Route du Rhum, Banque Populaire IX chavire suite à la casse d’un flotteur

La situation météo s’est un peu plus dégradee pour la majorité de la flotte de la Route du Rhum. Seuls  François Gabart et  Francis Joyon qui caracolent en tête ont pu échapper au plus gros du mauvais temps. Les deux marins suivent des routes identiques, cherchant  à se placer au mieux pour viser le trou de souris qui les mènera vers les alizés.
Armel Le Cléach, qui était positionné plus au nord-ouest avait subi le renforcement du vent de sud-ouest et de la mer la nuit dernière.

© Yvan ZEDDA

La mauvaise nouvelle vest tombé vers 14h, Banque Populaire IX, qui était non localisé sur deux classements successifs avait chaviré vers midi. Armel le Cléac’h est sain et sauf et en sécurité à l’intérieur du trimaran.
Il semblerait que le flotteur bâbord du bateau se soit rompu, ce qui a entrainé le chavirage de celui-ci. Armel le Cléac’h est à 340 milles dans le nord-est des Açores, dans 30-35 noeuds de vent et 5m de houle. Il devait être survolé par un avion de la marine et être récupéré par un autre bateau. La récupération du skipper étant coordonnée l-par le CROSS Gris Nez.

Romain Pillard sur Remade Use It Again est quant à lui toujours dans le Golfe de Gascogne.
Sébastien Josse et le Gitana Team ont officialisé l’abandon du Maxi Edmond de Rothschild.
La situation est moins claire du côté de Sodeb’O, un premier communiqué faisait état de l’abandon de Thomas Coville, avant un démenti. Ce revirement pourrait-être lié au chavirage de Banque Populaire avec une possible place sur le podium en fonction de la faisabilité et du délai de réparation de Sodebo Ultim’.

En Multi50′, le görs de la flotte est amené à subir le gros remps, le peloton composé de Thierry Bouchard, Gilles Laminé, Thibaut Vauchel Camus et Erwan Le Roux doivent faire face à de grosses conditions de mer (40 noeuds de vent et 5m de creux). Les deux leaders, Lalou Roucayrol et Armel Tripon ont choisi deux stratégies différentes.
Lalou Roucayrol (Arkema), sur les conseils de sa cellule météo a fait le choix de faire un stop à Porto pour s’abriter du plus gros de la dépression. Le skipper espère reprendre la mer demain matin. Armel Tripon a lui choisi de continuer sa route au large du Portugal.

© Alexis COURCOUX

Lalou Roucayrol (Arkema):
« Je suis en train de tourner dans le port, j’attends mon équipe qui arrive pour amarrer le bateau. La marina n’est pas super facile à Porto… Je travaille avec Eric Mas depuis 1999 et il n’a jamais hésité à m’envoyer au charbon. Là, il n’a pas voulu qu’on y aille. Donc je l’écoute, il doit avoir ses raisons. Depuis le départ, on a entre 30 et 35 nœuds et surtout la mer est défoncée. Hier, je parlais de 4 mètres de creux, mais au Finisterre, c’était plutôt entre 5 et 8 mètres. Ce qui est râlant c’est que j’avais fait un bon trou, Armel (Tripon) était dans le rétro, mais rien n’est terminé. On pense repartir dès demain matin dès que le gros du front est passé. Je vais me reposer et je serai à l’attaque pour repartir à bloc. Ce que je vais faire d’ici là ? Dor-mir ! Le rythme était dur depuis Saint-Malo et il faut rester d’attaque. On va faire un gros point météo avec Karine et Eric et on aura les idées plus claires sur la suite »

Armel Tripon (Reauté Chocolat) :
« Je n’ai jamais eu plus de 33 nœuds de vent, là j’ai 25 à 28 nœuds et une mer pas trop formée, correcte, qui me permet d’aller encore vite. J’ai allumé pour revenir sur Lalou(Roucayrol) mais surtout pour gagner le plus de terrain possible vers le sud. Je vise un waypoint vers 40° (un peu au nord de Lisbonne) où je vais faire un virement de bord pour partir dans l’Ouest et aller affronter le front.  Cela ne veut pas dire que ce sera facile. Rien n’est fait ! Mais si tout se déroule comme on l’imagine, moi je n’aurai cet après-midi que 35 à 40 nœuds de vent et 3 à 4 mètres de creux au moment de traverser le front. Ce qui reste encore maniable, alors que ce sera bien plus fort et bien plus violent pour ceux qui sont restés dans le nord où, encore une fois, moi je ne voulais pas aller. Voilà pourquoi je dis que je suis très heureux d’être ici, en forme, avec un bateau à 100% qui n’a subi aucune avarie. La journée va être dure, bien sûr, mais elle le sera bien moins que pour mes collègues du nord. Et si tout va bien, je peux espérer être passé derrière le front dès ce soir. »

Route du Rhum, casses pour le Maxi Edmond de Rothschild et Sodebo Ultim

Les marins engagés sur cette Route du Rhum destination Guadeloupe ont offert un superbe départ hier au large de Saint Malo.
Les conditions étaient parfaites pour les multis qui ont très vite atteint le Cap Fréhel avant de s’envoler vers la Pointe Bretonne.

En Ultim, Armel Le Cléac’h annonçait un pit stop dans la soirée, le skipper de Banque Populaire IX faisait un arrêt express à Roscoff (35 minutes seulement ) pour changer une pièce qui empêchait la production électrique du bord, comme l’expliquait le directeur du team.

© Yvan ZEDDA

Ronan Lucas : « On s’est aperçu qu’on n’arrivait plus à recharger nos batteries très rapidement après le début de la course, c’était vraiment problématique. C’est une toute petite pièce qui a cassé sur la génératrice qui fabrique l’énergie, ça nous a vraiment mis dans l’embarras et nous avons décidé de nous arrêter très rapidement. Roscoff était le bon choix, Armel connaissait bien le coin et on a fait une escale de moins d’une heure, la pièce a été changée. C’est toujours dommageable, parce qu’on perd le contact avec nos petits camarades, mais une transatlantique, c’est long, il va se passer plein de choses, on commence par notre lot de galères, on espère que ça va s’arrêter pour le reste de la course ».

Sébastien Josse et François Gabart prenaient donc les commandes suite à cet arrêt. Edmond de Rothschild pointait en tête au petit matin, après s’être extirpé de la molle avant Macif. Mais vers 5h30, le skipper du Gitana Team contactait son équipe pour leur faire part d’une grosse avarie.
En effet, une dizaine de mètres de l’étrave du flotteur au vent s’étaient arrachées. Aucun choc ne semble responsable de la casse, le bateau naviguait dans 30 noeuds de vent et 4 à 5m de houle, le skipper et son bateau font route vers la Corogne où ils devraient arriver ce soir.

Cyril Dardashti, Directeur du Gitana Team : « Concrètement, j’ai reçu coup de fil a 5h38 du bord, Sébastien me disant qu’il avait eu un grand coup d’arrêt et que son flotteur au vent (tribord) qui s’était endommagé. Il a perdu en gros 10 mètres d’étrave. Il a pris toutes les dispositions pour ralentir le bateau, réduit la toile au deuxième ris pour faire en sorte qu’il puisse rejoindre La Corogne en toute sécurité car il y a encore beaucoup de mer, entre 4 et 5 mètres, et 30 nœuds de vent. Il faut donc être relativement prudent – et c’est ce qu’il fait pour pouvoir rejoindre l’Espagne au mieux – le but étant d’éviter la dépression qui va se muscler mardi matin.

 » Honnêtement je ne pense pas qu’il y ait eu de choc avec un objet flottant. C’est le flotteur au vent qui est parti. Pour l’instant, on n’a pas d’explication. Sébastien était parti plutôt prudemment. Ce sont des bateaux qui vont vite, les vitesses sont toujours impressionnantes, mais le rythme de course était maîtrisé. Il n’y avait pas de souci technique à bord, Sébastien venait de faire une sieste… Il n’y a pas eu de choc.

Aujourd’hui, il est en sécurité dans le bateau. Il n’y a pas de danger immédiat même si la mer est forte. Il a réduit la voilure, il fait route à sept nœuds de vitesse vers La Corogne : il devrait y être ce lundi soir. Une équipe est déjà partie pour le récupérer et sécuriser le bateau. Nous ferons un point ce soir à La Corogne. Mais on peut imaginer déception de Sébastien et de toute  l’équipe. « 

Thomas Coville était le second à subir une avarie dans la matinée,  le carénage du bras avant bâbord du bateau s’est cassé, contraignant également le skipper à se dérouter vers la Corogne.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

Il ne reste donc plus que quatre ultimes en course. Après une petite inquiétude concernant la route de Romain Pilliard sur Remade Use it Again ce matin qui pouvait faire craindre une avarie, il ne s’agissait en fait que d’un changement de voile, pour lequel le skipper a préféré jouer la sécurité.
François Gabart sur Macif pointe en tête avec une vingtaine de milles d’avance sur Francis Joyon, qui tient le rythme de son adversaire dans ces conditions musclées. Armel le Cléac’h a refait une bonne partie de son retard mais s’est décalé dans l’ouest de ses adversaires.

En Multi50′, Erwan Le Roux et le trimaran Multi50 FenêtréA-Mix Buffet ont également dû faire une escale à Roscoff pour assurer une réparation suite à un problème de safran de coque centrale ayant entrainé un début de voie d’eau. Le skipper a repris la course après 4h d’arrêt (durée minimale de l’escale en Multi50′).


© Alexis COURCOUX

Armel Tripon ( Réauté Chocolat ) avait réussi une superbe entame de course  mais Lalou Roucayrol (Arkema) a réussi à s’échapper de la molle plus vite que son adversaire et file désormais en tête avec 45 milles d’avance sur Reauté Chocolat. Gilles Lamiré, Thierry Bouchard et Thibaut Vauchel Camus sont quant à eux groupés et se tiennent en une dizaine de milles. A noter le retour tonitruant d’Erwan Le Roux qui devrait recoller au peloton.

Lalou Roucayrol, Arkema :
« C’est humide, c’est la douche. Je suis à la barre. Il y a beaucoup d’air et là je vais être obligé de réduire encore, je suis sous 2 ris  et foc ORC, ballasté. Je vais prendre un 3e ris car je n’arrive pas à tenir le cap : il y a vachement de mer et nos bateaux sont un peu handicapés dans ces conditions. On était un peu mieux placé qu’Armel (Tripon) cette nuit mais c’est très aléatoire dans ces conditions, très venté, avec des gros grains donc il faut être au bon endroit par rapport aux grains, mais il n’y a pas vraiment de gloire à tirer. J’ai entre 25 et 30 nœuds, la mer est bien défoncée, il y a bien quatre mètres de vagues, de travers, pas encore dans le sens du vent. Ça déferle un peu sur les crêtes donc la mer c’est assez merdique en fait… »

Thibault Vauchel Camus, Solidaires en Peloton – Arsep :
« Après Ouessant, ça allait vite, mais dans la nuit noire, on ne voyait pas du tout où on allait, ce n’était pas très confortable. Pour l’instant on est encore cul à cul avec Armel (Tripon) et on essaye de s’extirper de l’autre côté de la dépression. Là, il y a de la mer mais pas de vent, les voiles claquent, ce n’est pas super agréable. Et depuis cette nuit, moi j’ai des petits soucis, un mal de mer qui m’a pourri la nuit. Dès que j’étais à l’ordinateur, j’avais le ventre qui gargouillait, une fois dehors ça a été mieux. Il faut manger et se réhydrater. Je pense que la porte de sortie pour retrouver du vent n’est plus très loin. On voit que Lalou est à fond. Il faut espérer qu’il ne va pas partir très loin, très vite, tout seul ».

Route du Rhum, le début de course s’annonce musclé

Le départ de la Route du Rhum sera donné demain à 14h02,  les conditions météo pour le départ  sont très favorables à une sortie de Manche très rapide pour les deux classes de grands multis (Multi50 et Ultimes). Les skippers évolueront  au reaching  et devraient « démancher » sur un seul bord.
Les choses se corseront ensuite avec une petite dépression à contourner au large de la Bretagne et dont la position est encore susceptible d’évoluer. Les trimarans devraient essayer de s’échapper au plus vite vers le Sud-Ouest afin d’éviter le plus gros d’une très dépression qui arrivera sur le plan dans la nuit de lundi à mardi. Celle-ci va détériorer les conditions de mer.  Les rafales pourront dépasser les 45 nœuds et les creux culminer à plus de six mètres. À l’arrière, la traîne sera très active.

© Easy Ride / BPCE

Les conditions s’annoncent donc idylliques pour les trois ultimes avec plans porteurs : Banque Populaire IX d’Armel le Cléac’h, Macif de François Gabart et Edmond de Rothschild mené par Sébastien Josse. Ils pourraient ensuite être plus à la peine dans la mer formée, les creux de 5 à 6m, les ramèneront à des trimarans archimédiens, Francis Joyon sur Idec Sport et Thomas Coville sur Sodebo Ultim devraient profiter de la connaissance de leurs bateaux respectifs et de leur fiabilité dans ces conditions musclées. Romain Pilliard, sur Remade-Use It AgainRomain Pilliard, sur Remade-Use It Again (ex Castorama) devrait quant à lui jouer la sécurité, l’essentiel pour le marin étant de rallier l’arrivée.

En Multi50, six marins s’affronteront également, Thibaut Vauchel-Camus part sur le dernier né de la flotte,  un plan VPLP, Solidaires en Peloton ARSEP, mais il aura fort à faire face à Lalou Roucayrol, sur Arkema, Erwan Le Roux sur FenétréA-Mix Buffet et également Armel Tripon sur Reauté Chocolat. Thierry Bouchard sur un plan VPLP également très abouti fait figure d’outsider, tout comme Gilles Lamiré sur son trimaran La FrenchTech Rennes Saint Malo. Le malouin étant le seul à ne pas disposer de foils.

Photo Jean-Marie Liot / ALeA / TJV17

Le départ sera diffusé en direct sur les chaines d’info en continu, ainsi que sur la chaine L’Equipe, France 3 assurera un long direct.
Pour les chanceux qui pourront être sur place, la pointe du Grouin et le Cap Fréhel restent les sites à privilégier.

 

La réaction de Thomas Coville après son record de l’Atlantique Nord

Retour sur les premiers mots de Thomas Coville à son arrivée à la Trinité sur Mer, à l’issue de son record en solitaire sur l’Atlantique Nord ; bouclé en 4 jours 11 heures 10 minutes 23 secondes.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

« Ce record a une saveur particulière, il est très important dans mon histoire personnelle.
Parce j’ai commencé ici même, à La Trinité, comme préparateur dans l’équipe de Laurent Bourgnon, lorsqu’il comptait justement s’attaquer au record de l’Atlantique. Et pour moi, de penser que lorsque Laurent s’y est attaqué, il a réussi l’exploit incroyable de l’améliorer largement, et moi aujourd’hui, je mets 4 jours et 11 heures, c’est incroyable… Je suis très ému d’avoir réussi à passer cette barre, avec ce record-là, qui a été le premier que j’ai tenté, lorsque j’ai décidé de me lancer à la chasse aux meilleurs chronos océaniques. »

« J’étais à New York, cette ville complètement folle. Jean-Luc m’appelle, me parle d’une fenêtre qui s’ouvre, assez incertaine quand même. Mais c’est là que je sens un élan : parce que l’intuition est plus forte que les calculs et les raisonnements. Or je n’ai aucun doute, je me sens super fort dans ma tête. Bien sûr, en Atlantique Nord, rien ne se passe jamais comme prévu. Pourtant, on a battu ce record ! J’ai fait confiance à ma sensibilité et ça a payé. »

« Quand tu t’attaques au record autour du monde en solo, tu essayes d’en garder toujours sous la pédale, parce que tu ne sais jamais de quoi demain sera fait, parce que ça dure plus d’un mois et demi. Alors que dans un record de l’Atlantique, tu ne te préoccupes pas de demain, juste de l’instant présent : tu n’as pas d’autre solution que de tout donner d’emblée. C’est un effort, une tension que tu ne relâches jamais. J’ai dû dormir quatre ou cinq heures en tout. Je restais debout, au risque de littéralement tomber de fatigue, mais je préférais garder la main sur l’écoute et le chariot de grand-voile, pour régler et choquer en cas de besoin. J’étais à fond tout le temps. Je n’ai pris un ris qu’à deux reprises. J’ai empanné plusieurs fois pour monter au nord et échapper à l’anticyclone. La trajectoire m’imposait de descendre dans le vent tout en puissance, en restant très proche du vent arrière. Cela voulait dire à fond, avec toute la toile, soit plus de 700 m2 au dessus de ma tête, même par 35 nœuds de vent (force 8), tout en puissance. Je n’ai jamais fait ça. Sous l’Irlande, on était plus près du vent, du coup, ça allait très très vite, avec la coque centrale totalement hors de l’eau, à près de six mètres en l’air… »

Thomas Coville : record de l’Atlantique en moins de 4 jours et demi sur Sodebo Ultim

Quelques jours après Francis Joyon, qui avait amélioré son propre temps en mode convoyage rapide et pour sa première navigation en solitaire sur Idec Sport ;  c’est au tour de Thomas Coville de reprendre le record de l’Atlantique Nord.
Le skipper de Sodebo Ultim signe donc le nouveau temps de référence de la traversée de l’atlantique nord en solitaire après avoir franchi la ligne d’arrivée au Cap Lizard  aujourd’hui, à 19h 29min.
Thomas Coville n’aura mis que 4 jours 11 heures 10 minutes 23 secondes pour cette traversée express , il bat de 15 heures 45 min 47s le chrono réalisé par Francis Joyon le 13 juillet.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

Il aura parcouru 3039 milles nautiques (5628 km) à la vitesse moyenne de 28,35 noeuds (26,87 nœuds sur l’orthodromie).

Sodebo Ultim’ retrouvera son port d’attache demain, il se présentera à l’entrée du chenal de la Trinité sur Mer demain vers 16h00 pour une arrivée au ponton à 17h00.

Thomas Coville est désormais détenteur du record de l’Atlantique Nord  en solo et de celui du tour du monde en solitaire.

L’équipage d’IDEC SPORT décroche le Trophée Jules Verne en 40 jours 23 heures et 30 minutes

Le Maxi Trimaran IDEC SPORT a franchi la ligne d’arrivée du Trophée Jules Verne ce matin  à 8 heures et 49 minutes. Francis Joyon, Clément Surtel, Alex Pella, Bernard Stamm, Gwénolé Gahinet et Sébastien Audigane ont bouclé le tour du monde en 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes.

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

L’équipage décroche donc le Trophée Jules Verne, ils ont parcouru 26 412 milles sur le fond, à la moyenne de 26,85 noeuds.(22,84 noeuds sur l’orthodromie de 22461 milles). Ils améliorent le précédent record détenu par Loïck Peyron et l’équipage du maxi trimaran Banque Populaire V de 4 jours, 14 heures, 12 minutes et 23 secondes.
Ils ont également battu pas moins de 6 records ou temps intermédiaires, au cap Leeuwin, Tasmanie, Antiméridien, Horn, Equateur et Ouessant.

Photo Francois Van Malleghem / DPPI / IDEC Sport Celebration onboard

Photo Francois Van Malleghem / DPPI / IDEC Sport
Celebration onboard

L’équipage réuni par Francis Joyon n’avait pas le palmarès des derniers recordmans du Jules Verne, constitué le plus souvent de multiples tourdumondistes, les cinqs marins choisis par le skipper avaient des profils plus atypiques. Francis Joyon a choisi des compétences globales, tant à la barre, qu’aux réglages, mais aussi pour l’entretien et les les réparations courantes, cet aspect étant nécessaire avec un équipage aussi réduit. Le facteur humain était également primordial, l’entente cordiale entre les six hommes du bord étant parfaitement perceptibles lors des différentes vacations. Le « pari » de Francis Joyon s’est donc révélé le bon.
Il faut également associer à cette réussite Marcel Van Triest, le « statège » météo d’IDEC SPORT, le néerlandais occupant la fonction de routeur à terre a permis aux marins du bord de tracer une trajectoire au cordeau avec « seulement » 26412 milles parcours contre 29000 pour Banque Populaire V.
Les six marins auront également poussé le bateau au maximum de son potentiel pour accéder à ce résultat, et offrent un deuxième Jules Verne au trimaran (déjà détenteur du record de 2010 à 2012 sous les couleurs de Groupama).
Ils auront profiter d’excellentes conditions dans le grand sud avec plusieurs journées à près de 800 milles et une dépression qui les accompagnera de l’atlantique sud et tout au long de l’indien, le fait de ne pas avoir à contourner de zones d’icebergs trop étendues leur a également permis de couper au plus court dans le grand sud.

Francis Joyon : « À bord, je voulais qu’une mayonnaise prenne. C’est primordial qu’il y ait une vraie cohésion d’équipage et du bonheur à naviguer ensemble. J’ai reçu de très nombreuses propositions, alors qu’il y avait quand même peu de places à bord. J’ai privilégié le facteur humain. Bernard (Stamm), c’est un peu la famille pour moi et c’était aussi, avant l’arrivée de Sébastien, le local de l’étape puisqu’il est Brestois. Clément (Surtel), c’est l’homme incontournable, dans la mesure où il est l’un des trois membres de notre toute petite équipe technique, avec Corentin, mon fils et moi-même.  Sa présence, c’était la garantie d’avoir du savoir-faire technique embarqué. Avec Gwénolé (Gahinet), qui fait partie de l’équipe depuis l’année dernière, le courant est tout de suite très bien passé et cela nous permettait de rajeunir aussi la moyenne d’âge du bord ! Idem avec Alex (Pella) avec lequel j’ai tout de suite eu une belle accroche. La présence de Sébastien s’est plus improvisée pour venir remplacer Boris (Herrmann) qui s’est retrouvé mobilisé sur un projet IMOCA entre nos deux départs cette année. Sébastien connaît très bien les maxi-multicoques, c’était pour nous une valeur sûre.

Nous avons fonctionné avec une bonne cohésion à bord d’un bateau sans hiérarchie. Chacun était responsable de lui-même. Chacun a disputé ce Trophée Jules Verne pour lui-même et nous avons tous donné le meilleur de nous-mêmes.

Les 40 jours ne constituaient pas un objectif au départ, ce n’était pas imaginable. Battre le record d’une minute représentait déjà un exploit formidable. On passait un peu pour des rigolos et des hurluberlus de nous attaquer à ce challenge tellement difficile pour un si petit équipage à bord de ce bateau, face à la douzaine d’équipiers qui détenait jusque là le record à bord d’un bateau de 40 mètres.

Il nous a fallu presque deux tours et demi pour parvenir à battre le record. Et dans l’histoire du Trophée Jules Verne, on voit que pratiquement tous les bateaux ont dû s’essayer sur deux tentatives avant de l’emporter. Seul Bruno Peyron y est parvenu la première fois lors du tout premier Trophée Jules Verne, en 1993.

Sur notre deuxième tentative cette année, nous avons de nouveau rencontré un Pot au Noir très difficile. C’était moralement très dur. Mais Gwénolé, qui est un éternel optimiste, croyait que la situation météo ne pouvait que s’améliorer. Au cap Bonne Espérance, nous étions mieux placés que les prévisions et toutes les portes se sont ensuite ouvertes devant nous. On a su qu’on pouvait battre le record dès lors que nous pouvions maintenir les 35 nœuds de vitesse à laquelle se déplaçait le front à l’avant duquel nous nous étions positionnés pour traverser l’océan Indien et une partie du Pacifique. On savait que le record se jouait là. Notre motivation était très forte pour connaître plusieurs journées à près de 900 milles. Nous étions toujours à fond. Et si parfois, nous avons fait en sorte de ne pas dépasser les 40 nœuds, à l’avant du front, nous n’avions pas de limites.

Au-delà du côté sportif, sur un record autour du monde, on ne peut pas s’empêcher de regarder la planète en essayant de comprendre comment passer d’un système à l’autre.

Elle n’est pas si grande que ça et surtout, on se rend compte à quel point nous sommes liés à notre environnement. Cela nous encourage à ne pas nous comporter comme des consommateurs d’espaces naturels. »

Bernard Stamm : « Nous avons eu de la chance. Il faut de la réussite pour que météo se mette en place.  Mais cette chance a été provoquée par Francis et Marcel qui ont décidé de partir avec la fenêtre que nous avons prise. Ils ont choisi de faire confiance aux éléments dont on disposait au départ. On a réussi à se servir de cette chance et à profiter de l’enchaînement incroyable qui s’est mis en place.

À bord, les limitations de vitesse dépendaient de l’état de la mer et des conditions. On s’est plus lâchés dans l’Indien. J’ai vu un 48 nœuds et je crois que certains de mes camarades en ont connus aussi. Il n’y a jamais eu de compétition entre nous à la barre. On a toujours fait le maximum pour faire marcher le bateau dans l’objectif du record. Francis plaçait le curseur plus bas, ou plus haut d’ailleurs. Il était le chef d’orchestre. »

Sébastien Audigane : « Un peu avant le deuxième départ, j’ai reçu un appel de Francis pour me proposer d’embarquer à bord. Il a fallu que je me décide en 24 heures. C’était tentant, mais j’ai dû réfléchir très vite. Je me suis tout de suite senti très à l’aise avec cet équipage de marins, des gens qui veulent être en mer avant toute chose. »

Gwénolé Gahinet : « Je me suis lancé dans le projet l’année dernière lors de notre première tentative. C’était pour moi une découverte totale. Cette année, nous étions mieux rodés, mieux préparés. Et c’est pour moi un vrai plaisir d’avoir bien navigué et de faire cette belle trajectoire, notamment dans le Sud avec cette grande ligne droite en bâbord. C’était un vrai engagement physique. Cela reste une expérience exceptionnelle avec beaucoup d’échanges entre nous sur la manière de régler le bateau. »

Alex Pella : « Ce projet a été mené en laissant beaucoup de liberté à chacun de nous. On s’est tous beaucoup enrichis, nous avons beaucoup appris les uns des autres, avec beaucoup de respect entre nous. Nous avons pris beaucoup de positif. Ce Trophée Jules Verne, c’est une très grande satisfaction. Ce n’est pas tous les jours que l’ont fait un record autour du monde ! »

Clément Surtel : « Notre projet était porté par une approche très différente de ceux qui se sont lancés jusque là dans le Trophée Jules Verne. Il misait sur la légèreté plutôt que la puissance. Cela fonctionne, même si nous avons été moins performants dans les zones de petit temps où nous aurions bien voulu avoir un plus de hauteur dans le mât.  Les dernières évolutions nous montrent que les bateaux volants marchent très bien aussi. On verra ce que nous réserve l’avenir. Globalement, le Sud a été physiquement très intense. Mais c’est seulement dans les calmes qui ont suivi le passage du cap Horn que nous nous sommes rendus compte à quel point nous étions fatigués par cette navigation extrême. »

Marcel van Triest, routeur, 7è homme du bord : « Là, c’est fini. Depuis le milieu du Pacifique, je voyais déjà que le record était plus qu’envisageable. Mais depuis deux semaines, j’étais plus en mode « on peut tout perdre sur l’Atlantique ». Il restait tellement d’inconnues, et beaucoup d’angoisse. Plus qu’une explosion de joie, cette arrivée, c’est quelque part, pour moi, surtout un soulagement. »

Patrice Lafargue, PDG d’IDEC : « C’est une grosse émotion, je suis même un peu submergé, alors que je suis  pourtant habitué aux exploits de Francis qui a conquis tous les records à la voile. C’est une très grande fierté pour moi, comme pour mes salariés de l’avoir accompagné sur ce Trophée Jules Verne en équipage. Cette petite équipe est composée de vrais marins, ce sont tous des gens bien. Je félicité aussi Thomas Coville qui a battu le record que Francis détenait jusque là en solitaire. Il a fait quelque chose de très fort, un bel exploit. »

 

 

 

Trophée Jules Verne : l’arrivée victorieuse d’IDEC SPORT prévue demain matin

L’équipage d’IDEC SPORT est en passe de terminer son tour du monde et de remporter le Trophée Jules Verne. Francis Joyon, Clément Surtel, Bernard Stamm, Sébastien Audigane, Alex Pella et Gwénolé Gahinet sont attendus demain entre 6 et 7h au large d’Ouessant, ils devraient boucler ce tour du monde en moins de 41 jours avec plus de 4 jours d’avance sur le temps de Banque Populaire V dont l’équipage cédera le Trophée à celui d’IDEC SPORT.

IDEC SPORT se trouve actuellement au large du Cap Finisterre, l’équipage va naviguer dans le golfe de Gascogne pour éviter une mer trop forte plus au large.

Le trimaran et son équipage sont attendus à Brest à 10h, cette arrivée dans le port breton sera diffusée en live sur idecsport-sailing.com et sur facebook.

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

 

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT : « C’était assez agité dans du vent assez fort. Le bateau était pas mal secoué. Même si on allait un peu moins vite dans une mer plus formée de 3-4 mètres, cela nous a rappelé nos cavalcades dans l’océan Indien. Mais, on est très contents d’avoir réussi à rester à l’avant du front. On est hyper bouillants d’impatience à l’idée de cette approche. »

Clément Surtel. : « Ce Trophée Jules Verne, c’est une vraie ligne droite qu’on a pu tracer en gardant le même rythme que les fronts dans le Grand Sud, comme on est en train de le faire en Atlantique Nord. Selon les derniers routages, on devrait aussi battre le record intermédiaire entre l’équateur et Ouessant, ce sera un peu la cerise sur le gâteau. C’est une trajectoire exceptionnelle. Le jour s’est levé et on peut donc attaqué un peu plus fort. »