimerais bien ne pas passer trop de temps avec 3 nœuds de vent ! Une arrivée à 17h heure locale ce serait super ! »

Franck Cammas remporte la Route du Rhum 2010

Franck Cammas a coupé la ligne mouillée d’arrivée en Guadeloupe à 16 heures 16 minutes 47 secondes aujourd’hui, Franck Cammas  remporte donc la neuvième Route du Rhum – La Banque Postale.

Le temps de course de Groupama 3 est de 9 jours 3 heures 14 minutes 47 secondes, sa vitesse moyenne sur l’eau est de 20,39 nœuds, sur une distance parcourue de 4 471 milles.

© AFP

Les premières réactions du skipper du trimaran  Groupama 3 :

« La quatrième est la bonne. Les autres (Route du Rhum-La Banque Postale, ndlr) n’ont pas été aussi faciles et brillantes pour moi. C’était un pari audacieux de partir avec Groupama 3. Un bateau pour dix personnes. Et dès la première nuit, cela s’est pas mal passé et j’y ai cru. Du coup, j’ai pas mal attaqué et me voilà arrivé à Pointe-à-Pitre.

Cela ne se voit pas, mais je suis très fatigué. Physiquement, c’est toujours très dur. Nerveusement, ce n’est pas pire qu’avant car Groupama 3 est un bateau très stable. J’ai pu trouver du repos. Mais quand on est devant, on est stressé d’être devant et on a envie d’attaquer tout le temps. Ça demande quand même une certaine organisation et une certaine dose de tonicité tout au long de la semaine. Physiquement, on ne s’épargne pas car on a envie de se battre, de bien faire. On est à fond et on donne tout ce qu’on peut donner pour faire avancer le bateau. C’est un sprint la Route du Rhum, c’est de plus en plus un sprint. C’est une course assez courte. Quand on est en tête, on oublie la douleur et on oublie l’effort.

U ne victoire sur une course mythique comme celle-là, c’est fabuleux. Je ne m’y attendais pas en partant, c’est encore plus génial, je ne m’étais pas mis de pression sur cette course. C’est un super moment ! En course à la voile, on comprend très tard quand ça va être bon. Quand on arrive en tête au nord de la Guadeloupe, c’est bien, quand il y a un peu d’écart avec les autres. Mais comme je le disais, au Cap Finisterre, la première nuit, on a un peu jaugé les performances de chacun. Et dans la brise, on était dans le  coup. »

Franck Cammas a également reçu les félicitations de ses adversaires :

Francis Joyon (Idec) : « Je suis très admiratif de ce qu’a fait Franck ; quand j’ai vu dès la traversée du golfe de gascogne qu’il allait 2 noeuds plus vite que nous avec un meilleur angle de descente, j’ai su que la messe était dite, et qu’il avait fait le bon choix en partant sur Groupama 3. Je suis admiratif de sa capacité à mener ce bateau, ainsi que de ses choix de route. Un petit regret en ce qui me concerne : les 8 heures perdues il y a deux nuits auraient pu me permettre de lui mettre jusqu’au bout la pression. » Francis pense être à la tête à l’anglais ce soir 20h (HF)

© Jimmy Bonnal avec son aimable autorisation

 

Thomas Coville (Sodebo) : « Bravo Franck ! Super boulot ! a salué Thomas Coville. Super bateau, super bien préparé et un joli choix de route. C’était très intelligemment mené, à l’image de son skipper. Ce n’est pas facile à vivre quand tu sais que les dés sont jetés et que tu as perdu. »

Le second a bouclé cette route du rhum sera Francis Joyon sur Idec, il a pris l’avantage ce matin sur son adversaire, et voisin de ponton à la Trinité sur Mer, Francis Joyon a pu faire route directe vers le nord est de l’ile (point de passage obligatoire), alors que Thomas Coville se voyait contraint de tirer des bords face au vent, Idec est attendu dans les heures qui viennent à Pointe à Pitre, Thomas Coville devrait compléter le podium demain matin.


Cammas vers la victoire, avarie pour Yves le Blévec

Sombre série pour les Multis 50′, après Franck Yves Escoffier qui a vu son étrave s’arracher, c’est au tour d’Yves le Blévec, autre favori à la victoire d’être victime d’une grosse avarie.

En effet, Yves le Blévec déplore une casse sur la crosse du bras de liaison avant de son trimaran Actual, les explications du skipper :  » J’ai cassé le bras de liaison. Ça a démarré vite. Au fur et à mesure qu’on avançait, la mer se creusait et le bateau sautait beaucoup sur les vagues. Ça ne m’empêchait pas d’aller vite. Il y avait des chocs importants. Il y avait entre 22 et 23 nœuds de vent cette après-midi. Je me disais que j’allais moins vite… Mais il fallait calmer le jeu. Pendant la nuit  la situation était plus problématique. Ça a démarré par une panne électrique. Le bras s’est fissuré et de l’eau est rentrée dedans. Ca a commencé par une panne de pilote et, en faisant demi-tour j’ai entendu un gros bruit, j’ai refait route, j’ai entendu encore beaucoup de bruit à l’arrière : ça a dû générer des déformations dans le bras arrière. Voilà le scénario qui a duré environ un quart d’heure.

Il y a beaucoup de questions mais pas beaucoup de réponses et… le bras reste quand même cassé : la structure est largement entamée et j’ai dû organiser une cellule de survie. J’en saurai plus demain quand j’évaluerai l’avarie ; est-ce réparable ? Je ne suis pas en danger mais mon bateau l’est… Là il faut que je sois extrêmement prudent.

Aujourd’hui je suis obligé d’assurer ma sécurité mais je ne m’inquiète pas : avec les balises et la communication je ne serai pas perdu au milieu de l’Atlantique. La mer s’est calmée parce que j’ai orienté le bateau. En réalité il y a encore beaucoup de mer mais vu ma position je n’entends plus les grincements que j’entendais avant… »


Il semblerait que l’origine de cette casse soit un choc ayant entrainé une voie d’eau dans la coque centrale, entrainant une panne de pilote, le bateau ayant ensuite décroché et serait retombé brutalement dans une vague provoquant la casse de la crosse. Yves le Blévec a entrepris de consolider le bras de liaison avec les moyens du bord.

Tout comme son malheureux adversaire, les skippers cherchent des solutions avec leurs équipes techniques et les architectes des trimarans (VPLP pour Crèpes Whaou et Guillaume Verdier pour Actual), afin de rejoindre la Guadeloupe en limitant au maximum les dommages.

Franck Yves Escoffier, skipper de Crèpes Whaou à la vacation :

« Vu comme ça s’aggrave, j’ai beau tourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas trop comment faire avec mes petits bras. Il faut éviter la voie d’eau mais aussi essayer de ne pas trop abimer d’avantage l’étrave. Je travaille actuellement avec les architectes et le chantier.

Le problème est que je ne trouve pas de solution pour le moment. Mettre une voile ? Oui, mais il y a de l’eau à l’intérieur… Je suis donc plus ou moins en stand by. Je progresse à 1,9 nœud. A ce rythme là, il faudra 25 jours pour rentrer donc ça ne va pas être évident.  Je continue à réfléchir à une solution qui va me permettre d’avancer au moins à 4 ou 5 nœuds.

Il manque entre 120 et 150 centimètres d’étrave sur toute la hauteur. Je ne vais pas reboucher ça avec des torchons et des serviettes. La coque s’épluche tranquillement mais sûrement… Dès que j’ai un peu de vitesse, ça rentre d’autant plus. A 1200 milles de toute terre, c’est difficile. Pourtant j’étais prudent, je n’avais rien sur l’étrave, j’ai tiré vraiment normalement sur le bateau. Je m’attendais à tout mais pas à ça… »

Franck Cammas devrait en toute logique remporter la Route du Rhum-La Banque Postale 2010 sur son maxi trimaran Groupama 3, il se trouve ce soir à 163 milles de Pointe à Pitre avec 261 milles d’avance sur le second, Thomas Coville sur Sodeb’O.

© Yvan Zedda

Le trimaran vert est attendu sur la ligne d’arrivée  demain matin, Thomas Coville a d’ores et déjà félicité son adversaire, mais il s’attend à un final à suspense pour le gain de la deuxième place avec Francis Joyon, Sodeb’O devrait arriver par le nord de l’ile, alors qu’Idec arrivera par l’est, pour l’instant Thomas Coville possède une avance d’environ 50 milles sur Francis Joyon, Yann Guichard ne devrait pas pouvoir se mêler à la lutte pour le podium étant empêtré dans une zone de vents erratiques, comme l’explique le skipper :  » Tout va bien à bord de Gitana 11 : il n’y a pas beaucoup d’air ce matin, mais je sors enfin des grains. Le dernier est à vingt milles dans mon Nord : j’ai été éclairé toute la nuit par la foudre ! J’ai longé une ligne de grains et j’ai réussi à passer au travers, mais c’était impressionnant ces éclairs partout. C’était ambiance Pot au Noir, avec des vents très instables. Maintenant, ça va mieux, mais il reste deux jours et demi de mer dans du petit temps, jusqu’à l’arrivée. Pas beaucoup de répit ces derniers jours, juste de petites plages de repos par-ci par-là. Ce n’était pas simple de dormir avec les orages. J’ai passé quatre heures avec zéro nœud de vent et j’étais obligé de tenir la barre parce qu’il y avait encore de la mer. Comme Gitana 11 est large et bas sur l’eau, il se fait balader par les vagues et il faut essayer de le guider au mieux pour qu’il ne souffre pas. C’est assez frustrant quand le bateau se met à l’opposé de la marche et ça met du temps pour le remettre sur le bon chemin. Mais Thomas et Francis ont dû aussi connaître ces moments »

Un final à suspense

L’arrivée du vainqueur en classe Ultime de la Route du Rhum-La Banque Postale 2010 devrait avoir lieu demain soir, Franck Cammas sur Groupama 3 s’était recadré sur la route de Thomas Coville (Sodeb’O) il y a quelques jours, laissant l’option sud à Francis Joyon et Yann Guichard.

Groupama 3 est à plus de 430 milles de l’arrivée avec environ 220 milles d’avance sur son concurrent le plus proche, à savoir Thomas Coville, ce soir Franck Cammas bénéficie d’un petit avantage en vitesse, Sodeb’O étant empétolé alors que Groupama progresse à 12 noeuds, Francis joyon en 3ème place bénéficie de conditions plus favorables et progresse à 16 noeuds, Yann Guichard relégué à 600 milles ne devrait sauf avarie pas accéder au podium.

© Yvan zedda

Franck Cammas : « Thomas a empanné et se trouve derrière moi maintenant. S’il est sur la même trajectoire que moi, il n’est pas au même endroit au même moment. Nous n’empruntons donc pas la même route. Ca commence à être plus calme, surtout la mer, mais ça avance toujours au dessus de 20 nœuds. Allègrement même cette nuit. Là, je garde 19 nœuds de vent mais ça ne va pas tarder à changer de régime. D’ici quelques heures. J’espère alors pourvoir me reposer un peu. Il y aura moins de bruit dans le bateau. Thomas, je le gère forcément. A ce stade de la course, c’est important de regarder ce qui se passe derrière. Il faut observer chaque classement. Jouer au chat et à la souris avec un adversaire sur la fin, ça peut être marrant en tirant des bords dans les îles. J’espère qu’il y aura de la visibilité. Pour faire le tour de la Guadeloupe, on devrait avoir du vent de sud sud-ouest. C’est un peu inhabituel, notamment pour aller chercher la bouée de Basse-Terre. »

Francis Joyon : « En ce moment ce n’est pas simple : il y a des vents qui changent de direction et qui sont très forts. C’est très dur à gérer. Là, je suis aux écoutes et j’essaie de progresser au mieux sur la route. Le but est de contourner la petite bulle devant nous. Il y a encore des cartes à jouer et mon but est de tenter des coups… »

Yann Guichard :« C’est un peu chaud, mais ça va ! J’ai de l’air de travers avec de la mer et depuis samedi, il y a des grains assez violents. C’est très irrégulier et ce n’est pas de tout repos. Je me suis fait prendre cette nuit par un nuage : c’est passé de 5 nœuds à 43 nœuds. J’ai pris deux ris dans la grand-voile avec le foc de brise, mais c’était un peu limite. Les grains ne sont pas gros et ne préviennent pas. Nous ne pouvons pas les voir sur les images satellite. Dans mon Ouest, Francis Joyon a dû aussi passer une nuit difficile parce que la zone orageuse est assez étendue. J’espère m’en sortir d’ici cinq à six heures. Jusqu’à l’arrivée, cela ne semble pas très stable même s’il y aura moins de grains. La Guadeloupe se mérite ! Depuis le départ, ce n’est pas du tout pareil que les autres éditions. Là, presque jusqu’au bout, avec cette onde d’Est ça va être très orageux. Pour moi, c’est vraiment difficile comme conditions et en ce moment au vent de travers avec de la mer, ça tape énormément. Et je dois faire pas mal de manœuvres pour que Gitana 11 ne s’envole pas quand il y a des rafales. La course n’est pas du tout passée au second plan, mais il ne faut pas oublier la sécurité. J’ai tout de même failli me mettre sur le toit la nuit dernière. Mais sous un grain, il n’y a plus que dix nœuds de vent et un quart d’heure après, il y en a 35. Je continue à faire avancer du mieux que je peux le bateau sans rien casser. Et nous ne savons pas encore à quelle sauce nous allons être mangés pour le final… Même s’il y a plus de stress à naviguer dans ces conditions instables sur Gitana 11, je suis très content du bateau. Là, je suis fatigué, mais comme tout le monde j’ai hâte que ce bord de reaching se calme pour que la mer soit moins formée. Je pourrais alors me reposer un peu car j’ai encore deux bonnes journées de course. »

Mauvais nouvelle du côté des Multi 50′, Franck Yves Escoffier sur Crèpes Whaou 3! a connu une grosse avarie, l’étrave de la coque centrale de Crêpes Whaou ! s’est brisée juste en avant de la cadène de solent  ) sous l’effet des chocs répétés avec les vagues alors que Franck-Yves naviguait sous grand-voile à 2 ris et ORC.
Le morceau d’étrave d’environ un mètre de long se trouve plié à 90 degrés et freine considérablement le bateau. Le malouin va  donc rejoindre la Guadeloupe à vitesse réduite en tentant de préserver son bateau, il perd donc toute chance de figurer sur le podium de cette Route du Rhum.
Franck-Yves Escoffier, joint ce soir :
« C’est difficile à vivre, surtout que cette Route du Rhum représente de longs mois de préparation. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer. Il n’y avait rien sur l’étrave car je n’étais pas sous gennaker. C’est sans doute sous la pression des paquets de mer reçus par le travers que l’étrave a fini par céder.  J’ai terminé la réparation de fortune. Je progresse à 7 nœuds mais avec une étrave carrée, ce n’est pas très pratique. J’ai rempli le ballast arrière pour soulager l’avant du bateau. Il y a toujours 30 nœuds de vent et quatre mètres de creux ».

© AFP

Yves le Blévec se retrouve donc en tête de la course en Multi 50′ avec 200 milles d’avance sur Lalou Roucayrol et Philippe Laperche, tous deux sur la route nord, leurs positions devraient rapidement être menacées par le groupe de sudistes constitués entre autre de Loic Fequet et Lionel Lemonchois quisemblet les mieux armés pour aller chercher un podium.

Cammas prend la tête

Après un peu plus de 48h de course, Franck Cammas sur son trimaran Groupama 3 a pris l’avantage dans la catégorie Ultime, son option sud semble pour l’instant porter ses fruits, en effet le contournement de l’anticyclone des Açores par le sud lui permet de poursuivre sa route au portant à plus de 20 noeuds alors que Thomas Coville (Sodeb’O) et Sidney Gavignet (Oman Air Majan) progressent désormais au près à moins de 15 noeuds, ces deux concurrents devraient rapidement perdre leurs 2nde et 3ème places au provisoire au profit de Francis Joyon( Idec) et Yann Guichard (Gitana 11), eux aussi sur la route sud à respectivement 160 et 200 milles du leader.

Si Franck Cammas réussi à accrocher les alizés, il pourrait accroitre son avance, son bateau étant stable dans ces conditions et peu volage (par rapport à des bateaux plus légers comme Gitana 11).

© Yvan Zedda

A noter dans cette catégorie l’hélitreuillage de Bertrand Quentin sur Côte d’Or II, le skipper qui avait souffert de lourds problèmes de santé quelques mois avant le départ de la course, il a été évacué en fin de matinée suite à des douleurs thoraciques et une fatigue grandissante, un remorqueur a été affrété afin de tenter le sauvetage de l’ancien bateau d’Eric Tabarly, abandonné sous voiles.

Côté 50′, la situation est sensiblement la même que dans la catégorie Ultime, Lionel Lemonchois sur Prince de Bretagne sur la route nord tente un recadrage afin de se recaler par rapport à la dorsale pour bénéficier ensuite d’un vent de travers, Franck Yves Escoffier (Crèpes Whaou 3!) et Yves le Blévec (Actual) sur la route sud progressent à plus haute vitesse en contournant l’anticyclone des Açores.

© Marcel Mochet

Extraits des vacations des Multi 50′ :

Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne) : « Ca se passe plutôt pas mal. C’est une belle journée avec un grand soleil. Je suis au près, le vent monte et c’est humide. Ca tape mais on va vers du beau ! J’ai tiré un petit bord pour me recaler du bon côté de la dorsale. Et puis le vent avait pris un peu de gauche donc c’était l’occasion de le faire. »

Yves Le Blévec (Actual) : « J’étais avec Franck-Yves Escoffier au passage d’Ouessant, j’ai mal manœuvré mais j’ai fait quelques bêtises et maintenant, il a peu filé devant. Il creuse un peu l’écart. Pour l’heure, je ne peux rien dire sur mon choix. On verra ça dans quelques jours ou à l’arrivée. Je regarde évidemment les autres au nord mais je n’y peux pas grand-chose. Je reste concentré sur ma trajectoire. Le bateau va bien. Les conditions étaient dures avec du vent et de la houle, ce n’était pas confortable mais il fallait aller vite. On est en course quand même ! On est en train de traverser l’anticyclone, ça mollit et c’est assez pénard. Cela permet en tous les cas de se mettre dans l’ambiance du bord, de se reposer et de manger. On a beau être prêt et entraîné, c’est vraiment deux jours après le départ qu’on rentre véritablement dans la course. »

Bien qu’aujourd’hui l’avantage semble être au sud, rien ne permet d’affirmer qu’une des routes soit plus favorable que l’autre, les nordistes étant sur une route plus proche de l’orthodromie et pourraient si le passage de dorsale est rapide bénéficier de vent de travers, les sudistes ont pour l’instant une progression plus rapide mais ils rallongent la route en contournant l’anticyclone.

A suivre demain…

La Route du Rhum 2010 est lancée

Le départ de la Route du Rhum-La Banque Postale 2010 a été donnée aujourd’hui à 13h02 au large de Cancale, dans un flux très modéré d’une dizaine de noeuds.

84 bateaux et skippers se sont élancés vers la Guadeloupe dont neuf multicoques « géants » dans la catégorie Ultime et douze dans la catégorie Multi 50′.

C’est Franck Cammas sur Groupama 3 qui s’offre les honneurs de la ligne devant Sidney Gavignet sur Oman Air, Franck Cammas conservera la tête à la la marque de parcours située au Cap Fréhel devant Gitana 11 et Oman Air Majan.

Yann Guichard empannait juste après la bouée, tout comme Sodebo et Idec, Cammas et Gavignet prolongeaient leur bord d’environ 3 milles, depuis deux options semblent se dessiner, Thomas Coville (Sodeb’O) et Sidney Gavignet (Oman Air Majan) ayant choisi une route nord, Franck Cammas (Groupama 3) et Yann Guichard (Gitana 11) ont des routes parallèles plus près des côtes au sud, Francis Joyon sur Idec parti sur la route nord a empanné avant le dernier pointage pour se recadrer vers le sud, le reste de la flotte ayant choisi une option intermédiaire.

©AFP

Du côté des multis 50′, sans surprise, on retrouve les trimarans de dernière génération aux avants postes, Yves le Blévec sur Actual était le premier sur la ligne avant que Franck Yves Escoffier (Crèpes Wahou 3!) ne revienne sur lui et ne passe la bouée du Cap Fréhel en tête (et en 6ème position, devant certains bateaux de la catégorie Ultime), les deux adversaires ne se quitteront plus jusqu’au dernier pointage du soir en suivant une route identique, Lionel Lemonchois sur Prince de Bretagne ayant choisi une route plus nord.

Deux événéments nautiques ce week end

Deux événements à ne pas rater ce week end !

Le premier en Normandie à partir de vendredi, à Fécamp, le Trophée des Multi 50′, qui accueillera les trois trimarans de 50′ de dernière génération à savoir Crèpes Wahou ! 3 skippé par Franck Yves Escoffier qui affrontera son rival Yves le Blévec sur Actual, et un retour sur le circuit de Prince de Bretagne, désormais barré par Lionel Lemonchois, ce trophée permettra aux skippers de comparer les performances de leurs bateaux avant la Route du Rhum

Second événement, Happy Baie, à la Trinité sur Mer, ce nouveau rassemblement mêlera concerts et régates en baie de Quiberon, plusieurs classes de bateaux s’affronteront lors des régates : Class 40, IMOCA et maxis multicoques.

Le plateau des maxis multicoques sera composé de : Sodeb’O (Thomas Coville), Idec (Francis Joyon), Gitana 13, Gitana 11 ( Yann Guichard), Oman Air Majan (Sidney Gavignet).

Sidney Gavignet décroche s’adjuge le record des îles britanniques

Sidney Gavignet, le skipper du trimaran Oman Air, qui s’alignera sur la prochaine Route du Rhum a battu le record autour des îles britanniques mardi après 4 jours, 15 heures, 9 minutes et 47 secondes à 16.081 noeuds de moyenne.

Il bat ainsi le précédent record, détenu par Thomas Coville en solitaire sur son 60′ ORMA Sodeb’O en 2006 de plus d’un jour et demi, il décroche également le record « absolu » puisque le skipper français a également battu le record de Playstation en équipage de plus d’une demi heure.

Bien que son bateau soit  moins sophistiqué qu’Idec et que son sistership Sodeb’O, Sidney Gavignet fait, suite à cette performance, figure d’outsider pour la Route du Rhum.

© Lloyd Images/ Oman Sail

A lie, une interview du skipper sur Ouest France

Idec remis à l’eau

Francis Joyon a remis son trimaran Idec à l’eau, après quatre mois  de chantier dans le chantier Marsaudon à Lorient, le but était d’améliorer le bateau avant la Route du Rhum, que disputera le skipper.

La principale modification de ce chantier dhiver a été l’installation de foils, qui devraient améliorer sensiblement les performances du trimaran comme l’explique Francis Joyon : « globalement, le bateau ‘monte’ sur ces appendices, ce qui réduit le frottement et dans certaines conditions, le gain de vitesse est très important : 4 à 5 nœuds ».Thomas Coville, skipper de Sodeb’O, quasi sistership d’Idec a aussi adapté ces appendices à son maxi trimaran.

Autre amélioration côté voiles Idec disposera cette fois d’un jeu flambant neuf et  d’une grand voile à corne permettant de gagner 30m² de toile

Année chargée pour Thomas Coville

Thomas Coville, le skipper du maxi multicoque Sodeb’O, a dévoilé son programme pour la saison 2010, et celui-ci s’annonce chargé.

En effet, le skipper devrait effectuer deux tours du monde, la Route du Rhum, et une traversée de l’Atlantique en mode record.

Pour commencer : un tour du monde en équipage sur Groupama 3 dans le cadre du Trophée Jules Verne si une fenêtre météo s’ouvre avant le 5 février (dead-line pour le départ du trimaran de Franck Cammas).

Ensuite Thomas Coville repartira sur son  Sodeb’O : trimaran solo de 105′ sur plans Irens/Cabaret. Il s’alignera de nouveau sur le parcours de la Route de la Découverte (Cadix-San Salvador) à partir du 3 mai, le skipper connait bien ce record puisqu’il l’a repris à Francis Joyon l’an dernier et qu’il en avait été détenteur avec son 60′ ORMA, de plus il lui servira d’entrainement pour la Route du Rhum : « Si j’ai choisi ce parcours, c’est aussi parce que grosso modo c’est celui de la Route du Rhum, ce qui m’offre un galop d’essai grandeur nature sur un trajet qui ressemble fort à celui sur lequel je vais me confronter quelques mois plus tard. Je ferai par contre le retour en équipage pour tester les pilotes automatiques. » Cette tentative de record sera également le premier test de validation des foils, pour lesquels le bateau est actuellement en chantier.

En novembre, il s’alignera sur la Route du Rhum-La Banque Postale face à d’autres maxis trimarans (Idec, Groupama 3, Gitana 11…), avant de repartir pour un nouveau tour du monde en solo.

Les explications du skipper : « Nous avons en effet mis à profit une année 2009 pas très sportive pour entamer une large réflexion sur l’évolution du bateau et notamment sur la mise en place de foils, quelque chose qui me titillait depuis la mise à l’eau en juin 2007.  Simplement en ajoutant des foils, on a déroulé une pelote qui a une incidence sur tout le comportement du bateau, sur son équilibre. Cela ira jusqu’à modifier ma façon de naviguer. Nous devons aussi anticiper sur les réactions des pilotes et repenser le plan de voilure. »