Route du Rhum J4, Peyron accroit son avance

Loick Peyron continue à creuser son avance sur ses adversaires en ce quatrième jour de course, seul Yann Guichard a réussi à limiter la casse avec un retard de 170 milles sur le solide leader. Plus en arrière, la bonne opération du jour est pour Lionel Lemonchois, troisième, qui a poussé un peu plus sud que ces adversaires, ce qui lui a permis de reprendre l’avantage sur ses poursuivants, avec un matelas d’une centaine de milles sur le quatrième, Sébastien Josse.

Francis Joyon et le reste de la flotte n’ont pas réussi à toucher le même flux que les bateaux plus en avant, Sidney Gavignet a presque raccroché le trimaran rouge avec 30 milles de retard. Yann Eliès tente sa chance sur une route sud, à 600 milles du leader.

 

Loïck Peyron, skipper de Banque Populaire VII, leader :

« On est à la recherche des alizés perdus… J’ai passé une nuit compliquée dans des grains, de la pluie, du vent, pas de vent, il y a eu du travail, c’était laborieux mais magnifique… C’est agréable, la journée est ensoleillée et la nuit éclairée par la lune… Le soleil se lève depuis une heure et ça commence à taper. Les journées sont chaudes. La ligne de grains est derrière moi, c’est impressionnant. On est en train de contourner cette petite bulle. Tout ce qu’on peut mettre comme voile on la met. Mon camarade Yann n’a pas été ralenti cette nuit  et j’ai une pensée pour lui qui doit manœuvrer son gros bateau. De mon côté, je n’ai pas empanné depuis Madère. Je suis en tête mais les jeux ne sont pas fait du tout. Mais c’est sûr, c’est agréable d’être dans ma position. Mener tout seul ce gros bébé, c’est vraiment impressionnant. Je vais bien, voire même très bien. Je ne rechigne pas à la manœuvre. J’ai trop mangé hier, je vais faire diète aujourd’hui, et essayer de faire la sieste. Dès que j’ai 30 secondes, je vais au lit. Et je vais essayer de vous envoyer une photos ou deux. »

Yann Guichard, skipper de Spindrift 2, second :

« Nous avons peu manœuvré ces dernières heures et j’ai pu me reposer. Sincèrement, je n’imaginais pas que ce serait aussi difficile physiquement. Maintenant que nous sommes dans l’alizé, il va falloir faire les bons choix de trajectoires avec mes routeurs pour limiter les manœuvres et me permettre de tenir jusqu’au bout. Loïck s’est échappé, c’est vrai, mais j’ai réussi à bien me sortir de la zone de calme et mieux que mes proches adversaires.  J’avance dans un vent de 12 à 20 nœuds. Le bateau glisse bien dans une mer à 25 degrés, sous un grand soleil et un ciel d’alizé avec de petits cumulus.»

 

Lionel Lemonchois, skipper de Prince de Bretagne, troisième :

« Le petit bord dans le sud réalisé hier s’est révélé franchement pas mal. Avant d’y aller, j’avoue avoir un peu hésité car ce n’est pas facile de se décider de naviguer avec des angles très fermés. Il se trouve que j’ai bien fait. Je suis content. J’ai joué avec ce que j’avais sur l’eau et pas avec ce qu’il y avait sur les cartes. Comme la molle descendait du nord, je me suis dit que pour me sortir de là, je n’avais pas le choix : il fallait que je tente un truc au sud. C’est bien que ça ait payé car depuis le départ, les conditions sont toujours plus faciles pour ceux qui sont devant. Grâce à cette petite option, je reste dans le même jeu que Banque Populaire et Spindrift. Ce matin, sur les « pos reports », j’étais d’ailleurs un peu plus rapide qu’eux. Le vent a bien changé. Il est plus nord que prévu et cela me permet de descendre. Plus je vais au sud, plus j’ai de chances de toucher des alizés propres. Aujourd’hui, je ne devrais pas avoir d’empannage à effectuer. Les routages ne m’en prévoient d’ailleurs qu’un seul d’ici à l’arrivée à la Tête à l’Anglais, mais en réalité, c’est difficile de dire combien je vais avoir à en faire puisque, depuis hier, les conditions que j’ai sur l’eau ne sont pas conformes aux fichiers. En attendant, j’essaie de faire marcher la machine au mieux. Là, j’ai entre 17 et 22 nœuds de vent. Ca varie en fonction des nuages et des grains. Par ailleurs, je suis satisfait parce que j’ai enfin réussi à trouver le sommeil alors que depuis le départ, je n’y arrivais pas et cela avait tendance à me stresser un peu. C’est vrai que le début de course a été difficile, mais c’est souvent ça une transat : on en chie pendant deux ou trois jours et ensuite ça s’arrange. A présent, la mer est rangée et je devrais trouver des alizés plus réguliers très prochainement ». 

Sébastien Josse, skipper du Multi 70 Edmond de Rothschild, quatrième :

«  Autour de moi, le décor a bien changé. La nuit dernière, j’étais sous les grains avec de la pluie et un vent quasi absent. Alors que maintenant, le vent est enfin rentré et j’avance dans le bon sens, direction la Guadeloupe. Le bateau glisse bien et c’est une autre course qui démarre. C’est grand ciel bleu, la mer est ordonnée et les températures sont déjà bien plus sympathiques avec 23° à 25°C. Mais ça va vite donc le ciré est encore de rigueur. Ce matin, j’ai pu me changer et faire un brin de toilette … la première depuis le départ.»

 

Sidney Gavignet, skipper du multi 70 Musandam Oman Sail, sixième :

« (…) Cette nuit mon bras était assez douloureux, je dormais la tête en bas pour aider au drainage, pas facile de retrouver ses repères quand je me réveillais pour réagir à une hausse de vent. A chaque réveil, je gardais le bras en l’air. Puis en fin de nuit, je me suis pris un petit bout de gingembre confit. Ça envoie encore plus que le camembert Président ! Après l’empannage de ce matin, il est clair que les choses s’arrangent, comme si le Gingembre avait fait sauter un barrage dans un vaisseau et que le processus de drainage était enfin lancé. On verra !
7 nœuds ce n’est pas grand-chose et ce n’est pas pour rassurer un marin qui n’a pas envie de se faire larguer par le reste de la troupe. Yann et son Paprec font le tour de la paroisse ? A fond de balle, Lionel et son Prince se sont déjà fait la malle. J’espère ne pas être le dernier couillon à rester profiter de ces petits airs.

Quoi qu’il en soit, je ne vais pas me plaindre, j’aurais pu naître Kurde ou Syrien, je ne serais pas ici à me dorer la pilule. J’ai eu un peu de retour sur les déboires de mes camarades, je viens de lire le communiqué de Jérémie Beyou, il en bave. J’ai aussi une pensée pour Seb Rogues qui aura presque tout gagné sur son Class 40 et pour Thomas évidement. J’étais tout proche de lui quand l’accident est arriv’, je n’ose imaginer la peur que ce doit être au moment du choc !!!A tous : tenez bon les gars, la vie continue, il suffit de la regarder avec la bonne oeil pour voir comme elle est belle. Je ne sais pas si ça suffit de la regarder avec le bon oeil mais ça aide. »

Yann  Eliès, skipper du Multi 70 Paprec Recyclage, septième :

«  C’est la première fois depuis le départ que je me sens en aussi grande forme. J’essaye d’attraper les alizés mais ce n’est pas encore ça. Avec mes routeurs, on a le sentiment d’avoir navigué comme on le voulait hier, d’être allé où on voulait et ça a payé. J’ai fait pas mal de petites siestes et plusieurs fois au réveil, je mettais 1 à 2 minutes à réaliser où j’étais, ce que je faisais là. Ça veut dire que j’étais vraiment allé dans le dur et ça ne m’arrive pas souvent. Ça y est, il fait beau, les embruns sont chauds. Je suis passé en ciré car il y a encore de l’humidité mais c’est beaucoup plus agréable. Hier soir après l’empannage, je me suis changé. Je n’avais pas encore enlevé ma sèche depuis le départ. Ça a fait du bien d’être propre même si le lavage à la lingette n’est pas ce qu’il y a de mieux (…)  Je mange super bien.  Il faut d’ailleurs que je vois avec les routeurs combien de temps va durer la plaisanterie car je mange comme un gourmand depuis 24 heures. Mais pour l’instant c’est parfait, j’ai suffisamment de beurre et de pain ! J’ai cuisiné les bananes avec une tablette de chocolat. Je fais mon célibataire, je me fais des petits plats que je mange dans la casserole en léchant le fond avec les doigts. »

Route du Rhum J3, avantage Peyron

Loïck Peyron a réussi à prendre l’avantage sur ses poursuivants cette nuit, au passage de Madère.

Le skipper de Banque Populaire VII a touché une brise plus soutenue à l’ouest, il a pu renvoyer la toile plus tôt et creuser une belle avance qui se porte désormais à 150 milles sur Spindrift 2. Les autre Ultimes n’ont pas pu accrocher ce wagon de l’alizé et vont fortement ralentir dans cette zone de hautes pressions, comme l’explique Antoine Koch, le routeur du Multi 70 Edmond de Rothschild : « L’anticyclone des Açores est attaqué par un front froid associé à une grosse dépression qui passe dans le Nord. Ce phénomène a tendance à fragiliser l’anticyclone et a pour conséquence que la zone de hautes pressions s’étale vers l’Est plus qu’à son habitude et donc bloque un peu le passage vers les alizés. Sébastien est dans un flux de Nord d’une douzaine de nœuds. Mais c’est assez instable en force et en direction. Exception faite de Banque Populaire, qui du fait de sa position plus Sud en pointe, va s’en sortir bien mieux que ses poursuivants – il continuera d’avancer à 25 nœuds quand derrière ils seront entre 10 et 15 nœuds –  les Ultimes vont connaître un coup de frein tout au long de la journée et plus particulièrement dans l’après-midi.  Une fois dans l’alizé, il y aura beaucoup de travail. Ca ne sera pas tout droit. Les routages semblent s’accorder sur de nombreux empannages à gérer pour garder la pression tout au long de la traversée vers les Antilles. La flotte devrait naviguer vent arrière et dans cette configuration le fait d’avoir un bateau léger sera un avantage»

Spindrift 2 est donc second, le skipper Yann Guichard semble fatigué par les manoeuvres très longues et physiques sur son trimaran de 40m, il pointe à 150 milles du leader, derrière trois bateaux sont assez groupés en terme de distance au leader, Prince de Bretagne, Edmond de Rothschild et Idec Sport qui se tiennent en 20 milles, 200 milles derrière Banque Popualire VII.

Les deux autres multis 70 de Sidney Gavignet et Yann Eliès accusent un retard de 250 à 300 milles.

 

 

Loïck Peyron, leader, skipper de Banque populaire VII :

« Mes collègues de bureau sont coincés dans une ondulation de l’anticyclone où on est passé in extremis. Les premières 48 heures ont été éprouvantes, pour le bonhomme et pour le bateau. J’ai essayé de faire ma première sieste hier matin, mais il m’est difficile de dormir quand le bateau tape à 30 nœuds. Je dors depuis par petites tranches de 10 minutes. On a bien visé le bas de cette barrière anticyclonique avec Marcel et Armel cette nuit. On voyait ces petits phénomènes et on a plongé sud juste à temps pour se glisser en dessous et toucher l’alizé. C’est passé in extremis. Il peut encore arriver de nombreux imprévus, car tout peut se passer sur l’eau. Côté bonne nouvelle, la météo semble bien organisée, sans mauvaise surprise. Côté mauvaise nouvelle et sur un plan plus personnel, je vais avoir l’obligation d’enchaîner les empannages, soit de bonnes séances de « muscu » à venir, sur une belle salle de sport avec vue sur mer. On commence dès ce soir, avec hissage du grand gennaker. J’ai fait des « checks » dans tous les coins. Je m’organise comme un jeune célibataire dans son petit studio. C’est la bagarre, et je n’ai pas lâché. Il fallait attaquer au bon moment et j’ai barré énormément, surtout de nuit, de longues heures à la barre très fatigantes. Je me suis d’ailleurs endormi, suis tombé et ai provoqué une belle embardée du bateau qui est monté très haut sur l’eau. On est dans l’alizé, en bordure anticyclonique et il fait bien meilleur. J’ouvre les hublots pour aérer, et je tiens mes fruits au frais. J’attaque plus que jamais ; c’est le moment idéal pour le faire, « breaker »  pendant que mes adversaires sont ralentis… 10% d’avance par rapport à la route à parcourir ce soir serait parfait. »

© T.Martinez/BPCE

 

Lionel Lemonchois, skipper du multi 80′ Prince de Bretagne :

« La nuit a été délicate. J’ai passé mon temps à manœuvrer car c’était très instable. Ca passait allégrement de 20 à 40 nœuds. Heureusement, depuis le lever du jour, ça va beaucoup mieux. Du coup, je vais pouvoir engranger un peu de sommeil et ainsi recharger les batteries. J’essaie de viser Yann Guichard (Spindrift 2). Son bateau est très grand mais aussi très lourd et si ça reste un peu mou, j’ai une chance de me rapprocher de lui.»

© Marcel Mochet

Francis Joyon, skipper d’Idec Sport, qui est privé d’une grosse partie de son informatique :

« Alors côté informatique le petit ordinateur portable est mort, l’ordinateur numéro un ne tient allumé qu’une seule minute et le troisième et dernier refuse catégoriquement de s’allumer. C’est pas terrible, mais j’arrive tout de même à apercevoir de temps en temps un fichier de vent ou un mail de mon routeur Jean-Yves Bernot. Je fais avec. Je ne sais pas trop où j’en suis par rapport à eux (ses adversaires). Je n’ai vu personne depuis la sortie de Manche..

Je trouvais le bateau très dur à barrer, c’était un peu dangereux… et je me suis aperçu qu’un petit camembert en bois retenant un lashing (cordage de fixation) du safran avait cassé. Du coup, le safran était partiellement relevé vers l’arrière et le bateau devenait très difficile à contrôler. A 30 nœuds, ce n’était pas génial… mais bon je me suis débrouillé en bricolant avec des boutes. Là aussi – j’ose à peine dire le mot – c’est un peu artisanal comme réparation, mais on dirait que ça tient.

Le début de course a été vraiment très brutal, mais là depuis Madère (déjà dans le sillage !) c’est un peu mollasson : on a une quinzaine de nœuds de vent de nord et on nous annonce une molle encore dans la journée. Au moins ça nous change parce qu’hier j’ai encore vu le vent passer de 10 à 43 nœuds en moins d’une minute… ce qui est un peu compliqué à gérer en multicoque.

J’ai dormi par tranches de quelques secondes ce matin, ça me suffit pour récupérer et je vais bien. En revanche, je n’ai pas encore pris le moindre repas chaud, je me suis contenté de quelques barres de céréales depuis le départ.. Ce n’est pas très diététique

Il faudra probablement tricoter quelques empannages pour rejoindre les alizés. Ce ne sera pas un grand tout droit.. »

 

Yann Eliès, skipper du Multi 70 Paprec Recyclage :

« J’ai rarement eu une nuit aussi difficile que ça avec les problèmes et la fatigue accumulée. Je pense que j’ai touché le fond la nuit dernière. Maintenant, objectif la surface ! »

« Vers 18h hier soir, j’ai eu des problèmes électroniques à bord qui m’ont obligé à ralentir. J’ai perdu deux heures à naviguer en mode compas et à bricoler à l’intérieur pour trouver d’où cela venait. Une déferlante a arraché ma casquette tribord (pare-brise qui protège le poste de barre des embruns), j’ai dû refixer un bas hauban qui s’était fait la malle, j’ai cassé une bosse de ris que j’ai dû réparé pour pouvoir renvoyer de la toile… Et comme la loi des séries continue, je me suis pris un filet de pêche cette nuit et j’ai dû faire une marche arrière pour m’en dégager. » 

«  Côté physique, mon seul souci c’est qu’avec tous les petits pépins techniques, je suis en déficit de sommeil. Les conditions météos ne sont pas simples car même s’il n’y a pas beaucoup de vent, c’est assez technique et il faut continuer à faire avancer le bateau.Je suis un peu en buttée de récupération de sommeil. A chaque fois j’arrive à grappiller 20 minutes par ci, 20 minutes par là mais je n’arrive pas à remplir les batteries pour être serein et lucide. Je sens que je suis un peu dans mes retranchements comme au bout d’une étape de Figaro et il est clair que je ne vais pas pouvoir faire le reste de la traversée comme ça. »

© Y.Zedda/PAPREC RECYCLAGE

Sidney Gavignet, skipper du Multi 70′ Musandam Oman Sail :


« Je repense au départ et je remercie tous ceux qui sont venus nous voir, c’était chouette de voir toutes ces têtes, merci à tous !

Le bateau est en forme, c’est incroyable ce qu’ils endurent, vous ne pouvez pas imaginer, ce qu’ils se prennent dans la gueule. Excusez l’expression, mais c’est la plus parlante !
J’ai pu bien me reposer aujourd’hui et prendre soin du bateau et de ma pomme. J’ai gouté au Strogonof lyophilisé à l’eau froide. Ça se mange. L’œdème de mon bras gauche ne gonfle plus, je le masse autant que possible et porte la main au ciel pour l’aider à drainer. Ce n’est pas facile car, même au repos, mon buste est plus haut que ma main car je ne dors pas allongé (Sidney dors dans un hamac). Bon c’est un peu du Calimero, mais ça fait toujours du bien de se faire plaindre (au cas où vous en auriez l’idée).
Je croise les doigts, je touche du bois pour que tout résiste maintenant aux longues heures de portant, c’est là que l’on voit si on a pensé à tout ! J’ai une pensée pour mon ange gardien Loik Gallon, le responsable technique. Je me dis aussi que mon ange gardien a une sacrée gueule de breton pour un ange gardien !
 Bon, en bref, tout va bien sur Musandam Oman Sail ! 
La nuit va être belle : proche de la pleine lune et ciel clair. On a de la chance ! »

Yann Guichard à la vacation du jour en vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=GwV6DXlamH4

Route du Rhum : J2, franche accélération à venir

Aucun soucis technique cette nuit au sein de la flotte des Ultimes, les skippers ont du faire face à des conditions encore scabreuses avec un vent bien établi d’une trentaine de noeuds et des rafales à 40, la mer restait relativement forte.

Ce matin, l’amélioration a été progressive avec une petite baisse du flux et une mer qui avait tendance à s’aplanir, ce qui a permis aux bateaux les plus puissants de creuser ou de reprendre l’avantage sur les plus petits de la flotte, les MOD 70.

Les classements calculés par rapport à la distance au but ne reflètent pas forcément la réalité, toujours en tête, Loick Peyron sur Banque Popualire VII a repris quelques milles sur Yann Guichard sur son maxi de 40 Spindrift 2 qui pointe à 60 milles, sur une trajectoire sensiblement identique, Séb Josse sur le Multi 70 Edmond de Rothschild pointe encore à la troisième place à une trentaine de milles du second. Décalés dans l’est, Francis Joyon sur Idec Sport et Lionel Lemonchois sur Prince de Bretagne sont classés à l’heure actuelle 6ème et 4ème, ils devraient se retrouver devant Sébastien Josse au pointage de ce soir grâce à un différentiel de vitesse de quelques noeuds. Yann Eliès sur Paprec Recyclage et Sidney Gavignet sur Musandam Oman Sail sont désormais en queue de flotte, leur objectif est de ne pas voir la porte du contournement de l’anticyclone se fermer devant eux, alors que les plus gros trimarans seront passés.

La flotte devrait passer Madère dès ce soir.

© Idec

 

Les skippers à la vacation du jour :

Lionel Lemonchois, skipper du trimaran maxi 80 Prince de Bretagne :

« Depuis le départ, nous n’avons pas eu une seule minute de répit. Ca a été vraiment dur et je commence à être bien fatigué. Il faut impérativement que j’arrive à dormir un peu aujourd’hui. Plus nous allons gagner vers le sud, mieux ce sera. Dans le golfe de Gascogne, la mer était vraiment dégueulasse et ce n’était pas facile d’aller vite. Là, depuis le lever du jour, ça commence à se calmer doucement et d’ici à demain, ce sera nettement plus confortable. Je vais donc tâcher de m’accorder une petite sieste de quinze minutes ce matin. En ce qui concerne le bateau, je suis content. Il se comporte bien. Idem pour le pilote automatique que j’ai réussi à faire marcher dans 40 noeuds de vent ».

 

Antoine Koch, routeur du Multi 70′ Groupe Edmond de Rothschild :

« La nuit a été agitée… Ils sont toujours dans la traîne active de la dépression avec un flux de Nord-Ouest puissant. Les grains qui sont nombreux sur leur route amènent beaucoup d’instabilité. Ce matin, Sébastien avait encore un bon 30 nœuds établi, grimpant à 40-45 nœuds dans les rafales et surtout une forte houle de Nord-Ouest d’environ 5 mètres.  Il se restaure comme il faut et il a réussi à se reposer hier après-midi et cette nuit, ce qui est très bien compte tenu de l’état de la mer et du vent encore fort. »

© Yvan Zedda/Gitana S.A.

Sébastien Josse, skipper du Multi 70 Edmond de Rothschild :

« Ça se passe pas mal, le plus gros est derrière nous : on est dedans mais la sortie est imminente. Ça va faire du bien. J’essaye de faire ce qu’il faut pour rester dans le match. On verra comment ça se passe après. Dans un ciel de traine avec de gros cumulus, il reste de la mer, 4 mètres de houle, 30 nœuds vent, trois ris ORC… Les conditions sont encore musclées. Ce ne sont pas les alizés !  J’ai une bulle de protection du cockpit qui est partie. Je vais la remettre plus tard. Je barre beaucoup. La suite : sortir de cette mer désordonnée ! J’attends que le vent adonne, mollisse, et on va renvoyer de la toile. Ce matin, j’en profite pour me reposer comme on est au portant : c’est plus pratique que le près. »

 

Yann Elies skipper du multi 70 Paprec Recyclage :

« Ça reste encore chaud : il y a plus de 30 nœuds de vent mais la mer s’aplatit doucement ce matin. Il y a une magnifique houle avec des déferlantes, c’est un peu l’ambiance du Grand Sud : ça faisait longtemps que je n’avais pas vu ça. Je commence à récupérer ce matin, j’ai bien dormi sous trois ris et trinquette, et j’avance correctement donc je suis arrivé à m’alimenter. Il fait beau, on commence à avoir du soleil, ça sent le bout du tunnel. On va déguster les pistes de ski dans la neige fraiche… On va attaquer dans quelques heures. La musique est respectée : les gros devant, les petits derrière. Je suis content de la façon dont j’ai navigué, car je ne suis pas loin de Sidney Gavignet qui est un bon marin.

Je suis impressionné par Sébastien Josse qui a fait des moyennes hallucinantes que je ne suis pas prêt de faire, et puis Lionel Lemonchois aussi a fait des moyennes de 27 nœuds, je suis impressionné ! C’est la question du choix de la voilure ce matin. Je vais sans doute renvoyer de la toile maintenant qu’il fait jour et que je suis en forme. Je me pose beaucoup de question sur la toile. Les autres ont l’expérience donc ils ne se la posent pas. C’est ce qui fait la différence entre Lionel Lemonchois et moi.

Les prochaines heures, ça devrait s’améliorer, le terrain va s’aplatir un peu, en même temps il va falloir mettre du charbon ! On va tous chercher à contourner l’anticyclone, si on prend du retard, ça va s’étirer par devant. Jusqu’à présent, j’ai eu du mal à tenir les moyennes des routages. J’espère maintenant tenir la cadence, car j’ai peur que la porte se ferme pour les petits bateaux dans le contournement de l’anticyclone. Je vais renvoyer de la toile et voir si c’est le bon choix et puis j’ai un peu de bricolage à faire… »

 

Sidney Gavignet, skipper du multi 70 Musandam-Oman Sail :

« Je me fais griller au soleil dans ma cabine à chien, ça fait du bien ! On est sorti du gros temps avec grosses bourrasques, des rafales plus fortes de 10 nœuds : j’ai failli cabaner hier matin, mais j’ai eu le temps de choquer l’écoute en grand et de me préparer à rentrer à l’intérieur au cas où le bateau se serait retourné. Cette nuit et ce matin, j’ai un peu trainé la patte. Je dormais dans mon hamac la télécommande dans la main, donc je n’ai pas été rapide : on n’arrivera pas aller aussi vite que les gros. Nerveusement, ça va très bien, rassurez vous ! Physiquement ça va aussi. Mais je n’ai plus d’eau chaude, j’ai cassé mon réchaud, c’est con pour la nuit. On attend que le vent tourne gentiment vers le Nord, on garde du vent pendant un moment, j’ai 30 nœuds maintenant, alors que cette nuit on a eu 30 35 nœuds. J’ai eu une bourrasque à 45 nœuds avec de la grêle, c’était spécial ! On fait une pointe à 35 nœuds dans une vague, mais ca va ! Il faut quand même être vigilant… Les vagues sont ¾ arrières donc c’est moins dangereux que les deux premiers jours. »

Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 :
« Il y a de la mer, pas très ordonnée, elle est grosse, c’est surtout les grains qui sont puissants, mais moins depuis 1h ou 2h. Toute la nuit 45 nœuds dans les grains, c’est chaud… Ça va, ca glisse, on va vers l’amélioration, le vent va mollir dans 3-4 heures car c’est fatigant, avec les manœuvres et les changements de voiles. Sur ce type de bateau, ça prend du temps. J’arrive à revenir sur les premiers, donc je suis content. J’adapte ma voilure, j’ai passé la nuit avec deux ris, je suis revenu depuis hier, il faut renvoyer un ris ou pas… 50 milles de retard, ce n’est pas grand chose, on va être serré dans le Sud, il va falloir tenir le rythme, il va falloir que je renvoie de la toile, donc je vais perdre du terrain mais revenir après. Je suis agréablement surpris pas le bateau : j’arrive à le gérer… J’ai dormi un tout petit peu ce matin. »

 

Loïck Peyron, skipper de du maxi solo Banque Populaire VII: « La mer commence à  s’aplatir : la meilleure nouvelle que nous ayons eue depuis 48 heures ! Mais ça bouge beaucoup, énormément même. Le vent est toujours très instable : ça va de 25 à 40 nœuds dans les grains et on ajuste tout le temps le pilote. Les conditions jusqu’à présent étaient dantesques. Cette nuit, c’est beaucoup mieux : il y a de la lune, quelques nuages, pas beaucoup de bateaux, les grandes manœuvres vont commencer. Cela ne peut que s’améliorer. D’ici demain cela sera nettement plus confortable. J’ai passé beaucoup d’heures à la barre et même avec ce bateau qui est large, j’ai failli le mettre sur le toit en m’endormant à la barre : en tombant, j’ai fait abattre le bateau et le temps de remettre tout cela en place, je me suis fait quelques cheveux blancs ! »

Route du Rhum, le point après 24 heures

Le départ d’hier n’aura finalement pas posé de problèmes aux marins, Sidney Gavignet sur Musandam Oman Sail gratifiait les chaines de TV d’une belle montée sur un flotteur en tête de la flotte des Ultimes après le passage de ligne, Thomas Coville revenait ensuite grâce à la puissance de son bateau, tout comme Lionel Lemonchois très à l’aise sur Prince de Bretagne, ce dernier passait la bouée du Cap Fréhel en tête devant Sidney Gavignet et Thomas Coville.

Avec u vent fraichissant et une mer difficile, on pensait que les skippers des Ultimes allaient privilégier la vitesse et réduire les manoeuvres, au final seuls Yann Guichard sur Spindrift 2 et Yann Eliès sur Paprec recyclage choisissaient cette option avec un seul virement. Le reste de la flotte menée par Loick Peyron sur Banque Populaire VII effectuait trois virements pour parer la pointe Bretagne et Ouessant.

Loick Peyron a fait parler la puissance de son bateau durant la nuit et s’est creusé une avance de presque 50 milles sur Groupe Edmond de Rothschild barré par Sébastien Josse. Le reste de la flotte navigue entre 60 et 80 milles du leader avec des trajectoires assez proches, Francis Joyon sur Idec Sport pointé 7ème faisant une route plus à l’est alors que Prince de Bretagne plus au large (40 milles en latéral) est pointé 3ème.

Les fortes conditions de mer et de vent n’auront pas l’instant pas été rédhibitoires aux plus petits bateaux, notamment les MOD 70.

L’événement marquant de ce début de course reste l’avarie de Thomas Coville survenue hier vers 23h30. Alors qu’il allait sortir du rail d’Ouessant, le skipper de Sodeb’O a semble-t-il manqué de lucidité et est descendu dans la coque centrale pour régler un soucis de moteur. A sa sortie, il n’a pu éviter le choc avec un cargo qui était en route de collision avec Sodeb’O Ultim. Le bateau est très endommagé avec le flotteur tribord arraché jusqu’au bras et l’étrave de la coque centrale  également manquante, le skipper et le bateau sont en sécurité à Roscoff.

Thomas Coville, skipper de Sodeb’O Ultim à propos de cette collision :

« J’étais en train de sortir du DST, c’est à dire la zone de trafic maritime qui nous était interdite, je pense que j’allais très vite. J’avais eu un petit souci dans la nuit à l’avant et j’avais décidé de remettre du charbon et je revenais je crois très fort sur Loïck (Loïck Peyron, Maxi Banque Populaire VII), j’étais très à l’aise.

J’ai eu une alarme moteur, pour faire une charge batterie, qui s’est déclenchée et donc je suis rentré à l’intérieur parce que j’étais surpris qu’au bout de huit heures je sois obligé de faire une charge. Il n’y avait rien d’anormal donc je suis remonté et là, j’ai bien vu sur mon écran…Il faut imaginer que sur nos bateaux nous n’avons pas beaucoup de visibilité, là il fait nuit, il y avait des grains avec beaucoup de pluie et en fait on naviguait qu’à l’écran finalement comme les pilotes d’avions ou contrôleurs aériens qui ne travaillent qu’au radar. J’avais bien vu qu’il y avait deux cargos proches de moi, mon bateau était en mode vent, il a une manière d’évoluer qui peut être aléatoire par rapport au vent et par rapport aux vagues, moi je suis à 25 nœuds, le cargo est à 18 nœuds donc on a une vitesse de rapprochement de 40 nœuds et en gros je fais les deux milles en question en une minute trente. Je ressors de la cabine après avoir démarrer le moteur, je cherche le bon régime moteur et au moment où je lève la tête je vois ce mur noir passer devant moi et je le touche d’environ 1,5 mètres ou peut-être à 3 mètres de son arrière. C’est à dire que cela ne passait pas et cela aurait pu passer à 3 mètres. »

 

Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 : « Ça a été compliqué cette nuit, il a fallu slalomer entre les cargos et les pêcheurs. Il y a eu des moments un peu chauds. Je n’ai pas eu de problèmes mais la nuit a été éprouvante. La mer est croisée et pas facile. Je ne suis pas allé très vite vu l’état de la mer, j’ai beaucoup manœuvré et les manouvres dans 25/30 nœuds voire plus, la moindre erreur est fatale.
(…) Maintenant ça avance tout droit, j’espère pourvoir accélérer quand la mer se calmera, pour l’instant elle est presque de face. Ça s’éclairci un peu, j’ai du ciel bleu à mon vent, par contre, il y a des grains à 30 nœuds et la mer est démontée. Ce matin j’ai mangé, pendant la nuit aussi, il n’y pas de souci, je ne suis pas malade, les conditions sont dures, je n’ai pas encore dormi, je vais faire une sieste 10/15 minutes quand on va raccrocher. Il faut que je m’aère la tête, ça ira mieux au large du Portugal. Le portant, ce n’est pas pour tout de suite… On a encore 30 heures difficiles pour le bonhomme et le bateau, on souffre avec lui, on a l’impression qu’il va se désintégrer. Dans les vagues, l’étrave décolle de 15 mètres… C’est violent mais tout va bien »

Francis Joyon, skipper d’Idec Sport :

« Je t’appelle avec le téléphone satellite dans une main et l’écoute dans l’autre : le vent est assez fort et très instable. Un coup je suis au près serré, un coup au vent de travers… le vent oscille brusquement entre l’ouest/sud-ouest et le nord-ouest, ce n’est pas très cool et très tendu en multicoque ! J’ai deux ris dans la grand voile et il me faut faire des changements de voile d’avant de temps en temps entre la trinquette et l’ORC (plus petite, ndr), pour faire ça je me mets au vent arrière pour rouler et j’essaie de faire vite… La mer est très difficile à gérer car la houle de travers est assez forte, il y a au moins 4 mètres de creux et surtout celle-ci vient heurter la mer du vent. Le résultat n’est pas joli-joli à voir… et en plus il n’y a pas de soleil pour recharger mes panneaux solaires (rires) ! »
J’ai appris pour l’abandon de Thomas (Coville), de mon côté j’ai pas mal de petits soucis mais rien de comparable et rien de grave. J’ai notamment de petits pépins électriques et je n’ai plus d’ordinateur de bord : l’écran ne reste allumé que quelques secondes et j’ai bien du mal à voir les fichiers de vent et la position de mes concurrents. Je suis obligé d’attendre que ça se calme un peu pour tenter de mettre en service l’ordinateur de secours. Cette nuit, on a eu jusqu’à 38 nœuds et surtout je me bagarre avec les grains…C’est très inconfortable : jamais je n’avais fait taper le bateau à ce point là ! Ça secoue vraiment très, très fort et je pense qu’on va avoir des conditions encore instables comme ça toute la journée. Ce qui m’embête un peu c’est que j’ai du mal à trouver la vitesse optimale, car je suis obligé de choquer tout le temps… sinon le bateau s’envole. Pour l’instant je n’ai pas dormi du tout, j’ai du réussir à faire deux ’nuits’ de trois secondes mais pas plus… « 

Lionel Lemonchois sur Prince de Bretagne :

« Cette nuit, ça a été très musclé. Je suis resté toute la nuit à la barre et je n’ai pas dormi du tout mais tout va bien à bord. Je suis content parce que le bateau se comporte bien, cependant, je reste prudent et cherche à placer le curseur au meilleur endroit entre aller vite et préserver le matériel, d’autant que ce qui suit s’annonce costaud également et ce sera pire encore pour ceux qui sont derrière nous, un peu moins rapides 

Route du Rhum J-1

Tour d’horizon des concurrents en catégorie Ultime, la victoire de Franck Cammas voici 4 ans avait surpris, le skipper de Groupama 3 s’était emparé de la tête de la course dès la bouée du Cap Fréhel pour ne plus la lâcher, à la surprise générale.

En effet le potentiel de vitesse du trimaran était connu en équipage, mais la capacité du marin à le mener en solitaire de Bretagne en Guadeloupe a poussé plusieurs concurrents vers cette solution des « très » gros et puissants multicoques.

 

 

Dans cette catégories des « grands ultimes » nous retrouvons

 

  • Thomas Coville sur Sodeb’O Ultim’

Le skipper de Sodeb’O s’attaque à son premier défi sur ce « nouveau » trimaran. Le skipper a mis ce bateau à l’eau en mai 2014, il s’agit de l’ancien Géronimo d’Olivier de Kersauson profondément remanié. En effet les architectes de la première mouture, VPLP se sont remis à leurs planches à dessin pour faire renaitre ce multicoque dont il ne reste qu’une partie des flotteurs, la bôme et les bras de liaison.

L’avant des flotteurs, la coque centrale ont été redessinés, les flotteurs ont été renforcés afin de recevoir des foils. L’équipe de Sodeb’O a adapaté les appendices (safrans et foils) d’USA 17 (le trimaran de 90′ à aile d’Oracle Racing vainqueur de la 33ème Coupe de l’America).

Le mât a été construit dans les moules de celui de Groupama 3 version solitaire, les deux bateaux ayant des dimensions et un plan de voilure proche. L’ancien trimaran de Franck Cammas était d’ailleurs convoité par Thomas Coville, mais la vente avait échouée au profit de Banque Populaire.

Le trimaran se classe dans le trio de tête des plus grosses unités de cette Route du Rhum. Dans des conditions identiques à celle de la précédente Route du Rhum, Thomas Coville fait donc parti des grands favoris, qui plus est le marin navigue en solo depuis presque dix ans maintenant (en 60′ ORMA initialement, puis sur le maxi Sodeb’o premier du nom, le plan Irens/Cabaret), il a cinq tours du monde en multi à son actif.

Malgré tout, ce trimaran est récent, la mise au point est toujours longue sur ce type de multicoque, mais le skipper n’a cessé de naviguer depuis la mise à l’eau, avec notamment une « reconnaissance » du parcours avec un aller en équipage réduit vers la Guadeloupe et un retour en solitaire.

Thomas Coville semble donc affuté, le potentiel de vitesse du trimaran est très certainement équivalent, voir plus probablement supérieur au bateau tenant du titre (Banque Populaire VII, ex Groupama 3), le point négatif pourrait être l’absence de course en flotte du skipper depuis 2010, mais bon nombre de ses concurrents sont dans le même cas.

Les plus :

– bateau performant

– skipper spécialiste des records en solitaire

Les moins :

– trimaran récent avec une mise au point somme toute réduite

  • Loick Peyron sur Banque Populaire VII

Le duo inattendu de cette Route du Rhum, Loick Peyron fait son retour à la barre d’un grand multicoque en solitaire suite au forfait du skipper maison Armel le Cléac’h.

Celui-ci s’est blessé à la main, et à donc été contraint de céder la barre du trimaran tenant du titre, et depuis optimisé par le team Banque Populaire. Armel le Cléac’h était ultrafavori de cette course, avec, on le sait, un bateau performant puisque Franck Cammas avait pu gérer sa course il y a 4 ans suite à une belle avance prise dès les premiers jours de course, et un marin rompu à l’exercice du solitaire sur cet engin depuis deux ans, avec les records de la Méditerranée, des 24 heures et de la Route de la Découverte (avec de grosses moyennes dans des conditions de mer et de vents fortes). Il avait du renoncer à celui de l’Atlantique Nord faute de fenêtre météo favorable.

Loick Peyron « hérite » donc d’un bateau sur lequel il n’avait jamais navigué jusqu’alors, bien que grand spécialiste des multicoques avec un palmarès éloquent, le baulois bénéficiera d’une préparation plus que réduite par rapport à ses concurrents, avec un déficit de navigation ces dernières années (malgré son passage chez Artemis lors de la dernière America’s CUp). Ces dernières courses en solo se sont déroulées en 60′ IMOCA, et sa dernière en multicoque date d’il y a 12 ans maintenant, qui plus est le skipper pourrait être moins affuté physiquement que la plupart des concurrents de cette classe Ultime.

Les plus :

– le bateau tenant du titre

– la connaissance des multicoques du skipper

Les moins :

– la préparation physique du skipper

– le manque d’entrainement sur le trimaran

http://www.youtube.com/watch?v=bpfb6eSQRM0

  •  Yann Guichard sur Spindrift 2

Probablement une des plus grande inconnue de cette Route du Rhum, Yann Guichard est probablement le meilleur spécialiste actuel du multicoque en France, avec des navigations sur de multiples supports (D35, Extreme 40, AC45, 60′ ORMA, 77′ sur la Route du Rhum 2010, MOD 70, maxi multicoque), et une écurie fondée avec Dona Bertarelli qui lui offre un programme de navigations conséquent, mais centré sur l’équipage.

Le potentiel de vitesse du trimaran de 40m est supérieur en équipage à celui de l’ex Groupama 3, le bateau a été adapté autant que faire se peut à l’exercice du solitaire avec un mât raccourci, la suppression de la bascule de celui-ci, l’adoption du vélo pour alterner effort avec les bras et les jambes.

Le passage du trimaran dans la mer et le vent fort sera inégalé sur le plateau des ultimes, mais reste à exploiter au maximum les capacités du multi en solitaire, le skipper risque d’être obligé à sous toilé son trimaran afin d’anticiper les changements météos, alors que les petits « multis pourront enchainer ces manoeuvres.

Le skipper avoue également que le moindre soucis technique sera ingérable en solitaire.

Les conditions météos musclées prévues les premiers jours pourraient l’avantager si il arrive à tirer le maximum du potentiel de son bateau gérable, mais la seconde partie de course avec des conditions changeantes pourraient lui être moins favorable. Reste aussi la faisabilité d’une transat sur ce géant, peu de gens pariaient sur Franck Cammas il y a 4 ans, Yann Guichard déjouera peut être une nouvelle fois les pronostics.

Les plus :

– la vitesse du bateau dans des conditions de mer difficiles et les vents forts

– la connaissance du support par le skipper

Les moins :

– la capacité à gérer un bateau aussi puissant

 

 

 

Les Ultimes « intermédiaires »

  • Francis Joyon sur Idec Sport

Francis Joyon avait terminé second lors de l’édition 2010, son objectif reste le podium, malgré le déficit de puissance de son plan Irens/Cabaret de 2007 par rapport aux derniers nés de VPLP. Il peut tirer son épingle du jeu si les conditions après le coup de vent du départ sont variables, le bateau étant très polyvalent quelque soit les conditions.

Le marin aligne un palmarès éloquent sur son trimaran puisqu’il a été détenteur de tous les records en solo, avant de se faire déposséder de quelques uns par Armel le Cléac’h, il lui reste cependant les deux plus difficiles, l’Atlantique Nord et le tour du monde.

Le skipper part donc sur un bateau éprouvé et fiabilisé, avec 20000 milles au compteur et peu d’avaries, même si le trimaran est rustique, il n’en est pas moins relativement performant. De plus il le connait par coeur, il le prépare quasi seul, et semble capable de parer à la plupart des avaries possibles, et le mènera au maximum de son potentiel sur cette course, alors que d’autres pourraient être tentés d’agir avec plus de retenue.

Les plus :

– un palmarès inégalé en solitaire

– trimaran polyvalent et parfaitement adapté au skipper

Les moins :

– déficit de performance face aux trois grands ultimes

 

 

L’interview par Voiles et Voiliers

  • Lionel Lemonchois sur Prince de Bretagne

Le skipper est double vainqueur de la Route du Rhum dans deux classes différentes (60′ ORMA en 2006 sur Gitana 11, avec le record actuel de l’épreuve), et en Multi 50′ en 2010), il espère le triplé.

Il est parfaitement aguerri à l’exercice du solitaire et reste un très grand spécialiste du multi et un équipier recherché, sur « son » projet il a adapté une plate forme de 60′ ORMA (l’ex Sodeb’O) à sa main et avec comme objectif cette course.

Le skipper a gardé une largeur suffisante gage de puissance et une longueur modérée afin que le trimaran soit évolutif quelques soit les conditions sur l’Atlantique, il n’aura gardé de la plate forme initiale que les bras, la bôme, les appendices et l’accastillage. Le trimaran semble un bon compromis puisqu’il reste tout à fait maniable dans toutes les conditions et assez rapide.

Malgré tout, le skipper sait son trimaran un peu moins performant que les gros ultimes dans des conditions fortes, le mât basculant lui donnera un avantage dans des conditions plus légères et le skipper est capable d’accélérer si les conditions lui sont favorables, sans se pauser de questions sur sa capacité à mener le bateau en solo.

 

 

 

 

Les « petits » Ultimes, les trois « MOD » 70

La classe monotype initialement crée pour des courses en équipage ayant périclité, les équipes possédant un  MOD 70 ont pour deux d’entre elles adapté les plate forme à l’exercice solitaire. Yann Eliès est arrivé très récemment à la barre de Paprec, alors que ses deux concurrents directs ont beaucoup plus d’expérience à la barre de ces trimarans.

 

  • Sébastien Josse sur Groupe Edmond de Rothschild

Le skipper du Gitana Team sera probablement le concurrent le mieux armé parmi ces trois petis Ultimes. Il est à la barre du trimaran depuis 2011 et a beaucoup navigué sur ce support. Il s’est beaucoup entrainé pour cette course, en multipliant les sorties en solitaire, il a également remporté la Jacques Vabre l’année dernière en double, faisant une quasi répétition de ce qu’il pourrait rencontré pendant cette course.

Le trimaran est également celui qui a été le plus modifié, des ballasts ont été ajoutés, la casquette a été élargie afin que le skipper n’ait pas à descendre dans le bateau, il est équipé d’un système anti chavirage maison sécurisant.

Et plus important côté performance, le Gitana Team a mis en place des safrans en T avec un plan porteur à l’extrémité de ceux-ci avec un réglage d’incidence, ces appendices permettent de gagner quelques noeuds en sustentant plus le bateau qu’avec les seuls foils et safrans classiques et permet le limiter le tangage et donc de stabiliser le multicoque notamment à haute vitesse.

Le podium parait difficile à briguer pour Sébastien Josse avec des conditions musclées au départ limitant le bénéfice d’un petit bateau manoeuvrant et moins sollicitant physiquement, il visera vraisemblablement la quatrième place.

Les plus :

– trimaran le plus perfectionné des MOD 70

– skipper bien préparé

Les moins :

– déficit de vitesse et de puissance face aux gros ultimes

– première course en solitaire en multicoque

 

L’interview par Voiles et Voiliers

http://www.youtube.com/watch?v=OdSPV7ru3W0

 

  • Sidney Gavignet sur Musandam/Oman Sail

Sidney Gavignet avait débuté en multicoque solo il y a quatre ans, sur un quasi sistership d’Idec et Sodeb’O maxi (le plan Irens Cabaret, non engagé sur cette édition), mais avait été contraint à l’abandon suite à la casse d’un flotteur et au chavirage.

Cette fois-ci le skipper s’est beaucoup entrainé et connait parfaitement son MOD qu’il barre depuis 2012, le trimaran est cependant moins bien armé que celui de son concurrent Sébastien Josse, puisqu’Oman Sail n’a pas développé les appendices du bateau.

Le record du tour des iles britanniques a cependant mis le skipper en confiance et celui-ci fera de son mieux pour bien faire sur cette course.

Les plus :

– grande expérience du marin en course au large

Les moins :

– le potentiel du trimaran

http://www.youtube.com/watch?v=gpgbRZul_50

  • Yann Elies sur Paprec Recyclage

Yann Elies sera probablement le moins bien armé pour cette course, malgré son expérience en équipage sur des maxis multicoques et en équipage plus réduit ou en double en Multi 50′, il n’aura que peu navigué sur son MOD. Celui-ci ne possède pas non plus les appendices perfectionnés de Groupe Edmond de Rothschild.

L’objectif du skipper sera avant tout de terminer sa première course en solitaire en multicoque, si possible en plaçant au moins un autre MOD derrière lui.

http://www.youtube.com/watch?v=Dd9XGXeCvRY

Banque Populaire VII rentre en France, Spindrift 2 en stand by, double transtalantique pour Thomas Coville

Après deux mois de stand by, Armel le Cléac’h a décidé de mettre fin à son stand by concernant le record de l’Atlantique Nord entre New York et le Cap Lizard, ceci afin de mieux préparer la Route du Rhum dont le départ sera donné dans 100 jours.

Les conditions anticycloniques sur l’Atlantique Nord et des glaces situées très sud pour la saison auront eu raison de ce stand by de deux mois. Le skipper du maxi trimaran solo Banque Popualire VII va donc reprendre la mer en direction de Lorient, il mettra à profit cette transat pour parfaire sa préparation puisqu’il n’embarque que Gildas Morvan à ses côtés, celui-ci participera le moins possible à la marche du bateau.

Armel le Cléac’h, skipper de Banque Populaire VII : « Nous nous étions donnés la fin juillet comme date butoir de notre stand by à New York. Marcel van Triest me confirme qu’aucune perspective ne se dessine durant les 8 prochains jours. Il est donc temps pour moi de ramener le maxi trimaran à son port d’attache de Lorient, afin de respecter notre calendrier de préparation à la Route du Rhum. Trois semaines de chantier sont en effet programmées en août, afin de soumettre le bateau à une profonde vérification d’ensemble, suite à ses quatre transats de l’année. Je souhaite naviguer intensément dès les premiers jours de septembre dans la perspective de mon objectif prioritaire, la 10ème édition de la Route du Rhum. Depuis près de deux mois que nous surveillons l’évolution des phénomènes météo sur l’Atlantique, rien de vraiment sérieux ne nous a été proposé, et la présence d’icebergs au sud de Terre Neuve nous aurait contraint à rallonger sérieusement la route. Je quitterai New York sans regret car les conditions de signer un chrono ne se sont pas offertes à nous. Cette nouvelle traversée de l’Atlantique va cependant me permettre de poursuivre mon entraînement en solitaire à bord de Banque Populaire VII. Il me tarde de reprendre mes marques. Gildas Morvan sera à bord pour m’aider en cas de situation difficile, mais il sera avant tout un observateur et c’est seul que j’effectuerai les manœuvres le plus lourdes, en vivant selon un rythme le plus proche possible du solitaire. »

© Yvan Zedda / BPCE

L’autre maxi trimaran également en stand-by, Spindrift 2, restera sur place jusqu’à la mi-août, Yann Guichard et Dona Bertarelli et leur équipage espèrent pouvoir trouver une fenêtre météo dans les trois semaines à venir, dans le cas contraire, le bateau rejoindra aussi son port d’attache breton afin de le configurer pour la Route du Rhum.

Quant à Thomas Coville, autre prétendant à la victoire sur la prochaine Route du Rhum, il est arrivé vendredi en Guadeloupe après une transat en équipage (Jean-Luc Nélias, Loïc Le Mignon, Thierry Briend, Martin Gavériaux et Alexis Aveline l’accompagnaient) sur le nouveau Sodeb’O Ultim, il a repris la mer hier pour le convoyage retour en solitaire, également dans le but de parfaire sa préparation à cette course.

Thomas Coville, skipper de Sodeb’O Ultim :

« Le bateau est très sain et se maitrise facilement. Sodebo Ultim’ passe super bien dans la mer et ne mouille pas beaucoup. Si on navigue très vite à 30 nœuds, le bateau se stabilise facilement même sous pilotes. On a gardé les références des pilotes acquises avec le max-trimaran Sodebo. Les mécaniques et les mécanismes marchent bien, ce n’est pas surprenant car nous n’avons pas d’innovations majeures. C’est vrai aussi que la réalisation et le positionnement auraient pu nous arrêterA vec ce bateau là, j’ai l’impression d’être dans une autre dimension, dans un autre univers. Par rapport au Maxi Sodebo, c’est vrai que tu ralentis quand tu te déplaces. L’inertie d’un bateau de 15 tonnes qui va facilement à 30 nœuds t’emporte quand il accélère ou décélère. Le plus difficile physiquement, ça a été de dormir. C’est normal, c’est une première transat. Il y a de nouveaux sons, une nouvelle sonorité. J’étais forcement très attentif mais ça va s’améliorer. Je vais m’habituer ».

 

Sodeb’O ultim a été mis à l’eau

Le nouveau trimaran de Thomas Coville a touché l’eau en fin de matinée.
14 mois ont été nécessaires au chantier Multiplast pour transformer l’ancien Géronimo en Sodeb’O Ultim, le chantier a réalisé la nouvelle coque centrale, les tronçons avant des flotteurs qui ont été greffés sur ceux d’origine, l’intégration des appendices issus de Dogzilla-USA 17 (le trimaran à aile rigide d’Oracle Team USA, vainqueur de la 33ème Coupe de l’America), ce chantier a permis d’alléger le bateau de 7 tonnes par rapport au trimaran initial. Le cabinet VPLP, concepteur de Géronimo, était de nouveau de la partie avec la modification des plans pour arriver à ce trimaran solo, avec lequel le skipper débutera la compétition lors de la prochaine Route du Rhum.

Le bateau devrait rapidement être mâté (le mât a été construit  par Lorima dans les moules de Groupama 3 version solo, l’actuel Banque Populaire VII), les voiles ont été conçues par North Sails.

 

© Jimmy Bonnal/ www.jbonnal.fr/

© Jimmy Bonnal/ http://www.jbonnal.fr

Les réactions des acteurs de cette transformation
Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim’ : « C’est une journée symbolique. Cela fait 14 mois que l’on a ramené Geronimo de Brest. Il fallait avoir de l’imagination pour arriver à un bateau de cette forme et de cette modernité. Nous avons la fierté d’avoir osé quelque chose d’assez incroyable. ll y a 20 ans, je faisais mon premier tour du monde avec Olivier de Kersauson et il y a quelques jours, nous nous sommes fait plaisir tous les deux à rencontrer ce bateau. Olivier était comme un gamin, enthousiaste comme nous ! »

Patricia Brochard, co-présidente de Sodebo : « Notre engagement dans les plus grandes courses au large et dans des campagnes de records audacieux participe largement depuis 16 ans au développement de la marque et à la côte de sympathie des consommateurs qui voient en nous une marque audacieuse et exigeante qui sait s’engager, une marque fidèle et passionnée. »

Olivier de Kersauson, skipper de Geronimo : « Je reconnais les bras qui typent le bateau, les flotteurs aussi et j’aime la coque centrale, c’est vachement intelligent d’avoir changé ça. L’autre était faite pour naviguer à onze alors que là, c’est un programme solo. Ce que devient Geronimo, c’est une réflexion complètement logique et tu vois tout de suite que c’est bien. Les bateaux de ‘Sieur Coville’ ont toujours été cohérents et ça c’est dû au fait de naviguer, à l’intelligence maritime. On est là, 20 ans après, ce n’est pas un hasard. On a maintenant un bateau moins gras et plus rapide. J’ai hâte de le voir naviguer, de voir les progrès qui ont été faits. »

Vincent Lauriot-Prévost, architecte de Geronimo puis de Sodebo Ultim’ : « En 2001, en vue des records en équipage, Olivier souhaitait un bateau qui joue sur la longueur de la coque centrale de 34 mètres pour un meilleur passage dans la mer dans la longue houle du Sud et sur le fait de naviguer sur deux coques tout en glisse avec un seul safran sur la coque centrale. La démarche de Thomas est différente et découle de ses précédentes navigations en solitaire : plus focalisée sur la navigation sous foils que sur la coque centrale, réduire la taille du mat et la surface de voiles, et adapter trois safrans pour pouvoir naviguer sur un flotteur tout en conservant la garde à la mer des bras de liaisons de la version précédente. »

LA TRANSFORMATION EN QUELQUES CHIFFRES
14 mois de chantier
200 fournisseurs dans 12 pays
40 000 heures de travail
7 tonnes gagnées sur la plateforme depuis Geronimo
70m2 de voilure de plus que le précédent maxi-trimaran Sodebo

SODEBO ULTIM’
Numéro : 73 (En référence à la création de Sodebo par Simone et Joseph Bougro en 1973)
Architectes : cabinet Van Peteghem-Lauriot-Prévost
Structures : Hervé Devaux Structures
Réalisation plateforme : chantier Multiplast et Team Sodebo
Longueur : 31m
Largeur : 21,20m
Constructeur mât : Lorima
Hauteur mât : 35m
Corde mât : 1,20m
Tirant d’air : 37m
Conception et fabrication voiles : North Sails
Surface Grand Voile : 283m2
Surface voiles max au près : 444m2
Surface voiles max au portant : 663m2
3m2 d’espace de vie de plain-pied
Cockpit avec 1 colonne et 6 winchs
400m2 de filets de dyneema
Pilotes automatiques : électrique et hydraulique
Décoration : Désigne.fr

Annulation du Défi du Prince

Prince de Bretagne, sponsor du Multi 80′ de Lionel Lemonchois et organisateur de course a annoncé l’annulation du Défi du Prince, course qui devait avoir lieu en mai et qui était ouverte aux multicoques de plus de 50′.

En effet plusieurs bateaux sont immobilisés, dont le 80′ de Lionel Lemonchois, tout juste chargé sur un cargo au Brésil, suite à son chavirage lors de la Mauriecienne  et qui entrera en chantier à son arrivée à Lorient afin d’être prêt pour la Route du Rhum, le Multi 50′ Arkema Région Aquitaine de Lalou Roucayrol est également toujours dépourvu de mât et ne sera de retour en France que courant mai.

Par ailleurs, Spindrift 23, le trimaran de 40m du duo YannGuichard/Dona Bertarelli sera convoyé fin mai vers les Etats Unis pour une tentative de record sur l’Atlantique Nord, Banque Populaire VII, sera mené sur le même parcours en solitaire par Armel le Cléac’h à la même période, les deux trimarans n’auraient donc pas pu participé à cette course. Francis Joyon sur Idec va partir vers le Brésil dans les jours qui viennent et Thomas Coville mettra son nouveau maxi Ultime Sodeb’O à l’eau à la fin du mois avant d’enchaîner les navigations d’entrainement pour le Rhum.

Seule la classe des Multis 50′ semblait conserver un attrait pour cette course, les MOD 70 n’étant pour la plupart que destinés à des navigations RP (Spindrift racing, Paprec).

Cependant une Route des Princes 2, comme en 2013, est programmée l’année  prochaine, ce tour de l’Europe avait été un succès, reste à réunir un plateau suffisant pour cet événement.

 

Prince de Bretagne à Rio, Sodeb’O de retour à la Trinité sur Mer

  • Le team Prince de Bretagne a rejoint Rio en fin de semaine dernière, après 5 jours de remorquage. L’équipe technique et le skipper, Lionel Lemonchois, procèdent au démontage de l’accastillage avant de préparer le rapatriement du trimaran 80′ Prince de Bretagne à Lorient, l’objectif du skipper reste la Route du Rhum dont le départ sera donné en novembre.                                                                                                                                  Lionel Lemonchois : Depuis vendredi soir, ça a été un peu long car nous n’avancions pas à plus de 6 noeuds de moyenne. Ca a aussi été très monotone. Seules les dernières 48 heures ont été un peu différentes puisqu’avec Patrice Richardot, l’un des membres de mon équipe technique, nous les avons passées à bord de Prince de Bretagne histoire de maintenir un feu à éclats sur le pont et de prévenir une mauvaise rencontre dans une zone de trafic dense.  Nous allons démonter tout ce qui peut l’être comme les poulies, les palans… puis tout rentrer à l’intérieur pour faire en sorte que plus rien ne traine sur le pont. Ensuite, l’ensemble sera gardé en attendant d’être rapatrié vers Lorient »
  • Thomas Coville qui avait abandonné sa tentative de tour du monde en solitaire du fait de conditions météos déafavorables, a regagné son port d’attache, la Trinité sur Mer. Il avait fait escale à Vigo durant 24 heures auparavant pour laisser passer la tempête Ulla.A son arrivée, le skipper du maxi trimaran Sode’bO est revenu sur cette tentative avortée :
    « Un mois de mer… Que ce soit, au moment du départ, dans une risée ou dans un grain, il faut décider tout le temps. Il faut continuellement mesurer ce qu’il y a de plus intelligent à faire. Il faut trancher, doser, tenter. Je souhaitais revenir seul et directement jusqu’à La Trinité-sur-mer, mais il a fallu une fois de plus être lucide et s’arrêter à Vigo. Au retour de mon dernier Tour du Monde en 2011,  j’ai passé ma fameuse ardoise magique qui efface tout car j’avais l’impression d’avoir subi ce tour du monde. Cette fois-ci c’est différent : j’ai choisi, j’ai tranché, j’ai pris une décision qui me regarde et aujourd’hui, je suis droit dans mes bottes par rapport à cela. L’anticyclone qui se développait sur les îles Kerguelen, nous poussait vers les glaces, ça aurait été de l’orgueil de continuer. C’est une décision sportive de marin et d’homme. Je suis resté lucide et honnête par rapport aux gens que j’aime, par rapport à mon partenaire en étant capable de me mettre des limites face à mon engagement et mes compétences. »

    « J’ai choisi, je ne subis pas, j’ai reçu les bonnes informations tous azimuts. Avec Jean-Luc Nélias, l’équipe et Météo France, nous avons aujourd’hui cette maturité d’être capables de prendre du recul sur ce qu’on fait, sur ce qu’on veut faire et surtout sur ce qu’on veut être. Nous avons été maîtres de nos décisions jusqu’au bout et c’est une position agréable. »

    « A aucun moment, nous ne nous sommes laissés prendre par l’orgueil et par la motivation. Je n’ai pas l’amertume d’avoir pris une mauvaise décision, seulement  l’amertume de ne pas avoir eu la possibilité d’aller jusqu’au bout. Ce bateau m’a fait progresser, le groupe m’a aidé tout le long de cette tentative. C’est un projet ultime car il va chercher très loin. Un projet qui m’a fait plaisir de bout en bout.  Si on reprend l’histoire dès le départ, partir de Brest de nuit, il fallait vraiment oser le faire ! Je crois qu’à ce moment-là, il n’y avait pas beaucoup de volontaires pour me remplacer ! Il fallait le tenter par rapport à tout ce qu’on avait mis en œuvre. Et nous avons bien fait car le temps à l’équateur est honorable (ndlr : 6 jours 20 heures). »

    « Quand je suis parti, je pensais déjà à La Route du Rhum ! J’étais mieux en mer à naviguer que de rester à terre. Une descente et une remontée de l’Atlantique Nord et Sud, cela fait un sacré entraînement !  J’étais en totale confiance avec le bateau, c’est ce qui a motivé également ma décision de faire demi-tour. Je sais parfaitement où sont mes limites avec ce trimaran.  Ce mois de mer, presque un demi-tour du monde me donne confiance par rapport à ce que je vais engager pour le Route du Rhum. Nous avons un nouveau bateau en chantier, c’est un programme énorme car la mise au point d‘un projet comme celui-ci est gigantesque. Tout ce que j’ai appris durant ce mois va nourrir la suite du projet. »

Thomas Coville fait demi-tour et abandonne son tour du monde

Thomas Coville, Sodeb’O son partenaire, et sa cellule de routage, ont décidé d’abandonner la tentative de record autour du monde.

Le skipper, parti de Ouessant le 17 janvier à 7h42, avait franchi l’équateur en 6 jours 20 heures, un temps dans ses objectifs, de moins de 7 jours, la situation s’est ensuite dégradée avec un anticyclone de Sainte Hélène qui a barré la route du maxi trimaran, le retard sur le temps de Francis Joyon s’est donc rapidement aggravé, ce soir le déficit était de 1200 milles.

Les conditions peu favorables dans le grand sud ont conduit le skipper à renoncer. Le record restera donc la propriété de Francis Joyon et d’Idec.
Thomas Coville :

« J’ai un super bateau, je me sens parfaitement en phase avec lui.  Aujourd’hui, les fichiers nous confirment que, même en descendant très Sud dans l’océan Indien, et c’est ce que nous proposent les routages, on est moins rapide que Francis (Joyon).

Mise à part le retard à Bonne Espérance puis celui que l’on aurait pu prendre dans l’Indien, nous aurions été au-delà des limites que nous nous étions fixées en terme de sécurité. Les routages m’imposaient d’aller slalomer entre les glaces au sud des iles Kerguelen avec le risque de me mettre en danger mais d’impliquer aussi d’autres personnes en cas de pépin.

Je ne suis pas une tête brulée. Il faut savoir composer avec la performance, le professionnalisme et la sécurité. Je n’ai pas envie de m’entêter par orgueil.

Je représente une entreprise, Sodebo. Je me dois d’être honnête et responsable pour ceux qui me font confiance. Le plus difficile est de prendre la décision.

En tant que compétiteur, ce soir, je suis forcément affecté.

J’ai pris un immense plaisir à venir jusqu’ici. J’ai ce bateau dans la peau. Je me sens bien. Je me suis régalé à faire tout ce que j’ai fait. »