Retour à New York pour Francis Joyon

Francis Joyon a découvert une fissure sur le bras de liaison avant de son trimaran Idec lors de la remontée du chenal qui le menait vers la ligne de départ du record de l’Atlantique Nord.

Le skipper pense qu’il a heurté une bouée du chenal, il a donc fait demi-tour vers la marina de Gateway, où il effectuera le travail de stratification, à priori seul, avant d’envisager une nouvelle tentative.

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.com

Départ prévu lundi pour Francis Joyon

Francis Joyon est arrivé la nuit dernière à New-York, il quittera la marina de Gateway à Brooklyn ddans la nuit de dimanche à lundi, pour unpassage de ligne prévu entre deux et six heures du matin lundi.

Le temps à battre pour cette traversée de l’Atlantique Nord (New York-Cap Lizard) en solitaire est de 5 jours, 19 heures, 29 minutes et 20 secondes, ce record appartient à Thomas Coville, qui le détient depuis juillet 2008, sur Sodeb’O.

©François Van Malleghem / DPPI / IDEC

Le marin de Locmariaquer a déjà détenu ce prestigieux record transatlantique entre 2005 à 2008, sur Idec premier du nom (ex Sport-Elec).

Cette fenêtre météo semble être la meilleure depuis six semaines, Jean Yves Bernot, le routeur du skipper d’Idec prévoit une dépression qui devrait emmener Francis Joyon des rives de l’Hudson jusqu’à l’embouchure de la Manche sur la route orthodromique, dans des vents soutenus (25 à 30 noeuds) avec une mer encore peu agitée, le routeur évalue des chances de battre ce record à 50%, en effet la fin de la tentative devrait se faire dans des vents évanescents et peut être contraires

Thomas Coville boucle son tour du monde en 61 jours 7 heures

Thomas Coville avait débuté son tour du monde en solitaire le samedi 29 janvier à 12h07’28 » , le skipper de SODEBO a franchi la ligne d’arrivée  à Ouessant aujourd’hui à 13h15.

Il boucle donc ce tour du monde en 61 jours, 7 minutes et 32 secondes de mer. Il aura mis 3 jours, 10 heures, 43 minutes et 26 secondes de plus que Francis Joyon sur IDEC en 2008 (57j 13h34’06 »), malgré tout le skipper peut avoir la satisfaction d’avoir parcouru 28 431 milles à la moyenne de 19,42 nds, soit 2031 milles de plus que Francis Joyon qui avait parcouru 26 400 milles à la vitesse moyenne de 19,11 nds.

Les premiers mots de Thomas Coville après le passage de la ligne :

Dernière nuit en mer
« La dernière nuit est toujours dense et particulière parce qu’on cumule beaucoup de fatigue. On enchaine les manœuvres, le fait d’avoir la terre proche te demande d’être encore plus vigilant. Une navigation difficile vers un point de chute qui t’impose d’être précis. Il y avait du trafic, je suis passé deux fois à moins de 50 mètres d’un cargo à une vitesse élevée. Il y avait vraiment du mauvais temps avec 5 mètres de creux et 30 nœuds de vent. Rien n’est fait tant que la ligne n’est pas franchie. »

Pudiques
« Pendant 60 jours, tu ne vois personne, tu n’entends que des voix et tout d’un coup apparait un zodiac qui sort de la brume. Il se rapproche et tu retrouves des visages familiers, ceux de ton équipe, aussi marqués que toi. J’ai craqué à ce moment là, Thierry Briend et Thierry Douillard étaient avec moi tous les jours au téléphone, ils savent ce que nous avons fait ensemble. Je me suis isolé pour reprendre mes esprits. Nous avons remis le bateau en route ensemble, nous nous sommes retrouvés dans l’action. En voyant le bateau, ils visualisent tout de suite ce qui s’est passé pendant le périple. Ils sont aussi pudiques que moi, donc ce n’était pas une grande accolade de militaire. C’était assez simple et très fort à la fois. »

Ne pas se dérober
« Les 50 premiers jours n’ont pas été faciles mais j’ai eu un réel plaisir à faire ce parcours et à y croire. La dernière semaine a été très difficile mentalement. Je voulais boucler ma trace. Et ce matin, je me suis même demandé pourquoi je passais la ligne mais j’ai été éduqué comme ça et je dédie cette ligne à mes parents qui m’ont appris que quand on commence quelque chose, on le finit même si ce n’est pas facile. Je devais boucler la trace mais je me suis fait violence. Je l’ai fait par principe, par respect… C’était se dérober que de ne pas y aller ! »

Une chance inouïe jusqu’un enfer
« Je sais que j’ai une chance inouïe de faire ce que je fais. J’ai un partenaire Sodebo qui m’a suivi dans la réalisation de ce projet. J’ai mis toutes mes tripes dans ce tour, dans cette route très engagée, très belle. Par rapport à la dernière fois, il y a eu deux changements. D’une part, dans mon approche du quotidien, je ne me suis pas focalisé sur le retard que j’avais. J’y ai cru quand nous sommes repassés devant Francis et c’est là que ça s’est dérobé. La deuxième chose, c’est que je m’étais juré que cette fois-ci, j’irais provoquer la chance ! C’est pour cela que j’ai accepté de faire des routes abjectes comme d’être au près vers les Kerguelen, c’était ma manière à moi de créer ma chance, je serais allé la chercher en enfer s’il le fallait. »

Pas d’erreur et des satisfactions
« Nous n’avons pas fait d’erreur sur la route. Quand tu tiens un projet à bout de bras et que tu en es le porte-parole, tu te sens responsable. Quand tu es seul à bord, tu ne partages ce sentiment avec personne. Il y a des satisfactions : celle de ramener le bateau en bon état, malgré mon étrave abimée, d’avoir monté cette équipe avec une ambiance et un vrai état d’esprit. Il faudrait qu’aujourd’hui je ne sois pas un compétiteur pour ne pas être déçu. On est deux personnes à bord : le compétiteur et l’aventurier ! Le compétiteur est frustré mais l’aventurier a accompli le périple. »

A lire également une interview par Philippe Eliès sur le Télégramme.com, on y apprend que le skipper ne retentera pas ce record l’année prochaine, il semblerait également que Sodeb’O souhaite poursuivre son sponsoring avec Thomas Coville.

Pas de record pour Thomas Coville

Thomas Coville est désormais résigné, il ne battra pas le record autour du monde en solitaire, qui restera, pour une année de plus, le bien de Francis Joyon sur Idec. En effet il reste 2400 milles à parcourir en 3 jours pour Sodeb’O arriver dans les temps du record, ce qui sera impossible.

Le skipper, qui avait optimisé son trimaran Sodeb’O avant cette nouvelle tentative, n’a pas démérité sur cette circumnavigation : J’ai une chance inouïe de faire ce que je fais, de m’exprimer de cette façon, d’être sur l’eau avec ce bateau et entourée par cette équipe. Techniquement, on apprend à chaque fois. On va boucler, pour la deuxième fois, un tour du monde en multicoque sans s’arrêter. Déjà, en monocoque, il n’y en a pas beaucoup qui arrivent à finir sans s’arrêter ! Physiquement, j’ai aussi l’impression de ne pas avoir subi la machine. J’ai eu le sentiment de rester maître du bateau malgré une météo à chaque fois un peu plus difficile que prévu et qui ne permettait pas de garder une gestion personnelle optimale de l’effort comme du sommeil. Je suis aussi fier de l’organisation et de la qualité du travail avec mes routeurs. Le geste est beau, la trace est belle. Le faire n’est pas l’unique moteur mais le faire proprement est important même si la récompense ultime n’est pas là. »

© Sea & Co


Il a malheureusement souffert de systèmes météo souvent défavorables, comme actuellement avec un anticyclone des Açores très actif : « Cela ralentit comme prévu, je vais avoir encore une journée délicate pour traverser cette dorsale avec des vents turbulents. Le vent vient d’ailleurs de basculer de 90 degrés. Difficile de prévoir, alors je gagne vers le Nord pour avancer et je ressens déjà la houle résiduelle des dépressions qui passent au-dessus et que l’on va chercher. »

Thomas Coville grapille malgré une étrave endommagée

Thomas Coville poursuit sa route au large des côtes sud américaines, cette remontée de l’Atlantique Sud a assez mal commencé pour  le skipper suite à une collision avec un globicéphale.

La crash box d’étrave du flotteur tribord a été endommagée dans cette collision comme l’explique Thomas Coville :

« Il y a quelques heures, j’ai senti un choc avec le bateau, un choc léger, je me suis retourné et j’ai vu un banc de globicéphales qui chassait au-dessus de l’eau. Ce sont des mammifères marins typiques de la région et donc, en percutant l’un d’entre eux, j’ai perdu un morceau de l’étrave du flotteur tribord.

J’ai du mal à vous cacher mon émotion ou mon amertume, je n’arrive pas à trouver les mots. C’est finalement l’avarie la plus injuste qui puisse arriver dans ce genre de programme. C’est quelque chose que l’on ne peut pas dominer et, pour autant, la seconde étrave du flotteur a l’air de tenir. Cela permet de garder intégrité du flotteur qui ne peut pas prendre l’eau. On avait déjà eu un problème similaire et on s’était arrêté en Afrique du Sud.


On avait un bateau en pleine possession de ses moyens, et moi, malgré la fatigue latente, j’avais la pêche, la niaque, cette nuit j’ai donné tout ce que j’avais comme toutes les autres d’ailleurs. Voilà comme des projets aussi éprouvants ne tiennent à rien, c’est un sentiment d’injustice énorme. »

Les précisions de Thierry Briend, directeur technique du team Sodebo et routeur :

« Si Thomas perd la crash box avant en mousse, il se retrouvera alors à naviguer en toute sécurité sur un second « faux nez » en carbone dont la forme « perce vague » est aussi respectée. Pour l’heure, il n’y a aucun risque que l’eau entre dans le flotteur.
L’avant de la crash box est en place mais, avec la vitesse, la mousse va partir progressivement. Dans ce cas, soit la crash box part en entier, alors Thomas naviguera avec la deuxième fausse étrave, soit elle reste et il faudra faire avec. « 

Après discussion entre l’équipe technique, le skipper, et le co-architecte Benoit Cabaret (le trimaran étant un plan Irens/Cabaret, il s’avère que cette avarie ne présente pas de danger pour l’intégrité du bateau, Thomas Coville a donc décidé de poursuivre son tour du monde, malgré un handicap en performances estimé entre 10 et 15%.

Ceci ne l’empêche pas de continuer à rattraper son retard sur le temps de référence de Francis Joyon, Sodeb’O ne concède aujourd’hui que 244 milles sur le temps d’Idec, le skipper a gagné 400 milles depuis son passage du Horn, ce qui lui laisse de fortes chances de refaire totalement son déficit avant Ouessant :

« Virtuellement, on peut encore battre le record. J’ai perdu ma dame et j’ai encore un fou qui est capable de faire échec et mat. »

Sodeb’O passe Bonne Espérance

Thomas Coville navigue dans les 40 ème depuis trois jours, le skipper de Sodeb’O maintient un retard au alentours de 1100 milles depuis son contournement de l’anticyclone de Saint Hélène.

Les conditions ont radicalement changées depuis l’entrée dans le grand sud, comme l’explique le skipper : « Ce n’est que le début. J’entre dans le vif du sujet. Le temps est désormais grisâtre, il pleut et il commence à faire froid. J’ai d’ailleurs vu mon premier albatros. »
« Jusqu’à 25 nœuds de vitesse, tu gères bien. Tu es dans le bon « range », dans la bonne cadence. Au delà, quand il y a 45 nœuds de vent, c’est épuisant pour le bateau comme pour l’homme. Quand ça cogne, on se demande ce qui va lâcher. C’est stressant d’avoir toujours ça en tête. Tu n’es jamais totalement serein. »


Des conditions éprouvantes pour Thomas Coville mais également pour le bateau, notamment lorsque le skipper doit laisser son trimaran sous pilote pour s’offrir un peu de repos : « Cette nuit, je me suis couché épuisé et je me suis offert plusieurs tronçons de sommeil. C’est un exercice difficile de s’endormir. Tu vas te coucher. Tu te mets dans ta bannette avec un sac de couchage humide sur toi. Tu sens alors le bateau qui va tout seul, tu écoutes la chaîne des efforts, des petites pièces qui travaillent. Le bateau avance tout seul à 30/32 nœuds parfois. Bob, le pilote, travaille et plutôt bien d’ailleurs. Ce n’est pas facile pour lui. Il assure. Hier dans la journée, j’avais pas mal barré pour le soulager dans la mer difficile et croisée et remettre le bateau sur la bonne trajectoire quand on se faisait blackbouler par les vagues et qu’il faisait des embardées.[…] Les manœuvres se sont bien passées. Il ne faut pas oublier que c’est toujours un risque de manœuvrer quand on navigue sur des bateaux de cette taille en solitaire dans de forts vents portants. En allant larguer une pièce au bout d’un flotteur, je me suis fait repousser par deux fois violemment par les vagues, jusqu’en butée de mon harnais. »

Le retard sur le temps de référence devrait rester stable jusqu’au Cap Leeuwin, puisque Francis Joyon et Idec avaient pu naviguer assez sud et à une cadence soutenue, qui plus est le skipper préfère calmer le jeu, après une nouvelle figure de style : «  A côté, le planté du départ est une plaisanterie, j’ai eu le bon réflexe de larguer l’écoute et non pas de m’en servir pour me retenir. Quand tu entres dans la vague, c’est comme dans un rêve ! »

© Sea & Co

Le bateau semble plus sensible aux départs au surf plus ou moins contrôlés avec l’ajout des foils :  « Les surfs pendant lesquels le foil génère tellement de flux que le safran sous le vent se retrouve dans la mousse et alors je ne contrôle plus. Je pars dans des surfs que je n’ai jamais connus. »

Thomas Coville préfère donc jouer la sécurité en privilégiant une route assez nord alors que les routeurs du team Sodeb’O souhaitaient faire plonger le couple skipper/bateau au sud : « Si la dépression tropicale qui vient de Madagascar et qui fout le b… sur la route descend rapidement, je ne peux plus m’échapper. Il y a des situations au-delà desquelles un gros bateau impose ses limites en solo. On a décidé d’aller chercher la dorsale anticyclonique avec le risque de se faire manger par elle. Elle devrait donner des conditions moins fortes et qu’on maîtrise. »

La longitude du Cap de Bonne Espérance a été doublée cet après midi avec un retard d’un peu moins de 48 heures.

Thomas Coville en approche du Pot au Noir

Le skipper du trimaran Sodeb’O poursuit sa route à bonne vitesse, après avoir doublé l’archipel du Cap Vert hier, il conserve une route plein sud en direction du Pot au Noir, avec une avance de plus de 120 milles ce soir sur le record de Francis Joyon.

Thomas Coville grappille petit à petit sur le temps d’Idec et ce malgré des conditions de mer difficiles, avec une mer courte et hachée depuis le départ, ces conditions devraient rapidement faiblir avec l’arrivée dans la zone de convergence intertropicale.

Les extraits de la vacation du jour : Si la trajectoire est jolie et le résultat satisfaisant et positif, la descente a été assez virile, dans une mer hachée avec une houle de travers qui envoyait le bateau à droite et à gauche. Pas facile dans ces conditions pour les pilotes. Il fallait faire attention de ne pas se faire piéger, ça va vite et en même temps c’est super safe, » « Cela m’inquiétait car je n’arrivais pas à m’endormir depuis deux jours. Aujourd’hui, je me sens en pleine forme. Comme quoi, on arrive vite à récupérer. »


Entrée en matière musclée pour Thomas Coville

Comme prévu, Thomas Coville a quitté le ponton du Port du Chateau à Brest ce matin et s’est dirigé vers la ligne de départ de son tour du monde en solitaire au large de Ouessant, le skipper du trimaran Sodeb’O a coupé celle-ci à 12h07’28 » heure dans un vent de Nord-Est de 20 à 25 nœuds, sous grand-voile à deux ris et « string » (petit gennaker).

Le skipper de Sodebo doit revenir couper la ligne à Ouessant avant le 28 mars à 1h40’34’’ afin de battre le temps de référence de Francis Joyon (Idec) qui est de 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes.

© Sea & Co

Les impressions du skipper avant son départ :

« Nous avons pris la décision de partir depuis deux jours et c’est suffisamment rare pour être apprécié. Partir est un moment très fort et d’en parler fait monter l’émotion. A Brest, il y a toujours du monde et même si vous partez à 4 heures du matin, il y a des gens pour y croire.
En 2008, j’ai fait 59 jours et il faut en faire moins de 57 jours et 13 heures pour battre le record. Je repars car j’ai la sensation que je suis capable de tourner autour de la planète en étant le plus rapide et pas seulement de faire le tour du monde.

Cela représente deux nouvelles années de travail et quatre ans de maturité d’un bateau que nous avons conçu pour cela. Mon principal trait de caractère est d’être pugnace, je me fais plaisir à aller au bout des choses, techniquement, physiquement et humainement.

Quand on parle d’aventure à terre, on n’aime pas ça car, dans notre métier, on essaie de prévoir l’aléatoire. Au moment du départ, on entre pourtant dans la vraie aventure, celle que l’on essaie de réduire mais que l’on va vivre malgré tout.

Je n’aurais pas accepté de repartir avec un bateau qui n’avait pas un potentiel supérieur pour réussir. Lorsque nous avons fait les routages théoriques après notre premier tour du monde et en perspective des évolutions apportées à Sodebo, c’était dans l’idée qu’avec le bateau que nous avons aujourd’hui et les mêmes conditions qu’en 2008, je pourrais aller plus vite que Francis Joyon.

L’émotion c’est de quitter mon monde de terrien pour redevenir un marin. Etre en éveil pendant 57 jours, avec un stress permanent lié à la vitesse, à l’environnement, c’est grisant même si nous allons dans un univers dans lequel nous sommes juste tolérés et quand vous êtes en symbiose avec la nature, c’est l’extase.

J’y vais parce que j’ai envie d’y aller, parce que j’ai besoin de retrouver un équilibre que je vais chercher. A l’intérieur de moi, là maintenant, je suis heureux et fier de le faire avec Sodebo.
Ce n’est jamais une routine de partir autour du monde.
Il y a sur le ponton, Michel Botillon (Mich’ Bot’) avec lequel j’ai réalisé mon premier Trophée Jules Verne (1997) et Jacques Caraès avec lequel j’ai fait mon second (2010). Il n’y a personne d’autre qu’un marin, pour juger un autre marin. Chaque tour du monde est unique et je vous raconterai celui-là à mon retour. »

Clap de fin sur la Route du Rhum

Il ne reste à l’heure actuelle que quelques concurrents en mer, la Route du Rhum 2010 est donc quasiment terminée, le bilan est assez mitigé en classe Multi 50′ avec l’abandon de deux des favoris, Franck Yves Escoffier sur Crèpes Whaou 3! et Yves le Blévec sur Actual, ces deux skipper qui faisaient course en tête ont été contraints de se retirer de la course suite à la perte de l’étrave sur Crèpes Whaou 3 et à la casse sur le bras de liaison tribord sur Actual, les deux marins ont cependant réussi à sécuriser leurs trimarans avant l’arrivée de leurs préparateurs qui les ont rejoint pour consolider celles-ci et rallier la Guadeloupe.

Dans cette classe, le grand gagnant est Lionel Lemonchois qui s’offre un doublé suite à sa victoire en classe ORMA en 2006, il revient de loin puisqu’il était prêt à abandonner en début de course suite à la rupture de son lashing de grand voile et une montée en tête de mât, il a ensuite remonté la flotte pour s’adjuger la première place devant Lalou Roucayrol qui accède à un premier podium sur son bateau Région Aquitaine-Port Médoc, Loic Fequet prend la troisième place sur Maître Jacques (ex Crèpes Whaou 2!) pour sa première course en solo.

© Marcel Mochet

En classe Ultime, Franck Cammas sur Groupama 3 a dominé la course dès le départ, et a su conserver son avance sur ses poursuivants les plus dangereux, à savoir les deux spécialistes du solo sur leurs plans Irens : Francis Joyon (2nd sur Idec) et Thomas Coville (3ème sur Sodeb’O), Yann Guichard sur Gitana 11 n’a pas pu profiter du potentiel de son bateau et termine 4ème devant Philippe Monnet, Gilles Lamiré et Servane Escoffier.

© Yvan Zedda

A lire, l’avis de Fred Le Peutrec (skipper de 60′ ORMA, barreur sur Groupama 3 et Banque Populaire 5) sur le plateau de la Route du Rhum en classe Ultime, cette réponse est extraite d’une interview accordée par le skipper à Voile-Multicoques avant lé départ de la Route du Rhum et qui sera publiée dans quelques jours.

Le plateau de la Route du Rhum est assez hétéroclite en classe Ultime, qui te semble le mieux armé pour cette course ?

Le problème de cette Route du Rhum c’est qu’il n’y a pas deux bateaux comparables et qu’en fonction de la météo certains bateaux seront plus performants sur certaines séquences de la course, il ne faudra pas juger les performances instantanées. Ce n’est pas parce qu’un bateau dominera en sortie de Manche qu’il glissera bien dans les Alizés, ou dans un contournement d’anticyclone.

En dehors de l’aspect bateau il y a aussi le skipper qui le fait marcher. Ceux qui sont le plus expérimentés sur leurs bateaux, Thomas (Coville sur Sodeb’O) et Francis (Joyon sur Idec) ont une carte à jouer. Pour Franck sur Groupama 3, le bateau est absolument génial et désormais adapté au solo. Avec une grosse perte de poids, et son petit mât il est encore plus rapide qu’il ne l’était dans la brise, il y a moins de trainée. Si les séquences sont assez longues et ne demandent pas trop de manœuvres, je pense que Franck ira très vite en vitesse pure.

Pour Gitana 11, c’est un bon canot mais qui reste très étroit, qui monte vite sur une patte, il faudra donc gérer le latéral. Il faudra pouvoir barrer longtemps pour le maitriser, ce qui impliquera de l’épuisement. Le bateau me paraît très rapide dans certaines conditions, mais ce ne sont pas les conditions classiques d’une Route du Rhum, ce seront plutôt les conditions légères qui lui seront favorables.

Francis Joyon et Thomas Coville complètent le podium en classe Ultime

Francis Joyon a pris la seconde place de la Route du Rhum – La Banque Postale 2010 mercredi à 2h52, Thomas Coville complète le podium

© AFP

Les interviews des skippers à leurs arrivées :

Francis Joyon :

« Je me sens bien. Je suis content d’arriver là. J’ai eu du mal pendant le tricotage autour de l’île. Il y avait du petit temps, il a fallu tirer beaucoup de bords, le tour de la Guadeloupe a été très long. J’avais connu pire en 1990 où j’avais dû mettre 18h. Là, ce n’était quand même pas aussi long. »

« On avait anticipé avec Jean-Yves Bernot (son routeur météo, ndlr) cette hypothèse (le retour par le sud, ndlr) pour essayer de revenir au contact avec Groupama 3. J’étais un peu désespéré au début de l’option car le risque de calme était prévu sur l’arrivée, pas au début de l’option. Et je me suis retrouvé encalminé pendant huit heures au début. Ce qui fait que j’étais assez inquiet sur la suite des opérations. Cette option s’est avérée hyper bonne, mais elle n’a pas permis de revenir sur Groupama 3 comme cela aurait pu être le cas si je n’avais pas passé 8h arrêté dans une houle très forte. Il y a d’ailleurs plein de trucs qui ont cassé à ce moment-là tellement la houle était forte. Je n’ai pas le sentiment d’avoir joué un mauvais tour à Thomas. J’étais déjà deuxième lorsque j’ai tenté mon option vers le sud. La facilité aurait été de rester dans la même position.

Difficile ?

Oui, la réponse est oui.

Physiquement ?

Il faut vraiment être à fond tout le temps. En fait, un trimaran, c’est une salle de muscu qui dure 24h/24. Et en  plus il faut réfléchir pour ne pas se perdre dans la nature. Ça fait beaucoup de choses à gérer.

Quel goût cette 2e place ?

J’en suis content. J’ai compris rapidement que Franck avait un avion. Ce n’était plus du domaine du nautisme. Dès le premier jour, il nous a collé 100 milles. Mes ambitions de victoire ont été un peu amoindries à la suite de cette envolée. Mais quand je vois que vous êtes tous là, oui, je réalise que ça doit être important. En plus, on me donne du rhum !

Surpris par Groupama 3 ?

Je pensais qu’il avait un potentiel important. Mais un tel décalage par rapport à nous, je ne m’y attendais pas.

Accueil

J’ai eu un accueil chaleureux à toutes les éditions de la Route du Rhum. C’est une île géniale, où les gens sont vraiment géniaux.

Retour en course après des années de chasse aux records

C’est presque plus fatiguant que les records. A certains moments, c’était plus dur qu’un record. J’ai passé au moins quatre nuits blanches totales. En record, on arrive toujours à trouver un peu de sommeil. En course, quand il y a des candidats collés à soi, il faut vraiment être à bloc.

La vie à bord

Il faut être un peu fou pour venir naviguer sur ces machines. Il faut avoir une case mal rangée quelque part je pense ! Mais on ne peut pas modifier ce qu’on a dans la tête, il faut vivre avec. J’ai trouvé le moyen à travers le multicoque d’assumer mes défauts…

Thomas Coville :

Le sentiment qui domine après cette troisième place ?

« Il y a un Monsieur qui est parti il n’y a pas longtemps, qui s’appelait Michel Malinovski et qui a écrit un livre qui s’appelle « Seule la victoire est jolie ». C’est ce qu’on va chercher dans le Rhum, à chaque fois.  Ce n’est pas de l’orgueil que de dire ça, mais dans la machine naturelle de l’homme, la victoire fait partie de ce qu’on va chercher.

Franck est un très beau vainqueur, avec une très belle équipe. C’est moins difficile de se battre contre quelqu’un qu’on connait et qu’on respecte. C’est une superbe année pour Franck et son bateau est fantastique. Je savais que dans notre mano a mano, il fallait autre chose pour faire la différence.

© Yvan Zedda/Sodeb'O

Quand as-tu compris que la victoire s’envolait ?

« On a fait un choix il y a deux jours, on était à moins de 200 milles de Franck , il y avait un décalage qu’on pouvait encore jouer en essayant de prendre l’intérieur dans une bulle. On s’est dit : « Si ça marche, on peut encore attaquer Franck. Si ça ne marche pas, on perd la deuxième place ». J’ai préféré être à l’attaque tout le temps, jusqu’au bout. Dans l’attitude qu’on avait avec Sodebo dans cette Route du Rhum, on était vraiment dans la philosophie de Malinovski. Le plus dur c’est de s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner.

L’avarie de grand-voile ?

« On l’a caché jusqu’à maintenant mais je suis monté trois fois dans le mât aux Açores. La drisse de la grand-voile est tombée, je me suis retrouvé avec la grand-voile sur le pont et je n’avais qu’une drisse. Normalement avec ce genre d’avarie sur un Ultime, c’est l’abandon. En fait, je m’y suis collé et j’ai réussi la première fois à monter 30 mètres sur les 35, à remettre une drisse et à renvoyer. Sur toute la suite de la course, on n’avait pas besoin de la grand-voile haute. Ca ne m’a pas beaucoup handicapé sauf en termes de fatigue. Après j’ai fait deux tentatives de nuit et je ne suis pas arrivé à remonter en tête de mât pour remettre la drisse. Je n’avais jamais fait l’expérience de monter seul en tête de mât, de nuit. Ce qui m’a décidé à arrêter, c’est d’avoir perdu ma frontale. Je me suis retrouvé dans le noir et j’ai eu un petit moment de doute sur le fait de savoir si j’allais réussir à redescendre et comment j’allais réussir à le faire. Je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d’avoir à vivre ce genre de scénario. Sur la fin, c’est sûr que ça m’a handicapé. Mais la deuxième place ne s’est pas jouée là, elle est dans l’option qu’on a pris pour essayer de faire l’intérieur à Franck. Par contre ça prend beaucoup d’énergie et de mental. J’ai une telle osmose avec mon bateau, que je le sentais blessé et que j’avais besoin de le soigner. En dehors de ça, je n’ai eu aucun souci à bord.

Faire la différence avec Groupama 3 passait forcément par une autre route ?

« Pour l’avoir pratiqué tout l’hiver dernier, je savais que ce bateau, au portant notamment, serait imbattable ; d’où notre attitude de faire un choix de route différent des autres et de le pousser jusqu’au bout. Il faut rappeler qu’au départ, tous les routeurs poussaient pour cette voie Nord. On a choisi de tout de suite s’engager sur cette route sans considérer que je pouvais me préserver. Quand on a vu que Groupama 3 était parti de l’autre côté, on s’est dit que c’était l’opportunité de faire la différence et de peut-être le battre. Cette route n’était pas pour faire dans la demie mesure. Faire une Route du Rhum par la face Nord en Ultime, c’était pour ceux qui avaient envie d’y aller.

La machine Groupama 3 a été mise au point en 5 ans par une très belle équipe, sans doute l’une des plus belles du monde. C’est sûr que la largeur et la hauteur de franc bord donnent une qualité de vie qu’on ne peut pas avoir sur Sodebo. C’est un avantage indéniable, pour autant quand j’ai croisé Franck, j’ai eu le sentiment qu’il était soulagé que ce soit fait et qu’il n’avait pas envie d’y retourner demain matin.

Des regrets par rapport à cette route Nord ?

« Je ne pense pas que cette route était nulle, sincèrement on ne s’y serait pas engagé sinon. Je pense effectivement que le jeu a été beaucoup perturbé sur la fin, ce qui n’a pas rendu l’arrivée optimale. Depuis deux jours, j’ai refait cette Route du Rhum dans tous les sens. Je n’étais pas là pour faire troisième, j’étais là pour la gagner.

Des moments de plaisir ?

« Quand on se donne autant et avec autant de cœur, forcément il y a des émotions. J’ai un super souvenir en particulier et même l’équipe derrière moi m’a demandé de me calmer un peu. J’ai fait un bord sous gennake, avec un ris, à plus de 30 nœuds. J’avais de l’adrénaline plein les veines. C’est à moi et personne ne pourra me le prendre et je vis pour ça.

Gagner la Route du Rhum ?

« J’en rêve, mais je vais me consacrer à un autre programme très prochainement. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la niaque que cette course m’a donné me donne encore plus envie d’aller me battre seul autour du monde. Pour ça rendez-vous cet hiver à Brest ! »

Le prochain à franchir la ligne d’arrivée dans quelques heures sera Yann Guichard sur Gitana 11, le skipper du Gitana Team qui partait sur le trimaran (modifié) vainqueur de la précédente édition, a souffert sur la fin du parcours avec des vents très faibles :

« La fin approche et c’est avec bonheur que je prends ça car la fin a été longue et difficile. Ça a été les trois jours les plus durs depuis que je fais du sport. Il n’y a rien à faire, la messe est dite et j’ai passé trois jours avec un vent pile dans l’axe, au ralenti. Ce sont les aléas de la course au large mais ça été rude en plus de voir les copains arriver, c’est bien pour eux mais c’est un coup dur. » Extraits de la vacation du jour du skipper de Gitana 11, à quelques heures de son arrivée…

C’est une super expérience en tout cas, je n’avais jamais traversé l’Atlantique en solo, les conditions étaient quand même difficiles avec des moments chauds. Je suis un peu déçu car je ne l’ai pas fait avancer comme je voulais au portant avec de la mer, sans trouver les bons réglages. Pour cette édition, le bateau était un peu petit vu les conditions. Tu subis un peu la météo, ces trois jours incessants avec des grains et peu de vent…. Le solitaire, ça m’a plus, j’ai eu le temps de faire mon bilan, j’ai envie d’y retourner car j’ai un goût d’inachevé. J’ai pris beaucoup de plaisir pendant la transat. Quand je serai encore plus reposé, je ferai le bilan mais dans 4 ans je prendrais bien le départ si je peux. C’est sûr que ce n’est pas simple, mais là, j’ai 14 nœuds donc c’est bien. J’arrive à la pointe de la Guadeloupe. J’ai tiré sur les réserves, je me suis fatiguée mais j’ai récupéré un peu grâce aux 3 jours mous. Ça a été difficile pour les trois devant, ils ne se sont pas ménagés non plus. L’exercice du solitaire en multi, c’est extrême. On doit nous prendre pour des kamikazes, mais je ne suis pas un casse-cou, je me donne des limites, mais tu prends du plaisir à naviguer sur ces bateaux. Aujourd’hui j’ai vraiment repoussé mes retranchements, on apprend à se connaître ! J’aimerais bien ne pas passer trop de temps avec 3 nœuds de vent ! Une arrivée à 17h heure locale ce serait super ! »