Route du Rhum, le début de course s’annonce musclé

Le départ de la Route du Rhum sera donné demain à 14h02,  les conditions météo pour le départ  sont très favorables à une sortie de Manche très rapide pour les deux classes de grands multis (Multi50 et Ultimes). Les skippers évolueront  au reaching  et devraient « démancher » sur un seul bord.
Les choses se corseront ensuite avec une petite dépression à contourner au large de la Bretagne et dont la position est encore susceptible d’évoluer. Les trimarans devraient essayer de s’échapper au plus vite vers le Sud-Ouest afin d’éviter le plus gros d’une très dépression qui arrivera sur le plan dans la nuit de lundi à mardi. Celle-ci va détériorer les conditions de mer.  Les rafales pourront dépasser les 45 nœuds et les creux culminer à plus de six mètres. À l’arrière, la traîne sera très active.

© Easy Ride / BPCE

Les conditions s’annoncent donc idylliques pour les trois ultimes avec plans porteurs : Banque Populaire IX d’Armel le Cléac’h, Macif de François Gabart et Edmond de Rothschild mené par Sébastien Josse. Ils pourraient ensuite être plus à la peine dans la mer formée, les creux de 5 à 6m, les ramèneront à des trimarans archimédiens, Francis Joyon sur Idec Sport et Thomas Coville sur Sodebo Ultim devraient profiter de la connaissance de leurs bateaux respectifs et de leur fiabilité dans ces conditions musclées. Romain Pilliard, sur Remade-Use It AgainRomain Pilliard, sur Remade-Use It Again (ex Castorama) devrait quant à lui jouer la sécurité, l’essentiel pour le marin étant de rallier l’arrivée.

En Multi50, six marins s’affronteront également, Thibaut Vauchel-Camus part sur le dernier né de la flotte,  un plan VPLP, Solidaires en Peloton ARSEP, mais il aura fort à faire face à Lalou Roucayrol, sur Arkema, Erwan Le Roux sur FenétréA-Mix Buffet et également Armel Tripon sur Reauté Chocolat. Thierry Bouchard sur un plan VPLP également très abouti fait figure d’outsider, tout comme Gilles Lamiré sur son trimaran La FrenchTech Rennes Saint Malo. Le malouin étant le seul à ne pas disposer de foils.

Photo Jean-Marie Liot / ALeA / TJV17

Le départ sera diffusé en direct sur les chaines d’info en continu, ainsi que sur la chaine L’Equipe, France 3 assurera un long direct.
Pour les chanceux qui pourront être sur place, la pointe du Grouin et le Cap Fréhel restent les sites à privilégier.

 

Les Multi 50′ dans une nouvelle ère

La classe Multi50′ a pris des décisions importantes en fin de saison dernière, afin de renouveler sa flotte et d’attirer de nouveaux sponsors et skippers.
En effet la classe tombait petit à petit en désuétude, il avait donc été décidé d’exclure les anciens bateaux, afin de ne conserver que les plus récents et surtout d’autoriser les foils, sans toucher aux matériaux de construction des plates formes afin de limiter les coûts. Ces foils toujours dans un soucis de maitrise des coûts étant monotypes.

Le résultat est une classe qui reste attractive pour des PME avec un budget de’environ 2 millions d’euros pour un bateau neuf, et de moins de 500.000€ de budget de fonctionnement annuel, l’ajout des foils sur les bateaux déjà existants étant évalué à 200.000 €. Ces budgets sont donc bien éloigné de ceux des Ultimes (10 millions pour un bateau neuf) ou de l’IMOCA (4 à 5 millions pour un bateau neuf). Qui plus est la classe a réussi à organiser un championnat avec 7 épreuves alternant grand prix et courses au large.

L’arrivée des foils a, bien sûr, fait augmenter légèrement l’addition, mais elle a surtout permis de séduire les skippers. « Entre les études, le chantier que cela nécessite et la paire de foils, il faut compter 200.000 euros de plus », admet Tripon, ravi de son choix.

La première vraie confrontation a eu lieu ces derniers jours, dans le cadre du Grand Prix Guyader des Multi50. Au programme des runs de vitesse mais surtout des parcours côtiers sur lesquels le potentiel de ces multicoques océaniques pouvait pleinement s’exprimer. Même si les trimarans ayant adoptés les foils n’étaient pourvus que d’un seul appendice babord, suite à des délais plus importants que prévus de la part du fournisseur, l’effet boost espéré était bien ressenti par les différents équipages, puisque plusieurs d’entre eux ont frôlé ou dépassé les 40 noeuds dans des conditions de vent soutenu.

Au delà de la performance, c’est surtout le plateau réuni qui est un succès, avec cinq bateaux sur ce grand prix, et deux bateaux neufs sont par ailleurs en construction, Ciela Village pour Thierry Bouchard et Solidaires en Peloton-Arsep pour Thibaut Vauchel-Camus.

Sur cet événement, les trois des cinq engagés pourvus d’un foil se sont adjugés le podium : FenêtréA – Mix Buffet mené par Erwan Le Roux gagnant,  devant Arkema de Lalou Roucayrol et Réauté Chocolat d’Armel Tripon, 3ème. Eric Defert sur Drekan Groupe/Cegelec Finistère prenait la 4ème place devant la French Tech Rennes Saint Malo mené par Gilles Lamiré.

Erwan le Roux, vainqueur du GP Guyader en Multi 50′ :
« Nous sommes super content de gagner l’épreuve. Le bilan de ces quatre jours de course est vraiment positif. A bord, les gars ont vraiment bien bossé. Mathieu Renault a été impérial et Tom Laperche super efficace. Adam Currier et Clément Bouyssou se sont, eux, donné à fond physiquement après des mois de chantier pourtant difficiles. Ce bon résultat nous permet de valider pas mal de choses mais aussi d’aborder la suite de la saison plus sereinement. Reste que le fait que ça commence bien pour l’équipe n’est pas la seule chose de satisfaisante à l’issue de ce GP. Je suis super content de voir le niveau de la classe cette année, avec l’arrivée, à la fois, de nouveaux skippers et de nouveaux partenaires. La concurrence est très homogène et il va devenir de plus en plus difficile de gagner. C’est, évidemment, quelque chose dont je me réjouis.
Cette semaine, le plan d’eau de Douarnenez, assez exceptionnel il faut bien le dire, nous a offert des vitesses un peu affolantes avec nos foils. Cela étant dit, nous devons faire attention car nos bateaux ne sont pas forcément prévus pour aller à plus de 35 nœuds. Nous allons devoir analyser tout ça car aller vite, c’est bien, mais arriver de l’autre côté lors d’une transatlantique reste quand même la priorité. »,

Transat Québec Saint Malo, victoire et record pour Spindrift 2 en ultime, Arkema vainqueur en Multi50′

Le maxi trimaran Spindrift 2 de Yann Guichard et Dona Bertarelli remporte cette transat Québec Saint Malo dans la catégorie Ultime. L’équipage  aura bouclé cette course en un peu plus de six jours, améliorant le record de l’épreuve jusqu’ici détenu par Loïck Peyron (7 jours 20 heures 24 minutes) à bord du trimaran Orma Fujicolor II en 1996.

Son seul adversaire en « Ultime », le MOD 70 Musandam-Oman Sail avait chaviré à environ 700 milles du Canada. L’équipage a été récupéré par un cargo et déposé à Terre Neuve.Sidney Gavignet, Fahad Al Hasni et Alex Pella ont rejoint leurs foyers respectifs, tandis que Damian Foxall et  Mayeul Riffet, tentent de mettre en place une opération de récupération du trimaran.

Arrivée de Spindrift TQSM 2016 from Transat Québec St-Malo on Vimeo.

Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 :
« On est vraiment très contents de remporter cette course. On l’imaginait un peu au départ qu’on descendrait en dessous de 7 jours mais finir à 6, c’est un beau chrono. Toute l’équipe a fait un super travail. J’avais participé à la transat en 2004, malheureusement j’avais du abandonner au milieu de l’Atlantique, donc là de la finir et de battre en plus le record c’est génial. C’était assez incroyable la traversée du Saint Laurent. C’était très étroit au départ et les premiers 50 milles sont assez difficiles. Heureusement nous sommes partis au portant avec Oman Sail. Cela a été une belle bagarre avec des rebondissements : un coup nous étions devant, l’autre coup c’était eux. On a finalement réussi à s’échapper juste avant la bouée de Gaspé sur un petit coup tandis qu’il reste dans une zone sans vent. Les meilleurs souvenirs sont cette sortie du Saint Laurent et le passage de Saint Pierre où il y avait du monde qui nous attendait en début de nuit avec 40 nœuds de vent, c’était un moment assez incroyable. Tout s’est bien passé à bord, on avait trois nouvelles personnes dont deux anglais. Ils se sont tout de suite acclimatés et ont pris la mesure du bateau. L’esprit était fantastique, le bateau est en parfait état il est prêt à repartir demain pour refaire une traversée de l’Atlantique ou faire un tour du monde. Avec Dona nous avons réussi à créer une équipe qui nous ressemble avec des personnes qui sont passionnées de la mer et aussi de la performance et là on l’a bien prouvé avec le bateau que nous étions capables de le mener rapidement à travers l’Atlantique. Le programme c’est de rester quelques jours ici à Saint-Malo où l’accueil a été très chaleureux, puis de ramener le bateau à notre port d’attache de la Trinité-sur-Mer et le préparer pour le prochain objectif qui est le Trophée Jules Verne l’hiver prochain ».

Dona Bertarelli, barreur régleur à bord de Spindrift 2 :
« C’était fantastique sportivement et humainement. Cela faisait plusieurs années que je voulais faire la Transat Québec Saint-Malo. La course est magnifique, le départ à Québec, le Saint Laurent, passer toutes ces marques qui sont historiques et mythiques comme le rocher Percé, Saint-Pierre-et-Miquelon et le Fastnet et puis l’arrivée ici à Saint-Malo, il y a plusieurs courses dans la course. Nous avons navigué à une vitesse réduite dans le Saint Laurent car il y a même des endroits où il y a des limitations de vitesse pour protéger les Belugas et on a également fait très attention à tous les cétacés qu’il y a dans la zone avant de pouvoir accélérer dans l’Atlantique. Il y a une multitude de choses dans cette course qui fait qu’elle est très belle et très spéciale. Nous sommes très contents d’avoir battu le record de Loick Peyron. C’est difficile de battre les records quand c’est un départ de course car on ne peut pas choisir notre départ et on doit donc composer avec la météo qui se présente. On a surtout pas eu beaucoup de vent sur l’arrivée ! Maintenant c’est un très beau chrono et on est fiers d’avoir fait ce qu’on a fait aujourd’hui »

 

En Multi50′, les arrivées se sont enchainées cette nuit, Arkema, skippé par Lalou Roucayrol  remporte la Transat Québec Saint-Malo, dans la catégorie Multi50 en 9 jours 9 heures 00 minute et 58 secondes, à la moyenne de 13,6 nœuds (3 254 milles nautiques sur le fond, à la moyenne de 14,46 nœuds).

Thierry Bouchard et son équipage parvenaient à accrocher la seconde place dans la catégorie sur Ciela Village en 9 jours, 10 heures, 42 minutes et 30 secondes, à la moyenne de 13,45 nœuds (3 214,60 milles nautiques sur le fond, à la moyenne de 14,18 nœuds).

Gilles Lamiré et ses hommes prenaient la 3ème place en Milti 50 à cinq minutes de Ciela Village seulement avec un temps de 9 jours, 10 heures, 47 minutes et 53 secondes, à la moyenne de 13,45 nœuds (3 272,65 milles nautiques sur le fond, à la moyenne de 14,43 nœuds).

Arrivée de French Tech Rennes Saint-Malo (VNR) from Transat Québec St-Malo on Vimeo.

 

Lalou Roucayrol, skipper d’Arkema :
« Une Transat extraordinaire! L’Atlantique en 4 jours, c’est fantastique pour nos Multi50 qui sont finalement des gros tris de sport. Très content pour l’équipage aussi. On a monté cette équipe avec César Dohy avec qui j’ai fait la Transat Jacques Vabre et Etienne Carra qui est mon préparateur et mon convoyeur. Il fallait quelqu’un à la navigation pour faire le lien. C’est Karine Fauconnier qui s’y est collée. Le bateau n’est pas facile et il fallait beaucoup de cohésion car c’est plus un bateau de solitaire. Je retiens la première victoire du bateau en transat, mais aussi ce beau travail d’équipe. On a des images plein la tête, les baleines de la Gaspésie, le passage magique à Saint Pierre et Miquelon. La passe à Henry est un goulet très étroit. On s’y est trouvé empétolé, sous la lune et les étoiles avec  des milliers d’oiseaux qui pillaient… étonnant. J’ai aussi eu une rencontre avec une baleine qui est sortie de l’eau 50 mètres devant le bateau. J’ai poussé la barre pour l’éviter, mais quelle belle vision. L’Atlantique a été très favorable, avec des conditions de record. On était en avant de la dépression, avec le vent qui rentrait sans avoir encore levé la mer. Cette Classe Multi50 est formidable. On est arrivé dans un mouchoir de poche au bout de 9 jours très intenses. »

 

Thierry Bouchard, skipper de Ciela Village :
« Pas du tout déçu, bien au contraire de cette deuxième place. La course a été magnifique, très engagée, très sportive, avec une arrivée super serrée. Gilles Lamiré était dans le rétro. Lalou était le plus rapide. La classe est homogène, malgré les architectes très différents. Ce sont les hommes qui ont fait la différence. Cette transat est extraordinaire. Du côtier dans le Saint Laurent, avec les courants, les vents très difficiles. L’Atlantique a été clément, et la Manche, comme d’habitude, très compliquée. Les trois bateaux battent le record, preuve de l’intensité de la course. J’ai adoré la régate au contact dans le Saint Laurent. »

Gilles Lamiré, skipper de la French tech Rennes Saint-Malo :
« Je suis fatigué. Je n’ai pas dormi depuis 36 heures. On s’est bagarré à couteaux tirés, entre marins qui s’apprécient. Les bateaux sont différents mais marchent superbement. Ces bateaux sont magiques, fantastiques. La Classe mérite de se développer davantage. On a eu de très belles conditions météos, pour tous battre le record. Personne n’a jamais rien lâché. Tous les passages de marques ont été magiques, Gaspé notamment. On a pris la tête dans la baie de Gaspé, au milieu du souffle des baleines. Incroyable. Je navigue avec des amis. Yvan Bourgnon est un grand marin qui nous fait progresser. Le projet continue de progresser depuis 10 ans et on va continuer ainsi… »

Transat Québec Saint-Malo : chavirage de Musandam-Oman Sail

Le trimaran Musandam-Oman Sail (MOD70), mené par Sidney Gavignet qui est engagé sur la Transat Québec Saint-Malo, a chavité tôt ce dimanche matin.
Le skipper français et ses équipiers omanais, Fahad Al Hasni, Sami Al Shukaili et Yassir Al Rahbi. ainsi que Damian Foxall sont en sécurité sur le bateau retourné, qui se situe à environ 450 milles nautiques à l’est de St-Pierre et Miquelon, au large du Canada.

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.org

Baptiste Morel/Voile-Multicoques.org

Les opérations de sauvetage sont en cours afin de ramener les marins à terre.

Les Multi50 ouvrent la route sur cette transat (avec un départ dimanche dernier, alors que les deux ultimes engagés n’étaient parti que mercredi) et entament la dernière ligne droite avec moins de 850 milles avant l’arrivée.  Arkema mené par Lalou Roucayrol, est toujours sous la menace de Gilles Lamiré (French Tech Rennes St-Malo) et de Thierry Bouchard (Ciela Village) qui sont à une trentaine de milles du leader.

L’autre ultime en course, Spindrift 2 de Yann Guichard et Dona Bertarelli, poursuit sa route à haute vitesse, le trimaran a dépassé l’ensemble de la flotte des 40′ et prépare également son atterrissage sur la Bretagne.

 

Les mots de Thomas Coville à l’arrivée de The Transat bakerly

Thomas Coville à l’arrivée au ponton : « On a rêvé de bagarre comme celle-là en multicoque, et bien ça y est ! Il a fallu oser et félicitations au Collectif Ultime qui a su prendre les bonnes décisions, et aujourd’hui cela prend vie. Des batailles au contact avec des bateaux de trente mètres, qui réduisent les distances avec un temps de course d’une semaine pour traverser l’Atlantique en solitaire, cela donne des ailes pour une course autour du monde en solo… Une nouvelle histoire s’écrit.

Photo by Lloyd Images

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Et de l’intérieur, c’est exceptionnel à vivre, un plaisir immense de se bagarrer face à des athlètes comme François. Et je félicite ce grand vainqueur, ce très grand vainqueur qui nous avait déjà battu lors de la Transat Jacques Vabre en double. Sur un schéma météo qui n’était pas celui que nous attendions et qui ressemblait à la Transat Jacques Vabre, François (Gabart) a réédité : il a su avoir la maîtrise tout de suite en solitaire…

Photo by Lloyd Images

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Je suis évidemment déçu parce que j’avais envie de gagner, mais je ne suis pas déçu de la bagarre, de ce que j’ai mis comme énergie et comme accomplissement dans ce que j’ai fait. Je ne suis pas déçu de la trajectoire que nous avons suivie avec Jean-Luc Nélias et Sam Davies (routeurs à terre). Je peux juste regretter que Sodebo soit un bateau un peu plus lourd, un peu plus puissant que Macif : The Transat bakerly était sensée être une course de près, contre les vents dominants ! Et cette année, il a fallu faire une route Sud…

François est dans le bon timing : lui et son équipe ont une bonne projection de ce que va être leur objectif à deux, trois, quatre ans. Il faut tout de même imaginer, concevoir, réaliser et mettre au point des engins de trente mètres ! François est très bien entouré, mais moi aussi chez Sodebo ! Le bateau est arrivé à New-York en parfait état et ça, c’est le team qui a réalisé cette superbe préparation. L’aspect technologique est essentiel parce que ce type de programme n’aurait pas été envisageable il y a seulement quatre ans.

On n’a pas beaucoup dormi : ce ne sont pas des bateaux reposants ! Mais je ne suis pas fracassé et je suis assez content de mon état physique à l’arrivée. Ce qui ne veut pas dire que je ne me suis pas donné… Notre trajectoire a imposé plus de manœuvres que sur Macif et Jean-Luc (Nélias) est très exigeant : il m’a poussé dans mes derniers retranchements physiques et j’adore ça !

C’était assez atypique dès le départ et l’image qui me revient, c’est le passage du cap Finisterre à l’intérieur du DST : il y avait 35 nœuds de vent avec une grosse mer et il a fallu empanner… Macif avait déjà douze milles d’avance à Ouessant et il fallait bien tenter un coup pour le rattraper ! Et on a recollé. Mais quelles images, c’était irréel !

Au départ de Plymouth, on ne connaissait pas ce qui allait arriver sur la fin de parcours et c’est ça qui est intéressant sur cette transat anglaise. New-York est une zone de cyclogenèse et on peut avoir du petit temps comme cela nous est arrivé ou de la baston terrible comme cela pourrait arriver à Loïck Peyron… Ce n’est pas la même chose avec une Route du Rhum ou une Transat Jacques Vabre où on sait quasiment au départ comment on va finir de l’autre côté, dès le coup de canon.

Ce qui a manqué à Sodebo, c’est la réactivité dans les phases de transition, la vitesse dans les petits airs et les vents medium sur mer plate. En dessous de 15 nœuds, la masse de Sodebo est supérieure de près de deux tonnes ! Mais dans la brise, c’est équilibré voire à mon avantage quand il y a de la mer formée. Ce n’étaient pas mes conditions pour The Transat bakerly ! »

Victoire de François Gabart sur The Transat bakerly, Thomas Coville 2nd

Le skipper du trimaran MACIF, François Gabart a donc remporté The Transat bakerly cette nuit (HF) en 8 jours 8 heures 54 minutes et 39 secondes (Plymouth-New York), il a effectué cette transatlantique à 23,11 nœuds de moyenne réelle.

  (Photo by Lloyd Images)

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Son dauphin, Thomas Coville sur Sodebo, est arrivé en 8 jours 18 heures 32 minutes et 2 secondes, avec une vitesse moyenne de 22,11 noeuds et 9 heures 37 minutes et 23 secondes  de retard sur François Gabart. Le skipper de Sodebo n’a pas démérité sur ce parcours, exploitant au maximum son trimaran (qui présente indéniablement un petit déficit de vitesse face à Macif), afin de mettre la pression à son adversaire.

Yves le Blévec a encore 380 milles à parcourir avant la ligne d’arrivée, il bouclera sa première transat en solitaire sur son ultime Actual.

Les mots du vainqueur François Gabart (Macif) :
« Mes premières impressions sont super bonnes, parce que c’est ma première transatlantique en solitaire ! Et le passage au solo, ce n’est pas rien : c’est un peu magique. Je suis vraiment content de ce que j’ai fait : le bateau a un potentiel extraordinaire et les sensations à bord sont incroyables. Il faut se donner à 100% parce qu’il n’y a pas le choix : sur ces machines-là, il y a tellement de choses à faire ! Et à découvrir : c’est super excitant…
Comparé à d’autres courses, le moment le plus dur fut celui où il a fallu traverser la dorsale, juste cet après-midi. Parce qu’on ne sait jamais trop comment ça va se passer. Ces bateaux vont tellement vite qu’en quelques heures, on peut perdre une trentaine de milles ! Ça va vite, ça va super vite !
Il y en a eu un paquet de moments difficiles : c’est aussi ce qu’on va chercher, mais c’est bon, agréable, enrichissant. L’effort physique est à la base dur, long, exigeant et plus on essaye de le faire bien, plus c’est sollicitant !

Photo by Lloyd Images

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Sur cette course, il y a deux aspects : le physique avec ces heures sans fin où on tourne les manivelles, et le mental pour gérer un bateau qui fait trente mètres et qui va à 35 nœuds pas loin de la moitié du temps… Mais il y a des moments magiques comme ce matin, sur mer plate, avant d’arriver dans cette zone sans vent : Macif était à plus de 35 nœuds sous pilote, en équilibre au dessus de l’eau, quasiment en vol ! Quelles sensations de glisse…
Je ne me suis pas fait peur, mais il y a des moments où j’ai senti qu’il n’en fallait pas plus. J’étais à la limite.
La bataille avec Thomas (Coville) a été super : cela fait des années qu’on travaille pour qu’il y ait des courses avec ces bateaux-là et aujourd’hui, on régate après la Route du Rhum, après la Transat Jacques Vabre… et on voit que le match est intense. Et qu’est-ce qu’on apprend ! Quel bateau ! Il n’y a pas le choix : il faut se dépasser, aller chercher au fond de soi des choses dont on ne se croyait pas capable. Et à chaque fois, on pousse le bouchon plus loin : comment arrive-t-on à dormir quand le bateau file à 35 nœuds ? Je ne savais pas que j’en étais capable…
C’est quand même unique de traverser l’Atlantique aussi vite sur un trimaran ! Ce n’est pas facile, mais quel bonheur même si je ne recommencerais pas tout le temps. C’est épuisant… Je ne suis jamais allé aussi loin en terme de fatigue : je suis totalement cramé. J’ai pu un peu me reposer, mais hier je ne savais plus où j’habitais : j’ai même eu des hallucinations. Et sur ces bateaux-là, on n’a pas le droit de partir en vrille. Heureusement, j’avais déjà vécu ça en Figaro et cela m’a permis de me recadrer. Mais les bateaux vont tellement vite qu’on n’a pas vraiment de pauses.
Le retour en mode record de la traversée de l’Atlantique en solitaire est toujours d’actualité, mais laissez-moi un peu de temps pour récupérer ! Je pense que le stand-by débutera début juin. Mais ce n’est pas le même format, le même engagement : sur un record, c’est d’abord plus court, plus simple en termes de manœuvres. Là sur The Transat bakerly, on en a fait des manœuvres, des empannages, des virements, des changements de voile, des prises de ris ! Sur un record, le jeu est différent : il y a moins d’engagement physique mais plus de stress des hautes vitesses en permanence… »

En Multi 50,  Lalou Roucayrol a signalé une avarie suite à une collision avec un OFNI, il est en contact avec son équipe à terre pour sécuriser son trimaran.

Fabienne Roucayrol :
” Suite à une collision avec un Objet Flottant Non Identifié, la dérive du trimaran est sérieusement endommagée. Lalou va bien mais part se mettre à l’abri pour constater les dégâts. Cela semble peu réparable en mer. Sans dérive, la navigation au près devient impossible. Karine Fauconnier et Eric Mas travaillent sur un schéma de route au portant pour que le bateau puisse rejoindre New-York en mode course. “

The Transat bakerly : François Gabart en route vers la victoire

Le skipper de Macif devrait franchir la ligne d’arrivée dans les heures à venir, il ne reste qu’une vingtaine de milles à parcourir avant une nouvelle victoire pour François Gabart et son trimaran MACIF. Son dauphin, Thomas Coville, attendu demain n’aura pas démérité et aura maintenu une forte pression sur le leader, qui ne cachait pas la difficulté de naviguer sur ces trimarans ultimes en solitaire.
Actual est ce soir à 500 milles du but. En Multi 50, Gilles Lamiré poursuit sur la route sud avec désormais une confortable avance sur Lalou Roucayrol.
Photo Vincent Curutchet / DPPI / MACIF

Photo Vincent Curutchet / DPPI / MACIF

François Gabart, skipper de l’ultime MACIF :

« Cela a été dur, je sais que j’ai fait une super course, je suis super content. Je suis fatigué et content d’arriver. Il y avait un dernier gros obstacle qui était la dorsale et à priori, je pense que je suis passé du bon côté, et là et cela devrait bien se passer. Je crois que c’est le truc le plus dur que je n’ai jamais fait dans l’engagement. C’est hyper exigeant. Il faut aller jusqu’au bout. Je ne me suis jamais autant impliqué physiquement. Je suis cramé.
J’hésite un peu à aller dormir. Je vais faire quelques siestes…. Je ne sais pas combien de temps je vais mettre à m’en remettre, mais il faudra du temps. Je ne suis pas capable d’en faire deux dans l’année des courses comme ça. Ça demande un tel investissement. Il faut faire attention, on approche des côtes. Je suis passé tout à l’heure juste à côté d’une bouée. J’étais à 38 nœuds juste à côté. En arrivant à New York, il va y avoir plein de cochonneries malheureusement. Je vais essayer de ne pas rencontrer des pêcheurs, des cargos. »

Jean-Luc Nélias, routeur à terre de Soedebo : « La route directe est face au vent, nous avons donc pris une option pour nous placer le mieux possible par rapport au vent et à la zone d’arrivée.

Thomas a été sur le pont toute la nuit, entre manoeuvres, changements de voiles, prise et lâché de ris… le vent était instable, mais malgré tout il a pas mal resserré l’écart au leader. D’ici New-York, ils vont rencontrer les mêmes conditions, mais en décalé car Thomas est un peu plus au sud. Ils seront confrontés à un anticyclone et risquent d’être successivement un peu ralentis.
Les derniers routages indiquent un passage de la ligne au petit matin (8h TU, 4h à New York, 10h heure française). François Gabart, lui, y sera plutôt dans la nuit. 
Les dernières heures seront difficiles, mais la perspective d’arriver et de conclure l’effort d’une semaine intense sont plutôt motivants ! »
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Yves Le Blevec (Ultime-Actual) : « Après la pétole de cette nuit, qui n’était pas simple à gérer, là c’est la guerre ! J’ai un ris dans la grand-voile et la trinquette devant, je vais à 30 nœuds en réel, mais à 25 – 26 nœuds seulement sur le fond à cause du Gulf Stream qui est contraire ! On jongle entre vent et courant avec Christian (Dumard, son routeur, ndlr), c’est assez complexe…
Ce n’est pas très drôle cette arrivée, on a beau dépenser beaucoup d’énergie et bien faire marcher le bateau, le gain au but est maigre. Mais le bateau va bien et moi aussi. L’objectif reste de ne rien casser d’ici l’arrivée. Il y a encore plus ou moins 48h de course et on n’est jamais à l’abri d’une bêtise. Je reste très attentif.
J’ai versé une petite larme ce matin pour mon dernier œuf-bacon… mais j’ai encore largement de quoi me nourrir ! Je continue à bien me reposer aussi : tout va bien, même si l’arrivée est longue…»
Gilles Lamiré (French Tech Rennes Saint-Malo) : « C’est une super course, je prends vraiment du plaisir ! J’essaye de bien me concentrer sur ce que je fais, je m’applique, parce que c’est dur. Et je me dis que si je fais tout bien, ça va continuer. On est très content de notre trajectoire. Yvan Bourgnon, qui me route, fait ça aux petits oignons et tout se déroule bien depuis le cap Finisterre. Quand il y a du vent, ça va bien, le bateau supporte bien la toile et peut tenir des cadences élevées. Le choix de cette route Sud a été mûrement réfléchi, ce n’était pas évident au début. Mais, on a pensé qu’au Nord, on n’éviterait pas le gros carton et surtout que les routages étaient peut-être un peu optimistes. Mais c’est vrai que je ne pensais pas faire une transat comme ça au portant au Sud des Açores, c’est incroyable ! »