L’équipage d’IDEC SPORT décroche le Trophée Jules Verne en 40 jours 23 heures et 30 minutes

Le Maxi Trimaran IDEC SPORT a franchi la ligne d’arrivée du Trophée Jules Verne ce matin  à 8 heures et 49 minutes. Francis Joyon, Clément Surtel, Alex Pella, Bernard Stamm, Gwénolé Gahinet et Sébastien Audigane ont bouclé le tour du monde en 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes.

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

L’équipage décroche donc le Trophée Jules Verne, ils ont parcouru 26 412 milles sur le fond, à la moyenne de 26,85 noeuds.(22,84 noeuds sur l’orthodromie de 22461 milles). Ils améliorent le précédent record détenu par Loïck Peyron et l’équipage du maxi trimaran Banque Populaire V de 4 jours, 14 heures, 12 minutes et 23 secondes.
Ils ont également battu pas moins de 6 records ou temps intermédiaires, au cap Leeuwin, Tasmanie, Antiméridien, Horn, Equateur et Ouessant.

Photo Francois Van Malleghem / DPPI / IDEC Sport Celebration onboard

Photo Francois Van Malleghem / DPPI / IDEC Sport
Celebration onboard

L’équipage réuni par Francis Joyon n’avait pas le palmarès des derniers recordmans du Jules Verne, constitué le plus souvent de multiples tourdumondistes, les cinqs marins choisis par le skipper avaient des profils plus atypiques. Francis Joyon a choisi des compétences globales, tant à la barre, qu’aux réglages, mais aussi pour l’entretien et les les réparations courantes, cet aspect étant nécessaire avec un équipage aussi réduit. Le facteur humain était également primordial, l’entente cordiale entre les six hommes du bord étant parfaitement perceptibles lors des différentes vacations. Le « pari » de Francis Joyon s’est donc révélé le bon.
Il faut également associer à cette réussite Marcel Van Triest, le « statège » météo d’IDEC SPORT, le néerlandais occupant la fonction de routeur à terre a permis aux marins du bord de tracer une trajectoire au cordeau avec « seulement » 26412 milles parcours contre 29000 pour Banque Populaire V.
Les six marins auront également poussé le bateau au maximum de son potentiel pour accéder à ce résultat, et offrent un deuxième Jules Verne au trimaran (déjà détenteur du record de 2010 à 2012 sous les couleurs de Groupama).
Ils auront profiter d’excellentes conditions dans le grand sud avec plusieurs journées à près de 800 milles et une dépression qui les accompagnera de l’atlantique sud et tout au long de l’indien, le fait de ne pas avoir à contourner de zones d’icebergs trop étendues leur a également permis de couper au plus court dans le grand sud.

Francis Joyon : « À bord, je voulais qu’une mayonnaise prenne. C’est primordial qu’il y ait une vraie cohésion d’équipage et du bonheur à naviguer ensemble. J’ai reçu de très nombreuses propositions, alors qu’il y avait quand même peu de places à bord. J’ai privilégié le facteur humain. Bernard (Stamm), c’est un peu la famille pour moi et c’était aussi, avant l’arrivée de Sébastien, le local de l’étape puisqu’il est Brestois. Clément (Surtel), c’est l’homme incontournable, dans la mesure où il est l’un des trois membres de notre toute petite équipe technique, avec Corentin, mon fils et moi-même.  Sa présence, c’était la garantie d’avoir du savoir-faire technique embarqué. Avec Gwénolé (Gahinet), qui fait partie de l’équipe depuis l’année dernière, le courant est tout de suite très bien passé et cela nous permettait de rajeunir aussi la moyenne d’âge du bord ! Idem avec Alex (Pella) avec lequel j’ai tout de suite eu une belle accroche. La présence de Sébastien s’est plus improvisée pour venir remplacer Boris (Herrmann) qui s’est retrouvé mobilisé sur un projet IMOCA entre nos deux départs cette année. Sébastien connaît très bien les maxi-multicoques, c’était pour nous une valeur sûre.

Nous avons fonctionné avec une bonne cohésion à bord d’un bateau sans hiérarchie. Chacun était responsable de lui-même. Chacun a disputé ce Trophée Jules Verne pour lui-même et nous avons tous donné le meilleur de nous-mêmes.

Les 40 jours ne constituaient pas un objectif au départ, ce n’était pas imaginable. Battre le record d’une minute représentait déjà un exploit formidable. On passait un peu pour des rigolos et des hurluberlus de nous attaquer à ce challenge tellement difficile pour un si petit équipage à bord de ce bateau, face à la douzaine d’équipiers qui détenait jusque là le record à bord d’un bateau de 40 mètres.

Il nous a fallu presque deux tours et demi pour parvenir à battre le record. Et dans l’histoire du Trophée Jules Verne, on voit que pratiquement tous les bateaux ont dû s’essayer sur deux tentatives avant de l’emporter. Seul Bruno Peyron y est parvenu la première fois lors du tout premier Trophée Jules Verne, en 1993.

Sur notre deuxième tentative cette année, nous avons de nouveau rencontré un Pot au Noir très difficile. C’était moralement très dur. Mais Gwénolé, qui est un éternel optimiste, croyait que la situation météo ne pouvait que s’améliorer. Au cap Bonne Espérance, nous étions mieux placés que les prévisions et toutes les portes se sont ensuite ouvertes devant nous. On a su qu’on pouvait battre le record dès lors que nous pouvions maintenir les 35 nœuds de vitesse à laquelle se déplaçait le front à l’avant duquel nous nous étions positionnés pour traverser l’océan Indien et une partie du Pacifique. On savait que le record se jouait là. Notre motivation était très forte pour connaître plusieurs journées à près de 900 milles. Nous étions toujours à fond. Et si parfois, nous avons fait en sorte de ne pas dépasser les 40 nœuds, à l’avant du front, nous n’avions pas de limites.

Au-delà du côté sportif, sur un record autour du monde, on ne peut pas s’empêcher de regarder la planète en essayant de comprendre comment passer d’un système à l’autre.

Elle n’est pas si grande que ça et surtout, on se rend compte à quel point nous sommes liés à notre environnement. Cela nous encourage à ne pas nous comporter comme des consommateurs d’espaces naturels. »

Bernard Stamm : « Nous avons eu de la chance. Il faut de la réussite pour que météo se mette en place.  Mais cette chance a été provoquée par Francis et Marcel qui ont décidé de partir avec la fenêtre que nous avons prise. Ils ont choisi de faire confiance aux éléments dont on disposait au départ. On a réussi à se servir de cette chance et à profiter de l’enchaînement incroyable qui s’est mis en place.

À bord, les limitations de vitesse dépendaient de l’état de la mer et des conditions. On s’est plus lâchés dans l’Indien. J’ai vu un 48 nœuds et je crois que certains de mes camarades en ont connus aussi. Il n’y a jamais eu de compétition entre nous à la barre. On a toujours fait le maximum pour faire marcher le bateau dans l’objectif du record. Francis plaçait le curseur plus bas, ou plus haut d’ailleurs. Il était le chef d’orchestre. »

Sébastien Audigane : « Un peu avant le deuxième départ, j’ai reçu un appel de Francis pour me proposer d’embarquer à bord. Il a fallu que je me décide en 24 heures. C’était tentant, mais j’ai dû réfléchir très vite. Je me suis tout de suite senti très à l’aise avec cet équipage de marins, des gens qui veulent être en mer avant toute chose. »

Gwénolé Gahinet : « Je me suis lancé dans le projet l’année dernière lors de notre première tentative. C’était pour moi une découverte totale. Cette année, nous étions mieux rodés, mieux préparés. Et c’est pour moi un vrai plaisir d’avoir bien navigué et de faire cette belle trajectoire, notamment dans le Sud avec cette grande ligne droite en bâbord. C’était un vrai engagement physique. Cela reste une expérience exceptionnelle avec beaucoup d’échanges entre nous sur la manière de régler le bateau. »

Alex Pella : « Ce projet a été mené en laissant beaucoup de liberté à chacun de nous. On s’est tous beaucoup enrichis, nous avons beaucoup appris les uns des autres, avec beaucoup de respect entre nous. Nous avons pris beaucoup de positif. Ce Trophée Jules Verne, c’est une très grande satisfaction. Ce n’est pas tous les jours que l’ont fait un record autour du monde ! »

Clément Surtel : « Notre projet était porté par une approche très différente de ceux qui se sont lancés jusque là dans le Trophée Jules Verne. Il misait sur la légèreté plutôt que la puissance. Cela fonctionne, même si nous avons été moins performants dans les zones de petit temps où nous aurions bien voulu avoir un plus de hauteur dans le mât.  Les dernières évolutions nous montrent que les bateaux volants marchent très bien aussi. On verra ce que nous réserve l’avenir. Globalement, le Sud a été physiquement très intense. Mais c’est seulement dans les calmes qui ont suivi le passage du cap Horn que nous nous sommes rendus compte à quel point nous étions fatigués par cette navigation extrême. »

Marcel van Triest, routeur, 7è homme du bord : « Là, c’est fini. Depuis le milieu du Pacifique, je voyais déjà que le record était plus qu’envisageable. Mais depuis deux semaines, j’étais plus en mode « on peut tout perdre sur l’Atlantique ». Il restait tellement d’inconnues, et beaucoup d’angoisse. Plus qu’une explosion de joie, cette arrivée, c’est quelque part, pour moi, surtout un soulagement. »

Patrice Lafargue, PDG d’IDEC : « C’est une grosse émotion, je suis même un peu submergé, alors que je suis  pourtant habitué aux exploits de Francis qui a conquis tous les records à la voile. C’est une très grande fierté pour moi, comme pour mes salariés de l’avoir accompagné sur ce Trophée Jules Verne en équipage. Cette petite équipe est composée de vrais marins, ce sont tous des gens bien. Je félicité aussi Thomas Coville qui a battu le record que Francis détenait jusque là en solitaire. Il a fait quelque chose de très fort, un bel exploit. »

 

 

 

Trophée Jules Verne : IDEC SPORT termine son tour du monde en 47 jours 14 heures et 47 minutes

L’équipage réduit d’IDEC SPORT aura connu une dernière frayeur lors de sa dernière nuit en mer avec une collision avec un OFNI vers 4 h du matin ; celle-ci brisant le safran du flotteur bâbord mais sans affecter la structure du bateau. Francis Joyon et ses cinq équipiers ont donc poursuivi leur route vers Ouessant.

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

La ligne d’arrivée de ce tour du monde a été franchie à 17h50 avec un temps de 47 jours 14 heures et 47 minutes, ils réalisent le troisième meilleur temps sur le parcours, derrière Banque Populaire V et Spindrift 2 qui a coupé la ligne à 16h. Il réalisent le meilleur temps du bateau, qui avait détenu le Trophée Jules Verne sous les couleurs de Groupama de 2010 à 2012.

L’équipage de ce Trophée Jules Verne était constitué de Francis Joyon, Alex Pella, Clément Surtel, Boris Herrmann, Gwénolé Gahinet et Bernard Stamm.

Sur ce tour du monde, les six marins décrochent le meilleur partiel sur le tronçon Cap des Aiguilles-Cap Leeuwin en 5 jours 11 heures et 23 minutes.

L’équipage est attendu quai Malbert à Brest vers 20h.

 Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Francis Joyon :
« Il y en a eu beaucoup, des grands moments ! Je retiendrai un grand classique : le passage au cap Horn dans des conditions de mer très agréables et une lumière extraordinaire. Mais l’essentiel c’est le plaisir en équipage ! On a vraiment bien fonctionné ensemble, on s’est bien entendus. Nous étions assez complémentaires : nous étions plusieurs navigateurs solitaires embarqués ensemble sur un bateau d’équipage et ça a fait un bon mélange. On s’est donnés énormément sur le bateau, encore la nuit dernière, où il y a eu des grains à 48 noeuds. J’ai la voix un peu fatiguée mais c’est vrai que la nuit a été sans aucun repos à manœuvrer sans cesse dans des grains, à se bagarrer… mais on faisait tout avec bonne humeur, avec plaisir ! Un moment cette nuit, Bernard a été projeté violemment à travers le bateau, c’était vraiment brutal… Repartir ? Si on pouvait refaire une navigation en équipage avec ce bateau ce serait volontiers ensemble, oui ! On est tous sur un sentiment très positif par rapport à ça ! »

Bernard Stamm :
« Si je devais isoler un seul souvenir, ce serait un surf à 45 nœuds !  Je ne sais plus exactement où c’était, dans l’océan Indien je pense. J’étais à la barre… Le bateau est tout de même assez éprouvant entre 35 et 40 nœuds, mais quand tu restes de longs moments au-dessus de 40 nœuds c’est… et bien c’est mémorable ! »

Gwénolé Gahinet :
« Un souvenir fort c’est la première descente dans le Grand Sud, au sud des Kerguelen, puis de l’île Heard. On a été obligés de plonger très, très Sud pour faire cette trajectoire qui mène au record de l’océan Indien. C’était une entrée en matière assez dure, on a plongé jusqu’à quasiment 60 degrés Sud, dans de l’eau à 2 degrés. ET tu fonces même la nuit à 35 nœuds en te méfiant des icebergs… c’était assez fort et engagé, le froid était vraiment, vraiment dur. Une nuit, le bateau a carrément gelé ! Les filets ont gelé, le pont a gelé… c’est exceptionnel en navigation. C’était un grand moment ! Mais plus globalement ce qui est génial dans ce tour du monde c’est l’aventure humaine, la cohésion de l’équipage. On a passé de super moments, un super tour du monde. Nous étions tous assez différents avec plein d’histoires à nous raconter les uns aux autres. A chaque changement de quarts, il y avait plein d’anecdotes, plein d’échanges, de grands moments de rigolade… et c’est presque le principal ! »

Boris Herrmann :
« Un grand souvenir c’est la rencontre avec Spindrift près de la Nouvelle-Zélande. C’était incroyable de se retrouver à cet endroit-là après une moitié de tour du monde ! L’ambiance à bord était super, mais c’est tout le tour du monde, dans sa globalité, qui était un grand moment à vivre. Je pense avoir appris plein de petites choses dans cet équipage, avoir acquis un peu plus de maturité de navigateur. C’était une expérience enrichissante, avec les autres, à bord de ce magnifique bateau ! »

Clément Surtel:
« Le plus grand moment pour moi c’est le cap Horn. Sortir du sud en rasant ce caillou légendaire, que je passais pour la première fois, dans un coucher de soleil magnifique, c’ était quelque chose. C’est une belle image de libération du Grand Sud. Et il y avait une très bonne ambiance à bord, on s’est tous bien soutenus. On s’est découverts parce qu’on ne se connaissait pas vraiment avant de partir et ce n’est jamais évident à six sur un bateau, comme ça. On s’est bien marrés ! Et après 47 jours de mer et bien… on se connaît mieux ! »

Alex Pella :
« Ben sûr on est très contents d’arriver, de finir ce tour du monde avec un très bon chrono, même si on n’a pas battu le record. Il y a eu de grands moments de bonne ambiance à bord, je pense que vous l’avez ressenti à terre. S’il faut faire une seule ‘photo’ d’un instant magique, pour moi ce serait cet énorme iceberg croisé dans l’Atlantique sud pendant une journée ensoleillée magnifique.  Sur le pont, on était tous éblouis, à regarder ce spectacle comme s’il avait été posé là sur notre route, juste pour nous ! Et puis il y avait une très bonne ambiance à bord, moi j’aime bien rire, je trouve même que ça aide au rendement, à la performance, que ça aide quand les choses ne vont pas bien. C’est important… Il y avait des bonnes personnes à bord ! »

 

Trophée Jules Verne : Spindrift 2 boucle le tour du monde avec le 2ème meilleur temps

Le trimaran Spindirift 2, skippé par Yann Guichard, a bouclé son tour du monde dans le cadre du Trophée Jules Verne, aujourd’hui à 16h01 avec un temps de 47j 10h 59’ 02’’.
L’équipage de Yann Guichard et Dona Bertarelli réalisant la deuxième meilleure performance sur un tour du monde à la voile avec ce temps. Ils battent le temps réalisé par Franck Cammas sur Groupama 3 en 2010, mais Loïck Peyron et son équipage de 2012 conservent le Trophée Jules Verne.

Le maxi trimaran de 40m aura parcouru 28 844 milles avec une vitesse moyenne de 25,35 nœuds sur l’eau, et de 18.96 noeuds sur l’orthodromie.
L’équipage décroche trois temps intermédiaires validés par le WSSRC (Ouessant-équateur en 4 jours 21 heures 29 minutes, Ouessant-Tasmanie en 20 jours 04 heures 37 minutes, Ouessant-cap Horn en 30 jours 04 heures 07 minutes).

© Eloi Stichelbaut

© Eloi Stichelbaut

L’équipage est attendu à son port d’attache de La Trinité-sur-Mer vers 22 heures.

La liste d’équipage pour ce tour du monde était constituée de : Dona Bertarelli, Yann Guichard, Sébastien Audigane, Antoine Carraz, Thierry Duprey du Vorsent, Christophe Espagnon, Jacques Guichard, Erwan Israël, Loïc Le Mignon, Sébastien Marsset, François Morvan, Xavier Revil, Yann Riou et Thomas Rouxel.

Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 :
« Le passage au Sud du cap de Bonne-Espérance a été un des moments parmi les plus importants pour moi, mais là, cette arrivée devant Ouessant, c’est aussi un soulagement. Pas une délivrance parce que je n’ai pas été prisonnier et j’ai pris beaucoup de plaisir sur ce tour du monde, mais il est temps que je fasse une petite pause. Bien sûr, il y a eu un peu de stress, mais c’est aussi mon rôle de l’assumer. 

Ce Trophée Jules Verne, c’est la série des premières pour moi ! Autour du monde, au passage des trois caps, avec autant de jours au compteur… Et j’ai vraiment envie d’y retourner. Le bateau est parfaitement adapté à ce programme : il faudra juste que la météo soit avec nous. Et puis les mers du Sud, c’est magique ! Même si l’Indien a été plutôt gris. Et dans le Pacifique, nous avons eu le droit à des lumières sublimes quand nous sommes descendus presque jusqu’au 60° Sud… Mais je retiendrais plus tous ces oiseaux, albatros, pétrels, fulmars, damiers du Cap qui nous suivaient en permanence !

Ma plus grosse angoisse, c’est lorsque nous avons touché un objet non identifié avec le foil : j’ai cru qu’on aller devoir abandonner. Je suis content qu’on en finisse parce que depuis le cap Horn, et au-delà du record, cette remontée de l’Atlantique a été sévère pour le bateau comme pour l’équipage. »

Dona Bertarelli, co-fondatrice de Spindrift racing et barreuse-régleuse sur Spindrift 2 :
« Cette remontée de l’Atlantique a été longue, laborieuse, et j’avais l’impression que le temps n’avançait plus ! Heureusement hier, on sentait l’arrivée depuis que nous avons passé la barrière symbolique des 500 milles de Ouessant : c’était un moment émouvant et je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit parce que l’émotion était palpable et l’adrénaline aussi. Boucler ce tour du monde m’a permis d’atteindre les objectifs que je m’étais fixés personnellement même si nous n’avons pas pu battre le record du Trophée Jules Verne. Je n’ai pas de regret parce que l’essentiel était de revenir à Ouessant le plus vite possible et nous avons tout fait pour cela.

J’ai très bien vécu ce voyage car on se connaît tous très bien et chacun a respecté le caractère des autres. C’était très agréable parce que c’est une équipe de véritables amis. Mais cela tient aussi au fait d’avoir pu, d’une certaine manière, exorciser mes appréhensions, mes craintes de plonger dans le Grand Sud ou d’être loin de tout. Au travers de mes écrits, des articles destinés aux classes de France et de Suisse, en continuant à communiquer avec la terre et à échanger, je ne me suis jamais sentie isolée, seule dans cette aventure. »

© Yann Riou/Spindrift racing

© Yann Riou/Spindrift racing

Sébastien Audigane, Chef de quart, 5ème tour du monde
« C’est mon cinquième tour du monde et mon deuxième en un an puisque j’ai aussi fait la Barcelona World Race (tour du monde en double). J’ai passé deux fois le cap Horn en 2015 ! J’avais navigué sur ce bateau en 2009 mais faire le Trophée Jules Verne avec ce bateau encore optimisé et avec une belle équipe, c’est bien agréable. Le bateau a été beaucoup allégé et on sent qu’il est plus véloce. Mais nous n’avons pas eu beaucoup de chance d’un point de vue météorologique. Un bon souvenir ? Un bord vraiment génial juste avant d’arriver sur le cap Horn. La mer était très plate, la nuit claire, on marchait entre 35 et 40 nœuds, c’était un super moment. Dans les objectifs à venir, j’aimerais faire le Vendée Globe un jour et puis il reste ce record du Trophée Jules Verne à battre ! »
Christophe Espagnon , Barreur-équipier d’avant, 1er tour du monde
« On est encore dans l’excitation de la course et de l’arrivée.  Pour moi, c’est un premier tour du monde bouclé, une première expérience de colocation en espace restreint. C’était sympa ! Au bout de 2- 3 semaines, on entre dans le vif du sujet. Il y a des moments durs mais c’était vraiment agréable pour moi. On a passé des endroits mythiques, c’était important de les voir. C’était long, mais il n’y a pas eu de lassitude car on a eu beaucoup de changements de situations. Passer du catamaran de sport au maxi-trimaran au large ne m’a pas dérangé. Ça reste du vent et de la mer et ce bateau est parfait pour le large. J’ai envie d’y retourner, ne serait-ce que pour voir les belles et longues houles qu’on n’a pas eues. »
Thierry Duprey du Vorsent , Barreur-régleur,  3ème tour du monde et détenteur depuis 2012
« Le bateau a bien évolué en quatre ans. Dans le bon sens, notamment dans les phases de transition. Mais on a vite retrouvé nos marques avec Xavier (Revil, lui aussi détenteur depuis 2012) car l’intérieur est resté identique. En revanche, on n’a pas été gâté par la météo, dans le Pacifique, on a subi la même chose qu’il y a quatre ans. À bord, l’équipage était moins habitué au large que sur Banque Populaire V, cela nous a apporté une approche différente des réglages par exemple. À chaque fois qu’on met le pied en mer, on apprend quelque chose. Je suis content. Je garderai en mémoire le nombre d’albatros qu’on a vus, je n’en avais jamais vu autant, pendant si longtemps. Après le cap Horn, il y en avait 40, 50 qui jouaient autour du bateau. J’étais content de partir, je suis content d’arriver mais je serai content aussi de repartir. Le bateau et l’équipage ont la capacité de battre ce record. Pour moi, ce n’est que partie remise et je repartirai pour un tour avec grand plaisir. »
Jacques Guichard , Barreur-régleur, 1er tour du monde 
« Je suis content de mes voiles (il est maître voilier pour North Sails) ! Nous avons beaucoup manœuvré donc j’ai croisé les doigts pendant 47 jours, mais on n’a eu aucun souci. Je n’avais jamais navigué si longtemps. C’était assez long quand même mais c’est une expérience à renouveler. C’était une belle aventure, un rêve de gamin, même si j’attendais le record et que je suis donc forcément déçu. Malgré le peu de vent, on a eu de beaux moments à barrer ce bateau. Et l’image du cap Horn. Pour tout marin, c’est un peu comme l’Himalaya, tous les grands y sont passés. Et avec de l’avance sur Banque Populaire V en plus. On repartira l’hiver prochain ! »
Erwan Israël, Navigateur, 2ème tour du monde
« C’est passé très vite, seulement deux jours trop long… Le temps a commencé à passer plus lentement quand on a su qu’on ne battrait pas le record. Mon poste n’était pas simple, on a eu beaucoup de frustrations à tenter des options qu’on pensait payantes pour finalement finir dans la molle. On a attaqué fort par moments afin de forcer le jeu, mais on a toujours buté sur les systèmes météo. La remontée de l’Atlantique a été difficile car Banque Populaire V avait eu une super météo quand on a eu des conditions plus classiques. Mais je suis globalement content, surtout de mon binôme avec Yann (Guichard) et l’alchimie avec Jean-Yves (Bernot) de qui j’ai beaucoup appris. C’est un tout autre sport que la Volvo Ocean Race ! Ça n’a rien à voir, il n’y a qu’en remontant le long du Brésil, au près, que ça tapait. Le bateau est exceptionnel, il va vite tout en assurant un certain confort, même si son poids fait qu’il faut toujours être dessus. Je me souviendrai du passage du cap Horn et de la journée qui a suivi. Je pense qu’en équipage, ce ne sont pas les mêmes émotions que pour un gars tout seul du Vendée Globe, qui en a bavé pendant des semaines. On a retrouvé les animaux marins, les avions qui nous survolaient, la terre… On a retrouvé la vie d’un coup ! »
Sébastien Marsset, Équipier d’avant, 3ème tour du monde
« Bien qu’on ne décroche pas le chrono, c’était un beau challenge que je suis content d’avoir relevé avec Spindrift. Là, en mer, je me sens en forme mais je sais qu’une fois à terre, on va ressentir que l’on a passé 47 jours en mer. Le cap Horn a été forcément un moment top et tu réalises que cet endroit n’est pas donné à tout le monde. Au niveau voile, j’ai vraiment été impressionné par le bateau. Sur la fin de la descente de l’Atlantique, on a fait des nuits sous gennaker, au reaching avec des vitesses moyennes aux alentours des 40 nœuds sur de la mer plate. J’ai vraiment trouvé ça exceptionnel. À l’avant du bateau, on sait qu’il faut faire attention tout le temps et le piège, c’est la fatigue. Dans ces moments où tu as été sollicité par la vie du bateau, par les manœuvres ou un peu de bricolage, il faut redoubler d’attention. Pour soi, mais aussi pour les autres parce que c’est à ces moments-là que l’on peut se faire mal. »

Yann Riou , Médiaman, 3ème tour du monde
« Ça va être difficile de résumer 47 jours de mer ! En tous cas, c’était plein de moments forts et pour moi, faire le tour du monde, c’était une première… Et de passer autant de temps en mer et de faire autant de milles, surtout ! Ce sont essentiellement de bons souvenirs, même s’il y a un goût de déception de ne pas avoir battu le record. Nous avons vécu une superbe aventure : l’image qui me reste gravée, il y a bien sûr celles (au pluriel) du cap Horn parce que ce n’était pas facile, du moins pour celles prises par le drone. C’était un moment très fort de la course, et je crois pour tout l’équipage parce que le paysage était magnifique et les conditions superbes. Je suis très heureux parce que l’équipage a été top de bout en bout : il n’y a pas eu un mot plus haut que l’autre et humainement, bien qu’il y avait des marins que je connaissais peu, c’était très enrichissant. Mais 47 jours en mer, c’est long surtout sur la fin quand nous avons su que le Trophée Jules Verne n’était plus prenable… »

 

Xavier Revil, Chef de quart, 2ème tour du monde, détenteur depuis 2012 
« Tout s’est bien passé, au niveau de l’avitaillement aussi, même si je ne suis pas le plus objectif pour en parler, vu que c’est moi qui m’en occupais. Mais personne n’a perdu de poids ! Le bateau a été modifié par Spindrift racing, il a beaucoup progressé, il est plus nerveux car plus léger. Ça lui a donné des ailes dans le petit temps. Et qu’est ce qu’on en a eu du petit temps ! Trop, à notre goût. Mais c’était plaisant de pouvoir naviguer aussi vite avec moins de toile, ça permet de soulager un peu la machine. Le passage du cap Horn restera mon moment fort de ce tour du monde. On l’a vu, on est passé tout près. C’est un caillou mythique, le paysage sous le soleil était impressionnant, on voyait même des glaciers qui venaient presque lécher la mer. On n’a pas vu de glace par contre, contrairement à il y a quatre ans. Mais ce n’était pas plus mal, ça ne nous a pas manqué ! »
François Morvan, Barreur-régleur, 1er tour du monde 
« Content d’arriver, d’avoir bouclé ce tour du monde. On va revoir la famille, les amis… À la fin c‘était un peu long, à partir du moment où on a su qu’on ne battrait plus le record. Mais le bateau est agréable, l’équipage est agréable… Ce n’était pas un calvaire non plus ! L’équipage a bien fonctionné, c’était sympa. Avec Antoine c’était fabuleux, c’était magique, on a toujours pris soin l’un de l’autre, il a été incroyable dans tout ce qui a été réparation. C’est vraiment l’homme clé du record pour moi, c’était un super moment passé avec lui, toujours en forme, souriant, bon esprit… C’était génial de passer ces 47 jours avec lui. Je connaissais déjà bien le bateau, j’ai fait 4 transat avec, c’est un bateau agréable à barrer, qui va vite mais il faut quand même s’impliquer à la barre pour le faire avancer. Il faut trouver les bons réglages, le bon angle de barre. Les moments devant le front avant l’entrée dans l’océan Indien, sur une mer plate, à 32 nœuds sur le bateau qui glissait tout seul, c’était un bon moment. »
Antoine Carraz, Barreur-régleur, 1er tour du monde
« On est satisfait, particulièrement moi qui m’occupe de la partie technique avec Thierry. Le défi était à la fois de battre le record mais aussi que le bateau fasse le tour et je crois qu’il l’a fait et bien fait. C’est une grande satisfaction de le ramener entier au ponton, on a eu quelques moments de doute, on a eu quelques problèmes techniques mais on a su les surmonter à chaque fois. C’est une grande fierté pour les gars qui ont bossé sur le bateau depuis deux ans et demi. Mon rôle était de m’occuper de la partie technique car je suis la personne qui connaît le mieux le bateau étant là depuis le début de cette aventure avec Spindrift. Ça n’a pas été toujours facile car dès qu’on a un problème on se dit qu’on va abandonner et puis on réfléchit aux solutions et on a réussi, avec Sébastien (Marsset) et Thierry, à en trouver à chaque fois, sans ralentir ni perdre de temps et nous permettre de  pouvoir continuer en toute sécurité. Le mât a été un gros coup dur car le foil, on n’y peut pas grand chose, on sait qu’il y a beaucoup de choses dans la mer, on sait qu’on peut taper des trucs. La réparation a été très compliquée car on avait très peu de temps avant que le vent ne rentre et il y avait beaucoup de mer donc on s’est bien fait secoué dans le mât avec Seb. Et puis la réparation a tenu donc… C’est un peu le cliché mais le cap Horn, c’est un peu pour ce genre de chose qu’on fait un tour du monde, c’est un rêve de gamin. Il y a plein de moments supers mais c’est quand même assez mythique, on a eu la chance d’avoir des supers conditions, de passer à ras, c’était un moment fort, c’est la sortie des mers du Sud. Même si ça s’est malheureusement un peu compliqué derrière alors qu’on pensait que ça allait se simplifier, ça a limite été la phase la plus dure. Et puis j’ai la chance d’avoir partagé ça avec François qui est un copain dans la vie, un peu les « jeunes » de l’équipage mais on a su y aller de notre motivation, on n’a jamais lâché, c’était top de glisser ensemble. »

 

Thomas Rouxel, Barreur, équipier d‘avant, 2ème tour du monde
« Content d’arriver parce que c’est quand même un peu long, mais très content de l’avoir fait sur ce bateau-là et ce projet-là. Le bateau est vraiment exceptionnel, je me suis régalé à chaque fois que je suis allé barrer et l’équipe était top, on s’est vraiment bien marré. La majorité de l’équipe se connaissait déjà bien, avec qui on avait déjà pas mal navigué. Seb (Audigane) et Loïc nous ont rejoint plus tardivement mais ils se sont très vite intégrés et adaptés au reste de l’équipe qui avait l’habitude de fonctionner ensemble. Et on a aussi bénéficié de l’expérience de ces deux papys (rires). C’était vraiment cool. C’était plus long que la Volvo car on ne passe jamais plus de 25 jours en mer. Là, 47 c’est un peu plus long mais le bateau va plus vite, on change de phénomènes météo, de terrains de jeu assez régulièrement, ce qui permet de pas mal nous occuper, mais les moments où on n’avait pas beaucoup de vent et qu’on prenait un peu de retard sur les routages… C’est un peu long. On a eu des conditions superbes pour le cap Horn, on est passé juste à côté. Pouvoir profiter comme ça de ce caillou mythique c’était dingue. Tu peux faire cinq tours du monde et ne jamais le voir, là on est passé juste à côté, c’était super beau, on a eu le temps d’en profiter et de le regarder. C’était vraiment cool. »

Loïc Le Mignon, Chef de quart, 5ème tour du monde
« J’ai été appelé en dernière minute, j’ai pris le train en route, il a fallu s’adapter assez vite à l’équipage et au bateau. On s’est assez vite rendu compte du potentiel du bateau quand on a battu le temps Ouessant-équateur. Mais après, on a buté dans tous les systèmes qu’on trouvait donc il a fallu se résoudre à subir plutôt qu’à faire les routes qu’on voulait. Tout le grand Sud a été compliqué, à chercher les bonnes routes, en allant dans le Sud, dans le froid, les vagues… Et du cap Horn à la remontée on a eu une mer croisée, assez pénible, on n’a même pas pu accélérer un peu. C’est un tour du monde assez frustrant mais on est satisfait car on a fait ce qu’on pouvait. L’équipage a bien marché. Les jeunes étaient plutôt habitués à faire avancer vite le bateau, à le régler tout le temps alors que nous, on a l’habitude de faire des tours du monde donc c’est plutôt sur la longueur qu’on fait le job. Mais on a trouvé un terrain d‘entente. C’était sympa de passer les îles en ayant des documents qu’Erwan avait préparés. D’habitude on passe là, on voit un caillou et puis c’est tout. Là il y avait toute la documentation, combien de personnes habitaient là, ce qu’ils y faisaient… Ça change un peu. »

 

 

Trophée Jules Verne : une dernière nuit musclée

Les deux maxis trimarans IDEC SPORT et Spindrift 2 sont attendus au large d’Ouessant dans l’après midi. Yann Guichard, Dona Bertarelli et leurs douze équipiers devraient précéder l’équipage réduit de Francis Joyon de quelques petites heures.

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

La nuit dernière a été plus difficile que prévu pour les hommes d’IDEC SPORT avec de nombreuses manoeuvres pour passer le front.

La nuit prochaine, qui sera la dernière en mer pour les deux équipages s’annonce musclée avec des vents de 25 à 30 noeuds et une houle de 5 à 6 mètres.

A l’issue de ce tour du monde, IDEC SPORT fera route vers Brest, où le trimaran devrait accoster en début de soirée, Spindrift 2 rejoindra son port d’attache de la Trinité sur Mer.

© Eloi Stichelbaut

© Eloi Stichelbaut

Dona Bertarelli, co-fondatrice de Spindrift racing et barreuse sur Spindrift 2 :
 » A 13h TU nous avons donc empanné juste à quelques milles de L’île de Sao Miguel aux Açores. C’est à ce moment là que Yann a choisi de traverser le front et de se retrouver ainsi au plus fort de la tempête. Il fallait bien le faire à un moment donné au risque de rallier le Portugal au lieu de la Bretagne. Le « bacalhau” on en a assez mangé sur ce tour du monde même si c’était un de mes plats préférés.

Le dévent des Açores passé, nous nous sommes vite retrouvés dans le vif du sujet : grosse mer croisée, vagues de 6 mètres par le travers et vent de plus de 30 nœuds.

Une fois de plus je suis émerveillée par la capacité de Spindrift 2 de filer sur l’eau et de traverser les vagues quasi sans effort. Cette machine tient la mer comme nulle autre ! Elle est taillée pour ça. Pascal (Bidégory) avait dû en rêver, fatigué de planter jusqu’au mât avec ses précédents bateaux. De là où je me trouve, je ne peux que le remercier !

Une fois de plus, sur ce tour du monde, nous sommes les spectateurs privilégiés d’un coucher de soleil magique.

Le ciel est bleu. Au loin, la trainée de nuages bas, plats, noirs si typiques d’annonce de vent fort. La mer est démontée avec des creux parfois si prononcés que l’on est pour quelques cours instants amenés en apesanteur. Une brume, épaisse, au ras des vagues se crée par les embruns : les nôtres, mais aussi ceux des vagues déferlantes.

Et puis soudain, alors que nous étions en pleine manœuvre pour réduire notre voilure, en un instant, tout est devenu rouge pourpre. Le ciel, la mer, les hommes du bord… Le soleil, en se couchant derrière cette masse nuageuse effrayante, nous a fait vivre un moment d’une rare beauté.​ « 

Francis Joyon :
«  Nous avons essayé de traverser à un endroit où il y avait un double front froid qui était à priori très facile à traverser. Cela ne s’est pas passé comme on espérait. On a été pas mal ralenti. On a même eu des vents inférieurs à 10 nœuds. On a beaucoup galéré à manœuvrer, à régler, à affaler des voiles, à renvoyer. Du coup on a perdu un petit peu de temps sur notre heure d’arrivée.

On a retrouvé un bon vent et le bateau va vite sous gennaker dans 28 nœuds de vent qui est en train de forcir. Il y a un beau ciel, une mer avec une grosse houle bretonne… très beau paysage marin. On a pris des fichiers de vagues et la houle grossit fortement en montant vers le nord. Si elle est dans l’axe du bateau ça va, si elle est un peu plus en travers ce sera plus embêtant. On surveille ça

On a lancé deux routages qui nous font arriver à 16 h TU à Ouessant. Après il faudra bien compter une heure et demie pour rejoindre le goulet de Brest. La manœuvre d’amarrage du bateau se passera de nuit. L’arrivée sera plus fin de journée que ce que j’espérais.

On est impatient d’arriver à terre et à la fois encore dans la marche du bateau. Nous sommes tellement habitués, depuis ces 45 jours, à faire marcher le bateau à fond que c’est une seconde nature. On ne peut plus s’empêcher de régler pour que le bateau soit au maximum de sa vitesse. Les gars sont aussi à fond tout le temps. Ils restent concentrés aussi, bien qu’ils pensent à l’arrivée à terre, comme moi. »

Trophée Jules Verne : pas de record cette année mais deux beaux tours du monde

Le chrono de Banque Populaire V est désormais dépassé pour les équipages de Francis Joyon sur IDEC SPORT et de Dona Bertarelli et Yann Guichard sur Spindrift 2.

En dehors d’une déception somme toute compréhensible pour ces chasseurs de records, les deux équipages auront bientôt accompli ce qui reste exceptionnel dans le monde de la voile, faire le tour du monde en environ 48 jours.

CREDIT : IDEC SPORT

CREDIT : IDEC SPORT

Les équipages vont devoir multiplier les empannages pour rester dans le front actif, en bordure d’anticyclone, les conditions se musclent petit à petit avec un vent qui se renforce et une mer qui grossit (6m de houle ce soir).

Francis Joyon prévoit une arrivée probable vendredi matin, dans la journée pour Spindrift2. IDEC SPORT rejoindra Brest, l’équipage de Spindrift 2 fera quant à lui route directe vers son port d’attache de la Trinité sur Mer.

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
« Si on est à 100 % du potentiel du bateau, on peut même espérer couper la ligne vendredi midi. On verra bien si on y arrive. Nous avons alors mis en place le J1 qui est bien à partir de 30 nœuds. L’idée de notre montée en escalier est aussi de lui fournir du vent un peu plus fort et donc d’aller vite…L’idée de faire le meilleur temps du bateau, le Trophée nous échappe bien sûr, mais c’est aussi dans cette idée qu’on a gardé le grand gennaker aussi longtemps cette nuit. »

 

Trophée Jules Verne Jour 45

Alors que l’équipage de Banque Populaire V était proche de finir son tour du monde victorieux il y a quatre ans, il reste entre 1700 et 1800 milles à couvrir avant Ouessant pour Spindrift 2 et IDEC SPORT. Leur arrivée est toujours prévu vendredi.

CREDIT : IDEC SPORT

CREDIT : IDEC SPORT

Francis Joyon et ses cinq équipiers continuent de combler leur retard sur Spindrift, les deux trimarans filent à plus de 30 noeuds dans ce vent de Sud Ouest soutenu qui devrait se renforcer demain.

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
« Nous sommes en bordure de l’anticyclone, c’est pourquoi il nous faut de temps en temps remettre cap vers le nord pour trouver un peu plus de pression. La mer est assez jolie, nous avons 25 nœuds de vent moyen sous un beau ciel bleu et nous prenons garde à ne pas trop nous approcher de l’anticyclone, tout en regardant ce qui nous attend dans les heures qui viennent.
Dès ce soir, les conditions seront difficiles pour nous . Le vent n’est pas un problème pour nous, on peut toujours réduire la voile pour le négocier. La grosse difficulté, ce sera l’état de la mer. Car quand le bateau commence à planter jusqu’au mât dans la vague de devant, nous n’avons pas d’autre solution que tenter de ralentir et faire le gros dos.
J’ai fait tourner un routage qui me donnait un temps de parcours relativement rapide… mais qui présentait aussi une hauteur de mer de 11 mètres avec la houle et la mer du vent ! Nous avions moins d’une heure à gagner en prenant cet itinéraire, donc nous allons logiquement opter pour une autre route… mais nous devrons tout de même y affronter des creux d’environ 6 mètres. »