Après l’empannage d’hier, les équipages d’IDEC SPORT et de Spindrift 2 poursuivent leur route plein sud vers le Pot au Noir dans des alizés instables (20 à 25 noeuds).
Les trimarans devraient parer l’archipel du Cap Vert demain matin et entrer dans le Pot au Noir dans la soirée ou dans la nuit. Celui-ci s’annonce peu actif, l’alizé de Sud Est de 15-20 nœuds devrait être atteint jeudi dans la soirée.
Sur le plan comptable, les deux bateaux affichent ce soir une belle avance de193 milles pour IDEC SPORT et de 210 pour Spindrift 2.
Francis Joyon : « La trajectoire est très oscillante avec les grains cela bascule à 40° d’un coté et de l’autre. Au final on a un cap moyen qui est bien. Maintenant c’est tout droit mais nous subissons encore les perturbations de Ténerife. Quand on aura passé ça on fera route directe sur l’équateur dans l’alizé de nord-est. »
Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC
Bernard Stamm : « On est un peu ralentis par des grains dans un vent assez instable. Des fois ça monte au dessus de 35 noeuds et cela peut descendre à 12-13 noeuds. C’est pas simple mais tout va bien. Là on est à 25 noeuds de moyenne. Il commence à faire chaud. On ne sait pas trop comment s’habiller car il y a beaucoup de vent apparent. Maintenant on se relaye toutes les heures et demi et on arrive à faire des tranches de sommeil de 3 heures. L’ambiance est bonne. ! »
Dona Bertarelli, Spindrift 2
« Enlevés les couches de laine mérinos, les gros cirés et les bottes ; bienvenue aux crocs, lunettes de soleil et crème solaire. Il commence à faire chaud et c’est bien agréable. On file toujours dans un vent oscillant autour des 15 nœuds, ligne droite sur l’équateur. On ne pouvait pas rêver mieux comme trajectoire.»
Les deux trimarans, IDEC SPORT et Spindrift 2 ont empanné en fin de matinée, et vont maintenant filer bâbord amure dans un alizé bien établi vers l’équateur.
Les équipages ont des routes relativement similaires (Spindrift 2 est légèrement décalé dans l’ouest de la trajectoire d’IDEC).
Les routages semblent donner un temps de moins de 5 jours à l’équateur, les conditions de mer qui s’améliorent devraient donc permettre aux multicoques de conserver des vitesses proches de 30 noeuds.
Les deux bateaux affichent ce jour un léger retard sur le détenteur du record, Banque Populaire V, de 80 milles pour IDEC SPORT, et 50 pour Spindrift 2.
La tendance devrait s’inverser demain, en effet Banque Populaire avait été contraint de faire une route assez proches des côtes sur ce début de parcours et avait ensuite dû mettre de l’ouest dans sa route. Idec et Spindrift faisant route directe plein sud, les trajectoires actuelles et celles du détenteur actuel devraient converger demain. Les deux trimarans engagés cette année devraient donc combler ce retard très rapidement et accroitre une avance jusqu’au Pot au Noir.
Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT, joint aujourd’hui
Francis, vous venez d’empanner, peux-tu nous expliquer la situation ?
Francis JOYON : « Oui, nous sommes passés bâbord amures et nous avons envoyé le gennaker. Le but est bien sur de faire une route qui nous rapproche de l’équateur. Le flux dépressionnaire de nord nous donnait un cap qui allait de plus en plus vers l’ouest, donc au bout d’un moment il faut y aller pour retrouver une route plus directe. Là nous sommes cap au 180 °, plein sud, route directe sur l’équateur ! »
Cela veut dire qu’IDEC SPORT pourrait couper l’équateur via un seul empannage en tout et pour tout ?
« Un routage nous indiquait un petit contre-bord à faire en fin d’après-midi, un autre nous faisait espérer qu’on puisse aller tout droit. Le cap s’est bien amélioré donc oui on espère aller tout droit… et même s’il faut faire un petit contre-bord de recalage, ce ne sera pas bien grave. »
Vous espérez donc franchir l’équateur en plus ou moins 5 jours ?
« C’est ce qu’on espère oui ! Hier nous avions du mal à aller aussi vite que nous aurions voulu car il y avait beaucoup de mer, en particulier en face du cap Finisterre. Le bateau bondissait à travers la houle au portant… c’était assez spectaculaire ! Mais maintenant que la mer s’est un peu calmée, depuis quelques heures, nous allons pouvoir atteindre les vitesses-cible plus facilement. »
Peux-tu revenir sur les 24 premières heures de votre tentative?
« C’était quand même chaud ! Le bateau faisait un peu le fou. La mer n’était pas orientée dans le même sens que le vent, ce qui complique beaucoup le truc. Le bateau tapait énormément par moments… On s’en sort sans trop de casse, juste avec deux ou trois bricoles à réparer comme la protection pour le barreur, mais rien de grave. On a affronté ces 24 premières heures avec un peu de réussite, pour ce qui est du passage dans la mer et de la route accomplie. »
On te sent plutôt satisfait de ce début de record…
« Oui, je crois bien que je n’ai jamais traversé aussi vite le golfe de Gascogne ! Malgré les vagues et les rafales, ça n’a pas trainé ! On a tenu de bonnes vitesses moyennes et le fait de pouvoir être en route directe vers le sud maintenant c’est bien. C’est sympa! »
Quelle ambiance à bord avec l’équipage ?
« Nous sommes forcément un petit peu fatigués, car le rythme a été très soutenu depuis le départ. C’est normal : on n’a pas beaucoup dormi, pas beaucoup récupéré, pas beaucoup mangé… On est contents maintenant de pouvoir nous restaurer sans voir la nourriture sauter par dessus-bord ou tomber par terre! Avec les grains, il fallait être vigilants et nous étions à fond sur le bateau… Sinon l’ambiance est à l’entraide, tout le temps, nous avons mis en place un système de quarts avec des changements très souvent et ça fonctionne bien. Il y a une énorme entraide pour bien faire marcher le bateau. »
En allant vers le sud, vous devez avoir un peu moins froid à bord…
« Effectivement, il a fait très froid la première nuit et aussi au cap Finisterre. Mais maintenant les températures remontent nettement. Dehors, au lever du jour tout à l’heure, on voyait des énormes nuages noirs avec des grains, mais maintenant le soleil perce les nuages et ça se dégage progressivement. Il n’est pas impossible qu’on ait un peu de belle lumière dans la journée, ça va être très sympa… »
L’état de la mer s’est-il bien amélioré?
« Le phénomène de mer croisée qui rendait le passage très brutal s’est calmé Le bateau glisse maintenant, c’est vraiment agréable. Gwénolé (Gahinet) m’a remplacé à la barre et on retrouve du vent au moment où je te parle. On va accélérer assez rapidement, je pense. »
Yann Riou, médiaman à bord de Spindrift 2, à 7h ce matin :
« Toujours au portant dans une mer qui semble bien vouloir se ranger un peu. On est passé il y a environ une heure sous gennaker medium (on avait auparavant le petit gennak’ de brise), signe que le vent a tendance lui aussi à se calmer.
Tout est relatif, il y a encore 25 nœuds et on fait encore des pointes de vitesse régulières à 35 nœuds, ce qui est pas mal pour du portant. On sent aussi clairement que la température de l’eau et de l’air augmentent rapidement. Les 24 premières heures ont été toniques. Il y a eu une mise en place de gennaker de brise très humide et des pointes jusqu’à 46 nœuds.
A l’intérieur, il fallait s’accrocher pour se déplacer sans se faire éjecter sur une paroi. Disons que pour réussir à manger, il fallait avoir très faim et que pour réussir à dormir, il fallait avoir très sommeil.
L’équipage va bien, tous semblent être contents être là. Le bateau fonctionne bien. On a juste eu un petit problème d’entrée d’eau par le puits de dérive. Une petite piscine d’eau de mer mais rien de grave. Antoine (Carraz) nous a arrangé cela.
Au niveau stratégique, on est plutôt satisfait de ces premières 24 heures, et de cette fenêtre. Il va y avoir un empannage à venir et c’est ce qui accapare toute l’attention d’Erwan (Israël) et de Yann qui se relaient à la table à cartes. »
Une première version de cartographie regroupant les deux trimarans en lice et celle du détenteur du Trophée Jules Verne est disponible sur Volodiaja.net
Les équipages des deux maxis trimarans en lice pour le Trophée Jules Verne ont coupé la ligne de départ cette nuit. Le chronomètre a été déclenché à 3h 02 minutes et 22 secondes pour IDEC SPORT et 5h 01minute et 58 secondes pour Spindrift 2.
Pour battre le record actuel autour du monde, détenu par Banque Populaire V, les hommes de Francis Joyon devront boucler leur circumnavigation avant le 6 janvier 2016 à 15h 44 pour IDEC SPORT et ce même jour à 17h44 pour Spindrift racing.
Les conditions sur la ligne de départ étaient relativement clémentes, mais le vent a rapidement forci dans le Golfe de Gascogne. Les équipages rencontrent des conditions de mer assez difficiles avec des creux de 4 à 5 m et des vents de 30 noeuds.
Ils ont fait route sur un seul bord vers le Cap Finisterre, légèrement à l’est de la route directe.
Ce soir, les deux bateaux sont en avance sur le temps du record, 7,6 milles pour IDEC SPORT et 12 milles pour Spindirft 2. Les deux multicoques naviguent à plus de 30 noeuds, ils devraient conserver ce flux soutenu et pouvoir accroitre cette avance.
Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC
Marcel Van Triest, routeur à terre d’IDEC SPORT : « même si la mer de travers ne permet pas d’aller très, très vite, on ne va pas se plaindre ! On fait le golfe de Gascogne sur un seul bord et on ne fera probablement qu’un seul empannage d’ici l’équateur ! Il y a 75% de chances de faire un temps correct au Cap et 35% de chances de faire mieux que Banque Populaire qui avait été très rapide sur ce tronçon équateur-Bonne Espérance. Dès demain soir, les gars seront contents car il commencera à faire chaud, ce qui les changera des températures très froides de ce début de record. A 30 milles par heure en route directe, tu gagnes vite des degrés bienvenus. Honnêtement, sur l’Atlantique Nord cette fenêtre est très stable et quasi idéale. »
Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 au large du Cap Finisterre cette après midi sur RMC : « ça y’est, le vent a bien forci. Nous avons 38 à 40 noeuds de Nord, de la mer et, là, pendant que je vous parle, nous marchons à 43 noeuds de vitesse, c’est bien intense à bord. » –
Les deux équipages en stand-by pour leur tour du monde étaient arrivés à Brest afin de se rapprocher de la ligne de départ.
La fenêtre météorologique de ce week end, la première de la saison, était scrutée par les deux routeurs : Jean Yves Bernot pour Spindrift racing et Marcel Van Triest pour Idec Sport.
Idec Sport devrait quitter le ponton dans les minutes à venir alors que Spindrift 2 devrait larguer les amarres vers 23h30.
Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC
Francis Joyon, skipper d’Idec Sport :
Oui ! Nous avons décidé de partir tout à l’heure car nous avons vu qu’il y avait des chances d’accrocher la dépression qui se situe dans l’Atlantique Sud et donc nous partons aujourd’hui avec cette idée-là. On part dans une journée très ventée : 30 à 35 noeuds de vent sur Brest, beaucoup plus sur Ouessant. Les conditions de départ ne vont pas être faciles…
On va partir avec un ou deux ris. Il faudra surtout être prudents dans le golfe de Gascogne ou la mer sera très forte avec 4 à 5 mètres de houle annoncés et la mer peut être croisée encore puisqu’on a eu un coup de vent de sud-ouest avant hier et que maintenant nous sommes dans un régime de secteur nord. Nous serons dans le bain d’entrée de jeu !Le record à l’équateur envisageable. On pourrait mettre moins de 5 jours et demi si tout s’enchaine bien.
On fait un peu pour la forme un dernier tour du bateau. Histoire d’être certain de n’avoir rien oublié, qu’on a bien l’avitaillement qui convient, que chacun a bien mis son passeport dans le conteneur de sécurité, des petits rituels comme ça.. L’équipage est content, ce sont des gens qui sont habitués aux départs et qui sont heureux en mer…
Le trajet jusqu’à l’équateur parait relativement simple. Il y a peu d’aléas météo et de questions à se poser, mise à part tout de même cette nuit une petite dépression pour pourrait créer un manque de vent dans le golfe de Gascogne. Il ne faut donc pas s’empêtrer là-dedans. Mais surtout on essaie de voir plus loin, jusqu’à la position de l’anticyclone de Sainte Hélène, la circulation des dépressions qui partent du Brésil et se dirigent vers Bonne Espérance. C’est un mélange de tout ça qui a déterminé notre décision de partir aujourd’hui.
On ne peut être certains de rien mais on part sur une probabilité qui peut devenir favorable. Par le passé, des projets ont attendu des mois et des mois une bonne fenêtre,… on se dit qu’il faut tenter notre chance..
Le trimaran IDEC SPORT mené par Francis Joyon est arrivé à Brest hier, après son convoyage depuis La Trinité-sur-Mer. Dès son arrivée, le skipper a choisi de passé en code orange, ce qui signifie un départ possible sous 6 jours. En effet une fenêtre météo favorable semble se dessiner en fin de semaine, le départ pourrait se faire dès samedi 21 novembre. Francis Joyon et son routeur Marcel Van Triest vont scruter les prévisions afin d’affiner les possibilités de départ.
L’autre trimaran prétendant au Trophée Jules Verne, Spindrift 2 est attendu demain à Brest, Yann Guichard, Dona Bertarelli et leur équipage devraient également passer en code orange dès leur arrivée.
Erwan Le Roux et Giancarlo Pedote sur FenêtréA Prysmian gagnent la Transat Jacques Vabre dans la catégorie Multi50, Erwan le Roux devient par ailleurs triple vainqueur de l’épreuve de même que son trimaran sur plans VPLP. Ils ont bouclé le parcours en 16 jours 22 heures 29 minutes et 13 secondes à la vitesse moyenne sur l’eau de 15,06 nœuds.
Le duo aura dû faire face à des soucis de grand voile et a été contraint de naviguer sous voilure réduite depuis la latitude de Salvador de Bahia.
Ciela Village mené par Thierry Bouchard et Oliver Krauss avait également connu des soucis qui l’avait obligé à faire escale au Cap Vert pour réparer son étrave, les deux skippers arriveront dans la nuit et se classeront seconds. Arkema a également dû s’arrêter pour réparer à Salvador de Bahia pour renforcer sa coque centrale qui se délaminait.
Erwan Le Roux, skipper de FenêtréA Prysmian (Multi50)
« Chaque victoire est différente, celle-là a une saveur particulière surtout avec ce bateau. C’est trois victoires sur ce bateau. Ca m’a fait remonter beaucoup d’émotions. J’ai pensé à Hubert Desjoyeaux qui m’a accueilli pour construire le bateau avec Franck-Yves (Escoffier).Tous ces souvenirs remontent, c’est un bel hommage que je veux leur rendre aujourd’hui, c’est grâce à eux tout ça. Ils ont construit un super bateau, j’ai participé à la construction de ce bateau également. C’est vraiment un super bateau. Le plus bel hommage, c’est de gagner des courses. Je dédie à Hubert cette victoire, c’était un grand homme et un grand constructeur de bateau. Cette arrivée est pleine d’émotions. Ca n’a pas été facile, on a eu des moments difficiles, les 5-6 premiers jours… Nous vivions à plat ventre. C’était délicat. Vivre à l’intérieur, c’est compliqué. Les mouvements sont brutaux, on se cogne, rien que de mettre un ciré demande une demie heure. Faire des besoins basiques, ça demande une énergie folle. Tout ça, entre deux vomis. Une première semaine compliquée. Les conditions n’étaient pas forcément dures, mais c’était long. Cinq jours dans une machine à laver c’est dur. Avec Giancarlo, ça c’est bien passé. Nous avons réussi notre objectif. Il y avait une belle histoire à construire dès le début. C’était de lui transmettre mon expérience du multicoque et mon expérience sur ce bateau. On a travaillé là-dessus toute l’année. On a cultivé la victoire, on a gagné toutes les courses de la catégorie Multi50. Notre objectif de duo gagnant est atteint ! Contrat rempli ! Le prochain objectif, c’est au mois de mai, en solitaire sur The Transat. La course mythique en solitaire qu’il faut décrocher avec le Multi50. J’ai déjà hâte d’y être. Ce sera encore une autre histoire. Mais dans l’immédiat je profite de cette belle victoire sur cette Transat Jacques Vabre. Le lointain, on verra après ! »
Giancarlo Pedote, co-skipper (FenêtréA Prysmian) « C’est magique, je rêvais de cette course depuis 2001. J’étais préparateur. Tous les soirs, je rêvais sur les quais d’être au départ un jour. Et quatorze ans plus tard, je réalise mon rêve, et en plus de la gagner c’est beaucoup d’émotions. L’arrivée de ma première transat était également au Brésil, donc le mélange de tout ça m’a touché ces derniers 10 milles de course. On a échangé nos sentiments avec Erwan, c’était un bel échange, un beau moment. J’étais bien fatigué au début de la course, j’étais un peu stressé des conditions, car je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait donner. J’avais le mal de mer. Je ne me suis pas nourri pendant 48 heures. C’était dur, je serrais les dents. Après, c’est incroyable mon corps a repris de l’énergie, s’est habitué. Cela m’a fait l’effet opposé, car après j’étais très en forme. Je ne me sens pas trop fatigué. »
Thomas Coville et Jean-Luc Nélias ont pris la 2ème place de cette Transat Jacques Vabre dans la classe Ultime, ils auront mis 13 jours 47 minutes 38 secondes à la vitesse moyenne de 17,26 nœuds sur le parcours théorique, et à 20,51 noeuds sur la route réelle de 6 415 milles. Sodebo Ultim’ est arrivé 7h 18min et 11sec derrière Macif.
Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim’ (Ultime)
« Ce n’est pas du tout de la déception, c’est le plaisir de s’être bagarré jusqu’au bout. On s’est fait une première nuit d’anthologie où on s’est vraiment régalé en mettant tout le monde d’accord. On s’est fait une dernière nuit rien que pour nous avec le plaisir de pousser le bateau à fond. Ca été une très belle régate, on a vécu un truc génial à deux, c’est magique de naviguer à deux sur ces bateaux. En fait, cette nuit, je me rendais compte à quel point on est privilégié de naviguer sur un bateau comme Sodebo.
Merci à Sodebo de s’être engagé dans l’aventure Ultime, il fallait oser. J’ai aussi eu le privilège de naviguer aux côtés d’un monsieur comme Jean-Luc Nélias, merci beaucoup à Jean-Luc. Cette nuit, je me suis senti très à l’aise quand on attaqué avec Jean-Luc. Je me suis senti très à l’aise et très serein sur Sodebo avec cette conception du large. La Transat Jacques Vabre a été plutôt une course au contact avec des vents médiums. Quand on sera dans le Grand Sud, je serais content d’être à bord de mon Sodebo. Je suis bien sur mon bateau, je suis très fier de ce bateau. C’était un projet de toute équipe quand on a transformé Géronimo. L’objectif est d’aller en solitaire autour de la planète, là ce sera une autre histoire. Si on peut se payer le luxe de se faire des bagarres comme ça en solitaire à 5 ou 6 bateaux on va changer l’Histoire. On va prendre un plaisir incroyable, c’est mon objectif, prendre du plaisir sur l’eau et que la planète soit notre terrain de jeu. Quel enthousiasme de se retrouver pionnier d’une nouvelle histoire. C’est émouvant d’arriver, c’est une histoire qui s’achève et à la fois on pense à la suivante. J’ai proposé à Jean-Luc en passant la ligne d’arrivée de remettre ça dans deux ans, il m’a répondu oui tout de suite. »
« Ca s’est joué sur un coup de tactique-stratégie sur un empannage au niveau du cap Vert. Macif avait du retard, en empannant plus tôt que nous il a neutralisé son retard. Ca nous a positionné à l’entrée du pot au noir dans un position un peu décalée, et on pensait que notre position était la meilleure, et finalement c’est la leur qui a le mieux marché. C’est souvent le cas dans le Pot au Noir : on tente des trucs et on n’est pas sûr que ça marche. Il est sorti du Pot au Noir et il a touché du vent plus fort que nous et en multicoque ça ne pardonne pas. Les écarts sont très importants, et la vitesse double, on quitte le système d’alizés, et petit à petit, il s’est échappé. »
A lire : l’interview des deux co-skippers Pascale Bidégorry (MACIF) et Jean Luc Nélias (Sodebo Ultim’) sur Voiles et Voiliers.
En Multi 50, Erwan Le Roux et Giancarlo Pedote sur FenêtréA Prysmian ont du effectuer une réparation sur la grand voile hier et ont concédé quelques dizaines de milles sur leurs poursuivants. Ils conservent cependant plus de 360 milles sur le second Arkema. Ciela pointe à 55 milles d’Arkema.
François Gabart et Pascal Bidégorry se sont imposés ce matin à Itajai et remportent donc cette Transat Jacques Vabre. Les deux marins auront mis 12 jours 17 heures 29 minutes 27 secondes pour boucler cette transatlantique entre le Havre et le Brésil. La vitesse moyenne sur le parcours théorique de 5 400 milles est de 17,68 nœuds et de 20?75 noeuds sur la route réelle (6340 milles).
Les deux marins ont parfaitement négocié les difficultés de cette course, ils ont pris la tête au niveau du Cap Vert pour ne plus la lâcher. Ils ont parfaitement négocié le passage du Pot au Noir et ont creusé leur avance dans les alizés le long du Brésil face à Sodebo Ultim.
Le trimaran VPLP mis à l’eau il y a seulement deux mois s’est montré particulièrement véloce face à son adversaire, et devrait voir son potentiel encore amélioré avec son deuxième foil et les optimisations qui feront suite à cette première course.
François Gabart, skipper de MACIF : « C’est génial ! C’est une impression formidable, parce que c’est la première course du trimaran et sa première victoire, on ne pouvait pas rêver mieux ! Ce bateau est extraordinaire, je l’aime déjà ! Et le fait de partager cette victoire avec Pascal est un moment fort, ce n’est que du bonheur ! Nous travaillons depuis deux ans pour mettre au point ce bateau, et seulement deux mois après sa mise à l’eau, nous prenons le départ d’une course que nous arrivons à gagner ! Bravo à l’équipe qui a bossé, tant au niveau de la conception, que de la construction et de la mise au point. Avec Pascal, nous n’avons fait que la fin du boulot. Nous avons quand même eu des petits problèmes : l’électronique après le Cap Finisterre ; et récemment même, puisque deux jours avant l’arrivée, nous avons découvert que de l’eau était rentrée à l’arrière du bateau. Une zone de trois mètres s’était remplie d’eau par le tube du safran central, soit 5000 ou 6000 litres ! Comme derrière, il y a un peu d’électronique, notamment les pilotes automatiques, ils n’ont pas trop aimé ! Nous avons réussi à vider, mais nous n’avions plus de pilotes. Ce souci nous a un peu mis dans le rouge. »
Photo Vincent Curutchet / DPPI / MACIF
Pascal Bidégorry, co-skipper de MACIF : « François a un nouveau jouet exceptionnel, dont nous n’avons pas encore tiré la quintessence, il y a plein de choses à apprendre, nous avons découvert des choses tous les jours. C’est toujours super de gagner une Transat Jacques Vabre, c’est un parcours magnifique, et une victoire que l’on partage à deux. C’est sympa de gagner à nouveau dix ans après ma première ! »
Thomas Coville et Jean Luc Nélias ne sont plus qu’à quelques milles de la ligne, dans des vents évanescents, ils devraient boucler leur parcours en un peu moins de 13 jours.
François Gabart et Pascal Bidégorry sont tout proches de remporter cette Transat Jacques Vabre sur le trimaran MACIF, récemment mis à l’eau et doté d’un seul foil. Il sont attendus la nuit prochaine. Ils sont parfaitement négocier le front orageux transitoire qui leur barrait la route au petit matin et ont accroché un flux de sud est établi, la dernière difficulté sera l’approche des côtes avec un vent qui mollira petit à petit.
Thomas Coville et Jean Luc Nélias sont actuellement en train de passer la fin du front, à 180 milles du leader, ce retard ne devrait pas leur permettre d’inquiéter leur adversaire.
François Gabart, skipper de MACIF (Ultime) « On a passé le front froid permanent du cabo Frio, et maintenant le climat a changé, il fait plutôt froid alors qu’hier, c’était grand soleil et 40°. Nous sommes contents, car maintenant, c’est tout droit jusqu’à l’arrivée. Il n’y aura pas de grands changements météo, juste des grains à gérer. On est à 27 nœuds et on a du vent fort à venir dans l’après-midi et le début de soirée, ça va aller vite. Nous allons arriver entre 22h et 24h TU (soit 23h et 1h heure française) à une quarantaine de milles de l’arrivée. Le vent mollit à l’approche de la côte. Après, les derniers milles vont être compliqués. On va donc arriver fin de nuit prochaine. »
En Multi 50, FenêtréA Prysmian poursuit sa course, seul en tête, les deux autres multis 50 en course pointant à plus de 400 milles à la sortie du Pot au Noir, alors que le leader passe l’archipel de Fernando de Noronha.
Erwan Le Roux, skipper de FenêtréA Prysmian (Multi50) « Je suis en pleine séance de matossage, donc je déplace le matériel de l’avant vers l’arrière. Tout le matériel de sécurité, toute l’eau qu’il nous reste, le matériel de rechange, la TPS, la pharmacie, etc., une dizaine de sacs que je déplace de 7 mètres environ et que j’entasse à l’arrière et ensuite j’amarre le tout avec un filet pour que cela tienne en cas d’enfournement intempestif. Par cette chaleur, je suis à poil pour le faire, car c’est une suée incroyable. On fait ça parce que l’alizé commence à adonner et on ouvre un peu les voiles et dans les allures travers au vent, le bateau aime bien être assis sur l’arrière de la coque centrale, c’est pour cela qu’on met tout le matériel derrière. On est à 32 milles de Fernando de Noronha et on va passer à 15 milles dans son vent. Le vent va adonner, donc il va falloir bien régler le bateau, on sera au reaching, donc il va falloir bien conduire le bateau pour ne pas le mettre en danger et rester à l’endroit. Il me semble qu’il nous reste entre 4 et 5 jours, je dois faire un point avec notre routeur Jean-Yves (Bernot). Je crois que ça va mollir un peu à l’approche de Récif. Je ne sais pas, mais je pense que c’est 4-5 jours. Giancarlo est à la barre, dehors en ciré, car comme ça avance vite, dehors c’est trempé. »
Oliver Krauss, skipper du Multi 50 Ciela Village « On a eu un Pot au Noir tranquille pour nous, on a réussi à avancer tout le temps. Donc a fait une bonne nuit, on pensait s’arrêter et finalement on a avancé toute la nuit. On est devant Arkema, il est beaucoup plus dans l’est que nous donc il va repasser devant assez vite. Arrivés à Recife, on verra comme on se situe vis-à-vis de lui. On peut encore faire quelque chose. On n’a jamais fait en-dessous de 8-10 nœuds, sauf sous un nuage, mais notre moyenne est de 8 nœuds. On a continué à avancer, donc c’est le principal. On approche de Fernando de Noronha, on est au largue, et on va être vent de travers pendant un petit moment, on va avancer à fond. Thierry dormait et moi j’étais au poste de barre sous pilote et j’ai vu un gros truc devant, je croyais que c’était un paquet d’algues, on avançait à 20 nœuds et quand j’ai vu ce que c’était : une baleine, je ne pouvais plus rien faire, elle est passée entre les flotteurs et la coque centrale, ce n’était pas une grosse baleine, ça s’est bien passé, mais c’était quand même stressant. C’est la mer, tu peux te prendre des baleines, des containers, c’est le risque. Il y a pas mal d’algues. On a fait un petit arrêt pour les enlever des safrans. On le sent à la barre, dès qu’on va à 10-13 nœuds, on sent tout de suite si on a quelque chose, si on en a beaucoup ou pas et on fait une marche arrière. Mais c’était surtout hier, là ça va. Depuis hier, le ciel est étoilé, et ce matin il y a quelques petits nuages noirs qui passent, qui amènent de la pluie, donc on essaye de les éviter. C’est ciel bleu avec pas mal de nuages, soleil, ombre, cumulus, mer plutôt plate qui commence à clapoter. Beau temps, belle mer ! »
Statu quo dans la classe Ultime, l’écart s’est sensiblement réduit dans la journée passant de plus de 260 à 140 milles. L’équipage de MACIF a été contraint de s’écarter de la route directe puis d’empanner, alors que Sodeb’O Ultim faisait plus ou moins une route directe vers le Cap Frio. Thomas Coville et Jean Luc Nélias effectuent néanmoins depuis quelques heures un recadrage vers la côte, ils pourraient tenter de couper au plus court dans la zone dans le front en Baie de Rio afin de refaire leur retard sur MACIF qui reste cependant en position de contrôle.
Jean-Luc Nélias, Sodebo Ultim’ : « Certes, cela peut tamponner à terre mais j’ai quelques exemples récents où on passe comme des fleurs (2 Volvo Ocean Race). Notre problème d’hier, c’est qu’effectivement, on essayait de prendre le plus de marge possible depuis 48 heures (25 milles) mais qu’une grosse zone de grains est venue de l’Est sur la zone, pile poil au moment de notre passage. On le voyait sur le fichier météo CEP ! On a eu 5 nœuds dans le 175° par moment… MACIF qui a dû passer pas loin de six heures avant nous et n’a pas connu cette zone. En fait depuis la sortie du Pot au Noir, il a toujours eu de la droite avant nous et ça c’est normal, mais aussi une TWS plus stable quand on voit la constance de sa vitesse. Nous, derrière, on a subit plusieurs baisses de vent proche de 10 nœuds sous des lignes de grains et au final, il nous a mis une branlée ! On n’est pas dans le même timing météo… A part s’accrocher et batailler et espérer des miracles (qui arrivent parfois), on ne peut pas changer ce que nous propose la météo. Mais on espère que la roue tournera… »
Thomas Coville, skipper de SODEBO (Ultime)
« Aujourd’hui c’est grand soleil, on a retouché du vent, on est sous trinquette, au portant le long du Brésil. La vie pourrait être meilleure, elle peut toujours être meilleure, mais elle pourrait aussi être plus terrible. On essaye d’être concentré sur ce qu’on fait. On a fait une belle balade ce matin, on s’est enchaîné 1h30 de manœuvres et quand ça déroule bien on est super contents. Avec Jean-Luc, on se connaît de mieux en mieux, on connaît aussi mieux le bateau et on se répartit beaucoup plus les rôles. Il manque un ingrédient, car la bagarre est un peu tombée. Ils (François Gabart/Pascal Bidegorry, ndlr) sont partis à la sortie du Pot au Noir. Le duel était magique à vivre.
L’un comme l’autre, on aime naviguer. Jean-Luc aura fait beaucoup de milles cette année, moi, j’en cumule aussi. On se retrouve là à régler le bateau au mieux, on n’a pas l’impression d’avoir mal fait, on n’a pas jeté l’éponge, tant que l’un de nous deux n’a pas passé la ligne tout est possible, même si les chiffres ne sont pas en notre faveur. On ne lâche rien et cela fera partie du plaisir de se dire qu’on a tout donné.
Au début on n’a pas eu de conditions viriles et on était plus à l’aise que MACIF. Dans du temps médium, il s’est avéré plus rapide. J’appréhendais que ce soit plus terrible. A la sortie du Pot au Noir et vue les conditions météos ils sont partis devant. Le jour du départ du Havre, quand j’ai vu qu’ils filaient avec le petit gennaker, je me suis dit que lorsqu’ils mettraient le grand ils allaient réellement filer encore plus. Et au large du Maroc, on s’est retrouvé avec eux. Pour un bateau neuf, ils ont encore pleins de chose à optimiser et ils iront sûrement plus vite après.
A la sortie du Pot au Noir, en étant sous le vent, on avait du refus, on était au près serré contrairement à MACIF qui avait de l’adonnante au large. Et nous avions moins de vent et plus de refus, donc les trajectoires étaient à l’opposé. C’était un choix subi à la sortie du Pot qui nous a emmenés plus à l’ouest que prévu.
Ca s’est joué sur un empannage en amont du Cap vert alors que nous étions en tête. A cet endroit-là tu ne pouvais pas savoir que tu allais rester 36 à 48h dans le Pot au Noir. Quand on fait cet empannage, MACIF fait cette option d’empanner à l’intérieur des îles, car ils avaient 35 milles de retard, on se retrouve sur la même latitude, ils annulent la dette, ils étaient plus dans l’est et cela s’est avéré être bon pour eux. C’est nous qui déclenchons cet empannage à l’intérieur et c’est eux qui en profitent. Hier, ils ont eu un vent forcissant et nous on avait une ligne de grain qui s’est formée. On est resté scotché pendant quelques heures. Il y a une zone à Cabo Frio où ça peut tamponner et après jusqu’à Itajaí, il peut y avoir de gros grains et peu de vent, donc si ça reste comme cela, ça peut bloquer devant et nous pouvons revenir. »
François Gabart, skipper de MACIF : «Nous avons doublé notre avance sur les dernières 24h : ça allait assez vite, on avait du vent, 25 voire plus de 30 nœuds. Sodebo a eu une trajectoire plus serrée en approche de la côte, nous avons été assez surpris des dernières heures passées. On ne savait pas s’ils avaient un problème technique, s’ils devaient réparer mais ce qui est sûr, c’est que nous ne les avons pas attendus. Ce petit pécule d’avance, c’est à la fois beaucoup et à la fois rien du tout, ce sont des bateaux qui vont très vite et qui à 30 nœuds, peuvent faire 150 milles en 5h. Nous ne sommes pas à l’abri d’avoir des soucis techniques tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie, on est à fond et on ne lâche rien. Nous sommes tous les deux en forme, le bateau aussi, on essaye d’alterner pour éviter la fatigue inutile et traverser les dernières heures dans les meilleures conditions.»
Prince de Bretagne est arrivé ce matin en remorque à Lorient, le trimaran a ensuite été amarré à l’envers. L’opération de retournement n’a pas pu avoir lieu comme prévu dans l’après midi avec 25 noeuds établis, la manoeuvre aura lieu dès que possible. Lionel Lemonchois et son team inspecteront ensuite la plate forme et le chantier de remise en état débutera. Le skipper espère remettre à l’eau le Maxi 80 en avril, la prochaine échéance étant la Transat Plymouth – New-York en mai.
En Multi 50′, Erwan le Roux et Giancarlo Pedote sont sortis du Pot au Noir et peuvent aborder sereinement la fin de course, avec une avance non négligeable sur Arkema, qui est au coeur de la zone de convergence intertropicale à l’est. Ciela Village sur une route plus à l’ouest pourrait effectuer un beau retour après son arrêt technique.
Erwan Le Roux, skipper de FenêtréA Prysmian (Multi50)
« C’est un Pot au Noir particulier, mais pour nous c’est fini depuis hier. Il nous a fait un sale tour avec un vent un peu inhabituel, et une sortie avec un vent de sud-ouest. Et c’est uniquement depuis ce matin qu’on a trouvé les vents de sud-est. Le bord en tribord n’était pas sympa, car nous étions face à la mer, il était usant ce bord pour nous amener dans le sud-est, beaucoup de clapot. Depuis qu’on a viré de bord, c’est un vrai bonheur, ça accélère gentiment, on a ouvert un peu les voiles, on est à 13 nœuds pour 9 nœuds de vent. La machine à fabriquer du vent est enfin en route.
On a eu des grains mais pas beaucoup de pluie. C’est surtout cette nuit qu’on a eu de la pluie. Et avec le vent apparent qui est assez élevé en multicoque tu es rapidement en ciré, donc la douche ce n’est pas pour maintenant.
Giancarlo a déjà passé l’équateur quand il a fait la Mini en 2004. Et moi mon premier passage, ça devait être sur la Transat Jacques Vabre en 2005 sur Gitana avec Thierry Duprey du Vorsent et on devait passer l’Ascension. Je me souviens que c’était tellement la galère dans le près que Thierry ne m’avait pas bizuté. Le près dans l’anticyclone de Saint-Hélène c’était réellement la galère. C’est mon souvenir de mon premier passage de l’équateur. On va faire une petite offrande à Neptune des petits gâteaux, ceux qu’on n’aime pas, car nous n’avons pas pris d’alcool à bord, donc pas de champagne pour lui. On a bien récupéré cette nuit, je pense qu’on va continuer à nous reposer. On est bien en forme, on est pas mal pour attaquer la grande ligne droite. »