Grosse activité à la BSM de Lorient

La BSM connait une activité intense en cette fin de mois de mars, plusieurs bateaux sont en chantier : celui de l’Hydroptère semble toucher à sa fin, Banque Populaire 5 est au sec devant le hangar du team, l’équipe technique s’affaire sur le bras arrière, le trimaran devrait être remis à l’eau fin avril.

Le chantier de l’ex Gitana 13 est terminé, le catamaran a été transformé en bateau de grande croisière (biminis, annexe, aménagements intérieurs…) , il est désormais à l’eau dans le port de Lorient et est baptisé Swift.

Gemini 3, le catamaran de Roman Paszke est amarré sur le même ponton,  le skipper polonais qui devait s’élancer sur un tour du monde semble peiner à trouver un budget pour ce projet.

Le 60′ ORMA, ex Sensations a été remis à l’eau hier, il naviguera dès le mois de mai en Méditerranée, sous les couleurs d’Atheos (qui exploitait l’ex Gitana 10).

L’autre événement à la BSM  reste le lancement du 1er MOD, le trimaran de Steve Ravussin a été mis à l’eau lundi, le baptême officiel   aura lieu ce soir devant la Cité de la Voile à 20h30, le MOD70 devrait effectuer ses premières navigations la semaine prochaine.

Thomas Coville en avance

Le skipper de Sodeb’O a effectué une belle remontée le long des côtes sud américaines, ce malgré une étrave tribord endommagée, le gain se porte à 900 milles en une semaine, il a compté jusqu’à 220 milles d’avance sur le record de Francis Joyon.

Cette avance s’est nettement réduite ( 30 milles ce soir) depuis l’entrée du trimaran rouge dans une zone de transition après avoir traversé une dépression orageuse, grâce à  une « aile de mouette » au large des côtes brésiliennes qui lui a permis d’aborder au mieux cette dépression. Thomas Coville est de nouveau sur la bonne amure, le flotteur endommagé étant au vent. Les trois prochains jours devraient se faire dans un vent moins soutenu et au près, l’avance devrait donc se réduire jusqu’au passage de l’équateur.

Thomas Coville passe le Horn avec 680 milles de retard

Thomas Coville est passé ce mardi 8 mars à 12h24 heure française à environ 200 mètres du Cap Horn, en même temps que Neutrogena, 60′ IMOCA engagé sur la Barcelona World Race.

Le trinitain aura mis 38 jours, 16 minutes et 32 secondes de mer et  parcouru19 186 milles parcourus à la moyenne de 21,03 nœuds pour franchir le Cap Horn, le retard sur le temps de référence  était de 680 milles soit 2 jours et 11 heures.

Depuis la Tasmanie, Thomas Coville aura mis 10 jours, 16 heures et 49 minutes pour rallier le Horn, soit 2 heures et 23 minutes de plus qu’Idec, l’objectif de moins de 1000 milles de retard est donc atteint pour le skipper, qui devra néanmoins cravacher sur la remontée de l’Atlantique pour rejoindre Brest avant le 28 mars à 1h.

Pas de nouvelle tentative pour Banque Populaire V

Le maxi-trimaran Banque Populaire V, de retour à Lorient depuis dimanche dernier après une première tentative avortée de Trophée Jules Verne, ne repartira pas pour une nouvelle tentative cet hiver.

Malgré ce problème, le trimaran semble être en relatif bon état, comme le confirme  Pierre-Emmanuel Hérissé, responsable technique du Maxi Banque Populaire V  : « Le bateau est revenu dans un super état général, mais le contrôle supplémentaire que nous devons faire sur ce bras, associé aux contraintes météos dues au début de l’hiver dans l’hémisphère sud ne va pas  permettre  de repartir dans les délais que nous nous étions fixés. On doit donc se laisser un peu plus de temps que prévu, c’est une décision collective prise avec les architectes. »

Pascal Bidégorry et son équipage ne reprendront donc leur stand-by qu’à partir de novembre 2011, ils profiteront de ce délai supplémentaire pour multiplier les navigations d’entrainement.

Thomas Coville gagne 150 milles

Thomas Coville a plongé au sud pour éviter des vents violents, sa route au sud de celle de Francis Joyon lui a permis de regagner plus de 150 milles sur le temps de référence.

Sodeb’O a retrouvé des allures portantes, malgré tout, le skipper a du effectuer de nombreuses manoeuvres pour maintenir au mieux le trimaran sur sa route malgré une mer croisée, qui plus est Thomas Coville doit redoubler de vigilance puisqu’il navigue dans une zone où ont été signalés des growlers, comme l’explique le routeur Christian Dumard :  « Tom navigue entre deux zones. Il passe dans le Sud d’un iceberg de 5 kilomètres qui s’est fragmenté et dont les fragments ont dérivé vers l’Est et au Nord de deux icebergs détectés à 415 milles dans le Sud-Est du bateau. »

Banque Populaire V à Lorient

Le maxi trimaran Banque Populaire V  a rejoint son ponton à Lorient ce matin, Pascal Bidégorry et ses 13 hommes d’équipage sont donc de retour après leur tentative avortée de Trophée Jules Verne, suite à une collision avec un OFNI.
Pascal Bidégorry espère repartir après un check-up du bateau et les réparations suite à la casse de la dérive, le bateau devrait être prêt dans une dizaine de jours.

Pascal Bidégorry, skipper – hors quart

« On a poursuivi notre travail sur ces 15 jours retour. On s’était fixé comme objectif de continuer à naviguer comme si on était en record… notamment dans l’organisation du bord, dans le prolongement de ce qu’on a fait sur les douze premiers jours de course. C’était important, il ne fallait pas s’arrêter et garder la même dynamique.

Le bateau est bien, c’est un fait, tout le monde le dit, mais je me suis régalé à naviguer avec l’équipage à bord. Je pense qu’on a tout pour réussir ce projet comme il faut. On a fait une trentaine de jours de mer. c’est sûr que ça va nous servir énormément, qu’on revient beaucoup moins bête qu’on est parti ! Les gars du team ont fait un travail énorme et on a tous un peu grandi. On a appris à vivre ensemble dans la performance du bateau. Vivre ensemble à 20 nœuds et vivre ensemble à 35 nœuds, ce n’est pas pareil. Dans la gestion du record, j’ai essayé d’apprendre en regardant les autres et en voyant l’intelligence avec laquelle ils ont mené leur bateau et leurs hommes. On voit que ce n’est pas simple. On n’a pas cassé le bateau. On a bien navigué. On a tapé quelque chose mais on n’a pas fait d’erreur.

On espère repartir. Il y a dix jours de travail sur le bateau. Il faut faire un check complet parce qu’on a quand même navigué 30 jours sur un multicoque de 40 mètres.

Juan Vila, navigateur – hors quart

« C’était une très belle expérience, très intense avec des moments hauts et des moments bas, comme toujours dans ce type de course. Tout allait vraiment bien. C’est dommage mais on espère y retourner très vite. Dans mon rôle de navigateur, j’ai forcément passé beaucoup de temps à l’intérieur, en faisant un peu une régate virtuelle sur l’ordinateur. Mais j’étais aussi sur le pont pour toutes les manœuvres, pour aider. Ca m’a permis de voir les deux volets de cette navigation et donné l’envie de repartir. Je sais qu’après une journée à terre, je serai en train de regarder les fichiers et de me dire : quand est-ce qu’on y retourne? ».

Yvan Ravussin, Chef de quart (Quart n°1) :

« Pour cette première tentative, on a fait un super début de course.  Que ce soit sur le plan du bateau ou de l’équipage,  c’était vraiment du pur bonheur et on n’a qu’une seule envie, c’est d’y retourner ! On sait que la casse fait partie de notre sport mais je pensais vraiment être à l’abri sur ce genre de gros bateau. Même si ne c’est pas la première fois que j’effectue ce genre de réparation en pleine mer, celle-là a vraiment été la plus grosse et la plus périlleuse d’entre-elles. Mais cette première tentative nous a permis d’en savoir davantage sur cette machine et nous donne une incroyable envie de voir ce dont elle est capable sur le tour entier ».

Brian Thompson, barreur/régleur (Quart n°1) :

« Je me sens super bien et pas trop fatigué ! Nous avons convoyé pendant quatorze jours et n’allions pas aussi vite évidemment avec la dérive abimée. C’était la première fois que je naviguais aussi longtemps sur ce bateau et je dois dire qu’il a un incroyable potentiel. C’est juste dommage d’avoir heurté cet OFNI. J’étais à la barre au moment du choc, nous allions à 37 nœuds, sous un vent stable et c’était vraiment une super nuit. L’impact n’a pas été aussi violent que ça et nous ne pouvions pas imaginer la gravité des dégâts. Lorsque l’on a franchi l’équateur, j’ai fait une offrande de saucisson à Neptune, mais je ne suis pas sûr que cela ait été suffisant. Je suppose qu’il était un peu en colère que je ne lui ai pas fourni le vin français avec (rires)  !  »

Thierry Chabagny, barreur/régleur (Quart n°1) :

« Trente jours de mer sur un bateau comme ça, c’est très riche. Ils m’ont permis d’apprendre beaucoup sur l’ensemble des manœuvres, le réglage des voiles… Toutes les heures passées à la barre m’ont développé des sensibilités que je n’avais pas avant de partir. Je me suis aussi rendu compte que j’avais très envie de repartir pour essayer d’enfin boucler ce tour du monde qui nous fait rêver mais qui reste très dur. Humainement, tu te rends compte que c’est comme une petite entreprise et que des notions comme le respect et l’écoute sont très importantes. Ca s’est très bien passé entre nous. J’ai fait beaucoup de solitaire et finalement peu d’équipage. C’est intéressant de pouvoir voir dans le regard des autres ce que tu dégages. Du coup tu as souvent tendance à essayer de faire mieux, de corriger même si la vérité ressort toujours. Je pense que nous avons tous été « choisis » pour notre faculté à nous entendre avec les autres et il n’y a pas eu de problème. On a vraiment partagé chaque instant, c’était un vrai bonheur! ».

Pierre-Yves Moreau, numéro un (Quart n°1) :

« En tant que responsable technique du Maxi Banque Populaire V, je suis intervenu sur la dérive juste après le choc. On a attendu d’être dans des eaux plus calmes pour l’enlever. En la sortant on était un peu dépité parce qu’elle était très abimée, plus que ce qu’on imaginait. Il a fallu rafistoler, couper avec les moyens du bord. On en a coupé deux mètres, ce qui nous a permis de re-naviguer avec le bateau. L’équipage est bon et bien ! J’étais très heureux de mon quart, on était bien complémentaires. On s’est amusé mais c’était sérieux aussi ».

Frédéric Le Peutrec, chef de quart (Quart n°2) :

« Avoir navigué trente jours à bord du bateau et avec l’équipage, ce sont autant d’acquis pour la prochaine fois. Il n’y a pas eu de bobo, pas de plainte, on a tous été aussi déçus les uns que les autres quand le choc est arrivé. C’est rare que ce soit à la première tentative que ça passe. Ce qu’on apprend à chaque fois c’est de l’acquis nécessaire pour la tentative qui sera couronnée de succès. On n’a pas attaqué la partie dans laquelle on se fait les gros souvenirs, c’est à dire le sud. Mais c’est toujours un gros plaisir d’aller très vite avec un bateau équilibré, de se retrouver à la barre en précision avec un engin qui déboule à 37, 38, 40 nœuds au milieu de la nuit. Ce sont de vrais plaisirs. Ca s’est arrêté trop vite mais ce n’est que partie remise. Ça fait partie de l’exercice, ce n’est pas qu’une régate mais la frustration ne va pas au delà du supportable ».

Emmanuel Le Borgne, barreur/régleur (Quart n°2) :

« Le départ était super sympa avec des bonnes conditions pour arriver jusqu’au Pot au Noir. On savait déjà, bien avant d’atteindre l’équateur, que l’Atlantique sud serait compliqué mais on gardait un petit espoir que les choses s’améliorent. La casse mécanique nous a malheureusement fait revoir nos stratégies et on a dû prendre la décision de rentrer. Je dormais au moment du choc mais ce n’était pas très violent. Paradoxalement c’était un choc un peu particulier, assez transverse, qui a fait beaucoup de dégâts.
Le convoyage retour nous a tout de même permis de continuer à valider des choses, à travailler l’organisation des quarts, des manœuvres et c’est curieusement passé assez vite. En tous cas, cette première tentative est trop courte mais très concluante. On s’est présenté à la porte du grand Sud, elle s’est refermée donc on va aller vite toquer une deuxième fois ».

Erwan Tabarly, barreur/régleur (Quart n°2) :

« C’est une superbe expérience que de naviguer sur un des bateaux les plus rapides de la course au large. C’est un grand honneur et beaucoup de plaisir de naviguer avec cet équipage. J’ai profité de chaque instant comme d’un grand privilège. J’en garde de très bons souvenirs même si on aurait aimé aller au bout c’est sûr. Il faut rebondir et on ne va pas s’arrêter là. Il y aura une suite et ce sera pour la prochaine fois ».

Ronan Lucas, numéro un (Quart n°2) :

« On a passé près d’un mois en mer, je ne l’ai pas senti passer. Les quinze premiers jours c’est une succession : Les Canaries, le Cap Vert, l’Equateur, l’attaque du Sud, Sainte-Hélène… Ca va vraiment très vite et on est toujours focalisé sur le coup d’après. C’est vraiment rapide. Après il y a la déception de se dire que le record est fichu pour cette première tentative. C’est beaucoup d’énergie pour un aléa qu’on ne maîtrise pas. On n’a pas eu de réussite cette fois-ci, la prochaine fois on l’aura. On a des satisfactions ; le bateau va vite, l’équipage est compétent. Au moment où on a abandonné on avait 400 milles d’avance alors qu’on avait une météo plutôt moyenne. Il y a de la déception parce qu’il y a eu beaucoup d’énergie des sportifs sur l’eau, de l’équipe technique et du sponsor qui nous soutient depuis longtemps. Tout le monde y croit. On a juste touché du doigt les moments mythiques d’un tour du monde et on aurait aimé aller plus loin ».

Jérémie Beyou, chef de quart (Quart n°3) :

« Le principe du convoyage est de ne pas trop pousser la machine mais en même temps on a envie de voir certaines choses. Toute la question a donc été de savoir où on plaçait la barre. C’était intéressant de voir comment faire avancer un bateau vite, le plus proche possible de ses capacités maximales mais en tenant compte de ce problème de dérive, pour voir comment on s’en sort et enregistrer ces données là. Ce convoyage nous a permis de discuter plus avec les autres et notamment ceux des autres quarts qu’on a beaucoup croisé. Ce facteur humain est sur le dessus de la pile des critères de réussite ».

Kevin Escoffier, barreur/régleur (Quart n°3) :

 » C’était super ! On a vu que le bateau allait vite et j’ai pris énormément de plaisir. Après un an et demi comme ça, ça fait vraiment du bien de partir enfin. C’est forcement décevant de s’arrêter à cause de la dérive car à part ça le bateau était nickel. C’est la fatalité, un impondérable de notre sport et on doit faire avec.  Il faut se faire une raison mais surtout prendre les points positifs : à part la dérive, le bateau est très propre après trente jours de mer. Bien évidemment on aurait préféré aller plus loin mais cette première tentative est une expérience supplémentaire importante pour un futur départ. Ce qui m’a le plus marqué sur la traversée sont les deux premiers jours. On avait déjà une envie folle de partir naviguer, mais on a surtout eu de super conditions pour bien carburer. J’en garde de magnifiques souvenirs avec de superbes heures de barre ».

Xavier Revil, barreur/régleur (Quart n°3) :

 » Tout d’abord c’est la première fois que je passe autant de jours en mer et je dois dire que ça m’a bien plu ! J’ai même très envie d’y retourner. Tout s’est super bien passé et je suis très vite rentré dans mon rythme de quart. La première nuit était un peu difficile mais tu t’acclimates vite à la vie du bateau et ça me donne beaucoup de confiance pour la suite. Pour mon premier passage de l’équateur, on a fait une petite fête. On est très concentré dans la course et cela a permis d’avoir un moment de convivialité tous ensemble.

L’avitaillement dont j’étais en charge s’est très bien passé. On n’a manqué de rien mais ce n’est pas facile de satisfaire tout le monde en terme de goût. On a appris pendant ces trente jours et c’est comme pour le bateau, il y aura des améliorations à apporter et des ajustements à faire. Mais tout le monde était content. C’est le plus important. »

Florent Chastel, numéro un (Quart n°3) :

 » Il n’y a vraiment eu que du positif sur ces treize jours de course, mis à part le choc avec l’OFNI. Le plus impressionnant sur ce bateau c’est sa capacité à afficher de superbes moyennes dès qu’il y a un peu d’air. Même si la météo n’a pas toujours été très favorable, on a quand même réussi à bénéficier de pas mal d’avance sur les temps du record. C’était une bonne session qui ne se termine pas comme on l’aurait souhaité mais il faut maintenant tout mettre en ordre et essayer de repartir le plus vite possible. En tous cas, le bateau a largement le potentiel pour décrocher ce Trophée ».

Sodeb’O passe Bonne Espérance

Thomas Coville navigue dans les 40 ème depuis trois jours, le skipper de Sodeb’O maintient un retard au alentours de 1100 milles depuis son contournement de l’anticyclone de Saint Hélène.

Les conditions ont radicalement changées depuis l’entrée dans le grand sud, comme l’explique le skipper : « Ce n’est que le début. J’entre dans le vif du sujet. Le temps est désormais grisâtre, il pleut et il commence à faire froid. J’ai d’ailleurs vu mon premier albatros. »
« Jusqu’à 25 nœuds de vitesse, tu gères bien. Tu es dans le bon « range », dans la bonne cadence. Au delà, quand il y a 45 nœuds de vent, c’est épuisant pour le bateau comme pour l’homme. Quand ça cogne, on se demande ce qui va lâcher. C’est stressant d’avoir toujours ça en tête. Tu n’es jamais totalement serein. »


Des conditions éprouvantes pour Thomas Coville mais également pour le bateau, notamment lorsque le skipper doit laisser son trimaran sous pilote pour s’offrir un peu de repos : « Cette nuit, je me suis couché épuisé et je me suis offert plusieurs tronçons de sommeil. C’est un exercice difficile de s’endormir. Tu vas te coucher. Tu te mets dans ta bannette avec un sac de couchage humide sur toi. Tu sens alors le bateau qui va tout seul, tu écoutes la chaîne des efforts, des petites pièces qui travaillent. Le bateau avance tout seul à 30/32 nœuds parfois. Bob, le pilote, travaille et plutôt bien d’ailleurs. Ce n’est pas facile pour lui. Il assure. Hier dans la journée, j’avais pas mal barré pour le soulager dans la mer difficile et croisée et remettre le bateau sur la bonne trajectoire quand on se faisait blackbouler par les vagues et qu’il faisait des embardées.[…] Les manœuvres se sont bien passées. Il ne faut pas oublier que c’est toujours un risque de manœuvrer quand on navigue sur des bateaux de cette taille en solitaire dans de forts vents portants. En allant larguer une pièce au bout d’un flotteur, je me suis fait repousser par deux fois violemment par les vagues, jusqu’en butée de mon harnais. »

Le retard sur le temps de référence devrait rester stable jusqu’au Cap Leeuwin, puisque Francis Joyon et Idec avaient pu naviguer assez sud et à une cadence soutenue, qui plus est le skipper préfère calmer le jeu, après une nouvelle figure de style : «  A côté, le planté du départ est une plaisanterie, j’ai eu le bon réflexe de larguer l’écoute et non pas de m’en servir pour me retenir. Quand tu entres dans la vague, c’est comme dans un rêve ! »

© Sea & Co

Le bateau semble plus sensible aux départs au surf plus ou moins contrôlés avec l’ajout des foils :  « Les surfs pendant lesquels le foil génère tellement de flux que le safran sous le vent se retrouve dans la mousse et alors je ne contrôle plus. Je pars dans des surfs que je n’ai jamais connus. »

Thomas Coville préfère donc jouer la sécurité en privilégiant une route assez nord alors que les routeurs du team Sodeb’O souhaitaient faire plonger le couple skipper/bateau au sud : « Si la dépression tropicale qui vient de Madagascar et qui fout le b… sur la route descend rapidement, je ne peux plus m’échapper. Il y a des situations au-delà desquelles un gros bateau impose ses limites en solo. On a décidé d’aller chercher la dorsale anticyclonique avec le risque de se faire manger par elle. Elle devrait donner des conditions moins fortes et qu’on maîtrise. »

La longitude du Cap de Bonne Espérance a été doublée cet après midi avec un retard d’un peu moins de 48 heures.

Contournement d’anticyclone pour Thomas Coville et Sodeb’O

Comme prévu, Thomas Coville a entamé le contournement de l’anticyclone de Saint Hélène qui barre la route (directe) du Cap de Bonne Espérance au trimaran Sodeb’O, ce qui explique le retard pris sur le temps de référence de Francis Joyon, et qui s’élève ce soir à 505 milles.

©Sea&Co

Le skipper garde un cap plein sud, en jonglant avec des grains épars encore très actifs, l’objectif de Thomas et de son routeur, Thierry Douillard, est d’accrocher une dépression en formation afin de gagner le grand sud : « Le vent va mollir légèrement, mais Thomas qui a déjà bien débridé ses voiles, pourra dérouler le gennaker. L’objectif est de se positionner dans l’Est de la dépression sortant du Brésil entre le 9 et 10 février. Nous savons qu’elle va générer du vent mais les fichiers météo ne sont pas clairs sur sa circulation. »

Cependant, pour ne pas rater cette dépression, le skipper va devoir se glisser entre une dorsale anticyclonique et le front de celle-ci pour accompagner ensuite son mouvement. Comme pour tous les systèmes de transition, les prévisions ne correspondent pas toujours à la réalité sur l’eau, et Thomas devra s’adapter à la réalité du terrain et tirer au mieux son épingle du jeu au milieu de ces systèmes météo instables.

Banque Populaire 5 en route vers Lorient

Après une réparation sur le morceau de  dérive restant, l’équipage a pu prendre une route au nord afin de regagner la base de Lorient.
Les explications d’Yvan Ravussin et Pierre yves Moreau, qui ont assuré les répartions : « On étaient deux à travailler, « PYM » et moi on a beaucoup bossé et là on est un peu vannés c’est la décompression étant donné qu’on a remis la dérive ce matin à 8h. On a pas chômé mais elle est de nouveau là et on peut faire route, le travail est récompensé. Il a fallu la couper, percer, scier et faire le nécessaire pour que cette dérive nous ramène à Lorient, on l’espère. Il reste 2m sous le bateau à la place de 5m80, c’est dire que le bateau est diminué. On a fait des réparations, enfin c’est un raccommodage et on espère que cela va tenir. On ne va pas naviguer à 100% du potentiel du bateau et ne pas aller au-delà de 25 à 30 noeuds pour éviter de l’endommager encore plus qu’elle ne l’est déjà.  » 

Pierre-Yves Moreau : «  Ce qui est certain c’est qu’on ne pouvait pas imaginer rentrer dans les mers du grand sud avec un trimaran tout à fait sécurisé car là-bas c’est très dangereux et avec la dérive dans cet état, on se serait mis en danger. Il faut rentrer dans ces mers avec un bateau en bon état. On est content de pouvoir repartir avec un bateau qui est moins en risque mais dont la dérive fait maintenant 2m sur 5m80 à l’origine. On ne pensait absolument pas pouvoir réaliser une réparation si importante à bord, ce n’est jamais qu’un travail d’atelier mais avec très peu d’outils adéquats. »

Le skipper du maxi trimaran, Pascal Bidégorry  : « je ne doutais pas que la dérive pourrait être réparée et que les garçons réussiraient à le faire. Je n’étais pas inquiet. Il faut juste bien faire attention à ne pas taper quelque chose donc ne pas aller trop vite. Maintenant oui c’est cap au Nord, cap à la maison malheureusement. Cela fait 4 jours qu’on est sortis du record et pourtant je n’arrive pas à me sortir cela de la tête, c’est comme si on continuait la course. C’est difficile de tourner la page. Depuis hier, je regarde les fichiers et constate qu’on aurait eu deux jours et demi de près et après peut-être rattrapé une dépression qui nous aurait fait faire un bon bout de chemin. Il va falloir tourner la page maintenant, mais bon ça ne va pas se tourner comme cela.« 

Le skipper du maxi trimaran, Pascal Bidégorry, est bien évidemment déçu, cependant il envisage une possibilité de nouveau départ cette année :  « on va continuer à suivre la météo de près, si on a l’opportunité de bien repartir, on le fera mais on le fera bien. Une fois à Lorient, on a une dérive neuve à l’atelier, donc cela n’est pas un souci, en revanche il faut bien compter 10 jours de travail pour faire le tour du bateau car il aura fait 30 jours de mer. Il faut être certains de pouvoir repartir avec un trimaran aussi « safe » que la première fois.
On est plus dans un objectif de record. La priorité est de ramener Banque Populaire à Lorient et en bon état. Mon objectif premier maintenant est de mettre le cap au Nord. Je ne repartirai pas dans la foulée sans avoir les bonnes conditions. Ce qui fait qu’il y aura un succès dans ce Jules Verne c’est l’addition de pleins de facteurs. »


Tour de Saint Hélène pour Sodeb’O

Thomas Coville, en mer depuis 8 jours, va être contraint de contourner l’anticyclone de Saint Hélène , très actif sur l’Atlantique Sud, ce qui rallongera la route du trimaran Sodeb’O.

Le skipper  a passé l’Equateur hier en 7 jours, 2 heures, 27 minutes et 32 secondes de mer, soit une moyenne de 20,7 noeuds depuis le départ de son tour du monde en solitaire, une vitesse satisfaisante mais ne permettant pas d’égaler le temps de Francis Joyon sur Idec puisque Sodeb’O avait 9 heures et 27 minutes de retard sur Idec au passage de la latitude 0.

©Sea&Co

Thomas Coville est revenu sur sa première semaine en mer lors de la vacation d’hier, en ayant bien sûr une pensée pour l’équipage de Banque Populaire 5, contraint à l’abandon :

A l’équateur en 7 jours : « Nous venons de couper l’équateur et cela a été une semaine très riche. J’ai du mal à croire que ce ne soit qu’une semaine d’ailleurs. Quand tu utilises 24 heures dans une journée, cela multiplie forcément ce que tu peux en faire. Ce qui m’a marqué, c’est une jolie trajectoire avec des transitions bien vues et bien négociées, une mer formée et difficile à gérer entre les Canaries et le Cap Vert, puis un tronçon agréable et rapide jusqu’au 5e degrés Nord. Par contre, depuis 48 heures, c’est un peu l’enfer. On est coincé dans une zone de calme autour du Pot au Noir. C’est assez décevant d’avoir beaucoup œuvré pour que cela soit anéanti en deux jours, cela fait partie du jeu mais ce n’est jamais facile à vivre. C’est dommage de ne pas avoir un chiffre qui reflète mieux le travail fait jusqu’ici. J’ai pris un super pied à aller vite. Sodebo est un bateau sain et très tolérant. Nous avons un très beau bateau pour battre le record, encore faut-il passer entre les mailles du filet que représente de la météo. »

La traversée éprouvante du Pot au Noir : « Ce sont des endroits qui font péter les plombs. Heureusement que j’aime manœuvrer ! Hier, j’ai pris et largué quatre fois un ris, j’ai déroulé et roulé autant de fois le gennaker, idem en changements de voile d’avant. Et puis, il faut le faire dans la minute parce que t’as un nuage ou une risée. J’ai aussi cassé trois lattes et à l’échelle d’un bateau comme Sodebo, cela demande énormément d’énergie pour les remplacer tout seul. Si dans le Sud, on est mieux sur un gros bateau, là j’ai eu un moment de doute. Globalement, j’ai bien géré physiquement, je ne suis pas aussi éprouvé qu’au même endroit il y a deux ans. J’ai aussi bien mangé. Nous avons bien travaillé là-dessus et comme c’est bon, tu ne rechignes pas à te préparer quelque chose. »

La suite du parcours : « Le prochain rendez-vous météorologique, c’est Sainte-Hélène qui fait du mal aux marins ces derniers temps entre les concurrents de la Barcelona World Race (tour du monde en monocoque et en double) puis l’équipage de Banque Populaire qui est descendu le long des côtes brésiliennes pour passer sous l’anticyclone. Francis avait fait un très bon parcours et c’est un moment que je redoute forcément mais, pour l’heure, j’ai arrêté de me projeter. Depuis deux jours, je vis dans l’instant au milieu des grains dans cette atmosphère humide, nuageuse et très grise où tu es impuissant face à la beauté des éléments et au désert qui t’entoure. Il y a des énormes nuages dans lesquels tu entres comme dans un tunnel. « 

L’abandon de Banque Populaire V : « Je suis très déçu pour l’équipage de Pascal Bidégorry. Percuter quelques chose à 37 nœuds, ça doit être monstrueux, moi, j’ai eu une collision à 28 nœuds avec un groler (morceau de glace) à bord de Sodebo lors de ma première tentative (2007/2008) et j’avais trouvé cela déjà très violent mais alors à 10 noeuds de plus, c’est un choc digne d’un accident de voiture. C’est un merveilleux projet et, quoi qu’il arrive, il y aura un avant et un après Banque Populaire en terme de performance autour de la planète. Ils y retourneront et ce bateau a un tel potentiel qu’il marquera forcément l’histoire. J’ai déjà été très impressionné de leur vitesse moyenne avec peu de vent et par la vélocité du bateau en général. Pascal avait fait en plus un super équipage. Comme quoi, un tour du monde ce n’est pas anodin. Tu n’es jamais sûr de pourvoir le terminer, tu fais un pari. Je ne suis même pas sûr qu’un bateau ait réussi à battre le Trophée Jules Verne dès sa première tentative. »