Trophée Jules Verne Jour 27 : le gentleman agreement, un choix de routeurs

La journée a été difficile pour les deux équipages engagés sur le Trophée Jules Verne avec le passage du centre dépressionnaire hier et d’une dorsale anticyclonique aujourdhui. Spindrift 2 et IDEC SPORT ont du multiplier les empannages et les virements dans les petits airs pour parer ces difficultés, ce qui devrait être fait dans les heures à venir.

Ensuite les équipages pourront faire route directe vers le Horn, les routeurs prévoyant toujours un passage dans des temps sensiblement identiques à celui du détenteur du record, Banque Populaire V.

Concernant le gentleman agreement pour éviter de plonger au sud, cette décision a été prise en concertation avec les deux routeurs, Jean Yves Bernot et Marcel Van Triest qui estimaient trop dangereux d’envoyer les deux trimarans dans les glaces pour un gain minime.

Dona Bertarelli, barreuse de Spindrift 2 et co-fondatrice de Spindrift racing :
« Toute la nuit, nous avons bataillé en enchaînant les virements de bords pour rester dans un léger flux très instable en direction, oscillant de l’Est au Sud, d’une force de 3 à 8 nœuds.
Pas de quoi être effrayé ! Mais pour Yann et Erwan, ainsi que Jean-Yves, notre routeur à terre, c’est une une vraie prise de tête.
Après avoir passé une ‘molle’ relativement facilement, nous voici en plein jeu de l’élastique avec une dorsale qui nous bloque la route pour attraper du vent stable et plus fort en direction du Cap Horn. C’est un continuel ‘va-et-vient’ qui met les nerfs à vifs de tout l’équipage – un coup on avance, un coup on est arrêté, un coup on vire de bord et ainsi de suite. « 

© Yann Riou/Spindrift racing

© Yann Riou/Spindrift racing

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
 » Nous avons gardé cap au sud dans de tout petits airs de secteur sud est, au près donc. Cette allure n’était pas un problème en soi car la mer est toujours très lisse. Mais nous avons connu des heures stressantes, car en configuration record, ces moments ont tendance à instiller le doute. Nous accélérons à présent, conformément à notre plan de bataille, et nous nous dirigeons vers une nouvelle zone de calmes à traverser ce soir, dernière épreuve avant de toucher le sud ouest qui nous emmènera jusqu’au Horn. « 

Marcel Van Triest, routeur à terre d’IDEC SPORT :
 » Les vents forts circulent très sud, et pour les atteindre, il nous aurait fallu plonger par 55 °Sud, au ras de la banquise. Hors de question. Il ne nous restait qu’un compromis, bancal comme tous les compromis, avec un contournement par le nord d’un premier obstacle matérialisé par un petit centre dépressionnaire. C’est ce que nous avons réalisé hier. Et nous allons aborder aujourd’hui le second obstacle sur notre route vers les grands flux du sud, constitué cette fois d’un anticyclone. IDEC SPORT va connaitre un second ralentissement, que nous espérons le plus court possible. Il y aura alors un virement à effectuer et ce sera le boulevard vers le Horn. IDEC SPORT retrouvera de hautes vitesses qui devraient lui permettre de parer le Horn dans le temps de Loïck Peyron en 2011. « 

Trophée Jules Verne Jour 25 : toujours en contact en bordure de dépression

Les deux trimarans ne se quittent plus, faute d’autre choix stratégique possible pour l’instant, ils naviguent toujours en bordure de la dépression qui s’essouffle petit à petit. Francis Joyon et ses hommes ont du effectuer quatre empannages aujourd’hui, contre deux pour l’équipage de Yann Guichard et Dona Bertarelli.
Les deux bateaux devraient de nouveau empanner dans la nuit, les vingt quatre prochaines heures s’annoncent difficiles dans des vents faibles et en partie au près. Un flux d’une vingtaine de noeuds est espéré vendredi.
Les routeurs des deux multicoques espèrent un temps de passage au Horn en environ trente jours, soit dans les temps du record.

CREDIT : IDEC SPORT

CREDIT : IDEC SPORT

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
 » Nous sommes en train de contourner par le Nord une dépression qui s’étale un peu, qui est un peu molle. On reste pour le moment dans le flux de vent d’Ouest-Nord-Ouest, mais on va tricoter bientôt : on va tirer plusieurs petits bords pour réussir à contourner cette dépression et guetter un moment où nous pourrons plonger pour rejoindre un système anticyclonique plus au Sud. Pour passer d’un système à l’autre, c’est là où ce sera un peu compliqué : du petit temps, peut-être même du près. Il nous faudra donc réussir à bien tricoter pour rejoindre cet anticyclone, mais par contre une fois que nous serons dans ses vents réguliers, on pourra plonger en diagonale vers le sud et vers le cap Horn. Le cœur de la difficulté est pour dans 24 à 30 heures, quand on plongera plein sud pour couper au plus court la zone de calmes qu’il y a entre dépression et anticyclone. « 

 

Trophée Jules Verne Jour 24 : au contact après 25000 milles

Spindrift 2 et IDEC SPORT naviguent toujours à vue  au nord d’un centre dépressionnaire qui devrait les accompagner jusqu’à demain ou au mieux jeudi, il faudra ensuite plonger au sud pour éviter l’anticyclone du Pacifique.
L’écart latéral entre les deux bateaux est resté très faible entre 0,5 et 5 milles, les vitesses de progression sont identiques. La situation devrait perdurer demain, les options pourraient ensuite diverger, lorsqu’il faudra aborder l’anticyclone.

CREDIT : IDEC SPORT

CREDIT : IDEC SPORT

 

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
 » Nous étions en début de nuit (ce matin heure française ndlr) à 0,5 milles de Spindrift 2. On ne s’attendait pas à régater d’aussi près après 24 jours de course. On est prêt moralement, on a même commandé une petite étude de glaces et quelques photos à CLS pour descendre très très sud. On est paré pour faire le plongeon dès qu’on aura réussi à franchir cette dépression dans le bon sens.

On va avoir malheureusement une transition très très difficile quand on voudra quitter cette dépression. Il faudra passer à travers une zone de calmes et on risque de souffrir. Si c’est du près, le bateau devrait pouvoir s’en sortir plutôt mieux qu’au portant. Au portant, avec très peu de vent, on a un petit peu eu du mal dans les transitions en atlantique. « 

© Yann Riou/Spindrift racing

© Yann Riou/Spindrift racing

Message du bord de Spindrift 2 :
Rencontre improbable en plein Pacifique Sud, hier soir, entre Spindrift 2 et Idec Sport. Les deux trimarans ne s’étaient pas croisés depuis leur base de la Trinité Sur Mer, et c’est, sans aucune espèce de concertation, qu’ils avaient quitté Brest et coupé la ligne de départ du Trophée Jules Verne à seulement deux heures d’intervalle (le 22 novembre dernier). 15 000 miles plus tard, on les retrouve, les voilà bord à bord au milieu de nulle part, dans leur quête de ce trophée. Le sentiment à bord de Spindrift 2 est partagé entre la surprise de se retrouver ici, et l’excitation de trouver un concurrent bien réel dans cette compétition où l’adversaire est normalement virtuel. Alors, c’est certain qu’il était plus confortable de voir Francis Joyon et son équipage à plus de 800 milles dans le sillage de Spindrift 2. Mais, en même temps, cette situation, inédite dans l’histoire du Trophée Jules Verne, apporte un intérêt supplémentaire au défi. Les équipiers de Spindrift 2 sont des compétiteurs, et cette sorte de course au sein du record n’est pas pour leur déplaire. Lorsque l’on interroge Yann Guichard sur la probabilité de continuer à naviguer au contact d’Idec Sport, celui-ci n’exclut rien. « Les bateaux sont proches en performance, et les options météorologiques possibles pour le Cap Horn ne sont pas nombreuses. Il n’est pas impossible que nos routes se croisent de nouveau dans les jours prochains. » 

Trophée Jules Verne Jour 23 : les deux trimarans à vue

Les équipages d’IDEC SPORT et de Spindrift 2 naviguent au sud de la Nouvelle Zélande, ils ont passé l’antiméridien en milieu de journée.
L’événement de la journée est sans doute la proximité des deux multicoques après la moitié de leur tour du monde, ce matin Francis Joyon et ses hommes ont perçu l’écho radar du trimaran de Yann Guichard et Dona Bertarelli. La rencontre a été immortalisée par Yann Riou le média man de Spindrift 2.

© Yann Riou/Spindrift racing

© Yann Riou/Spindrift racing

Les deux bateaux naviguent actuellement dans une dépression qui devrait s’épuiser dans les 48 heures, les routeurs, en relation avec les skippers cherchent la meilleure voie pour rejoindre le Cap Horn, deux options radicalement différentes se profilent. Le contournement d’un anticyclone par le nord, rallongeant la route, ou une route dans le grand sud, probablement au contact des glaces mais ayant l’avantage de raccourcir nettement la distance vers le Horn.

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :

« Nous avons connu une nuit assez difficile, avec un passage dans la mer « douloureux » pour le bateau. C’était brutal. Découvrir ainsi Spindrift 2 si proche, a été une belle satisfaction. Il arrivait tribord, et nous bâbord dans la brume. Les bateaux sont très différents. Parfois Spindrift va mieux que nous, et parfois c’est l’inverse. Idec Sport aime bien le vent fort, car il est léger, avec un centre de voilure plus bas, plus ramassé.
Il y a plusieurs routes possibles pour rejoindre le cap Horn : une route qui reste relativement orthodromique, qui va tout droit, en restant sur le nord de dépressions et après abordant un anticyclone et une autre route qui est beaucoup plus courte, qui pourrait être plus rapide, qui plonge très très sud dans les glaces. On est hésitant entre les deux routes qui sont possibles, pour le moment. Peut-être qu’un bateau pendra une route différente, ou que les deux bateaux prendront la même route. »

Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 :

« Nous sommes dans le Pacifique depuis deux jours et nous venons juste de passer l’antiméridien.
La situation météo est assez compliquée. D’habitude, ce sont des trains dépressionnaires qui balayent le Pacifique d’Ouest en Est et là, c’est plutôt des systèmes assez variés et peu ventés qui nous barrent la route.
Nous avons une option Sud qui se dessine ou une option Nord, il n’y a pas trop d’autres alternatives donc ce sont des choix assez radicaux et nous allons décider cela dans les prochaines heures.
Avec le choix de la route Sud, il y a le problème des glaces car il faut descendre très bas avec une eau qui sera autour de 0 degré pendant quatre à cinq jours. Nous traversons le plus grand des océans, sans personne autour de nous, donc si nous avons un problème par 60 degrés Sud, cela peut devenir assez compliqué. Si on y va, il faut bien être sûr qu’il n’y ait pas de danger de glace sur notre route.
Je ne sais pas si la présence proche de l’équipage d’Idec Sport (F.Joyon) change notre manière de naviguer mais obligatoirement, on s’observe un petit peu, on regarde ce qu’ils vont faire. La route Sud est celle qui parait la plus courte aujourd’hui sur les fichiers météo mais qui comporte pas mal de risques. Mais s’ils y vont, cela pourrait rentrer dans la balance si on est à 50-50 de choisir d’y aller ou pas mais, de ce que je vois sur la carte, ils ont plutôt l’intention de prendre la route Nord pour le moment. »

 

Trophée Jules Verne Jour 21

L’équipage d’IDEC SPORT poursuit sa formidable remontée avec 826 milles en 24h et le record de l’Indien entre le Cap des Aiguilles et le sud de la Tasmanie en 6 jours, 23 heures et 4 minutes. Les six hommes du bord améliorent le temps de référence jusqu’ici détenu par Banque Populaire V de 1 jour, 5 heures et 31 minutes.
Spindrift 2 a également battu le temps de son adversaire virtuel, et détenteur actuel du Trophée Jules Verne, sur ce tronçon mais ne l’aura conservé que deux heures jusqu’au passage d’IDEC.

IDEC SPORT est revenu à moins de 80 milles de Spindrift 2, les équipages vont maintenant s’atteler avec leurs routeurs respectifs à choisir la meilleure trajectoire dans le Pacifique, ce qui n’a rien d’évident comme l’expliquent les skippers.

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
 » On a fait notre meilleure journée . On est super content, super heureux de voir qu’on a bien progressé. Depuis 24 heures on a filé avec la bonne toile sur l’avant du front. C’était sympa. Un peu violent au début.
On savait que Loïck avait fait un très très bon temps à Bonne Espérance et un temps aussi très bon à Leeuwin, donc on n’imaginait pas être aussi bien placé à ce moment là. On est vraiment content de voir qu’on est dans le coup. C’est une vraie satisfaction de voir qu’on arrive à être dans le coup avec notre bateau.
Là on a un petit peu ralenti, depuis une heure, parce qu’on approche de la dorsale. On va glisser un petit peu à gauche de la dorsale et on reprendra de la vitesse au moins jusqu’après la Nouvelle Zélande. Il y aura peut-être quelques bords à tirer au portant.
Le Pacifique s’avère un peu plus compliqué parce qu’il y a une dépression au niveau du 50ème. L’idée la plus simple parait être de la contourner par le nord, seulement après on se retrouve au milieu du Pacifique et le raccord n’est pas vraiment visible pour redescendre après l’avoir contournée et rejoindre le flux d’ouest. Sinon il y a une autre route qui pourrait être le long de la banquise, par 60° de latitude sud. Ça on connait déjà… « 

© Yann Riou/Spindrift racing

© Yann Riou/Spindrift racing

Yann Guichard, skipper de Spindrift 2 :
« Un joli temps pour l’Indien et surtout un joli temps depuis le départ depuis Ouessant, puisqu’on est trois heures plus rapides que le record de Banque Populaire V. Donc c’est plutôt bien.
Ce record va être très éphémère car on vient de battre le temps détenu par Loïck Peyron et son équipage, mais juste derrière nous il y a IDEC qui va couper la même ligne que nous, deux ou trois heures plus tard. Mais il a coupé la ligne de départ de cet océan Indien, au sud du cap des Aiguilles, plus d’une journée après nous donc il va faire un meilleur temps que nous. On ne va garder ce record que pour deux ou trois heures.
La première raison c’est que depuis cinq jours on bute sur une dorsale, devant nous où il n’y a pas de vent, qui se déplace à 25 noeuds donc on ne peut pas aller plus vite que 25 noeuds. Si on les dépasse, il n’y a plus de vent et on ralentit. IDEC, c’est l’inverse, il est devant une dépression, donc derrière lui il y a du vent fort, devant lui il y a du vent aussi, donc plus il va vite, plus ça va vite ! Il a aussi fait une route plus Sud que nous, il a raccourci son parcours en se rapprochent du pôle Sud. Ces deux raisons font qu’il a fait un super temps sur l’océan Indien. Mais sur le temps de référence, depuis le départ, on est toujours en avance sur Loïck Peyron et son équipage et sur IDEC.
Nous n’aurions pas pu faire cette route Sud avec les conditions météos qu’on avait, on était en avant du front au début, il n’y avait aucune raison qu’on plonge au Sud. En plus, il y avait pas mal de glaces, la route qu’on a faite était en fonction des conditions qu’on avait, on n’aurait pas pu aller plus vite que ce qu’on a pu faire.
Il n’est pas encore très clair cet océan Pacifique car les conditions sont assez imprévisibles et pas vraiment calées. On ne sait pas encore si ce sera une route Nord, une route Sud ou une route intermédiaire. Ça va se décider dans les 24 ou 36 prochaines heures. Ça paraît compliqué, c’est là que Banque Populaire V a perdu beaucoup de temps, c’est là où on a une possibilité de gagner un ou deux jours sur le record. Il va falloir essayer d’aller vite sur ce Pacifique pour avoir de l’avance au passage du Cap Horn, qu’on devrait atteindre d’ici huit à dix jours maintenant. »

Trophée Jules Verne Jour 20 : le record de l’Indien pour IDEC SPORT

Francis Joyon et ses cinq hommes d’équipage sur IDEC SPORT ont effectué une superbe remontée, passant de 800 milles de retard au Kerguelen à moins de 100 depuis 24 heures, l’équipage s’empare d’ailleurs de l’intermédiaire entre le Cap des Aiguilles et le Cap Leeuwin, en 5 jours, 11 heures et 23 minutes.

CREDIT : IDEC SPORT

CREDIT : IDEC SPORT


Spindrift 2 navigue environ 200 milles devant IDEC SPORT par 51° sud, comme son adversaire, mais peine à progresser à plus de 30 noeuds puisque l’équipage de Yann Guichard et de Dona Bertarelli buttent dans une
dorsale anticyclonique.
L’avance se porte à 41 milles pour Spindrift 2 et IDEC SPORT pointe avec 79 milles de retard.

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
« c’était un truc délicat de descendre aussi sud dans la brume et les icebergs, mais il fallait ça pour raccourcir la route. Donc oui bien sûr on est très contents ! L’équipage avait froid partout mais il n’avait pas froid aux yeux… Là on est à fond vent de travers, on se prend des paquets de mer et des embruns, le bateau fait vraiment le fou. Ce n’est pas vraiment confort, mais on va garder ce vent pendant encore deux jours et ça permet d’avancer très vite.La météo est assez indécise sur le Pacifique, mais pour l’instant on devrait rattraper encore beaucoup de milles d’ici la Nouvelle-Zélande »

Trophée Jules Verne Jour 16 : Spindrift 2 et IDEC SPORT réduisent leur retard

L’équipage d’IDEC SPORT a profité d’un flux soutenu pour reprendre 215 milles sur Banque Populaire V en 24h, le déficit reste cependant conséquent avec 550 milles de retard.
Spindrift 2 a également repris 60 milles avec un déficit de 277 milles contre plus de 330 hier.

© Eloi Stichelbaut

© Eloi Stichelbaut

Les équipages doivent composer avec les risques du grand sud, à savoir la présence de glaces, ce qui nécessite une veille permanente afin de détecter la présence de growlers, non visibles par les satellites.
Francis Joyon et ses hommes, qui naviguent par 53°sud s’y sont frottés hier, comme l’explique le skipper d’IDEC SPORT :
« Hier dans la journée, nous étions totalement dans la brume et nous sommes passés à moins d’un mille d’un iceberg, ça nous a un peu refroidis. Il n’y avait aucune visibilité on voyait environ à 30 mètres. On l’a repéré au radar, impossible de percer la brume même aux jumelles. On est passé à côté de cet énorme iceberg sans le voir, à environ un mille. D’après la taille de l’écho sur le radar, il faisait environ 150 mètres, la longueur d’un cargo…»

Malgré tout, IDEC SPORT continue à se recadrer au sud, envisageant une plongée d’un degré supplémentaire, avant d’atteindre les Kerguelen demain : 
« Je regarde l’anémo, et là il y a plus de 30/ 31 nœuds de vent réel qui monte à 37/38 nœuds par moments. Du coup, le bateau cavale bien, on est à plus de 30 nœuds en permanence avec des pointes à plus de 35. On est contents. Effectivement, on savait qu’en descendant un peu vers le Sud on retrouverait un peu plus de vent. Nous sommes déjà très bas mais toute notre route dans l’océan Indien va se faire très sud. On imagine descendre peut-être jusqu’à 54 degrés sud.»

Sur Spindridt 2, Yann Guichard, son navigateur Erwan Israel et le routeur à terre Jean Yves Bernot ont adopté une route moins risquée avec un passage au nord des Kerguelen. Le maxi-trimaran de 40m accompagne une dépression laissant la possibilité au skipper et au navigateur de choisir les conditions idéales pour le bateau.

Navigateurs, skippers et routeurs n’auront pas de répit dans les prochains jours avec une dépression au niveau de Madagascar qui  va se déplacer vers les cinquantièmes.

 

 

Trophée Jules Verne Jour 13

Spindrift 2 a franchi la longitude du Cap de Bonne Espérance cette nuit, à 02h06 GMT (3h06 Heure Française) puis le Cap des Aiguilles,  à 04h04 GMT soit un temps de 12 jours et 2 minutes depuis son départ de Ouessant le tout à 27,64 nœuds de moyenne. Yann Guichard, Dona Bertarelli et leur équipage ne décroche pas le meilleure partiel sur le tronçon, celui-ci reste à l’actif de Banque Populaire V pour 12 minutes et 44 secondes.
L’équipage profite toujours du front froid qui continue à les accompagner, plus longtemps que prévu dans du vent de Nord Ouest de 20-25 noeuds.
Ce front devrait s’épuiser demain, il faudra alors que le trimaran s’aventure au delà des 50°sud pour retrouver du vent en prenant en compte la dérive des glaces signalées dans la région.
Spindrift 2 possède 172 milles d’avance à 18h.

© Yann Riou/Spindrift racing

© Yann Riou/Spindrift racing

Yann Guichard contacté par téléphone peu avant l’entrée dans l’océan Indien :
« Il fait un petit peu froid parce que nous sommes en train de descendre vers le Sud, mais tout se passe bien à bord de Spindrift 2. Depuis trois jours, nous sommes en avant d’une dépression partie d’Argentine avec du vent soutenu : c’est un peu comme si on surfait sur une vague. Mais nous n’avions pas le droit de tomber parce qu’on loupait alors le train vers le cap de Bonne-Espérance et on perdait au moins une journée sur le temps de référence établi en 2011… Hier (jeudi), nous avons parcouru près de 1 500 kilomètres en 24 heures (827 milles entre le 02/12 et le 03/13 à 13h TU, mieux que Banque Populaire V dont la meilleure journée sur ce tronçon était de 812 milles) : c’était assez sportif, mais ce soir, cela s’est un peu calmé. On descend encore en latitude pour aller chercher un autre système météo. »

IDEC SPORT et son équipage réduit mené par Francis Joyon poursuit sa descente dans le grand sud (49° actuellement), coincés dans la dorsale qui les accompagne à petite vitesse. La passage à la longitude du Cap de Bonne Espérance est prévu demain.

Francis Joyon :
 » Il ne nous a pas été possible de demeurer en avant du front qui aurait pu nous porter dès la nuit dernière au niveau du Cap de Bonne Espérance. Cette dépression circulait à plus de 35 noeuds vers l’est, et nous a dépassé. Les gars se sont bien accrochés mais nous avons dû empanner derrière le front. Nous subissons depuis cette zone de transition peu ventée, et notre vitesse a considérablement chuté. « 

Trophée Jules Verne Jour 12

Spindrift2 reste toujours en avant du front froid, ce qui a permis à l’équipage de conserver de la vitesse (816 milles en 24h) et de poursuivre sa descente dans le grand sud.

 

© Yann Riou/Spindrift racing

© Yann Riou/Spindrift racing

Jean Yves Bernot, Yann Guichard et Erwan Israel planchent désormais sur le passage sous l’anticyclone qui grossit au sud de l’Afrique. Une fois cette difficulté passée, il faudra que les marins s’attellent à accompagner la prochaine dépression à des latitudes extrêmes puisqu’il faudra aller la chercher à plus de 51° sud, ceci en prenant en compte les zones où des icebergs sont signalés.

Francis Joyon et son équipage réduit attendent également la prochaine dépression pour accélérer, ils ont ce soir 310 milles de retard sur le record. Le passage de la longitude de Bonne Espérance est prévu samedi.

Trophée Jules Verne Jour 11

Les deux trimarans engagés sur le Trophée Jules Verne sont désormais dans des systèmes météos différents.

IDEC SPORT a été dépassé par le front froid et plonge donc au sud afin d’éviter l’anticyclone et accrocher la prochaine dépression.
Spindrift 2 est toujours en avant de ce front dans une brise de Nord-Ouest de 30-35 nœuds. Il devrait y rester jusqu’à demain. La problématique sera alors de glisser vers les 40èmes en conservant de la vitesse.

Les deux bateaux sont désormais en retard sur le temps de Banque Populaire V, qui naviguait nettement plus sud lors de son Jules Verne. IDEC SPORT a désormais 320 milles de retard, Spindrift 2 en compte 7.

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Francis Joyon, skipper d’IDEC SPORT :
« Je pensais perdre davantage de temps dans le franchissement de cette zone de transition au large du Brésil. Si nous parons Bonne Espérance avec une quinzaine d’heures de retard, ce sera pour nous un bilan satisfaisant. On aborde le sud en sachant qu’on va devoir descendre très sud. Le passage normal se fait vers une latitude 45 Sud. On va devoir descendre plus bas pour éviter un anticyclone qui bouche la route normale. C’est la quatrième fois que je suis dans ces mers. C’est toujours magique. »

Gwénolé Gahinet, équipier sur IDEC SPORT :
« Les quarts d’une heure et demi à la barre, avec la vitesse et les vagues désordonnées vous épuisent vite. C’est grisant, et heureusement, IDEC SPORT est un bateau très sain qui pardonne beaucoup d’erreurs. Il faut être vigilant à ne pas se laisser embarquer sur une vague trop rapide. Nous sommes à 100%, mais toujours en limite d’une zone rouge à ne pas franchir, celle qui met en péril certains organes mécaniques du bateau. »

 

Message du bord de Spindrift 2
Depuis hier, Spindrift 2 fait la course. La course avec son adversaire virtuel détenteur du record bien sûr, la course avec Francis Joyon et son équipage, mais aussi et surtout la course avec un front chaud. Car rester bien calé devant ce front revient à naviguer vite, en ligne droite, et sur une mer à peu près plate. Un objectif presque réaliste, pas tout à fait utopique… Car ce front a tendance à se déplacer plus vite que le maxi-trimaran. Alors il faut s’attendre à tous moments à voir le vent mollir et adonner, ce qui reviendrait à devoir empanner, se résoudre à laisser passer ce système météo et se positionner pour attendre le prochain.

En attendant, il n’y a pas grand chose à faire que de tirer parti de ces conditions idéales pour avaler des milles. Alors les barreurs se relaient et affichent des moyennes assez exceptionnelles. 805 miles sur ces dernières 24 heures. Des conditions idéales pour la vitesse, parfois à peine altérées par l’arrivée de grains synonymes de vent plus instables en force et en direction. Des grains qui demandent l’attention permanente du chef de quart et des hommes sur le pont.

Côté moral, tout va pour le mieux. L’équipage sait que ces conditions sont potentiellement éphémères, mais prend tout cela avec philosophie. Ce qui est pris n’est plus à prendre, et la route est encore très longue.