Thomas Coville boucle son tour du monde en 61 jours 7 heures

Thomas Coville avait débuté son tour du monde en solitaire le samedi 29 janvier à 12h07’28 » , le skipper de SODEBO a franchi la ligne d’arrivée  à Ouessant aujourd’hui à 13h15.

Il boucle donc ce tour du monde en 61 jours, 7 minutes et 32 secondes de mer. Il aura mis 3 jours, 10 heures, 43 minutes et 26 secondes de plus que Francis Joyon sur IDEC en 2008 (57j 13h34’06 »), malgré tout le skipper peut avoir la satisfaction d’avoir parcouru 28 431 milles à la moyenne de 19,42 nds, soit 2031 milles de plus que Francis Joyon qui avait parcouru 26 400 milles à la vitesse moyenne de 19,11 nds.

Les premiers mots de Thomas Coville après le passage de la ligne :

Dernière nuit en mer
« La dernière nuit est toujours dense et particulière parce qu’on cumule beaucoup de fatigue. On enchaine les manœuvres, le fait d’avoir la terre proche te demande d’être encore plus vigilant. Une navigation difficile vers un point de chute qui t’impose d’être précis. Il y avait du trafic, je suis passé deux fois à moins de 50 mètres d’un cargo à une vitesse élevée. Il y avait vraiment du mauvais temps avec 5 mètres de creux et 30 nœuds de vent. Rien n’est fait tant que la ligne n’est pas franchie. »

Pudiques
« Pendant 60 jours, tu ne vois personne, tu n’entends que des voix et tout d’un coup apparait un zodiac qui sort de la brume. Il se rapproche et tu retrouves des visages familiers, ceux de ton équipe, aussi marqués que toi. J’ai craqué à ce moment là, Thierry Briend et Thierry Douillard étaient avec moi tous les jours au téléphone, ils savent ce que nous avons fait ensemble. Je me suis isolé pour reprendre mes esprits. Nous avons remis le bateau en route ensemble, nous nous sommes retrouvés dans l’action. En voyant le bateau, ils visualisent tout de suite ce qui s’est passé pendant le périple. Ils sont aussi pudiques que moi, donc ce n’était pas une grande accolade de militaire. C’était assez simple et très fort à la fois. »

Ne pas se dérober
« Les 50 premiers jours n’ont pas été faciles mais j’ai eu un réel plaisir à faire ce parcours et à y croire. La dernière semaine a été très difficile mentalement. Je voulais boucler ma trace. Et ce matin, je me suis même demandé pourquoi je passais la ligne mais j’ai été éduqué comme ça et je dédie cette ligne à mes parents qui m’ont appris que quand on commence quelque chose, on le finit même si ce n’est pas facile. Je devais boucler la trace mais je me suis fait violence. Je l’ai fait par principe, par respect… C’était se dérober que de ne pas y aller ! »

Une chance inouïe jusqu’un enfer
« Je sais que j’ai une chance inouïe de faire ce que je fais. J’ai un partenaire Sodebo qui m’a suivi dans la réalisation de ce projet. J’ai mis toutes mes tripes dans ce tour, dans cette route très engagée, très belle. Par rapport à la dernière fois, il y a eu deux changements. D’une part, dans mon approche du quotidien, je ne me suis pas focalisé sur le retard que j’avais. J’y ai cru quand nous sommes repassés devant Francis et c’est là que ça s’est dérobé. La deuxième chose, c’est que je m’étais juré que cette fois-ci, j’irais provoquer la chance ! C’est pour cela que j’ai accepté de faire des routes abjectes comme d’être au près vers les Kerguelen, c’était ma manière à moi de créer ma chance, je serais allé la chercher en enfer s’il le fallait. »

Pas d’erreur et des satisfactions
« Nous n’avons pas fait d’erreur sur la route. Quand tu tiens un projet à bout de bras et que tu en es le porte-parole, tu te sens responsable. Quand tu es seul à bord, tu ne partages ce sentiment avec personne. Il y a des satisfactions : celle de ramener le bateau en bon état, malgré mon étrave abimée, d’avoir monté cette équipe avec une ambiance et un vrai état d’esprit. Il faudrait qu’aujourd’hui je ne sois pas un compétiteur pour ne pas être déçu. On est deux personnes à bord : le compétiteur et l’aventurier ! Le compétiteur est frustré mais l’aventurier a accompli le périple. »

A lire également une interview par Philippe Eliès sur le Télégramme.com, on y apprend que le skipper ne retentera pas ce record l’année prochaine, il semblerait également que Sodeb’O souhaite poursuivre son sponsoring avec Thomas Coville.

Sodeb’O approche d’Ouessant

Thomas Coville bouclera son 2ème tour du monde sur son trimaran Sodeb’O demain, il est attendu sur la ligne au large d’Ouessant vers 10 heures demain, Thomas ne rejoindra pas Brest, il embarquera trois équipiers pour rejoindre la Trinité sur Mer, son port d’attache, où le public pourra l’accueillir vers 18 heures.

©Sea&Co

Le skipper a livré un dernier message lors de sa vacation ce matin, pour clore ce tour du monde :

« Voilà, un dernier petit mot pour clôre ce tour du monde à bord de Sodebo. On est à un peu moins de 500 milles de Ouessant dans des conditions musclées, des vents de plus de 30 nœuds et une mer très formée.

Je ne reviendrai pas sur ma déception mais je réitère mon admiration pour ce qu’a réalisé Francis Joyon, c’est la moindre des choses de féliciter son adversaire. Je veux aussi remercier tous les gens qui ont suivi, porté ce projet, qu’ils l’ont vu naître et l’ont fait vivre.

Merci à Sodebo, cette incroyable entreprise, cette famille, ce groupe, qui tout au long de ce voyage, avant et pendant, m’a porté et soutenu. J’ai essayé pendant ce périple de porter leurs couleurs ou, tout du moins, de défendre leurs valeurs de pugnacité, de liberté, d’indépendance et de plaisir dans un monde pas toujours facile même hostile comme celui de la mer.

J’ai pris beaucoup de plaisir à la barre de ce bateau, à manœuvrer, à réaliser cette trace et c’est pour cela que je vais à Ouessant même si la météo s’annonce catastrophique. Je voulais boucler ma trace, en symbole, pour dire que l’on finit les choses que l’on commence. Et même si elles ne se finissent pas comme on le souhaitait, je le fais pour ceux qui tiennent parole, qui vont au bout de leurs actes, qui paient leurs dettes. J’ai essayé de puiser là mon énergie cette semaine.

Je rends hommage à l’équipe qui m’a soutenu au quotidien, heure par heure et qui m’a aidé à réaliser cette belle route. Thierry Douillard, Richard Silvani, Christian Dumard et Thierry Briend (routeurs) qui ont été mes anges gardiens pendant ces deux mois. Seul, j’aurais lâché prise plusieurs fois. Ils ont été présents tout le temps. C’est un projet où il y a beaucoup de recherche, de technique, de technologie, de préparation mais ce tour du monde est avant tout un projet humain, de groupe ou en tout cas qui a la prétention de porter ces valeurs. Je remercie aussi les partenaires techniques qui nous suivent fidèlement et mettent leur savoir-faire au service du projet Sodebo : Météo France, Toyota, Cousin Trestec, Lisi, Ixsea, Open, CLS, Nautix et Helly Hansen.

J’appréhende les arrivées, c’est difficile de croiser le regard des autres après deux mois et de lire à travers leur visage, mon visage à moi. Drôle de sensation d’avoir tant espéré finir et, à la fois, d’appréhender l’arrivée… C’est très paradoxal. »

On ne peut qu’admirer la pugnacité de Thomas Coville qui sera allé au bout de ce tour du monde, le deuxième sur son bateau, malgré des conditions météos difficiles, notamment dans l’atlantique alors qu’il avait comblé son retard sur le record détenu par Francis Joyon.

Espérons que son partenaire qui le soutient depuis de nombreuses années poursuive sa collaboration afin d’atteindre l’objectif du skipper à savoir tourner autour de la planète le plus rapidement possible en solitaire.

Pas de record pour Thomas Coville

Thomas Coville est désormais résigné, il ne battra pas le record autour du monde en solitaire, qui restera, pour une année de plus, le bien de Francis Joyon sur Idec. En effet il reste 2400 milles à parcourir en 3 jours pour Sodeb’O arriver dans les temps du record, ce qui sera impossible.

Le skipper, qui avait optimisé son trimaran Sodeb’O avant cette nouvelle tentative, n’a pas démérité sur cette circumnavigation : J’ai une chance inouïe de faire ce que je fais, de m’exprimer de cette façon, d’être sur l’eau avec ce bateau et entourée par cette équipe. Techniquement, on apprend à chaque fois. On va boucler, pour la deuxième fois, un tour du monde en multicoque sans s’arrêter. Déjà, en monocoque, il n’y en a pas beaucoup qui arrivent à finir sans s’arrêter ! Physiquement, j’ai aussi l’impression de ne pas avoir subi la machine. J’ai eu le sentiment de rester maître du bateau malgré une météo à chaque fois un peu plus difficile que prévu et qui ne permettait pas de garder une gestion personnelle optimale de l’effort comme du sommeil. Je suis aussi fier de l’organisation et de la qualité du travail avec mes routeurs. Le geste est beau, la trace est belle. Le faire n’est pas l’unique moteur mais le faire proprement est important même si la récompense ultime n’est pas là. »

© Sea & Co


Il a malheureusement souffert de systèmes météo souvent défavorables, comme actuellement avec un anticyclone des Açores très actif : « Cela ralentit comme prévu, je vais avoir encore une journée délicate pour traverser cette dorsale avec des vents turbulents. Le vent vient d’ailleurs de basculer de 90 degrés. Difficile de prévoir, alors je gagne vers le Nord pour avancer et je ressens déjà la houle résiduelle des dépressions qui passent au-dessus et que l’on va chercher. »

Thomas Coville grapille malgré une étrave endommagée

Thomas Coville poursuit sa route au large des côtes sud américaines, cette remontée de l’Atlantique Sud a assez mal commencé pour  le skipper suite à une collision avec un globicéphale.

La crash box d’étrave du flotteur tribord a été endommagée dans cette collision comme l’explique Thomas Coville :

« Il y a quelques heures, j’ai senti un choc avec le bateau, un choc léger, je me suis retourné et j’ai vu un banc de globicéphales qui chassait au-dessus de l’eau. Ce sont des mammifères marins typiques de la région et donc, en percutant l’un d’entre eux, j’ai perdu un morceau de l’étrave du flotteur tribord.

J’ai du mal à vous cacher mon émotion ou mon amertume, je n’arrive pas à trouver les mots. C’est finalement l’avarie la plus injuste qui puisse arriver dans ce genre de programme. C’est quelque chose que l’on ne peut pas dominer et, pour autant, la seconde étrave du flotteur a l’air de tenir. Cela permet de garder intégrité du flotteur qui ne peut pas prendre l’eau. On avait déjà eu un problème similaire et on s’était arrêté en Afrique du Sud.


On avait un bateau en pleine possession de ses moyens, et moi, malgré la fatigue latente, j’avais la pêche, la niaque, cette nuit j’ai donné tout ce que j’avais comme toutes les autres d’ailleurs. Voilà comme des projets aussi éprouvants ne tiennent à rien, c’est un sentiment d’injustice énorme. »

Les précisions de Thierry Briend, directeur technique du team Sodebo et routeur :

« Si Thomas perd la crash box avant en mousse, il se retrouvera alors à naviguer en toute sécurité sur un second « faux nez » en carbone dont la forme « perce vague » est aussi respectée. Pour l’heure, il n’y a aucun risque que l’eau entre dans le flotteur.
L’avant de la crash box est en place mais, avec la vitesse, la mousse va partir progressivement. Dans ce cas, soit la crash box part en entier, alors Thomas naviguera avec la deuxième fausse étrave, soit elle reste et il faudra faire avec. « 

Après discussion entre l’équipe technique, le skipper, et le co-architecte Benoit Cabaret (le trimaran étant un plan Irens/Cabaret, il s’avère que cette avarie ne présente pas de danger pour l’intégrité du bateau, Thomas Coville a donc décidé de poursuivre son tour du monde, malgré un handicap en performances estimé entre 10 et 15%.

Ceci ne l’empêche pas de continuer à rattraper son retard sur le temps de référence de Francis Joyon, Sodeb’O ne concède aujourd’hui que 244 milles sur le temps d’Idec, le skipper a gagné 400 milles depuis son passage du Horn, ce qui lui laisse de fortes chances de refaire totalement son déficit avant Ouessant :

« Virtuellement, on peut encore battre le record. J’ai perdu ma dame et j’ai encore un fou qui est capable de faire échec et mat. »

Thomas Coville passe le Horn avec 680 milles de retard

Thomas Coville est passé ce mardi 8 mars à 12h24 heure française à environ 200 mètres du Cap Horn, en même temps que Neutrogena, 60′ IMOCA engagé sur la Barcelona World Race.

Le trinitain aura mis 38 jours, 16 minutes et 32 secondes de mer et  parcouru19 186 milles parcourus à la moyenne de 21,03 nœuds pour franchir le Cap Horn, le retard sur le temps de référence  était de 680 milles soit 2 jours et 11 heures.

Depuis la Tasmanie, Thomas Coville aura mis 10 jours, 16 heures et 49 minutes pour rallier le Horn, soit 2 heures et 23 minutes de plus qu’Idec, l’objectif de moins de 1000 milles de retard est donc atteint pour le skipper, qui devra néanmoins cravacher sur la remontée de l’Atlantique pour rejoindre Brest avant le 28 mars à 1h.

Thomas Coville gagne 150 milles

Thomas Coville a plongé au sud pour éviter des vents violents, sa route au sud de celle de Francis Joyon lui a permis de regagner plus de 150 milles sur le temps de référence.

Sodeb’O a retrouvé des allures portantes, malgré tout, le skipper a du effectuer de nombreuses manoeuvres pour maintenir au mieux le trimaran sur sa route malgré une mer croisée, qui plus est Thomas Coville doit redoubler de vigilance puisqu’il navigue dans une zone où ont été signalés des growlers, comme l’explique le routeur Christian Dumard :  « Tom navigue entre deux zones. Il passe dans le Sud d’un iceberg de 5 kilomètres qui s’est fragmenté et dont les fragments ont dérivé vers l’Est et au Nord de deux icebergs détectés à 415 milles dans le Sud-Est du bateau. »

Sodeb’O passe Bonne Espérance

Thomas Coville navigue dans les 40 ème depuis trois jours, le skipper de Sodeb’O maintient un retard au alentours de 1100 milles depuis son contournement de l’anticyclone de Saint Hélène.

Les conditions ont radicalement changées depuis l’entrée dans le grand sud, comme l’explique le skipper : « Ce n’est que le début. J’entre dans le vif du sujet. Le temps est désormais grisâtre, il pleut et il commence à faire froid. J’ai d’ailleurs vu mon premier albatros. »
« Jusqu’à 25 nœuds de vitesse, tu gères bien. Tu es dans le bon « range », dans la bonne cadence. Au delà, quand il y a 45 nœuds de vent, c’est épuisant pour le bateau comme pour l’homme. Quand ça cogne, on se demande ce qui va lâcher. C’est stressant d’avoir toujours ça en tête. Tu n’es jamais totalement serein. »


Des conditions éprouvantes pour Thomas Coville mais également pour le bateau, notamment lorsque le skipper doit laisser son trimaran sous pilote pour s’offrir un peu de repos : « Cette nuit, je me suis couché épuisé et je me suis offert plusieurs tronçons de sommeil. C’est un exercice difficile de s’endormir. Tu vas te coucher. Tu te mets dans ta bannette avec un sac de couchage humide sur toi. Tu sens alors le bateau qui va tout seul, tu écoutes la chaîne des efforts, des petites pièces qui travaillent. Le bateau avance tout seul à 30/32 nœuds parfois. Bob, le pilote, travaille et plutôt bien d’ailleurs. Ce n’est pas facile pour lui. Il assure. Hier dans la journée, j’avais pas mal barré pour le soulager dans la mer difficile et croisée et remettre le bateau sur la bonne trajectoire quand on se faisait blackbouler par les vagues et qu’il faisait des embardées.[…] Les manœuvres se sont bien passées. Il ne faut pas oublier que c’est toujours un risque de manœuvrer quand on navigue sur des bateaux de cette taille en solitaire dans de forts vents portants. En allant larguer une pièce au bout d’un flotteur, je me suis fait repousser par deux fois violemment par les vagues, jusqu’en butée de mon harnais. »

Le retard sur le temps de référence devrait rester stable jusqu’au Cap Leeuwin, puisque Francis Joyon et Idec avaient pu naviguer assez sud et à une cadence soutenue, qui plus est le skipper préfère calmer le jeu, après une nouvelle figure de style : «  A côté, le planté du départ est une plaisanterie, j’ai eu le bon réflexe de larguer l’écoute et non pas de m’en servir pour me retenir. Quand tu entres dans la vague, c’est comme dans un rêve ! »

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Le bateau semble plus sensible aux départs au surf plus ou moins contrôlés avec l’ajout des foils :  « Les surfs pendant lesquels le foil génère tellement de flux que le safran sous le vent se retrouve dans la mousse et alors je ne contrôle plus. Je pars dans des surfs que je n’ai jamais connus. »

Thomas Coville préfère donc jouer la sécurité en privilégiant une route assez nord alors que les routeurs du team Sodeb’O souhaitaient faire plonger le couple skipper/bateau au sud : « Si la dépression tropicale qui vient de Madagascar et qui fout le b… sur la route descend rapidement, je ne peux plus m’échapper. Il y a des situations au-delà desquelles un gros bateau impose ses limites en solo. On a décidé d’aller chercher la dorsale anticyclonique avec le risque de se faire manger par elle. Elle devrait donner des conditions moins fortes et qu’on maîtrise. »

La longitude du Cap de Bonne Espérance a été doublée cet après midi avec un retard d’un peu moins de 48 heures.

Contournement d’anticyclone pour Thomas Coville et Sodeb’O

Comme prévu, Thomas Coville a entamé le contournement de l’anticyclone de Saint Hélène qui barre la route (directe) du Cap de Bonne Espérance au trimaran Sodeb’O, ce qui explique le retard pris sur le temps de référence de Francis Joyon, et qui s’élève ce soir à 505 milles.

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Le skipper garde un cap plein sud, en jonglant avec des grains épars encore très actifs, l’objectif de Thomas et de son routeur, Thierry Douillard, est d’accrocher une dépression en formation afin de gagner le grand sud : « Le vent va mollir légèrement, mais Thomas qui a déjà bien débridé ses voiles, pourra dérouler le gennaker. L’objectif est de se positionner dans l’Est de la dépression sortant du Brésil entre le 9 et 10 février. Nous savons qu’elle va générer du vent mais les fichiers météo ne sont pas clairs sur sa circulation. »

Cependant, pour ne pas rater cette dépression, le skipper va devoir se glisser entre une dorsale anticyclonique et le front de celle-ci pour accompagner ensuite son mouvement. Comme pour tous les systèmes de transition, les prévisions ne correspondent pas toujours à la réalité sur l’eau, et Thomas devra s’adapter à la réalité du terrain et tirer au mieux son épingle du jeu au milieu de ces systèmes météo instables.

Tour de Saint Hélène pour Sodeb’O

Thomas Coville, en mer depuis 8 jours, va être contraint de contourner l’anticyclone de Saint Hélène , très actif sur l’Atlantique Sud, ce qui rallongera la route du trimaran Sodeb’O.

Le skipper  a passé l’Equateur hier en 7 jours, 2 heures, 27 minutes et 32 secondes de mer, soit une moyenne de 20,7 noeuds depuis le départ de son tour du monde en solitaire, une vitesse satisfaisante mais ne permettant pas d’égaler le temps de Francis Joyon sur Idec puisque Sodeb’O avait 9 heures et 27 minutes de retard sur Idec au passage de la latitude 0.

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Thomas Coville est revenu sur sa première semaine en mer lors de la vacation d’hier, en ayant bien sûr une pensée pour l’équipage de Banque Populaire 5, contraint à l’abandon :

A l’équateur en 7 jours : « Nous venons de couper l’équateur et cela a été une semaine très riche. J’ai du mal à croire que ce ne soit qu’une semaine d’ailleurs. Quand tu utilises 24 heures dans une journée, cela multiplie forcément ce que tu peux en faire. Ce qui m’a marqué, c’est une jolie trajectoire avec des transitions bien vues et bien négociées, une mer formée et difficile à gérer entre les Canaries et le Cap Vert, puis un tronçon agréable et rapide jusqu’au 5e degrés Nord. Par contre, depuis 48 heures, c’est un peu l’enfer. On est coincé dans une zone de calme autour du Pot au Noir. C’est assez décevant d’avoir beaucoup œuvré pour que cela soit anéanti en deux jours, cela fait partie du jeu mais ce n’est jamais facile à vivre. C’est dommage de ne pas avoir un chiffre qui reflète mieux le travail fait jusqu’ici. J’ai pris un super pied à aller vite. Sodebo est un bateau sain et très tolérant. Nous avons un très beau bateau pour battre le record, encore faut-il passer entre les mailles du filet que représente de la météo. »

La traversée éprouvante du Pot au Noir : « Ce sont des endroits qui font péter les plombs. Heureusement que j’aime manœuvrer ! Hier, j’ai pris et largué quatre fois un ris, j’ai déroulé et roulé autant de fois le gennaker, idem en changements de voile d’avant. Et puis, il faut le faire dans la minute parce que t’as un nuage ou une risée. J’ai aussi cassé trois lattes et à l’échelle d’un bateau comme Sodebo, cela demande énormément d’énergie pour les remplacer tout seul. Si dans le Sud, on est mieux sur un gros bateau, là j’ai eu un moment de doute. Globalement, j’ai bien géré physiquement, je ne suis pas aussi éprouvé qu’au même endroit il y a deux ans. J’ai aussi bien mangé. Nous avons bien travaillé là-dessus et comme c’est bon, tu ne rechignes pas à te préparer quelque chose. »

La suite du parcours : « Le prochain rendez-vous météorologique, c’est Sainte-Hélène qui fait du mal aux marins ces derniers temps entre les concurrents de la Barcelona World Race (tour du monde en monocoque et en double) puis l’équipage de Banque Populaire qui est descendu le long des côtes brésiliennes pour passer sous l’anticyclone. Francis avait fait un très bon parcours et c’est un moment que je redoute forcément mais, pour l’heure, j’ai arrêté de me projeter. Depuis deux jours, je vis dans l’instant au milieu des grains dans cette atmosphère humide, nuageuse et très grise où tu es impuissant face à la beauté des éléments et au désert qui t’entoure. Il y a des énormes nuages dans lesquels tu entres comme dans un tunnel. « 

L’abandon de Banque Populaire V : « Je suis très déçu pour l’équipage de Pascal Bidégorry. Percuter quelques chose à 37 nœuds, ça doit être monstrueux, moi, j’ai eu une collision à 28 nœuds avec un groler (morceau de glace) à bord de Sodebo lors de ma première tentative (2007/2008) et j’avais trouvé cela déjà très violent mais alors à 10 noeuds de plus, c’est un choc digne d’un accident de voiture. C’est un merveilleux projet et, quoi qu’il arrive, il y aura un avant et un après Banque Populaire en terme de performance autour de la planète. Ils y retourneront et ce bateau a un tel potentiel qu’il marquera forcément l’histoire. J’ai déjà été très impressionné de leur vitesse moyenne avec peu de vent et par la vélocité du bateau en général. Pascal avait fait en plus un super équipage. Comme quoi, un tour du monde ce n’est pas anodin. Tu n’es jamais sûr de pourvoir le terminer, tu fais un pari. Je ne suis même pas sûr qu’un bateau ait réussi à battre le Trophée Jules Verne dès sa première tentative. »

Lattes cassées sur Sodeb’O

Le skipper de Sodebo a vécu une nuit difficile dans le Pot au Noir avec le  bris de trois lattes de grand voile lors d’une manœuvre dans un grain. Il n’a pas fermé l’œil de la nuit et a réussi à remplacer ces lattes vers 5 heures ce vendredi matin, comme l’explique  Thierry Briend, « boat captain » du trimaran et routeur de Sodebo : « Dans un empannage, les trois premières lattes situées dans le haut de la grand voile se sont brisées, la plus courte mesurant 4 mètres et la plus longue environ 5,50 mètres. A bord, nous avons un jeu de lattes de rechange complet, c’est à dire 7 pièces, plus une autre « petite » supplémentaire, correspondant à celle du haut de la voile qui est la plus exposée. Thomas a donc affalé complètement la « GV ». Il est monté en bout de bôme pour ouvrir les goussets (là où entrent les lattes) et défaire les lashings (accroches textiles) qui tiennent les lattes. Comme elles sont cassées, il faut ensuite aller chercher l’autre morceau qui est accessible pas loin du guindant de la voile (prêt du mât). C’est ensuite par ce côté là que l’on remet les nouvelles lattes. Il faut ensuite remonter en bout de bôme pour tout accrocher et fermer. Bref, Thomas a commencé vers 22 heures hier soir, lorsque la première latte a cassé, et a terminé à 5 heures ce matin. »

©Sea&Co

Outre la perte de temps due au changement des lattes, Thomas Coville a connu un passage de Pot au Noir difficile avec des vents evanescents expliquant le retard de 40 milles ce jour alors qu’il comptait 120 milles d’avance hier.

Le skipper a retouché du vent depuis le milieu de matinée et a pu empanner pour amorcer un bord rapprochant au Sud. Avec ce vent de 8 à 10 nœuds, Sodebo maintient une vitesse de 11 nœuds moyens sur les six dernières heures, ce qui est plutôt encourageant.