Route du Rhum

Yann Guichard sur Gitana 11 a pris la 4ème place de la Route du Rhum-La Banque Postale 2010 en catégorie Ultime en arrivant à Pointe à Pitre jeudi après 11 jours, 11heures 56 minutes de course.

L’interview du skipper à son arrivée :

Quel premier bilan tires-tu de ta première transatlantique en solitaire ?
« J’ai pris beaucoup de plaisir, même si c’était particulièrement rude sur l’eau. Et s’il fallait repartir aujourd’hui, je le ferais avec grand bonheur. Certes j’ai un petit goût d’inachevé car je n’ai pas l’impression d’avoir fait de grosses erreurs. Surtout de terminer aussi loin derrière les trois premiers, alors que j’ai toujours été dans le match jusqu’à la mi-parcours… En fait, plus tu étais derrière, plus tu perdais des milles, ce qui semble aussi le cas pour les autres catégories. Les calmes qui se sont installés durablement sur les Antilles ont radicalement changé le visage de la course. À un moment, Francis était même en passe de devancer Franck Cammas. J’ai appris beaucoup de choses sur moi durant cette transat et notamment à repousser mes limites, à mieux me connaitre en fait ! »

Peux-tu revenir sur les conditions météorologiques qui ont caractérisé cette neuvième édition de la Route du Rhum-La Banque Postale ?
« Les conditions au moment du départ étaient assez classiques derrière un front, avec un flux de Nord-Ouest fort dans le golfe de Gascogne, qui s’est transformé en alizé portugais après le passage du cap Finisterre. En revanche au niveau des Açores, la situation est devenu atypique puisqu’il n’y avait plus du tout d’alizés sur la route du Sud mais des zones de grains et de calmes à traverser. Ce n’est pas très commun surtout que les orages étaient très actifs pendant quatre jours ! Il était vraiment difficile voire impossible de prévoir les choses avec certitude après les Açores.»

Tu as parcouru plus de 800 milles en sus par rapport à la route directe, mais surtout, les conditions météorologiques ont été radicalement différentes à quelques milles près…
« Il y a eu beaucoup de phénomènes locaux, mais il y a toujours des passages à niveau dans les courses océaniques. Cette fois, c’était après les Açores où je suis resté planté dans des calmes : il n’y avait ensuite plus moyen de revenir… Je l’ai encore en travers de la gorge cet arrêt, parce que sur les fichiers météo, ce n’était pas prévu du tout comme cela ! Surtout que j’étais alors positionné devant Francis Joyon.»

La faute à pas de chance ?
« Non, mais il certain que la victoire se joue toujours avec une part de chance. J’avais le trimaran le plus extrême de la flotte par sa réactivité, mais il manquait de longueur par rapport aux conditions de mer que nous avons connues.»

Comment gère-t-on des zones de grains aussi longues ?
« On ne dort presque pas ! De jour, tu arrives à les appréhender, mais la nuit, parce qu’il n’y avait pas de lune, c’est impossible. Quand le vent passe de cinq nœuds à 35 nœuds en quelques minutes, cela demande d’être toujours présent sur le pont, d’être hyper réactif. Surtout avec Gitana 11 qui a conservé son comportement de 60 pieds Orma, a contrario des autres grands trimarans qui étaient plus stables et donc qui pouvaient encaisser ces variations de brise avec plus de sécurité. Je devais naviguer sous-toilé entre les grains la nuit pour ne pas risquer de chavirer. »

Comment gère-t-on quand un concurrent s’échappe dès le premier jour ?
« J’étais confiant sur la suite puisque logiquement, il devait y avoir moins de vent pour le final. Mais je savais dès le départ et surtout après la première nuit, qu’il serait quasiment impossible de revenir sur Franck Cammas. Son bateau allait vraiment très vite et s’il ne rencontrait pas de problème, il avait victoire assurée. Mais il restait la deuxième place… »

Et ces trois derniers jours où tu n’as pas été épargné par la météo ?
« Ce sont les pires de ma carrière sportive à ce jour ! Même quand j’ai terminé quatrième aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, j’ai vite digéré. Là, je crois que ce sera un peu plus long. Tu termines ta course quasiment en convoyage car il n’y a plus d’enjeux sportifs: tu subis sans rien pouvoir faire.»

Gitana 11 était un bateau bien adapté à ces conditions météorologiques atypiques ?
« Bien sûr ! Si le passage du front s’était passé aussi bien que pour Francis, nous jouions la deuxième place. Il fallait être dessus, mais il était tout à fait dans le match même si tu ne vis pas la même course que tes concurrents. Je n’ai quasiment pas dormi quatre nuits sur les six premiers jours. Et tout le temps en combinaison sèche… Je ne pouvais de toute façon pas me reposer par tranche de plus d’un quart d’heure.»

De bons souvenirs tout de même ?
« Pleins ! Avant le front au milieu de l’Atlantique par exemple, j’étais bien revenu en prenant même la deuxième place. Cette course m’a beaucoup plu parce que le défi était intéressant. Se battre face à de grands marins sur des bateaux au potentiel différent. Chacun avait ses arguments, ce qui rendait le challenge très ouvert et nous a proposé une course à rebondissements. Et c’était super avec Sylvain Mondon de Météo France et Billy Besson à terre. Il n’y a pas une édition de la Route du Rhum qui soit pareille et c’est ce qui fait la beauté de cette grande couse! Je suis très content d’avoir amené de l’autre côté de l’Atlantique ce beau bateau qu’est Gitana 11. Le bateau était parfaitement préparé et il arrive à Pointe-à-Pitre en super état. Après cette course, je sais ce qu’est une transat en solitaire, j’ai vraiment envie d’y retourner. Et si ce soir on me proposait de signer pour la prochaine édition, je dirais oui tout de suite ! »

© AFP

Sont toujours en course dans cette catégorie : Philippe Monnet qui devrait arriver demain et Servane Escoffier et Gilles Lamiré qui se livrent un duel pour la 6 et 7ème place au sud des  Caraibes.

En catégorie Multi 50′ Lionel Lemonchois a prise l’avantage sur Lalou Roucayrol, les deux skippers évoluent à moins de 200 milles de la Guadeloupe à petite vitesse dans des vents de moins de 10 noeuds.

Francis Joyon et Thomas Coville complètent le podium en classe Ultime

Francis Joyon a pris la seconde place de la Route du Rhum – La Banque Postale 2010 mercredi à 2h52, Thomas Coville complète le podium

© AFP

Les interviews des skippers à leurs arrivées :

Francis Joyon :

« Je me sens bien. Je suis content d’arriver là. J’ai eu du mal pendant le tricotage autour de l’île. Il y avait du petit temps, il a fallu tirer beaucoup de bords, le tour de la Guadeloupe a été très long. J’avais connu pire en 1990 où j’avais dû mettre 18h. Là, ce n’était quand même pas aussi long. »

« On avait anticipé avec Jean-Yves Bernot (son routeur météo, ndlr) cette hypothèse (le retour par le sud, ndlr) pour essayer de revenir au contact avec Groupama 3. J’étais un peu désespéré au début de l’option car le risque de calme était prévu sur l’arrivée, pas au début de l’option. Et je me suis retrouvé encalminé pendant huit heures au début. Ce qui fait que j’étais assez inquiet sur la suite des opérations. Cette option s’est avérée hyper bonne, mais elle n’a pas permis de revenir sur Groupama 3 comme cela aurait pu être le cas si je n’avais pas passé 8h arrêté dans une houle très forte. Il y a d’ailleurs plein de trucs qui ont cassé à ce moment-là tellement la houle était forte. Je n’ai pas le sentiment d’avoir joué un mauvais tour à Thomas. J’étais déjà deuxième lorsque j’ai tenté mon option vers le sud. La facilité aurait été de rester dans la même position.

Difficile ?

Oui, la réponse est oui.

Physiquement ?

Il faut vraiment être à fond tout le temps. En fait, un trimaran, c’est une salle de muscu qui dure 24h/24. Et en  plus il faut réfléchir pour ne pas se perdre dans la nature. Ça fait beaucoup de choses à gérer.

Quel goût cette 2e place ?

J’en suis content. J’ai compris rapidement que Franck avait un avion. Ce n’était plus du domaine du nautisme. Dès le premier jour, il nous a collé 100 milles. Mes ambitions de victoire ont été un peu amoindries à la suite de cette envolée. Mais quand je vois que vous êtes tous là, oui, je réalise que ça doit être important. En plus, on me donne du rhum !

Surpris par Groupama 3 ?

Je pensais qu’il avait un potentiel important. Mais un tel décalage par rapport à nous, je ne m’y attendais pas.

Accueil

J’ai eu un accueil chaleureux à toutes les éditions de la Route du Rhum. C’est une île géniale, où les gens sont vraiment géniaux.

Retour en course après des années de chasse aux records

C’est presque plus fatiguant que les records. A certains moments, c’était plus dur qu’un record. J’ai passé au moins quatre nuits blanches totales. En record, on arrive toujours à trouver un peu de sommeil. En course, quand il y a des candidats collés à soi, il faut vraiment être à bloc.

La vie à bord

Il faut être un peu fou pour venir naviguer sur ces machines. Il faut avoir une case mal rangée quelque part je pense ! Mais on ne peut pas modifier ce qu’on a dans la tête, il faut vivre avec. J’ai trouvé le moyen à travers le multicoque d’assumer mes défauts…

Thomas Coville :

Le sentiment qui domine après cette troisième place ?

« Il y a un Monsieur qui est parti il n’y a pas longtemps, qui s’appelait Michel Malinovski et qui a écrit un livre qui s’appelle « Seule la victoire est jolie ». C’est ce qu’on va chercher dans le Rhum, à chaque fois.  Ce n’est pas de l’orgueil que de dire ça, mais dans la machine naturelle de l’homme, la victoire fait partie de ce qu’on va chercher.

Franck est un très beau vainqueur, avec une très belle équipe. C’est moins difficile de se battre contre quelqu’un qu’on connait et qu’on respecte. C’est une superbe année pour Franck et son bateau est fantastique. Je savais que dans notre mano a mano, il fallait autre chose pour faire la différence.

© Yvan Zedda/Sodeb'O

Quand as-tu compris que la victoire s’envolait ?

« On a fait un choix il y a deux jours, on était à moins de 200 milles de Franck , il y avait un décalage qu’on pouvait encore jouer en essayant de prendre l’intérieur dans une bulle. On s’est dit : « Si ça marche, on peut encore attaquer Franck. Si ça ne marche pas, on perd la deuxième place ». J’ai préféré être à l’attaque tout le temps, jusqu’au bout. Dans l’attitude qu’on avait avec Sodebo dans cette Route du Rhum, on était vraiment dans la philosophie de Malinovski. Le plus dur c’est de s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner.

L’avarie de grand-voile ?

« On l’a caché jusqu’à maintenant mais je suis monté trois fois dans le mât aux Açores. La drisse de la grand-voile est tombée, je me suis retrouvé avec la grand-voile sur le pont et je n’avais qu’une drisse. Normalement avec ce genre d’avarie sur un Ultime, c’est l’abandon. En fait, je m’y suis collé et j’ai réussi la première fois à monter 30 mètres sur les 35, à remettre une drisse et à renvoyer. Sur toute la suite de la course, on n’avait pas besoin de la grand-voile haute. Ca ne m’a pas beaucoup handicapé sauf en termes de fatigue. Après j’ai fait deux tentatives de nuit et je ne suis pas arrivé à remonter en tête de mât pour remettre la drisse. Je n’avais jamais fait l’expérience de monter seul en tête de mât, de nuit. Ce qui m’a décidé à arrêter, c’est d’avoir perdu ma frontale. Je me suis retrouvé dans le noir et j’ai eu un petit moment de doute sur le fait de savoir si j’allais réussir à redescendre et comment j’allais réussir à le faire. Je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d’avoir à vivre ce genre de scénario. Sur la fin, c’est sûr que ça m’a handicapé. Mais la deuxième place ne s’est pas jouée là, elle est dans l’option qu’on a pris pour essayer de faire l’intérieur à Franck. Par contre ça prend beaucoup d’énergie et de mental. J’ai une telle osmose avec mon bateau, que je le sentais blessé et que j’avais besoin de le soigner. En dehors de ça, je n’ai eu aucun souci à bord.

Faire la différence avec Groupama 3 passait forcément par une autre route ?

« Pour l’avoir pratiqué tout l’hiver dernier, je savais que ce bateau, au portant notamment, serait imbattable ; d’où notre attitude de faire un choix de route différent des autres et de le pousser jusqu’au bout. Il faut rappeler qu’au départ, tous les routeurs poussaient pour cette voie Nord. On a choisi de tout de suite s’engager sur cette route sans considérer que je pouvais me préserver. Quand on a vu que Groupama 3 était parti de l’autre côté, on s’est dit que c’était l’opportunité de faire la différence et de peut-être le battre. Cette route n’était pas pour faire dans la demie mesure. Faire une Route du Rhum par la face Nord en Ultime, c’était pour ceux qui avaient envie d’y aller.

La machine Groupama 3 a été mise au point en 5 ans par une très belle équipe, sans doute l’une des plus belles du monde. C’est sûr que la largeur et la hauteur de franc bord donnent une qualité de vie qu’on ne peut pas avoir sur Sodebo. C’est un avantage indéniable, pour autant quand j’ai croisé Franck, j’ai eu le sentiment qu’il était soulagé que ce soit fait et qu’il n’avait pas envie d’y retourner demain matin.

Des regrets par rapport à cette route Nord ?

« Je ne pense pas que cette route était nulle, sincèrement on ne s’y serait pas engagé sinon. Je pense effectivement que le jeu a été beaucoup perturbé sur la fin, ce qui n’a pas rendu l’arrivée optimale. Depuis deux jours, j’ai refait cette Route du Rhum dans tous les sens. Je n’étais pas là pour faire troisième, j’étais là pour la gagner.

Des moments de plaisir ?

« Quand on se donne autant et avec autant de cœur, forcément il y a des émotions. J’ai un super souvenir en particulier et même l’équipe derrière moi m’a demandé de me calmer un peu. J’ai fait un bord sous gennake, avec un ris, à plus de 30 nœuds. J’avais de l’adrénaline plein les veines. C’est à moi et personne ne pourra me le prendre et je vis pour ça.

Gagner la Route du Rhum ?

« J’en rêve, mais je vais me consacrer à un autre programme très prochainement. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la niaque que cette course m’a donné me donne encore plus envie d’aller me battre seul autour du monde. Pour ça rendez-vous cet hiver à Brest ! »

Le prochain à franchir la ligne d’arrivée dans quelques heures sera Yann Guichard sur Gitana 11, le skipper du Gitana Team qui partait sur le trimaran (modifié) vainqueur de la précédente édition, a souffert sur la fin du parcours avec des vents très faibles :

« La fin approche et c’est avec bonheur que je prends ça car la fin a été longue et difficile. Ça a été les trois jours les plus durs depuis que je fais du sport. Il n’y a rien à faire, la messe est dite et j’ai passé trois jours avec un vent pile dans l’axe, au ralenti. Ce sont les aléas de la course au large mais ça été rude en plus de voir les copains arriver, c’est bien pour eux mais c’est un coup dur. » Extraits de la vacation du jour du skipper de Gitana 11, à quelques heures de son arrivée…

C’est une super expérience en tout cas, je n’avais jamais traversé l’Atlantique en solo, les conditions étaient quand même difficiles avec des moments chauds. Je suis un peu déçu car je ne l’ai pas fait avancer comme je voulais au portant avec de la mer, sans trouver les bons réglages. Pour cette édition, le bateau était un peu petit vu les conditions. Tu subis un peu la météo, ces trois jours incessants avec des grains et peu de vent…. Le solitaire, ça m’a plus, j’ai eu le temps de faire mon bilan, j’ai envie d’y retourner car j’ai un goût d’inachevé. J’ai pris beaucoup de plaisir pendant la transat. Quand je serai encore plus reposé, je ferai le bilan mais dans 4 ans je prendrais bien le départ si je peux. C’est sûr que ce n’est pas simple, mais là, j’ai 14 nœuds donc c’est bien. J’arrive à la pointe de la Guadeloupe. J’ai tiré sur les réserves, je me suis fatiguée mais j’ai récupéré un peu grâce aux 3 jours mous. Ça a été difficile pour les trois devant, ils ne se sont pas ménagés non plus. L’exercice du solitaire en multi, c’est extrême. On doit nous prendre pour des kamikazes, mais je ne suis pas un casse-cou, je me donne des limites, mais tu prends du plaisir à naviguer sur ces bateaux. Aujourd’hui j’ai vraiment repoussé mes retranchements, on apprend à se connaître ! J’aimerais bien ne pas passer trop de temps avec 3 nœuds de vent ! Une arrivée à 17h heure locale ce serait super ! »

Franck Cammas remporte la Route du Rhum 2010

Franck Cammas a coupé la ligne mouillée d’arrivée en Guadeloupe à 16 heures 16 minutes 47 secondes aujourd’hui, Franck Cammas  remporte donc la neuvième Route du Rhum – La Banque Postale.

Le temps de course de Groupama 3 est de 9 jours 3 heures 14 minutes 47 secondes, sa vitesse moyenne sur l’eau est de 20,39 nœuds, sur une distance parcourue de 4 471 milles.

© AFP

Les premières réactions du skipper du trimaran  Groupama 3 :

« La quatrième est la bonne. Les autres (Route du Rhum-La Banque Postale, ndlr) n’ont pas été aussi faciles et brillantes pour moi. C’était un pari audacieux de partir avec Groupama 3. Un bateau pour dix personnes. Et dès la première nuit, cela s’est pas mal passé et j’y ai cru. Du coup, j’ai pas mal attaqué et me voilà arrivé à Pointe-à-Pitre.

Cela ne se voit pas, mais je suis très fatigué. Physiquement, c’est toujours très dur. Nerveusement, ce n’est pas pire qu’avant car Groupama 3 est un bateau très stable. J’ai pu trouver du repos. Mais quand on est devant, on est stressé d’être devant et on a envie d’attaquer tout le temps. Ça demande quand même une certaine organisation et une certaine dose de tonicité tout au long de la semaine. Physiquement, on ne s’épargne pas car on a envie de se battre, de bien faire. On est à fond et on donne tout ce qu’on peut donner pour faire avancer le bateau. C’est un sprint la Route du Rhum, c’est de plus en plus un sprint. C’est une course assez courte. Quand on est en tête, on oublie la douleur et on oublie l’effort.

U ne victoire sur une course mythique comme celle-là, c’est fabuleux. Je ne m’y attendais pas en partant, c’est encore plus génial, je ne m’étais pas mis de pression sur cette course. C’est un super moment ! En course à la voile, on comprend très tard quand ça va être bon. Quand on arrive en tête au nord de la Guadeloupe, c’est bien, quand il y a un peu d’écart avec les autres. Mais comme je le disais, au Cap Finisterre, la première nuit, on a un peu jaugé les performances de chacun. Et dans la brise, on était dans le  coup. »

Franck Cammas a également reçu les félicitations de ses adversaires :

Francis Joyon (Idec) : « Je suis très admiratif de ce qu’a fait Franck ; quand j’ai vu dès la traversée du golfe de gascogne qu’il allait 2 noeuds plus vite que nous avec un meilleur angle de descente, j’ai su que la messe était dite, et qu’il avait fait le bon choix en partant sur Groupama 3. Je suis admiratif de sa capacité à mener ce bateau, ainsi que de ses choix de route. Un petit regret en ce qui me concerne : les 8 heures perdues il y a deux nuits auraient pu me permettre de lui mettre jusqu’au bout la pression. » Francis pense être à la tête à l’anglais ce soir 20h (HF)

© Jimmy Bonnal avec son aimable autorisation

 

Thomas Coville (Sodebo) : « Bravo Franck ! Super boulot ! a salué Thomas Coville. Super bateau, super bien préparé et un joli choix de route. C’était très intelligemment mené, à l’image de son skipper. Ce n’est pas facile à vivre quand tu sais que les dés sont jetés et que tu as perdu. »

Le second a bouclé cette route du rhum sera Francis Joyon sur Idec, il a pris l’avantage ce matin sur son adversaire, et voisin de ponton à la Trinité sur Mer, Francis Joyon a pu faire route directe vers le nord est de l’ile (point de passage obligatoire), alors que Thomas Coville se voyait contraint de tirer des bords face au vent, Idec est attendu dans les heures qui viennent à Pointe à Pitre, Thomas Coville devrait compléter le podium demain matin.


Cammas vers la victoire, avarie pour Yves le Blévec

Sombre série pour les Multis 50′, après Franck Yves Escoffier qui a vu son étrave s’arracher, c’est au tour d’Yves le Blévec, autre favori à la victoire d’être victime d’une grosse avarie.

En effet, Yves le Blévec déplore une casse sur la crosse du bras de liaison avant de son trimaran Actual, les explications du skipper :  » J’ai cassé le bras de liaison. Ça a démarré vite. Au fur et à mesure qu’on avançait, la mer se creusait et le bateau sautait beaucoup sur les vagues. Ça ne m’empêchait pas d’aller vite. Il y avait des chocs importants. Il y avait entre 22 et 23 nœuds de vent cette après-midi. Je me disais que j’allais moins vite… Mais il fallait calmer le jeu. Pendant la nuit  la situation était plus problématique. Ça a démarré par une panne électrique. Le bras s’est fissuré et de l’eau est rentrée dedans. Ca a commencé par une panne de pilote et, en faisant demi-tour j’ai entendu un gros bruit, j’ai refait route, j’ai entendu encore beaucoup de bruit à l’arrière : ça a dû générer des déformations dans le bras arrière. Voilà le scénario qui a duré environ un quart d’heure.

Il y a beaucoup de questions mais pas beaucoup de réponses et… le bras reste quand même cassé : la structure est largement entamée et j’ai dû organiser une cellule de survie. J’en saurai plus demain quand j’évaluerai l’avarie ; est-ce réparable ? Je ne suis pas en danger mais mon bateau l’est… Là il faut que je sois extrêmement prudent.

Aujourd’hui je suis obligé d’assurer ma sécurité mais je ne m’inquiète pas : avec les balises et la communication je ne serai pas perdu au milieu de l’Atlantique. La mer s’est calmée parce que j’ai orienté le bateau. En réalité il y a encore beaucoup de mer mais vu ma position je n’entends plus les grincements que j’entendais avant… »


Il semblerait que l’origine de cette casse soit un choc ayant entrainé une voie d’eau dans la coque centrale, entrainant une panne de pilote, le bateau ayant ensuite décroché et serait retombé brutalement dans une vague provoquant la casse de la crosse. Yves le Blévec a entrepris de consolider le bras de liaison avec les moyens du bord.

Tout comme son malheureux adversaire, les skippers cherchent des solutions avec leurs équipes techniques et les architectes des trimarans (VPLP pour Crèpes Whaou et Guillaume Verdier pour Actual), afin de rejoindre la Guadeloupe en limitant au maximum les dommages.

Franck Yves Escoffier, skipper de Crèpes Whaou à la vacation :

« Vu comme ça s’aggrave, j’ai beau tourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas trop comment faire avec mes petits bras. Il faut éviter la voie d’eau mais aussi essayer de ne pas trop abimer d’avantage l’étrave. Je travaille actuellement avec les architectes et le chantier.

Le problème est que je ne trouve pas de solution pour le moment. Mettre une voile ? Oui, mais il y a de l’eau à l’intérieur… Je suis donc plus ou moins en stand by. Je progresse à 1,9 nœud. A ce rythme là, il faudra 25 jours pour rentrer donc ça ne va pas être évident.  Je continue à réfléchir à une solution qui va me permettre d’avancer au moins à 4 ou 5 nœuds.

Il manque entre 120 et 150 centimètres d’étrave sur toute la hauteur. Je ne vais pas reboucher ça avec des torchons et des serviettes. La coque s’épluche tranquillement mais sûrement… Dès que j’ai un peu de vitesse, ça rentre d’autant plus. A 1200 milles de toute terre, c’est difficile. Pourtant j’étais prudent, je n’avais rien sur l’étrave, j’ai tiré vraiment normalement sur le bateau. Je m’attendais à tout mais pas à ça… »

Franck Cammas devrait en toute logique remporter la Route du Rhum-La Banque Postale 2010 sur son maxi trimaran Groupama 3, il se trouve ce soir à 163 milles de Pointe à Pitre avec 261 milles d’avance sur le second, Thomas Coville sur Sodeb’O.

© Yvan Zedda

Le trimaran vert est attendu sur la ligne d’arrivée  demain matin, Thomas Coville a d’ores et déjà félicité son adversaire, mais il s’attend à un final à suspense pour le gain de la deuxième place avec Francis Joyon, Sodeb’O devrait arriver par le nord de l’ile, alors qu’Idec arrivera par l’est, pour l’instant Thomas Coville possède une avance d’environ 50 milles sur Francis Joyon, Yann Guichard ne devrait pas pouvoir se mêler à la lutte pour le podium étant empêtré dans une zone de vents erratiques, comme l’explique le skipper :  » Tout va bien à bord de Gitana 11 : il n’y a pas beaucoup d’air ce matin, mais je sors enfin des grains. Le dernier est à vingt milles dans mon Nord : j’ai été éclairé toute la nuit par la foudre ! J’ai longé une ligne de grains et j’ai réussi à passer au travers, mais c’était impressionnant ces éclairs partout. C’était ambiance Pot au Noir, avec des vents très instables. Maintenant, ça va mieux, mais il reste deux jours et demi de mer dans du petit temps, jusqu’à l’arrivée. Pas beaucoup de répit ces derniers jours, juste de petites plages de repos par-ci par-là. Ce n’était pas simple de dormir avec les orages. J’ai passé quatre heures avec zéro nœud de vent et j’étais obligé de tenir la barre parce qu’il y avait encore de la mer. Comme Gitana 11 est large et bas sur l’eau, il se fait balader par les vagues et il faut essayer de le guider au mieux pour qu’il ne souffre pas. C’est assez frustrant quand le bateau se met à l’opposé de la marche et ça met du temps pour le remettre sur le bon chemin. Mais Thomas et Francis ont dû aussi connaître ces moments »

Un final à suspense

L’arrivée du vainqueur en classe Ultime de la Route du Rhum-La Banque Postale 2010 devrait avoir lieu demain soir, Franck Cammas sur Groupama 3 s’était recadré sur la route de Thomas Coville (Sodeb’O) il y a quelques jours, laissant l’option sud à Francis Joyon et Yann Guichard.

Groupama 3 est à plus de 430 milles de l’arrivée avec environ 220 milles d’avance sur son concurrent le plus proche, à savoir Thomas Coville, ce soir Franck Cammas bénéficie d’un petit avantage en vitesse, Sodeb’O étant empétolé alors que Groupama progresse à 12 noeuds, Francis joyon en 3ème place bénéficie de conditions plus favorables et progresse à 16 noeuds, Yann Guichard relégué à 600 milles ne devrait sauf avarie pas accéder au podium.

© Yvan zedda

Franck Cammas : « Thomas a empanné et se trouve derrière moi maintenant. S’il est sur la même trajectoire que moi, il n’est pas au même endroit au même moment. Nous n’empruntons donc pas la même route. Ca commence à être plus calme, surtout la mer, mais ça avance toujours au dessus de 20 nœuds. Allègrement même cette nuit. Là, je garde 19 nœuds de vent mais ça ne va pas tarder à changer de régime. D’ici quelques heures. J’espère alors pourvoir me reposer un peu. Il y aura moins de bruit dans le bateau. Thomas, je le gère forcément. A ce stade de la course, c’est important de regarder ce qui se passe derrière. Il faut observer chaque classement. Jouer au chat et à la souris avec un adversaire sur la fin, ça peut être marrant en tirant des bords dans les îles. J’espère qu’il y aura de la visibilité. Pour faire le tour de la Guadeloupe, on devrait avoir du vent de sud sud-ouest. C’est un peu inhabituel, notamment pour aller chercher la bouée de Basse-Terre. »

Francis Joyon : « En ce moment ce n’est pas simple : il y a des vents qui changent de direction et qui sont très forts. C’est très dur à gérer. Là, je suis aux écoutes et j’essaie de progresser au mieux sur la route. Le but est de contourner la petite bulle devant nous. Il y a encore des cartes à jouer et mon but est de tenter des coups… »

Yann Guichard :« C’est un peu chaud, mais ça va ! J’ai de l’air de travers avec de la mer et depuis samedi, il y a des grains assez violents. C’est très irrégulier et ce n’est pas de tout repos. Je me suis fait prendre cette nuit par un nuage : c’est passé de 5 nœuds à 43 nœuds. J’ai pris deux ris dans la grand-voile avec le foc de brise, mais c’était un peu limite. Les grains ne sont pas gros et ne préviennent pas. Nous ne pouvons pas les voir sur les images satellite. Dans mon Ouest, Francis Joyon a dû aussi passer une nuit difficile parce que la zone orageuse est assez étendue. J’espère m’en sortir d’ici cinq à six heures. Jusqu’à l’arrivée, cela ne semble pas très stable même s’il y aura moins de grains. La Guadeloupe se mérite ! Depuis le départ, ce n’est pas du tout pareil que les autres éditions. Là, presque jusqu’au bout, avec cette onde d’Est ça va être très orageux. Pour moi, c’est vraiment difficile comme conditions et en ce moment au vent de travers avec de la mer, ça tape énormément. Et je dois faire pas mal de manœuvres pour que Gitana 11 ne s’envole pas quand il y a des rafales. La course n’est pas du tout passée au second plan, mais il ne faut pas oublier la sécurité. J’ai tout de même failli me mettre sur le toit la nuit dernière. Mais sous un grain, il n’y a plus que dix nœuds de vent et un quart d’heure après, il y en a 35. Je continue à faire avancer du mieux que je peux le bateau sans rien casser. Et nous ne savons pas encore à quelle sauce nous allons être mangés pour le final… Même s’il y a plus de stress à naviguer dans ces conditions instables sur Gitana 11, je suis très content du bateau. Là, je suis fatigué, mais comme tout le monde j’ai hâte que ce bord de reaching se calme pour que la mer soit moins formée. Je pourrais alors me reposer un peu car j’ai encore deux bonnes journées de course. »

Mauvais nouvelle du côté des Multi 50′, Franck Yves Escoffier sur Crèpes Whaou 3! a connu une grosse avarie, l’étrave de la coque centrale de Crêpes Whaou ! s’est brisée juste en avant de la cadène de solent  ) sous l’effet des chocs répétés avec les vagues alors que Franck-Yves naviguait sous grand-voile à 2 ris et ORC.
Le morceau d’étrave d’environ un mètre de long se trouve plié à 90 degrés et freine considérablement le bateau. Le malouin va  donc rejoindre la Guadeloupe à vitesse réduite en tentant de préserver son bateau, il perd donc toute chance de figurer sur le podium de cette Route du Rhum.
Franck-Yves Escoffier, joint ce soir :
« C’est difficile à vivre, surtout que cette Route du Rhum représente de longs mois de préparation. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer. Il n’y avait rien sur l’étrave car je n’étais pas sous gennaker. C’est sans doute sous la pression des paquets de mer reçus par le travers que l’étrave a fini par céder.  J’ai terminé la réparation de fortune. Je progresse à 7 nœuds mais avec une étrave carrée, ce n’est pas très pratique. J’ai rempli le ballast arrière pour soulager l’avant du bateau. Il y a toujours 30 nœuds de vent et quatre mètres de creux ».

© AFP

Yves le Blévec se retrouve donc en tête de la course en Multi 50′ avec 200 milles d’avance sur Lalou Roucayrol et Philippe Laperche, tous deux sur la route nord, leurs positions devraient rapidement être menacées par le groupe de sudistes constitués entre autre de Loic Fequet et Lionel Lemonchois quisemblet les mieux armés pour aller chercher un podium.

Statu quo

Franck Cammas sur Groupama 3 a de nouveau augmenté son avance aujourd’hui, reléguant ses concurrents à plus de 300 milles, Thomas Coville désormais 2nd a passé le front cependant Franck Cammas devrait lui aussi le passer cette nuit et se recaler entre Sodeb’O et la Guadeloupe, les trois poursuivants de Franck Cammas se tiennent en cinquante milles, en toute logique Sodeb’O pourrait croiser devant Gitana 11 et Idec au pointage de 8 heures. Philippe Monnet sur la boite à pizzas est relégué à 700 milles après une avarie qui le prive de son grand gennaker, Servane Escoffier et Gilles Lamiré se livre une bataille pour la 6ème place, au milieu de la flotte des 50′.

Les extraits de la vacation du jour :

Francis Joyon (Idec)

« Les vents tournent, il y a des grains, mais c’est le contournement de l’anticyclone qui fait ça. Ce sont des gros amas nuageux noirs, et quand on se retrouve dessous on est arrêté à 3noeuds. Dans la nuit noire, on ne voit pas ces amas et même de jour ils sont tellement larges, qu’on ne peut pas les éviter. J’ai dormi un peu cette nuit avec des tranches de quelques minutes pour recharger les batteries. Pour la suite, ce serait sympa d’imaginer un scénario où la flotte se regrouperait juste avant la Guadeloupe pour un ultime combat ! »

Philippe Monnet (La Boite à Pizza)

 » Pour moi ça ne se passe pas trop mal, le vent est plus stable depuis hier soir et je peux dérouler un peu de vitesse avec un bateau qui chante beaucoup quand même. Au portant dès qu’on dépasse 20 nœuds ça siffle pas mal, avec la dérive qui a pris un coup en plus… C’est pas du Wagner mais c’est pas loin!Pour l’instant ça tient. C’est le bas de la dérive, il doit manquer un mètre sur le bord d’attaquer en bas. Heureusement que la dérive est très inclinée sinon ça m’aurait ouvert le bateau comme une boîte de conserve. C’est l’avantage de l’inclinaison sur la dérive quand on rencontre un objet non désiré.Le gennaker n’a pas tenu , je suis sur le petit. Les coutures ont cédé sur 3 –  4 mètres sur deux niveau. Je l’ai roulé avant qu’il ne soit bon pour Emmaüs. »

Yann Guichard (Gitana 11)

« Ça va, ça va… Ça bataille un peu mais ça va. Je me suis fait prendre par des grains orageux. J’avais zéro vent dessous. C’est comme ça, la route est encore longue. Ils n’étaient indiqués nulle part ces petits orages qui viennent du sud. Je ne suis pas sorti d’affaire, je suis encore sous l’un d’eux. J’espère que Francis en a eu aussi mais au classement de 8 heures ça n’avait pas l’air d’être le cas.Là je suis toujours dans les alizés pour aller chercher la dépression qui est en avant de Groupama 3. On a un bord bâbord à faire avec Francis. Groupama 3 est tout le temps plus élevé en vitesse donc il faudrait vraiment un gros coup pour le passer. C’est plus avec Thomas et Francis que ça va jouer. Je fais ma course et on verra bien à l’arrivée. Mais on ne va pas se regrouper tout de suite avec Thomas. »

© AFP

Côté 50′, pas d’évolution majeure ce jour, Franck Yves Escoffier poursuit sa route en tête avec 100 milles d’avance sur Actual.

Les extraits de la vacation :

Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne) : « Ca se passe mieux qu’hier. J’ai touché du vent sud-ouest. Je me remets de mes petits bobos… Mes bras et mes jambes sont plein de bleus qui font mal. Ils vont s’atténuer dans les prochains jours. Ils ne m’empêchent rien du tout. J’ai juste des courbatures et l’impression d’avoir pris 10 ans ! Là, j’avance bien mais j’ai pris du retard sur l’histoire. Reste que si je peux me refaire par rapport à mes camarades, ce n’est pas mal. J’ai fait quelques empannages cette nuit pour contourner la bulle. Le vent est établi et à présent je fais une route directe vers le soleil. Côté classement, Crêpes Whaou ! et Actual semblent un peu inatteignables sauf miracle. Mais je ne désespère pas de faire une troisième place. En tous les cas, c’est ce que je vise !  »

Franck Yves Escoffier (Crèpes Whaou 3!) : « Il fait beau et il y a des beaux surfs à faire. Je me dis que je me débrouille tout seul comme un grand. J’apprécie de ne rien casser. Le solitaire c’est super mais parfois on préférerait partager. Reste qu’il y a du plaisir dans les deux. J’évite d’aller trop me balader sur le bateau, je m’allonge pour me reposer. Je marche plus sur pilote que manuellement. Les deux premiers jours ont été fatigants mais maintenant je suis plus reposé. Si demain j’arrivais à terre, c’est sûr que je dormirai 10 heures d’affilée car on se repose quand même très peu. Ca se passe bien, mais rien n’est gagné car même avec 200 milles d’avance tout peut arriver. Je prends tout ce que je peux prendre ! Je me réjouis d’être 5ème au scratch mais je ne vais pas sauter au plafond ! Le portant va durer au moins jusqu’à deux jours de l’arrivée. Pour la fin, on ne se sait pas encore à quelle sauce on va être mangé ! »

Yves le Blévec (Actual) : « Je constate que Franck-Yves Escoffier n’est pas facile à suivre. Il attaque vraiment, il doit être très énervé ! Moi aussi pourtant mais peut-être pas autant que lui. Je ne veux pas faire de bêtises. Il y a des moments où j’ai tendance à calmer le jeu car je n’ai pas envie de tout péter. En tous les cas, il va vite, c’est sûr. Après, il y a des conditions assez bizarres où on se retrouve dans des molles, arrêté pendant deux ou trois heures posés à 7 nœuds. Peut-être qu’il a eu un peu de réussite et qu’il est passé à travers. Sur une course comme celle-ci il faut faire attention. Evidemment, il faut bien se reposer et bien se nourrir car il reste encore une semaine de mer. Il faut être très à l’écoute du bateau. Il ne faut pas maltraiter la mécanique, car à un moment elle nous le rend bien. Le ciel s’est découvert, il y a de belles zones de bleu. La mer est belle. J’ai croisé un banc de dauphins. Une centaine de têtes ! La mer est plutôt lisse, le vent est sympa. Là, c’est du bateau comme on aime en faire. Je reste attentif car je suis bien toilé et ça charge vite quand ça souffle ! »

© Th Martinez/Sea&Co

Les explications de Sidney Gavignet

Le skipper du trimaran Oman Air Majan est revenu sur les conditions de la casse de son bateau aujourd’hui : « J’étais au près débridé, très souvent à 20 nœuds de vitesse. La mer n’était pas très forte, mais c’est vrai qu’à ces vitesses-là, il y a des chocs de temps en temps. J’étais sous deux ris dans la grand-voile et trinquette. Tout allait bien. Sur une première vague un peu plus violente, j’ai entendu un crac. Pas grand-chose, autour de la porte de la descente. Et puis sur une seconde vague, juste après, j’ai entendu un énorme crac ! J’ai pensé que c’était la dérive, mais en fait, c’était le bras tribord avant qui s’est cassé à un mètre du flotteur.A partir de là, c’est allé très vite. J’ai voulu choquer le chariot, mais en fait le bras a complètement cassé 3 ou 4 secondes après. Comme il n’y avait plus d’appui sous le vent, la plateforme s’est couchée et puis le mât a cassé. Du coup, le bateau est revenu à une gîte de 20°.

J’ai enfilé la combinaison de survie, J’ai ramené dans la cabine le radeau de survie et le grab bag (sac de secours). Lorsque le flotteur s’est complètement désolidarisé du bras, la plateforme s’est remise  à l’horizontale. C’était bien que le bateau se remette à plat, malheureusement, le flotteur est maintenant contre la coque centrale et ils vont taper l’un contre l’autre. Je suis un peu inquiet, car le flotteur va beaucoup taper.

J’ai eu une seconde d’inquiétude car j’ai cru que le bateau pouvait couler. Mais très vite j’ai compris que non. J’étais un peu inquiet que le mât casse le rouf, mais la mer n’était pas si méchante que ça. Et je savais que je n’étais pas très loin des Açores et que les secours arriveraient très vite.


Ça m’a fait bizarre d’abandonner le bateau comme ça, mais d’un autre côté, j’étais totalement inutile à bord. Ils sont venus me chercher avec un petit bateau à moteur. J’ai mis mon radeau de survie à l’eau (pour le transfert, ndlr). C’était ça le plus dangereux de tout, de remonter sur le cargo. Sur le petit bateau moteur, avec un tout petit moteur hors-bord, ils étaient quatre, dont un petit bonhomme qui était terrorisé en boule parterre avec ses lunettes cassées. Il y avait trois Philippins et un Grec au volant. C’était assez folklorique. Mais c’est sûr que ça fait un peu bizarre de mettre la vie d’autres gens en danger. Je ne suis pas très fier de ça.Le cargo va s’arrêter soit à Gibraltar, soit à Malte, pour refaire du fioul. On avance à 13 nœuds vers Gibraltar. Je ne connais pas notre ETA ou notre date de passage devant Gibraltar. »

Sidney Gavignet évacué

Sidney Gavignet avait déclenché sa balise de détresse à 16h48 suite à une avarie sur la poutre avant au vent de son trimaran Oman Air Majan, il semblerait que le flotteur se soit désolidarisé de la plate forme, entrainant le démâtage du bateau.

Le skipper, qui n’est pas blessé,  avait trouvé refuge dans la coque centrale, il a été récupéré par un cargo ce soir, le flotteur serait passé sous la coque centrale, l’équipe technique d’Oman Air va tenter de récupérer le trimaran dans les jours qui viennent, cependant le flotteur pourrait entrainer des dommages ou une voie d’eau sur le reste de la plate forme.

© Jimmy Bonnal avec son aimable autorisation

Sidney Gavignet devrait débarquer dans 48h à Gibraltar.

Toujours dans la catégorie Ultime Bertrand Quentin qui avait été hélitreuillé de Côte d’Or II suite à des problèmes de santé va être rappatrié en France, son trimaran a quand à lui été remorqué dans un port espagnol.

Côté course, Franck Cammas poursuit son cavalier seul au sud des Açores avec 250 milles d’avance sur Yann Guichard (Gitana 11) qui a passé Francis Joyon sur Idec (à 275 milles du leader), Thomas Coville a retrouvé de la vitesse cette après midi sur la route nord.

Extraits de la vacation du skipper de Sodeb’O :

« Ca va moyen !  J’ai eu une nuit avec des vents très erratiques. Ce n’était pas facile à gérer. Là c’est  un peu plus simple. Je suis au près dans une mer un peu formée, pas hyper confortable. Je suis en avance sur mes routages et sur la prévision qu’on avait faite d’être à cet endroit-là. En ce moment ça ne paye pas, mais c’est un positionnement pour dans deux ou trois jours qu’on est venu chercher. Il faut prendre son mal en patience. La situation est moins confortable que la route sud, c’est certain.  La route qui me semblait la plus aléatoire marche bien pour l’instant. Groupama 3 a réussi à passer le Cap Finisterre et à faire un gros trou. Un thalweg  va passer dans 2 jours et on en saura plus à ce moment-là.

Ce n’était pas facile cette nuit, c’était très turbulent pour sortir de l’anticyclone. J’ai trouvé ça plus difficile que prévu. A part ça tout se passe bien, je n’ai aucune avarie et je suis bien reposé.

Je n’en sais rien si nos routes vont se croiser.  Tu peux faire des routages en supposant de ce que vont faire nos concurrents. Mais est ce que nos routes se recroiseront aux Açores ou après,  je n’en sais rien. Sur Idec et Gitana 11, ça recroisera très nettement en dessous (derrière, ndlr) mais c’est pas ça qui m’inquiète, c’est plus Groupama 3. Je ne te cache pas que la route sud semblait au départ être moins bonne que ce qu’elle a finalement été, notamment pour Franck. Encore une fois c’est loin d’être fini, là il tire des petits bords pour se caler dans l’Alizé. C’est sûr que c’est plus mouvementé chez moi, c’est plus genre l’alpiniste qui prend son piolet. Mais je ne regrette pas que ce soit difficile. Sodeb’O est un bateau qui peut passer dans toutes les conditions.

Je n’ai pas de problème ou d’appréhension sur la gestion du bateau. J’arrive à sentir à quel moment il faut réduire, à quel moment renvoyer, jusqu’où il faut pousser. J’ai appris que Lionel avait cassé son lashing de grand-voile. C’est un truc qui vaut deux balles ! Ca me fait vraiment mal pour lui. Je suis très déçu. Mais pour revenir à mon Sodebo, j’ai même une certaine jouissance à naviguer dans des conditions difficiles, à enchaîner et à avoir une certaine cadence tout le temps. Et ça c’est très très agréable. Mais ça ne suffit pas, il faut aussi que tout s’enchaîne bien au niveau de la météo, un peu de réussite. C’est tout un faisceau de facteurs. « 

Yann Guichard :

« Notre position Sud avec Francis est aujourd’hui plus confortable que celles des « nordistes », qui ont du vent contraire et de la mer formée. Mais c’est très loin d’être fini et le classement du jour ne veut pas dire grand-chose. Il faudra tout du moins attendre trois ou quatre jours pour y voir plus clair dans la hiérarchie de cette Route du Rhum. D’autant qu’il reste beaucoup d’incertitudes sur la fin du parcours, au large des Caraïbes ! »

« Tout va bien à bord de Gitana 11 : je suis au portant avec des conditions correctes mais très irrégulières. Ce n’est pas si évident que ça parce que la brise fluctue beaucoup en force et en direction ! C’est de la glisse, alors c’est plutôt agréable… Je n’ai pas vu Francis Joyon ce matin même si nous nous sommes croisés à moins de quatre milles, c’était lors du lever du jour et la visibilité n’était pas bonne. Nous nous reverrons peut-être au prochain croisement parce que je reviens doucement sur lui. C’est bien de rester au contact. Quand nous sommes deux sur l’eau, c’est mieux que tout seul dans son coin. C’est un bateau assez exigeant à mener. Il faut que je reste sur le qui-vive et les phases de repos ne se font jamais très loin des postes de barre. J’ai des alarmes un peu partout sur le bateau, qui m’indiquent si le vent monte un peu trop. Il faut alors réagir vite ! Pour l’instant, le rythme est correct : j’ai dormi deux heures par tranches la nuit dernière. Je marche en ce moment à près de vingt nœuds, mais le vent passe rapidement de dix à dix-huit nœuds… »

Dans la catégorie Multi 50′, Lionel Lemonchois qui avait connu des soucis avec son lashing de grand voile hier en fin de journée et qui s’était dérouté vers les côtes pour réparer, a finalement entrepris une réparation en mer, après 3 heures en tête de mât, le skipper du trimaran Prince de Bretagne a réussi à réparer son système et à renvoyer sa grand voile il a donc remis le cap sur la Guadeloupe, il a perdu  sept places suite à cette avarie et pointe ce soir à 348 milles du leader Franck Yves Escoffier, cependant le normand n’abdique pas et fera tout pour revenir sur le podium de la classe.

En tête, Franck Yves Escoffier sur Crèpes Whaou 3 continue sa route au sud de l’anticyclone des Açores, Yves le Blévec tente un recadrage sur une route plus directe en bordure proche de l’anticyclone.

Cammas prend la tête

Après un peu plus de 48h de course, Franck Cammas sur son trimaran Groupama 3 a pris l’avantage dans la catégorie Ultime, son option sud semble pour l’instant porter ses fruits, en effet le contournement de l’anticyclone des Açores par le sud lui permet de poursuivre sa route au portant à plus de 20 noeuds alors que Thomas Coville (Sodeb’O) et Sidney Gavignet (Oman Air Majan) progressent désormais au près à moins de 15 noeuds, ces deux concurrents devraient rapidement perdre leurs 2nde et 3ème places au provisoire au profit de Francis Joyon( Idec) et Yann Guichard (Gitana 11), eux aussi sur la route sud à respectivement 160 et 200 milles du leader.

Si Franck Cammas réussi à accrocher les alizés, il pourrait accroitre son avance, son bateau étant stable dans ces conditions et peu volage (par rapport à des bateaux plus légers comme Gitana 11).

© Yvan Zedda

A noter dans cette catégorie l’hélitreuillage de Bertrand Quentin sur Côte d’Or II, le skipper qui avait souffert de lourds problèmes de santé quelques mois avant le départ de la course, il a été évacué en fin de matinée suite à des douleurs thoraciques et une fatigue grandissante, un remorqueur a été affrété afin de tenter le sauvetage de l’ancien bateau d’Eric Tabarly, abandonné sous voiles.

Côté 50′, la situation est sensiblement la même que dans la catégorie Ultime, Lionel Lemonchois sur Prince de Bretagne sur la route nord tente un recadrage afin de se recaler par rapport à la dorsale pour bénéficier ensuite d’un vent de travers, Franck Yves Escoffier (Crèpes Whaou 3!) et Yves le Blévec (Actual) sur la route sud progressent à plus haute vitesse en contournant l’anticyclone des Açores.

© Marcel Mochet

Extraits des vacations des Multi 50′ :

Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne) : « Ca se passe plutôt pas mal. C’est une belle journée avec un grand soleil. Je suis au près, le vent monte et c’est humide. Ca tape mais on va vers du beau ! J’ai tiré un petit bord pour me recaler du bon côté de la dorsale. Et puis le vent avait pris un peu de gauche donc c’était l’occasion de le faire. »

Yves Le Blévec (Actual) : « J’étais avec Franck-Yves Escoffier au passage d’Ouessant, j’ai mal manœuvré mais j’ai fait quelques bêtises et maintenant, il a peu filé devant. Il creuse un peu l’écart. Pour l’heure, je ne peux rien dire sur mon choix. On verra ça dans quelques jours ou à l’arrivée. Je regarde évidemment les autres au nord mais je n’y peux pas grand-chose. Je reste concentré sur ma trajectoire. Le bateau va bien. Les conditions étaient dures avec du vent et de la houle, ce n’était pas confortable mais il fallait aller vite. On est en course quand même ! On est en train de traverser l’anticyclone, ça mollit et c’est assez pénard. Cela permet en tous les cas de se mettre dans l’ambiance du bord, de se reposer et de manger. On a beau être prêt et entraîné, c’est vraiment deux jours après le départ qu’on rentre véritablement dans la course. »

Bien qu’aujourd’hui l’avantage semble être au sud, rien ne permet d’affirmer qu’une des routes soit plus favorable que l’autre, les nordistes étant sur une route plus proche de l’orthodromie et pourraient si le passage de dorsale est rapide bénéficier de vent de travers, les sudistes ont pour l’instant une progression plus rapide mais ils rallongent la route en contournant l’anticyclone.

A suivre demain…

La Route du Rhum 2010 est lancée

Le départ de la Route du Rhum-La Banque Postale 2010 a été donnée aujourd’hui à 13h02 au large de Cancale, dans un flux très modéré d’une dizaine de noeuds.

84 bateaux et skippers se sont élancés vers la Guadeloupe dont neuf multicoques « géants » dans la catégorie Ultime et douze dans la catégorie Multi 50′.

C’est Franck Cammas sur Groupama 3 qui s’offre les honneurs de la ligne devant Sidney Gavignet sur Oman Air, Franck Cammas conservera la tête à la la marque de parcours située au Cap Fréhel devant Gitana 11 et Oman Air Majan.

Yann Guichard empannait juste après la bouée, tout comme Sodebo et Idec, Cammas et Gavignet prolongeaient leur bord d’environ 3 milles, depuis deux options semblent se dessiner, Thomas Coville (Sodeb’O) et Sidney Gavignet (Oman Air Majan) ayant choisi une route nord, Franck Cammas (Groupama 3) et Yann Guichard (Gitana 11) ont des routes parallèles plus près des côtes au sud, Francis Joyon sur Idec parti sur la route nord a empanné avant le dernier pointage pour se recadrer vers le sud, le reste de la flotte ayant choisi une option intermédiaire.

©AFP

Du côté des multis 50′, sans surprise, on retrouve les trimarans de dernière génération aux avants postes, Yves le Blévec sur Actual était le premier sur la ligne avant que Franck Yves Escoffier (Crèpes Wahou 3!) ne revienne sur lui et ne passe la bouée du Cap Fréhel en tête (et en 6ème position, devant certains bateaux de la catégorie Ultime), les deux adversaires ne se quitteront plus jusqu’au dernier pointage du soir en suivant une route identique, Lionel Lemonchois sur Prince de Bretagne ayant choisi une route plus nord.