Sodeb’O en stand by à Brest

Deux mois après la Route du Rhum et après un chantier, Sodeb’O a rejoint Brest pour le début de son stand by.

L’objectif de Thomas Coville est de battre le record autour du monde en solitaire détenu par Francis Joyon, reste à attendre une fenêtre météo pour s’élancer autour du monde, la problématique est la même pour son voisin de ponton, Banque Populaire 5 qui est amarré dans le Port du Chateau depuis plus de deux mois.

A lire sur Ouest France, les interviews de :

Pascal Bidégorry, skipper de Banque Populaire 5, qui évoque ce stand-by et un possible départ dans la semaine

Fred le Peutrec, détenteur du Trophée Jules Verne sur Groupama 3 et chef de quart sur Banque Populaire 5

Départ possible pour Banque Populaire 5

Le team Banque Populaire a annoncé aujourd’hui son passage en code orange pour le Trophée Jules Verne, c’est à dire un départ possible demain, cependant la fenêtre n’est pas idéale et l’équipage qui se réunit ce soir à Brest décidera du départ ou non en concertation avec les routeurs.

Ronan Lucas, Team Manager du Team Banque Populaire  :  » Nous surveillons une fenêtre depuis plusieurs jours. Cette fenêtre qui présentait un scenario intéressant consistait en une dépression qui devait se déplacer vers les Canaries et qui nous permettait de profiter de ce vent fort pour descendre vers l’équateur, avec un peu d’Alizés et dans des temps inférieurs à 6 jours. Or depuis hier soir cette dépression ne vient plus aussi rapidement vers les Canaries ce qui nous oblige à faire plus de route pour toucher les vents portants de cette dépression. De plus le vent entre cette dépression et l’équateur commence nettement à s’affaiblir. Donc si cela reste tel quel, nous accumulerions dès le début trop de retard. Il est donc possible que nous décidions de ne pas prendre le départ, car la fenêtre n’est pas, à l’heure actuelle, celle que nous attendons. Néanmoins il reste encore un espoir de retrouver le scenario d’hier et de passer en code vert. C’est pour cette raison que nous serons tous à Brest ce soir pour étudier les derniers fichiers météo et prendre une décision. Ce qui est sûr, c’est que nous avons tous très envie de partir ».


A lire :

– L’interview du skipper Pascal Bidégorry sur Sports.fr

-L’interview de Fred Le Peutrec, chef de quart et barreur sur Voile-Multicoques.com

Oman Air Majan en chantier à Lorient

La plate forme et le flotteur tribord d’Oman Air Majan sont arrivés par cargo à Lorient la semaine dernière. Le bateau skippé par Sidney Gavignet lors de la Route du Rhum avait été remorqué jusqu’à Horta aux Açores suite à la rupture du  bras de liaison tribord.

Photo : Vivien Gautier

Ce plan Irens/Cabaret, sistership de Sodeb’O va entrer en chantier chez Marsauson Composites pour tenter d’analyser les causes de l’avarie, avant d’être remis en état (le bateau est assuré ce qui permet à Oman Sail de lancer ces coûteuses réparations).

Aucune information n’a filtré sur le programme du trimaran à sa sortie de chantier.

Photo : Vivien Gautier

Chavirage de Région Aquitaine-Port Médoc

La triste série se poursuit dans la classe Multi 50′, avec le chavirage de Région Aquitaine-Port Médoc, qui avait fini a une belle 2nde place sur la Route du Rhum.

Lalou Roucayrol, le skipper était accompagné de trois équipiers, l’équipage qui effectuait le convoyage retour depuis la Guadeloupe a chaviré à environ 1000 milles des côtes américaines.

Ils avaient initialement trouvé refuge à l’intérieur du trimaran, mais la porte de coque centrale a cédée du fait des vagues, ils ont alors trouvé refuge sur la coque centrale du bateau avant d’être secouru par un cargo, qui les déposera à Gibraltar samedi, aucun des hommes d’équipage ne souffre de blessures graves.

Une balise a été déclenchée sur le trimaran, sa récupération est loin d’être assurée.

Fred Le Peutrec : « J’ai rêvé d’une Coupe en multicoque »

Fred Le Peutrec a de nouveau accepté de répondre aux questions de Voile-Multicoques, apportant un éclairage sur sa nouvelle tentative sur le Trophée Jules Verne, sur la Coupe de l’America etc.

Tu es déjà détenteur du Trophée Jules Verne avec l’équipage de Groupama 3 depuis l’hiver dernier ; qu’est ce qui t’as poussé à repartir sur une nouvelle tentative cette année avec Banque Populaire ?

 

C’est tout simplement ce genre de navigations, qui sont très rares, associées à des bateaux comme Groupama 3 ou Banque Populaire V qui sont des protoypes uniques, donc j’en profite pendant qu’il y a des bateaux qui sont armés pour ce type de navigations.

 

 

Mais aussi parce que Pascal (Bidégorry) me l’a proposé. Après être revenu avec Groupama je me disais qu’il était dommage d’imaginer que je ne serai peut être plus amené à revivre un tour du monde sur ce type de bateaux, parce qu’évidemment des projets comme le Jules Verne avec des bateaux construits uniquement pour ça sont des projets coûteux et de longue haleine.

Je ne vois pas un projet naître rapidement après celui de Banque Populaire, donc je n’ai pas hésité longtemps après la proposition de Pascal.

 

Quels sont les différences entre ces deux maxis trimarans (Banque Populaire V et Groupama 3) ?

 

Banque Populaire 5 est un peu plus grand , un peu plus lourd, il a plus d’inertie, le bateau demande donc plus d’anticipation, plus de bras, avec des temps de manoeuvres un peu plus longs que ceux de Groupama 3.

BP5 a un gros potentiel, comparable si ce n’est un peu supérieur, au moins pour ce qui est d’entretenir une vitesse moyenne, c’est un bateau plus constant en vitesse que ne l’est Groupama 3, sans doute par un effet de masse et de longueur associée.

Le bateau a certes moins navigué, mais comme le cabinet d’architecture (VPLP) et de calcul de structures sont les mêmes, toutes les évolutions et les constats de faiblesse de Groupama 3 ont été transféré à Banque Populaire, le bateau a donc bien évolué depuis sa mise à l’eau même s’ il y a eu moins de navigations accumulées qu’avec Groupama 3.

 

 

Concernant le comportement à la mer du trimaran et les performances pures, j’ai du mal à en juger, il faudra attendre d’être en « situation réelle » .

Dans peu de vent et de mer, le bateau avance très convenablement, il n’y a pas de quoi rougir ou avoir un blocage psychologique par rapport aux performances de Groupama.

Dans le contournement d’anticyclones, je ne pense pas que le bateau soit aussi arrêté que ce que je pensais l’année dernière, bien évidemment ceci repose sur des valeurs relatives, il n’y a jamais eu de bord à bord avec Groupama 3,

Est ce qu’on se permettra de passer dans une mer plus formée, un peu plus vite avec ce bateau, là où nous étions « limites » avec Groupama 3 ?

Cette hypothèse reste à prouver, solliciter le bateau sur un tour du monde est toujours difficile étant donné qu’il s’agit d’une épreuve de longue haleine.

 

© Yvan Zedda

 

Le bateau est un peu plus haut sur l’eau, le cockipt plus protégé, Banque Populaire 5 sera-t-il plus « confortable » que ne l’était Groupama 3 pour un tour du monde?

 

Vraisemblablement, la hauteur du bateau et les protections de cockpit vont dans le sens d’un peu plus de confort, ce qui nous permettra peut être d’attaquer un peu plus, mais le confort est très lié à la vitesse.

Comme ce sont des bateaux très rapides, il paraît justifié de se protéger parce que c’est sollicitant, mais ça ne sera jamais le confort d’un 4 étoiles.

 

Le multicoque revient sur le devant de la scène avec le passage de la Coupe de l’America sur des catamarans, penses-tu que ceci va relancer le multi (MOD, Multi 50′, Extreme 40, support olympique…) ou au contraire focaliser les teams autour de ce seul événement ?

A mon sens, ceci va surtout faire venir des gens aux multis, alors qu’ils étaient depuis longtemps concentrés sur un système de monocoques, je pense qu’une fois qu’ils auront mis le pied à bord, ils auront du mal à en débarquer.

L’épreuve reine médiatiquement et financièrement parlant devenant une épreuve en multicoques profitera à tout le monde, et peut possiblement favoriser le retour des multicoques aux Jeux Olympiques. Ce passage de la coupe de l’America au multi rendrait encore plus illégitime le fait de ne plus avoir de support multicoque aux JO.

 

© Gilles Martin Raget

 

 

Le fait que des marins formés à la Coupe de l’America depuis des années, et qui sont les vraies notoriétés mondiales de la voile, passent au multi va les convaincre définitivement, j’en ai fait l’expérience avec Grant Dalton sur The Race, il n’avait de cesse de dire à l’arrivée que c’était la plus belle navigation autour du monde qu’il ait faite.

Autant ils avaient peut être une réticence à venir dans un système qui avait évolué en France et dans lequel ils se sentaient probablement en retard, autant là, le multi va vers la Coupe et rejoint leur système avec de grosses équipes, du match racing etc. Selon moi, c’est un pas plus facile vers le multicoque pour eux.

 

Pour la course océanique, les Multi 50′ se développent en ce moment, le MOD pointe le bout de son nez, on verra comment ces séries vont se stabiliser, mais je pense que ceci sera favorable aussi pour ces bateaux,

Ce support permet d’entrevoir une autre manière de naviguer, d’utiliser la météo différemment, tout ça est logique, la voile reste un sport mécanique, je ne vois pas quel pilote auto ne rêve pas un jour de faire de la F1.

 

Que penses-tu des gréements des futurs AC72 et AC45 (des ailes rigides) ?

 

En terme d’aérodynamique, les ailes sont magnifiques, les bateaux qui en sont pourvus sont ceux qui sont les plus pointus à régler, les plus efficaces en rendement par rapport au vent.

On l’a vu lors la dernière coupe avec des vitesses réelles atteintes jusqu’à cinq fois la vitesse du vent pour BMW Oracle, dans des vents faibles, c’est colossal, c’est forcément beaucoup de finesse, de technologie, de plaisir, de précision, de développement et de mise au point.

 

 

© 34th America's Cup

 

Malgré tout les ailes rendent l’utilisation du bateau complexe, parce qu’il faut mâter/démâter tous les jours, ceci demande une logistique assez lourde, et donc du temps et des moyens pour développer plusieurs ailes, bien évidemment,

 

C’est intéressant, j’imagine que les voiliers ne sont pas forcément contents, d’un point de vue technologique les voiliers seront magnifiques, au sens propre, avec beaucoup de finesse, de légèreté, de précision, d’aisance.

 

 

Tu fais partie des spécialistes du multicoque, as-tu déjà des contacts avec d ‘éventuels teams pour cette 34ème Coupe de l’America ?

 

Des contacts directs non, j’ai des connaissances qui font partie des équipes, avec lesquelles elles sont en train d’établir un plan d’attaque, et je sais que de temps en temps elles pensent à moi, je sais qu’il n’y a rien d’acté.

Je suis plutôt concentré sur mon tour du monde avec Banque Populaire et on verra après.

 

D’ici là les équipes seront un peu plus organisées. Cela me plairait beaucoup de participer à un projet, dans un rôle proche de la performance, de la barre, ça représente une synthèse entre tout ce que j’ai fait.

 

J’ai rêvé d’une Coupe en multicoque, parce qu’originellement, c’est un défi entre deux bateaux les plus rapides de la planète, le système avait évolué par la force des choses vers quelque chose d’un peu archaïque avec des bateaux qui valaient des fortunes pour déplacer le plus vite possible 23 tonnes de plomb. Tout ça ne me paraissait pas cohérent avec la Coupe et encore moins avec ce que l’on vivait dans les grand prix en championnat ORMA, lorsque l’on était entre 11 et 13 bateaux au départ, ce qui me paraissait plus prometteur que la Coupe sur des ACC à l’époque.

 

Ma vision de la coupe ce sont des bateaux ultimes, très rapides, très efficaces pour faire de la régate, et le catamaran,dans la version qui a été retenue le sera forcément, j’en suis donc très content.

Je pense aussi que ça remettra le multicoque en selle pour les jeux (ce qui est quasiment assuré suite à une décision de l’ISAF qui prône le retour d’un catamaran de sport à équipage mixte).

 

 

Tu participais au Championnat Julius Baer l’année dernière sur le D35 SmartHome, il semble que les bateaux seront amenés à courir quelques épreuves en Méditerranée, que penses-tu de cette évolution ?

 

Ce ne sont certes pas des bateaux faits pour les grosses vagues, mais il y beaucoup de plans d’eau qui peuvent les accueillir en été. Le bateau navigue correctement avec un ris-solent jusqu’à 22-23 noeuds, il y a donc une possibilité de faire des régates en mer.

 

 

Tes projets pour l’année prochaine ?

 

Au retour de Groupama 3 l’année dernière, j’avais envie de régates au contact, je pense que ça sera encore plus le cas après le Jules Verne avec Banque Populaire, les projets viendront donc en fonction des opportunités qui me seront offertes.

Les systèmes qui existent actuellement, que ce soient les circuits Extreme 40 ou D35, s’inscriront forcément dans le programme des équipes qui participeront à la Coupe, pour faire naviguer les marins, les habituer au multicoque, apprendre des réflexes de positionnement tactique, de barre, de réglages etc.

Je pense que ces deux circuits verront arriver des équipages de Coupe de l’America l’année prochaine.

Il y aura aussi l’AC45, mais je pense que la plupart ne se priveront pas de venir naviguer le plus tôt possible sur les séries qui existent déjà, on l’a vu avec les néo-zélandais qui ont participé à la dernière étape des Extreme Sailing Series.

Clap de fin sur la Route du Rhum

Il ne reste à l’heure actuelle que quelques concurrents en mer, la Route du Rhum 2010 est donc quasiment terminée, le bilan est assez mitigé en classe Multi 50′ avec l’abandon de deux des favoris, Franck Yves Escoffier sur Crèpes Whaou 3! et Yves le Blévec sur Actual, ces deux skipper qui faisaient course en tête ont été contraints de se retirer de la course suite à la perte de l’étrave sur Crèpes Whaou 3 et à la casse sur le bras de liaison tribord sur Actual, les deux marins ont cependant réussi à sécuriser leurs trimarans avant l’arrivée de leurs préparateurs qui les ont rejoint pour consolider celles-ci et rallier la Guadeloupe.

Dans cette classe, le grand gagnant est Lionel Lemonchois qui s’offre un doublé suite à sa victoire en classe ORMA en 2006, il revient de loin puisqu’il était prêt à abandonner en début de course suite à la rupture de son lashing de grand voile et une montée en tête de mât, il a ensuite remonté la flotte pour s’adjuger la première place devant Lalou Roucayrol qui accède à un premier podium sur son bateau Région Aquitaine-Port Médoc, Loic Fequet prend la troisième place sur Maître Jacques (ex Crèpes Whaou 2!) pour sa première course en solo.

© Marcel Mochet

En classe Ultime, Franck Cammas sur Groupama 3 a dominé la course dès le départ, et a su conserver son avance sur ses poursuivants les plus dangereux, à savoir les deux spécialistes du solo sur leurs plans Irens : Francis Joyon (2nd sur Idec) et Thomas Coville (3ème sur Sodeb’O), Yann Guichard sur Gitana 11 n’a pas pu profiter du potentiel de son bateau et termine 4ème devant Philippe Monnet, Gilles Lamiré et Servane Escoffier.

© Yvan Zedda

A lire, l’avis de Fred Le Peutrec (skipper de 60′ ORMA, barreur sur Groupama 3 et Banque Populaire 5) sur le plateau de la Route du Rhum en classe Ultime, cette réponse est extraite d’une interview accordée par le skipper à Voile-Multicoques avant lé départ de la Route du Rhum et qui sera publiée dans quelques jours.

Le plateau de la Route du Rhum est assez hétéroclite en classe Ultime, qui te semble le mieux armé pour cette course ?

Le problème de cette Route du Rhum c’est qu’il n’y a pas deux bateaux comparables et qu’en fonction de la météo certains bateaux seront plus performants sur certaines séquences de la course, il ne faudra pas juger les performances instantanées. Ce n’est pas parce qu’un bateau dominera en sortie de Manche qu’il glissera bien dans les Alizés, ou dans un contournement d’anticyclone.

En dehors de l’aspect bateau il y a aussi le skipper qui le fait marcher. Ceux qui sont le plus expérimentés sur leurs bateaux, Thomas (Coville sur Sodeb’O) et Francis (Joyon sur Idec) ont une carte à jouer. Pour Franck sur Groupama 3, le bateau est absolument génial et désormais adapté au solo. Avec une grosse perte de poids, et son petit mât il est encore plus rapide qu’il ne l’était dans la brise, il y a moins de trainée. Si les séquences sont assez longues et ne demandent pas trop de manœuvres, je pense que Franck ira très vite en vitesse pure.

Pour Gitana 11, c’est un bon canot mais qui reste très étroit, qui monte vite sur une patte, il faudra donc gérer le latéral. Il faudra pouvoir barrer longtemps pour le maitriser, ce qui impliquera de l’épuisement. Le bateau me paraît très rapide dans certaines conditions, mais ce ne sont pas les conditions classiques d’une Route du Rhum, ce seront plutôt les conditions légères qui lui seront favorables.

Route du Rhum

Yann Guichard sur Gitana 11 a pris la 4ème place de la Route du Rhum-La Banque Postale 2010 en catégorie Ultime en arrivant à Pointe à Pitre jeudi après 11 jours, 11heures 56 minutes de course.

L’interview du skipper à son arrivée :

Quel premier bilan tires-tu de ta première transatlantique en solitaire ?
« J’ai pris beaucoup de plaisir, même si c’était particulièrement rude sur l’eau. Et s’il fallait repartir aujourd’hui, je le ferais avec grand bonheur. Certes j’ai un petit goût d’inachevé car je n’ai pas l’impression d’avoir fait de grosses erreurs. Surtout de terminer aussi loin derrière les trois premiers, alors que j’ai toujours été dans le match jusqu’à la mi-parcours… En fait, plus tu étais derrière, plus tu perdais des milles, ce qui semble aussi le cas pour les autres catégories. Les calmes qui se sont installés durablement sur les Antilles ont radicalement changé le visage de la course. À un moment, Francis était même en passe de devancer Franck Cammas. J’ai appris beaucoup de choses sur moi durant cette transat et notamment à repousser mes limites, à mieux me connaitre en fait ! »

Peux-tu revenir sur les conditions météorologiques qui ont caractérisé cette neuvième édition de la Route du Rhum-La Banque Postale ?
« Les conditions au moment du départ étaient assez classiques derrière un front, avec un flux de Nord-Ouest fort dans le golfe de Gascogne, qui s’est transformé en alizé portugais après le passage du cap Finisterre. En revanche au niveau des Açores, la situation est devenu atypique puisqu’il n’y avait plus du tout d’alizés sur la route du Sud mais des zones de grains et de calmes à traverser. Ce n’est pas très commun surtout que les orages étaient très actifs pendant quatre jours ! Il était vraiment difficile voire impossible de prévoir les choses avec certitude après les Açores.»

Tu as parcouru plus de 800 milles en sus par rapport à la route directe, mais surtout, les conditions météorologiques ont été radicalement différentes à quelques milles près…
« Il y a eu beaucoup de phénomènes locaux, mais il y a toujours des passages à niveau dans les courses océaniques. Cette fois, c’était après les Açores où je suis resté planté dans des calmes : il n’y avait ensuite plus moyen de revenir… Je l’ai encore en travers de la gorge cet arrêt, parce que sur les fichiers météo, ce n’était pas prévu du tout comme cela ! Surtout que j’étais alors positionné devant Francis Joyon.»

La faute à pas de chance ?
« Non, mais il certain que la victoire se joue toujours avec une part de chance. J’avais le trimaran le plus extrême de la flotte par sa réactivité, mais il manquait de longueur par rapport aux conditions de mer que nous avons connues.»

Comment gère-t-on des zones de grains aussi longues ?
« On ne dort presque pas ! De jour, tu arrives à les appréhender, mais la nuit, parce qu’il n’y avait pas de lune, c’est impossible. Quand le vent passe de cinq nœuds à 35 nœuds en quelques minutes, cela demande d’être toujours présent sur le pont, d’être hyper réactif. Surtout avec Gitana 11 qui a conservé son comportement de 60 pieds Orma, a contrario des autres grands trimarans qui étaient plus stables et donc qui pouvaient encaisser ces variations de brise avec plus de sécurité. Je devais naviguer sous-toilé entre les grains la nuit pour ne pas risquer de chavirer. »

Comment gère-t-on quand un concurrent s’échappe dès le premier jour ?
« J’étais confiant sur la suite puisque logiquement, il devait y avoir moins de vent pour le final. Mais je savais dès le départ et surtout après la première nuit, qu’il serait quasiment impossible de revenir sur Franck Cammas. Son bateau allait vraiment très vite et s’il ne rencontrait pas de problème, il avait victoire assurée. Mais il restait la deuxième place… »

Et ces trois derniers jours où tu n’as pas été épargné par la météo ?
« Ce sont les pires de ma carrière sportive à ce jour ! Même quand j’ai terminé quatrième aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, j’ai vite digéré. Là, je crois que ce sera un peu plus long. Tu termines ta course quasiment en convoyage car il n’y a plus d’enjeux sportifs: tu subis sans rien pouvoir faire.»

Gitana 11 était un bateau bien adapté à ces conditions météorologiques atypiques ?
« Bien sûr ! Si le passage du front s’était passé aussi bien que pour Francis, nous jouions la deuxième place. Il fallait être dessus, mais il était tout à fait dans le match même si tu ne vis pas la même course que tes concurrents. Je n’ai quasiment pas dormi quatre nuits sur les six premiers jours. Et tout le temps en combinaison sèche… Je ne pouvais de toute façon pas me reposer par tranche de plus d’un quart d’heure.»

De bons souvenirs tout de même ?
« Pleins ! Avant le front au milieu de l’Atlantique par exemple, j’étais bien revenu en prenant même la deuxième place. Cette course m’a beaucoup plu parce que le défi était intéressant. Se battre face à de grands marins sur des bateaux au potentiel différent. Chacun avait ses arguments, ce qui rendait le challenge très ouvert et nous a proposé une course à rebondissements. Et c’était super avec Sylvain Mondon de Météo France et Billy Besson à terre. Il n’y a pas une édition de la Route du Rhum qui soit pareille et c’est ce qui fait la beauté de cette grande couse! Je suis très content d’avoir amené de l’autre côté de l’Atlantique ce beau bateau qu’est Gitana 11. Le bateau était parfaitement préparé et il arrive à Pointe-à-Pitre en super état. Après cette course, je sais ce qu’est une transat en solitaire, j’ai vraiment envie d’y retourner. Et si ce soir on me proposait de signer pour la prochaine édition, je dirais oui tout de suite ! »

© AFP

Sont toujours en course dans cette catégorie : Philippe Monnet qui devrait arriver demain et Servane Escoffier et Gilles Lamiré qui se livrent un duel pour la 6 et 7ème place au sud des  Caraibes.

En catégorie Multi 50′ Lionel Lemonchois a prise l’avantage sur Lalou Roucayrol, les deux skippers évoluent à moins de 200 milles de la Guadeloupe à petite vitesse dans des vents de moins de 10 noeuds.

Franck Yves Escoffier abandonne, Lionel Lemonchois à la poursuite de Lalou Roucayrol

Franck Yves Escoffier, skipper de Crèpes Whaou 3! a annoncé aujourd’hui son abandon, en effet le malouin a été obligé de faire marche arrière au moteur pendant une heure, afin de tenter une réparation de fortune sur son étrave comme il l’explique : « Le premier jour, j’avais le moral dans les chaussettes. Puis j’ai dormi pour prendre du recul. Il fallait rendre le bateau étanche. La pompe m’est restée dans les mains…J’ai décidé d’attaquer par l’intérieur. J’ai rampé jusqu’à l’étrave en passant les cloisons les uns après les autres. Heureusement que je n’ai pas trop mangé car avec 5 kg de plus ça ne serait pas passé !!! Je suis arrivé jusqu’à la cloison de solent, ouverte. Et là, ça faisait une belle baie vitrée avec vue sur la mer ! J’en rigole mais c’est triste à voir. J’ai rentré le gennaker mètre par mètre, j’ai tassé, je l’ai rentré en force pour faire un gros bouchon. Puis par l’extérieur,  j’ai mis mes sacs à voiles et mon sac étanche Cotten pour protéger. J’ai tout sanglé. Ça devrait tenir. Pour l’instant je marche à 7 nœuds car il n’y a pas trop de mer et peu de vent. Je descends un peu pour anticiper la bascule de vent dans 48 heures. »

© AFP

Du côté d’Yves le Blévec, la situation s’est aussi améliorée, après avoir consolidé le bras de liaison, le skipper du trimaran Actual a lui aussi réussi à maitriser la voie d’eau sur la coque centrale de son bateau  :

«  Après 12 heures de séchage, je me suis décidé à tester la réparation entreprise hier pour tenter de boucher la fuite d’eau responsable de toute nos misères. Une plaque de monolithique, une latte de GV débitée en fagots, un peu de tissus de carbone, de la résine époxy qui prend sous l’eau… Et voilà le résultat : c’est sec. C’est une grande nouvelle parce que le bateau est maintenant beaucoup plus léger et la structure, bien malade, est considérablement moins sollicitée. Ça va dans le bon sens. Il faut imaginer que le niveau d’eau était quasiment à la lisse longitudinale, et que le volume total était d’environ 4 m3, bref, je viens de diviser par deux le déplacement du bateau. Bon, il reste deux ou trois porosités et une partie bien fragile en avant du pansement posé. Je ne me sens plus dans une situation critique, je me sens super bien en mer seul sur mon bateau. Je m’occupe, je me sens totalement vivant avec lui, j’aime être sur l’eau. Je suis assez souvent à l’intérieur parce qu’il fait vraiment très chaud à l’extérieur. La vie est simple à bord, je fais ce que je veux et si je veux prendre mon repas en commençant par le dessert, je le fais ! Hier un cargo m’a croisé et nous avons conversé durant 10 minutes. Il voulait savoir ce que je faisais là, il n’en revenait pas que je sois en course en solitaire et que je répare seul. C’est bientôt la flotte des 40 pieds qui va me rattraper ! Il est évident que je fais tout pour aller jusqu’au bout et mon objectif est maintenant d’être arrivé pour la remise des prix. »

Un catamaran de croisière rapide a été affrété conjointement par les deux sponsors afin d’apporter un éventuel soutien matériel aux skippers et un ravitaillement, le bateau devrait rejoindre les deux trimarans dimanche, Yves le Blévec choisira alors entre une assistance et un abandon ou de poursuivre sa route de façon autonome.

Côté course, Lalou Roucayrol sur Région Aquitaine-Port Médoc pointe ce soir en tête devant Lionel Lemonchois sur Prince de Bretagne, le vainqueur de la route du rhum 2006 a réussi à reprendre plus de 200 milles au leader en quelques jours, il pointe désormais à 50 milles de Lalou Roucayrol qui sait que sa position sera difficile à tenir face à un trimaran nettement plus performant, comme il l’explique :

« Jusqu’à maintenant ça allait super bien, mais là ca vient de tomber subitement. L’arrivée va être vraiment très compliquée. C’est vraiment ambiance Pot au Noir. Il a vraiment beaucoup plu ce matin, il y a des gros nuages, le ciel est très gris. Je surveille Lionel (Lemonchois) mais on n’a pas les mêmes bateaux et dans ces conditions, c’est un peu le jeu du chat et de la souris ; c’est bataille jusqu’à l’arrivée. Là par rapport à 2002, je suis dans des conditions différentes, avec des bateaux différents. Mais chaque Route du Rhum est belle et c’est la force de cette course. Je marche à 4 nœuds. Mais il y a 15 minutes j’étais encore à 17 nœuds. Je vais batailler, ce n’est pas de tout repos car il faut aller relancer, chercher les bordures de grains ».

© AFP

Francis Joyon et Thomas Coville complètent le podium en classe Ultime

Francis Joyon a pris la seconde place de la Route du Rhum – La Banque Postale 2010 mercredi à 2h52, Thomas Coville complète le podium

© AFP

Les interviews des skippers à leurs arrivées :

Francis Joyon :

« Je me sens bien. Je suis content d’arriver là. J’ai eu du mal pendant le tricotage autour de l’île. Il y avait du petit temps, il a fallu tirer beaucoup de bords, le tour de la Guadeloupe a été très long. J’avais connu pire en 1990 où j’avais dû mettre 18h. Là, ce n’était quand même pas aussi long. »

« On avait anticipé avec Jean-Yves Bernot (son routeur météo, ndlr) cette hypothèse (le retour par le sud, ndlr) pour essayer de revenir au contact avec Groupama 3. J’étais un peu désespéré au début de l’option car le risque de calme était prévu sur l’arrivée, pas au début de l’option. Et je me suis retrouvé encalminé pendant huit heures au début. Ce qui fait que j’étais assez inquiet sur la suite des opérations. Cette option s’est avérée hyper bonne, mais elle n’a pas permis de revenir sur Groupama 3 comme cela aurait pu être le cas si je n’avais pas passé 8h arrêté dans une houle très forte. Il y a d’ailleurs plein de trucs qui ont cassé à ce moment-là tellement la houle était forte. Je n’ai pas le sentiment d’avoir joué un mauvais tour à Thomas. J’étais déjà deuxième lorsque j’ai tenté mon option vers le sud. La facilité aurait été de rester dans la même position.

Difficile ?

Oui, la réponse est oui.

Physiquement ?

Il faut vraiment être à fond tout le temps. En fait, un trimaran, c’est une salle de muscu qui dure 24h/24. Et en  plus il faut réfléchir pour ne pas se perdre dans la nature. Ça fait beaucoup de choses à gérer.

Quel goût cette 2e place ?

J’en suis content. J’ai compris rapidement que Franck avait un avion. Ce n’était plus du domaine du nautisme. Dès le premier jour, il nous a collé 100 milles. Mes ambitions de victoire ont été un peu amoindries à la suite de cette envolée. Mais quand je vois que vous êtes tous là, oui, je réalise que ça doit être important. En plus, on me donne du rhum !

Surpris par Groupama 3 ?

Je pensais qu’il avait un potentiel important. Mais un tel décalage par rapport à nous, je ne m’y attendais pas.

Accueil

J’ai eu un accueil chaleureux à toutes les éditions de la Route du Rhum. C’est une île géniale, où les gens sont vraiment géniaux.

Retour en course après des années de chasse aux records

C’est presque plus fatiguant que les records. A certains moments, c’était plus dur qu’un record. J’ai passé au moins quatre nuits blanches totales. En record, on arrive toujours à trouver un peu de sommeil. En course, quand il y a des candidats collés à soi, il faut vraiment être à bloc.

La vie à bord

Il faut être un peu fou pour venir naviguer sur ces machines. Il faut avoir une case mal rangée quelque part je pense ! Mais on ne peut pas modifier ce qu’on a dans la tête, il faut vivre avec. J’ai trouvé le moyen à travers le multicoque d’assumer mes défauts…

Thomas Coville :

Le sentiment qui domine après cette troisième place ?

« Il y a un Monsieur qui est parti il n’y a pas longtemps, qui s’appelait Michel Malinovski et qui a écrit un livre qui s’appelle « Seule la victoire est jolie ». C’est ce qu’on va chercher dans le Rhum, à chaque fois.  Ce n’est pas de l’orgueil que de dire ça, mais dans la machine naturelle de l’homme, la victoire fait partie de ce qu’on va chercher.

Franck est un très beau vainqueur, avec une très belle équipe. C’est moins difficile de se battre contre quelqu’un qu’on connait et qu’on respecte. C’est une superbe année pour Franck et son bateau est fantastique. Je savais que dans notre mano a mano, il fallait autre chose pour faire la différence.

© Yvan Zedda/Sodeb'O

Quand as-tu compris que la victoire s’envolait ?

« On a fait un choix il y a deux jours, on était à moins de 200 milles de Franck , il y avait un décalage qu’on pouvait encore jouer en essayant de prendre l’intérieur dans une bulle. On s’est dit : « Si ça marche, on peut encore attaquer Franck. Si ça ne marche pas, on perd la deuxième place ». J’ai préféré être à l’attaque tout le temps, jusqu’au bout. Dans l’attitude qu’on avait avec Sodebo dans cette Route du Rhum, on était vraiment dans la philosophie de Malinovski. Le plus dur c’est de s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner.

L’avarie de grand-voile ?

« On l’a caché jusqu’à maintenant mais je suis monté trois fois dans le mât aux Açores. La drisse de la grand-voile est tombée, je me suis retrouvé avec la grand-voile sur le pont et je n’avais qu’une drisse. Normalement avec ce genre d’avarie sur un Ultime, c’est l’abandon. En fait, je m’y suis collé et j’ai réussi la première fois à monter 30 mètres sur les 35, à remettre une drisse et à renvoyer. Sur toute la suite de la course, on n’avait pas besoin de la grand-voile haute. Ca ne m’a pas beaucoup handicapé sauf en termes de fatigue. Après j’ai fait deux tentatives de nuit et je ne suis pas arrivé à remonter en tête de mât pour remettre la drisse. Je n’avais jamais fait l’expérience de monter seul en tête de mât, de nuit. Ce qui m’a décidé à arrêter, c’est d’avoir perdu ma frontale. Je me suis retrouvé dans le noir et j’ai eu un petit moment de doute sur le fait de savoir si j’allais réussir à redescendre et comment j’allais réussir à le faire. Je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d’avoir à vivre ce genre de scénario. Sur la fin, c’est sûr que ça m’a handicapé. Mais la deuxième place ne s’est pas jouée là, elle est dans l’option qu’on a pris pour essayer de faire l’intérieur à Franck. Par contre ça prend beaucoup d’énergie et de mental. J’ai une telle osmose avec mon bateau, que je le sentais blessé et que j’avais besoin de le soigner. En dehors de ça, je n’ai eu aucun souci à bord.

Faire la différence avec Groupama 3 passait forcément par une autre route ?

« Pour l’avoir pratiqué tout l’hiver dernier, je savais que ce bateau, au portant notamment, serait imbattable ; d’où notre attitude de faire un choix de route différent des autres et de le pousser jusqu’au bout. Il faut rappeler qu’au départ, tous les routeurs poussaient pour cette voie Nord. On a choisi de tout de suite s’engager sur cette route sans considérer que je pouvais me préserver. Quand on a vu que Groupama 3 était parti de l’autre côté, on s’est dit que c’était l’opportunité de faire la différence et de peut-être le battre. Cette route n’était pas pour faire dans la demie mesure. Faire une Route du Rhum par la face Nord en Ultime, c’était pour ceux qui avaient envie d’y aller.

La machine Groupama 3 a été mise au point en 5 ans par une très belle équipe, sans doute l’une des plus belles du monde. C’est sûr que la largeur et la hauteur de franc bord donnent une qualité de vie qu’on ne peut pas avoir sur Sodebo. C’est un avantage indéniable, pour autant quand j’ai croisé Franck, j’ai eu le sentiment qu’il était soulagé que ce soit fait et qu’il n’avait pas envie d’y retourner demain matin.

Des regrets par rapport à cette route Nord ?

« Je ne pense pas que cette route était nulle, sincèrement on ne s’y serait pas engagé sinon. Je pense effectivement que le jeu a été beaucoup perturbé sur la fin, ce qui n’a pas rendu l’arrivée optimale. Depuis deux jours, j’ai refait cette Route du Rhum dans tous les sens. Je n’étais pas là pour faire troisième, j’étais là pour la gagner.

Des moments de plaisir ?

« Quand on se donne autant et avec autant de cœur, forcément il y a des émotions. J’ai un super souvenir en particulier et même l’équipe derrière moi m’a demandé de me calmer un peu. J’ai fait un bord sous gennake, avec un ris, à plus de 30 nœuds. J’avais de l’adrénaline plein les veines. C’est à moi et personne ne pourra me le prendre et je vis pour ça.

Gagner la Route du Rhum ?

« J’en rêve, mais je vais me consacrer à un autre programme très prochainement. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la niaque que cette course m’a donné me donne encore plus envie d’aller me battre seul autour du monde. Pour ça rendez-vous cet hiver à Brest ! »

Le prochain à franchir la ligne d’arrivée dans quelques heures sera Yann Guichard sur Gitana 11, le skipper du Gitana Team qui partait sur le trimaran (modifié) vainqueur de la précédente édition, a souffert sur la fin du parcours avec des vents très faibles :

« La fin approche et c’est avec bonheur que je prends ça car la fin a été longue et difficile. Ça a été les trois jours les plus durs depuis que je fais du sport. Il n’y a rien à faire, la messe est dite et j’ai passé trois jours avec un vent pile dans l’axe, au ralenti. Ce sont les aléas de la course au large mais ça été rude en plus de voir les copains arriver, c’est bien pour eux mais c’est un coup dur. » Extraits de la vacation du jour du skipper de Gitana 11, à quelques heures de son arrivée…

C’est une super expérience en tout cas, je n’avais jamais traversé l’Atlantique en solo, les conditions étaient quand même difficiles avec des moments chauds. Je suis un peu déçu car je ne l’ai pas fait avancer comme je voulais au portant avec de la mer, sans trouver les bons réglages. Pour cette édition, le bateau était un peu petit vu les conditions. Tu subis un peu la météo, ces trois jours incessants avec des grains et peu de vent…. Le solitaire, ça m’a plus, j’ai eu le temps de faire mon bilan, j’ai envie d’y retourner car j’ai un goût d’inachevé. J’ai pris beaucoup de plaisir pendant la transat. Quand je serai encore plus reposé, je ferai le bilan mais dans 4 ans je prendrais bien le départ si je peux. C’est sûr que ce n’est pas simple, mais là, j’ai 14 nœuds donc c’est bien. J’arrive à la pointe de la Guadeloupe. J’ai tiré sur les réserves, je me suis fatiguée mais j’ai récupéré un peu grâce aux 3 jours mous. Ça a été difficile pour les trois devant, ils ne se sont pas ménagés non plus. L’exercice du solitaire en multi, c’est extrême. On doit nous prendre pour des kamikazes, mais je ne suis pas un casse-cou, je me donne des limites, mais tu prends du plaisir à naviguer sur ces bateaux. Aujourd’hui j’ai vraiment repoussé mes retranchements, on apprend à se connaître ! J’aimerais bien ne pas passer trop de temps avec 3 nœuds de vent ! Une arrivée à 17h heure locale ce serait super ! »

Cammas vers la victoire, avarie pour Yves le Blévec

Sombre série pour les Multis 50′, après Franck Yves Escoffier qui a vu son étrave s’arracher, c’est au tour d’Yves le Blévec, autre favori à la victoire d’être victime d’une grosse avarie.

En effet, Yves le Blévec déplore une casse sur la crosse du bras de liaison avant de son trimaran Actual, les explications du skipper :  » J’ai cassé le bras de liaison. Ça a démarré vite. Au fur et à mesure qu’on avançait, la mer se creusait et le bateau sautait beaucoup sur les vagues. Ça ne m’empêchait pas d’aller vite. Il y avait des chocs importants. Il y avait entre 22 et 23 nœuds de vent cette après-midi. Je me disais que j’allais moins vite… Mais il fallait calmer le jeu. Pendant la nuit  la situation était plus problématique. Ça a démarré par une panne électrique. Le bras s’est fissuré et de l’eau est rentrée dedans. Ca a commencé par une panne de pilote et, en faisant demi-tour j’ai entendu un gros bruit, j’ai refait route, j’ai entendu encore beaucoup de bruit à l’arrière : ça a dû générer des déformations dans le bras arrière. Voilà le scénario qui a duré environ un quart d’heure.

Il y a beaucoup de questions mais pas beaucoup de réponses et… le bras reste quand même cassé : la structure est largement entamée et j’ai dû organiser une cellule de survie. J’en saurai plus demain quand j’évaluerai l’avarie ; est-ce réparable ? Je ne suis pas en danger mais mon bateau l’est… Là il faut que je sois extrêmement prudent.

Aujourd’hui je suis obligé d’assurer ma sécurité mais je ne m’inquiète pas : avec les balises et la communication je ne serai pas perdu au milieu de l’Atlantique. La mer s’est calmée parce que j’ai orienté le bateau. En réalité il y a encore beaucoup de mer mais vu ma position je n’entends plus les grincements que j’entendais avant… »


Il semblerait que l’origine de cette casse soit un choc ayant entrainé une voie d’eau dans la coque centrale, entrainant une panne de pilote, le bateau ayant ensuite décroché et serait retombé brutalement dans une vague provoquant la casse de la crosse. Yves le Blévec a entrepris de consolider le bras de liaison avec les moyens du bord.

Tout comme son malheureux adversaire, les skippers cherchent des solutions avec leurs équipes techniques et les architectes des trimarans (VPLP pour Crèpes Whaou et Guillaume Verdier pour Actual), afin de rejoindre la Guadeloupe en limitant au maximum les dommages.

Franck Yves Escoffier, skipper de Crèpes Whaou à la vacation :

« Vu comme ça s’aggrave, j’ai beau tourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas trop comment faire avec mes petits bras. Il faut éviter la voie d’eau mais aussi essayer de ne pas trop abimer d’avantage l’étrave. Je travaille actuellement avec les architectes et le chantier.

Le problème est que je ne trouve pas de solution pour le moment. Mettre une voile ? Oui, mais il y a de l’eau à l’intérieur… Je suis donc plus ou moins en stand by. Je progresse à 1,9 nœud. A ce rythme là, il faudra 25 jours pour rentrer donc ça ne va pas être évident.  Je continue à réfléchir à une solution qui va me permettre d’avancer au moins à 4 ou 5 nœuds.

Il manque entre 120 et 150 centimètres d’étrave sur toute la hauteur. Je ne vais pas reboucher ça avec des torchons et des serviettes. La coque s’épluche tranquillement mais sûrement… Dès que j’ai un peu de vitesse, ça rentre d’autant plus. A 1200 milles de toute terre, c’est difficile. Pourtant j’étais prudent, je n’avais rien sur l’étrave, j’ai tiré vraiment normalement sur le bateau. Je m’attendais à tout mais pas à ça… »

Franck Cammas devrait en toute logique remporter la Route du Rhum-La Banque Postale 2010 sur son maxi trimaran Groupama 3, il se trouve ce soir à 163 milles de Pointe à Pitre avec 261 milles d’avance sur le second, Thomas Coville sur Sodeb’O.

© Yvan Zedda

Le trimaran vert est attendu sur la ligne d’arrivée  demain matin, Thomas Coville a d’ores et déjà félicité son adversaire, mais il s’attend à un final à suspense pour le gain de la deuxième place avec Francis Joyon, Sodeb’O devrait arriver par le nord de l’ile, alors qu’Idec arrivera par l’est, pour l’instant Thomas Coville possède une avance d’environ 50 milles sur Francis Joyon, Yann Guichard ne devrait pas pouvoir se mêler à la lutte pour le podium étant empêtré dans une zone de vents erratiques, comme l’explique le skipper :  » Tout va bien à bord de Gitana 11 : il n’y a pas beaucoup d’air ce matin, mais je sors enfin des grains. Le dernier est à vingt milles dans mon Nord : j’ai été éclairé toute la nuit par la foudre ! J’ai longé une ligne de grains et j’ai réussi à passer au travers, mais c’était impressionnant ces éclairs partout. C’était ambiance Pot au Noir, avec des vents très instables. Maintenant, ça va mieux, mais il reste deux jours et demi de mer dans du petit temps, jusqu’à l’arrivée. Pas beaucoup de répit ces derniers jours, juste de petites plages de repos par-ci par-là. Ce n’était pas simple de dormir avec les orages. J’ai passé quatre heures avec zéro nœud de vent et j’étais obligé de tenir la barre parce qu’il y avait encore de la mer. Comme Gitana 11 est large et bas sur l’eau, il se fait balader par les vagues et il faut essayer de le guider au mieux pour qu’il ne souffre pas. C’est assez frustrant quand le bateau se met à l’opposé de la marche et ça met du temps pour le remettre sur le bon chemin. Mais Thomas et Francis ont dû aussi connaître ces moments »